Archive pour août 2026

Prendre courage…

dimanche 16 août 2026

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« … De ma naissance je ne sais pas grand chose. C’est un mystère resté obscur pendant des années (…)

De ma mère, on m’a rapporté seulement qu’elle était impure et qu’aux premières gouttes, elle m’avait regardée. Fille avait-elle dit, sans avoir le temps d’invoquer le Dieu des armées.

Cela faisait deux jours qu’elle était en travail. Qu’elle respirait pour m’adoucir le passage. Elle voulait que naître soit pour moi comme une apparition. Que j’aborde la terre dans un navire chargé de promesses. Elle n’avait jamais aimé les femmes qui, durant l’accouchement, mordaient un chiffon pour soulager leur effort. Elle n’aimait pas renier la souffrance. Contourner la blessure. Quand on était dans la vie, on devait tout accueillir, la nuit, la mort, l’espérance, la prophétie. C’est ainsi qu’elle me parlait pour me faire sentir qu’il n’y en avait plus pour longtemps, encore un effort , ma fille, nous y sommes, n’aie pas peur, je suis avec toi…

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… Sa façon de diagnostiquer aussi éveillait l’inquiétude. Il avait fait sensation, par exemple, lorsqu’il avait libéré de la goutte maître Accursio en lui soignant non pas les pieds mais la vue. Et quand il avait guéri de ses obsessions le notaire Francicanava en le faisant danser. À la stupeur de ses proches, il l’avait invité en lui tendant la main. Il l’avait mis droit devant lui, en le revêtant du manteau de fête. Puis il lui avait fait entonner un madrigal et l’avait accompagné dans sa danse avec des virevoltes, des battements de mains, des hurlements de joie. Le notaire avait ri. Il avait pleuré. Il avait tout à fait oublié son passé. Il s’était réveillé le lendemain matin avec l’envie de chanter.

Mon père disait que ce n’était pas seulement les plantes qui fournissaient la thérapie. Mais aussi la musique. Le rythme. Le bain de mer. La conversation avec les poètes. L’observation des étoiles…

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… Uria était devenu un homme. Ses épaules étaient désormais puissantes et carrées. Ses mains, à force de serrer les instruments des interventions chirurgicales, étaient devenues vastes. Même son œil à demi aveugle s’était adouci sous les onguents de Josef, jusqu’au jour où il avait donné du sang et s’était libéré.

La vie lui semblait maintenant un mystère à sonder jour après jour, un voile à soulever, un corps transpercé et primitif dans lequel le Dieu de la patience – par moments – se révélait.

La nuit, il s’écroulait de fatigue, se laissant emmailloter par les étoiles, et Josef s’endormait à ses côtés en lui souhaitant la paix et en demandant au ciel le don de la commisération.

Juste avant le sommeil, Uria lui posait toujours la même question : Josef, mais comment le bonheur arrive-t-il ? Il arrive après les persécutions, les tremblements de terre, les trahisons. Il arrive si tu te remets entre les mains des vulnérables et des doux…

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Cette histoire – tirée d’une histoire vraie – nous porte et nous transporte au XIVème siècle, en Sicile. C’est celle de la première femme reconnue médecin par les « augustes docteurs », à une époque où les diverses religions ont le pouvoir, où l’arbitraire règne en maître, où les femmes n’ont aucun droit sinon celui de se taire. 

C’est une traversée de l’ombre, de l’obscurité dans laquelle les héros ont tissé, quelles que soient les évènements, un lumineux fil d’amour et de paix. Ils sont Josef de Medico , son fils Pascale, Uria et sa fille Virdimura, celle dont c’est le procès ici – elle a alors 75 ans – celle qui raconte. Et puis il y a la douce Sciabe, abandonnée sur la plage par sa mère, son esprit souffrant d’un grain de folie. Uria a construit de ses mains une maison près de la plage, elle est au fil du temps agrandie, transformée en laboratoire et en hôpital, détruite par la méchanceté humaine et reconstruite à trois reprises. Derrière, il y a une vaste grotte qui les protège en certaines circonstances, entre les deux ils font un potager pour nourrir tous ceux qui arrivent…

Uria et Pascale ont étudié la médecine et la chirurgie auprès de Josef, puis ils ont voyagé dans plusieurs pays pour y apprendre différentes façons de soigner, Uria enseignera son riche savoir à Virdimura.  Ils exercent cet art avec un total dévouement envers ceux qui souffrent, ils ne demandent pas de rétribution – ce qui provoque la colère des autres médecins. Ce sont des êtres généreux, ils apprennent les uns des autres, partagent leurs connaissances, aident sans compter. Pourtant les épreuves s’accumulent mais ils n’abandonnent jamais, font avec le destin, cherchent à adoucir la vie des pauvres, des invisibles. Ils connaissent le corps humain, les plantes, fabriquent des onguents, recommandent le chant, le sourire, la joie, la recherche de la beauté, la tendresse parce que l’on ne peut guérir d’une maladie si l’âme souffre.

 Chaque chapitre nous offre un élément nouveau qui sculpte l’histoire et nous éclaire. C’est un roman très fort, très bien écrit dans une langue particulière, il est vraiment beau de transformer ainsi la nuit humaine en lumière…

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Extraits de : « La guérisseuse de Catane »  2026  Simona lo Iacono.

Illustrations : 1/ « Les îles cyclopéennes »  Gunther Meltzer  1865-1920 

2/ « Figues de Barbarie » Basilius Besler  1561-1629

3/ « Côte volcanique en Sicile »  Karl Theodor Boehme  1866-1939.

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Faire avec le destin…

BVJ – Plumes d’Anges.

Éclipse…

dimanche 9 août 2026

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Éclipse solaire :

Métamorphose ?

Combat de l’ombre et de la lumière ?…

Affaire à suivre !

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« Courte nuit d’été

Une goutte de rosée

Sur le dos d’une chenille velue »

Yosa Buson

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Je m’éclipse quelques jours et vous dis à bientôt,

lumineuse semaine à toutes et à tous…

Illustration : « Eclipse solaire de 1923 –  Lompoc »  Haward Russell Butler  1856-1934.

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Retrouver la lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.

Étoiles célestes…

dimanche 2 août 2026

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« … Un matin de l’été mille-neuf-cent-soixante-cinq, peu après le passage de la benne à ordures, la verroterie des dernières étoiles a cessé de scintiller, et la nuit noire du monde a majestueusement cédé sa place aux rayons poétiques et très anciens du soleil. À peine plus tard, le jardin jouxtant la remise, avec ses zinnias aussi colorés que des oiseaux, s’est avancé de quelques pieds, le ciel a pivoté sur lui-même dans un petit bruit d’essieu, puis j’ai installé en plein milieu de l’allée la vieille caisse à oranges descendue du grenier. Alors, Enzo, le plus vieux de la famille (onze ans), est monté dessus et a lu pour nous son discours très émouvant, écrit très phonétiquement, sur la beauté des êtres et des choses. Ensuite la vie a passé durant quelques heures et nous avons attendu, petits enfants frétillants et attendris, que quelques nouvelles fraîches nous parviennent. Finalement la téléphone a sonné et, quand Enzo a décroché, nous nous sommes agglutinés tous les cinq autour du combiné, c’était papa qui de l’hôpital nous annonçait que notre petit frère Zénon, le dernier d’entre nous, venait de naître. À présent que nous étions enfin tous réunis, notre histoire pouvait commencer…

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… Presque toute notre pensée s’expliquait par la joie. La malchance, les éraflures aux genoux, les effondrements, certains ciels de catastrophe, les portes refermées sur la nuit noire, rien de tout ça ne venait à bout de notre émerveillement devant le spectacle d’un renard croisant notre chemin dans le sentier, de la courbe harmonieuse d’une colline, ou d’une étoile placée à la verticale de la maison. Maman, qui s’étonnait de notre prédisposition pour le bonheur, allait trouver notre père au salon et lui demandait, intriguée et réjouie : « Mais comment est-ce possible ? On dirait que la tristesse n’a pas de prise sur eux. » Papa, initié par Nietzsche aux subtilités philosophiques, répondait : « Oh, fie-toi sur moi : ils peuvent être tristes, plus tristes qu’un jour de pluie. Seulement, la beauté les guérit de tout. » Je suis heureux de le confirmer : statistiquement, lorsque nous nous exprimions sur les grandes questions existentielles, nous nous trompions trois fois sur quatre. Mais, concernant la place et le rôle de la beauté et du bonheur dans la personne humaine, nous étions très sûrs de ce que nous avancions…. »

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C’est l’histoire de six enfants aux prénoms exquis – Enzo, Zelda, Elliot, Arthur, Zénon et Léonard, le narrateur – et de leurs parents, ils s’aiment tous profondément. Ils ont choisi de vivre à la campagne, dans un petit village, en compagnie de Ringo, le bouc chevelu. La joie est omniprésente, la fantaisie aussi. Tout ce petit monde se déplace à bord d’une Chevrolet Bel Air 1961, le père écrit des vers, de mauvais  vers mais personne ne lui dit qu’ils sont mauvais pour ne pas le blesser. Ils ont un ami voisin, le fermier philosophe Bertin, toujours présent dans les moments importants. Ils aiment discuter des grandes questions existentielles mais apprécient aussi « la rigolade », ils jouent dans les collines, la vie semble parfaite. Mais un jour la maman est atteinte d’un cancer…

Ce n’est pas un livre triste, c’est un livre d’une grande beauté, d’une délicatesse infinie. À travers des chapitres courts ponctués de petites leçons de bonne vie, il nous relate les joies du quotidien et le talent de chacun pour transformer le chagrin. L’auteur nous raconte cette histoire avec des mots aussi fins que de la dentelle, le texte est poétique et sensible, les héros pleins de dignité, d’empathie et riches d’un amour sincère les uns pour les autres. 

J’avais adoré « Le Roitelet « , je suis tombée sous le charme de « Le vent léger « ,

Jean-François Beauchemin est vraiment une belle âme…

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Extraits de : « Le vent léger »  2023  Jean-François Beauchemin.

Illustrations : 1/ « Fleurs d’Azalée sauvage  »  2/ « Fleurs de Chrysanthème  » – Études –

Sophia Louise Crownfield  1862-1929.

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Retenir les joies simples…

BVJ – Plumes d’Anges.