Archive pour septembre 2017

Mémoire du cœur…

lundi 18 septembre 2017

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« … Les éléphants, sans aucun doute, comprennent la mort. Ils ne s’y préparent peut-être pas comme nous ; ils n’imaginent peut-être pas des vies compliquées dans l’au-delà, à la façon de nos doctrines religieuses. Pour eux, la tristesse est plus simple, plus propre. Elle porte entièrement sur la perte.

Les éléphants n’accordent pas un intérêt particulier aux os des autres animaux morts, seulement à ceux de leurs congénères. Même s’ils tombent sur le corps d’un éléphant mort depuis longtemps, ses restes dévorés par les hyènes, son squelette éparpillé, ils se rassemblent et la tension est perceptible. Ils s’approchent de la carcasse en groupe et caressent les ossements avec ce qu’on ne peut décrire que comme du respect. Ils caressent l’éléphant mort, en le touchant sur tout le corps avec leur trompe et leurs pattes arrière. Puis ils sentent. Il arrive qu’ils prennent une défense ou un os et l’emportent pendant un moment. Ils mettent sous leurs pieds des fragments d’ivoire, même minuscules, et les font doucement rouler. (…)

J’ai vu passer une fois un troupeau d’éléphants dans la réserve du Botswana, et Bontle, leur matriarche, tomber. S’apercevant qu’elle allait mal, ils tentèrent d’abord de la relever avec leurs trompes et de l’aider à se tenir debout. Comme ça ne marchait pas, quelques-uns des jeunes mâles montèrent Bontle, cherchant à la ranimer. Kgosi, son petit, alors âgé de quatre ans, lui mit sa trompe dans la bouche, comme le font les éléphanteaux pour saluer leur mère. Le troupeau grondait et le petit émettait des sons qui semblaient être des pleurs. Puis tous firent silence. Je compris à cet instant qu’elle venait de mourir.

Quelques éléphants partirent à la lisière de la forêt où ils ramassèrent des feuilles et des branches qu’ils rapportèrent pour recouvrir Bontle. D’autres jetèrent de la terre sur son corps. Le troupeau se tint solennellement près du corps de Bontle pendant deux jours et demi, les éléphants ne s’éloignant que pour aller chercher de l’eau ou de la nourriture en revenant aussitôt. Même des années plus tard, alors que ses os avaient blanchi et étaient dispersés, et que son crâne massif restait coincé dans une courbe asséchée du fleuve, le troupeau s’arrêtait quand il passait et les éléphants restaient immobiles pendant deux minutes au-dessus des restes… »

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Extrait de : « La tristesse des éléphants »  2017  Jodi Picoult.

(Un roman émouvant, une intrigue au dénouement inattendu et parallèlement,

une belle recherche sur la vie des éléphants…)

Illustrations : 1/« Éléphant d’Afrique »  Aloys Zötl 1803-1887  2/« Le jardin des délices » – détail du panneau central – Jérome Bosch  1450-1516.

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Penser paisiblement à ceux dont nous sommes issu(e)s…

BVJ – Plumes d’Anges.

Reprendre vie…

mardi 12 septembre 2017

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« C’est dans les endroits

les plus nus

que la semence nouvelle,

porteuse de foi,

vient s’enraciner

le plus profondément…

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… L’homme traita mon oncle d' »idiot du village ». Mais ce démarcheur ne connaissait pas mon oncle. Il ne savait pas qu’il avait vu sa vie réduite en cendres et qu’il demeurait pourtant gentil avec les enfants et attentif avec les animaux, tout en continuant à croire que la terre était un être vivant, doté de ses propres espoirs, de ses propres besoins et de ses propres rêves…

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Je sais que dans chaque terrain en friche, une nouvelle vie attend de renaître. Plus encore, que la vie nouvelle viendra, qu’on le veuille ou non. On peut à chaque fois tenter de la déraciner, à chaque fois elle émettra de nouvelles racines et fera de nouveau souche. Le vent apportera de nouvelles semences qui continueront à arriver et avec elles les opportunités de changer, raccommoder, récupérer son cœur et, enfin, enfin, de choisir à nouveau de vivre. Oui, j’en suis certaine.

Qu’est-ce qui ne peut mourir ? C’est cette force de foi que nous portons en nous et qui nous dépasse, qui appelle les nouvelles semences vers les lieux nus, endommagés et arides pour que nous germions à nouveau…

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… Une prière

Refuse de tomber.

Et si tu ne peux refuser de tomber,

Refuse de rester à terre.

Si tu ne peux refuser de rester à terre,

Élève ton cœur vers le ciel

Et tel un mendiant affamé,

Demande à ce qu’il soit rempli

Et rempli il sera.

On peut te faire toucher le sol.

On peut t’empêcher de te relever.

Mais personne ne peut t’empêcher

d’élever ton cœur

vers le ciel, personne sauf toi-même.

C’est au plus noir du malheur

Que tout s’éclaire.

Dire que de là rien de bon

N’est issu

Est faire la sourde oreille. »

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Extraits de : « Le jardinier de l’Éden »  1998  Clarissa Pinkola Estés.

Illustrations : 1/« Jour de brouillard » William Trost Richards  1833-1905  2/« Pins dans les marais Pontins » Henryk Cieszkowski  1835-1895.

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Renaître à la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Vraies richesses…

vendredi 8 septembre 2017

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« … Le mariage eut lieu quelques semaines plus tard. Don Salvatore bénit leur union. Puis Elia convia tous les invités au trabucco pour un grand festin. Michele, le fils de Raffaele, avait dressé une longue table au milieu des filets et des poulies. Toute la famille était là. La fête était simple et joyeuse. Les victuailles en abondance. À la fin du repas, Donato se leva, calme et souriant, demanda le silence et se mit à parler :

« Mon frère, dit-il, tu t’es marié aujourd’hui. Je te regarde, là, dans ton costume. Tu te penches sur le cou de ta femme pour lui murmurer quelque chose. Je te regarde lever ton verre à la santé des invités et je te trouve beau. Tu as la beauté simple de la joie. Je voudrais demander à la vie de vous laisser tels que vous êtes là, intacts, jeunes, pleins de désirs et de forces. Que vous traversiez les ans sans bouger. Que la vie n’ait pour vous aucune des grimaces qu’elle connaît. Je vous regarde aujourd’hui. Je vous contemple avec soif. Et lorsque les temps se feront durs, lorsque je pleurerai sur mon sort, lorsque j’insulterai la vie qui est une chienne, je me souviendrai de ces instants, de vos visages illuminés par la joie et je me dirai : N’insulte pas la vie, ne maudis pas le sort, souviens-toi d’Elia et de Maria qui furent heureux, un jour au moins, dans leur vie, et ce jour tu étais à leurs côtés. »…

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… « Les générations se succèdent, don Salvatore. Et quel sens cela a-t-il au bout du compte ? Est-ce qu’à la fin, nous arrivons à quelque chose ? Regardez ma famille. Les Scorta. Chacun s’est battu à sa manière. Et chacun, à sa manière, a réussi à se surpasser. Pour arriver à quoi ? À moi ? Suis-je vraiment meilleur que ne le furent mes oncles ? Non. Alors à quoi ont servi leurs efforts ? À rien. Don Salvatore. À rien. C’est à pleurer de se dire cela.

– Oui, répondit don Salvatore, les générations se succèdent. Il faut juste faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. »

 Elia marqua un temps de silence. Il aimait, chez le curé, cette façon de ne pas tenter de simplifier les problèmes ou de leur donner un aspect positif. Beaucoup de gens d’Église ont ce défaut. Ils vendent à leurs ouailles le paradis, ce qui les pousse à des discours niais de réconfort bon marché. Don Salvatore, non. À croire que sa foi ne lui était d’aucun réconfort.

 » Je me demandais justement, reprit le curé, avant que tu n’arrives, Elia, qu’est devenu ce village. C’est le même problème. À une autre échelle. Dis-moi, qu’est devenu Montepuccio ?

– Un sac d’argent sur un tas de cailloux, dit amèrement Elia.

– Oui. L’argent les a rendu fous. Le désir d’en avoir. La peur d’en manquer. L’argent est leur seule obsession.

– Peut-être, ajouta Elia, mais il faut reconnaître que les Montepucciens ne crèvent plus de faim. Les enfants n’ont plus la malaria et toutes les maisons ont l’eau courante.

– Oui, dit don Salvatore. Nous nous sommes enrichis, mais qui mesurera un jour l’appauvrissement qui est allé de pair avec cette évolution ? La vie du village est pauvre. Ces crétins ne s’en sont même pas aperçus… »

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Extraits de : « Le soleil des Scorta »  2004  Laurent Gaudé.

Illustrations : 1/« Paysage italien »  Henryk Siemiradzki  1843-1902  2/« Coquillage »  Odilon Redon 1840-1916.

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Choisir avec le coeur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lisse poire…

mercredi 6 septembre 2017

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 » À n’en pas douter, le prince de Motordu menait la belle vie.

Il habitait un chapeau magnifique au-dessus duquel, le dimanche, flottaient des crapauds bleu blanc rouge qu’on pouvait voir de loin.

Le prince de Motordu ne s’ennuyait jamais. Lorsque venait l’hiver, il faisait d’extraordinaires batailles de poules de neige. Et le soir, il restait bien au chaud à jouer aux tartes avec ses coussins, dans la grande salle à danger du chapeau.

Le prince vivait à la campagne. Un jour, on le voyait mener paître son troupeau de boutons. Le lendemain, on pouvait l’admirer filant comme le vent sur son râteau à voiles.

Et quand le dimanche arrivait, il invitait ses amis à déjeuner. Le menu était copieux

Menu du jour

. Boulet rôti

. Purée de petits bois

. Pattes fraîches à volonté

. Suisses de Grenouilles

Au déssert

. Braises du jardin

. Confitures de murs de la maison.

Un jour, le père du prince de Motordu, qui habitait le chapeau voisin, dit à son fils :

– Mon fils, il est grand temps de te marier.

– Me marier ? Et pourquoi donc, répondit le prince, je suis très bien tout seul dans mon chapeau.

Sa mère essaya de le convaincre :

– Si tu venais à tomber salade, lui dit-elle, qui donc te repasserait ton singe ? Sans compter qu’une épouse pourrait te raconter de belles lisses poires avant de t’endormir.

Le prince se montra sensible à ces arguments et prit la ferme résolution de se marier bientôt. Il ferma donc son chapeau à clé, rentra son troupeau de boutons dans les tables, puis monta dans sa toiture de course pour se mettre en quête d’une fiancée… »

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Vous connaissez la suite, on ne se lasse pas de cette histoire. Je la dédie à mes petits enfants pour les faire sourire en cette rentrée des classes et pour les soutenir en tant que mamie gâteau… En voici justement un, à la lisse poire !

 

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– CLAFOUTIS AUX POIRES ET AUX AMANDES –

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Ingrédients : 1 boite de poires au sirop, 2 œufs entiers + 2 jaunes, 180 g. de sucre roux, 60 g. de poudre d’amande, 40 g. de farine de maïs bio, 20 cl. de crème fraîche, 25 cl de lait, 50 g. d’amandes effilées, 1 pincée de sel.

Réalisation : Beurrer un moule, en saupoudrer les parois d’une cuillère à soupe de sucre roux.

Égoutter les poires, les couper en morceaux, les répartir au fond du moule.

Battre les œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Ajouter la poudre d’amande, le sel puis progressivement le mélange crème fraîche/lait/farine de maïs. Verser cet appareil sur les fruits, recouvrir d’amandes effilées, enfourner 40 minutes à 200° (220° dans mon petit four).

Décorer avec un peu de sucre glace et servir tiède, ne pas omettre, une fois de plus,  de se RÉGALER !!!

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Extrait de : « La belle lisse poire du prince de Motordu »   1980  Pef.

Illustration : « Les fruits d’Amérique – Poire Belle des Flandres »  William Sharp  1803-1875.

Recette inspirée de recettes du net.

Photos BVJ

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Sourire et se détendre…

BVJ – Plumes d’Anges.

Plonger…

samedi 2 septembre 2017

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« … Un vieil homme sage est interrogé sur la trajectoire de son existence jusqu’à ce jour. Et voilà comment il en résume les trois étapes : « À vingt ans, je n’avais qu’une prière : mon Dieu, aide-moi à changer ce monde si insoutenable, si impitoyable. Et vingt ans durant, je me suis battu comme un fauve pour constater en fin de compte que rien n’était changé. À quarante ans, je n’avais qu’une seule prière : mon Dieu, aide-moi à changer ma femme, mes parents et mes enfants ! Pendant vingt ans, j’ai lutté comme un fauve pour constater en fin de compte que rien n’avait changé. Maintenant je suis un vieil homme et je n’ai qu’une prière : mon Dieu, aide-moi à me changer – et voilà que le monde change autour de moi ! »

Et pas de malentendu ! Ce n’est pas d’un renoncement à l’action qu’il s’agit mais bien au contraire d’une action neuve dans un esprit libre, libéré des scories de la puissance, du vouloir paraître, des vanités individuelles, des rivalités, des règlements de comptes ! Une action libre dans la joie de servir…

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Voilà ce que je tente d’exprimer par ce livre : il faut reprendre confiance, passionnément confiance dans notre destinée ! Nous sommes tous inhibés, frigides, des frigides de l’amour du divin, frigides devant Dieu ! Nous n’osons plus la ferveur, nous n’osons plus croire que la ferveur que nous vivons dans la dimension de notre destin peut avoir une importance démesurée sur l’univers entier. À partir du moment où nous entrons dans une dimension de ferveur, nous pouvons déplacer des montagnes. Et quelque chose au fond de nous le sait. Tout l’édifice de l’appris, toutes les ruines qui se sont écrasées sur notre cœur au cours de l’existence, tous ces débris amoncelés nous empêchent de voir ce qu’au fond de nous, pourtant, quelque chose obstinément continue de savoir

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Il n’y a rien de ce que nous vivons chacun dans notre être, dans nos destins particuliers, qui ne soit l’affaire de tous. Il n’y a aucune expérience que nous fassions, aucune chose que nous vivions, qui ne se répande, que nous le sachions ou non, à travers le monde. Toutes les dégradations que nous vivons nous dégradent tous. Toutes les relations claires et hautes nous éclairent tous et nous élèvent. D’autres sont branchés sur les mêmes longueurs d’ondes et peuvent les amplifier. Si je m’élève, j’élève les autres. Imaginez ce filet de pêcheur sur une plage. Je ne peux soulever une maille sans que le filet entier vienne avec. Il n’y a rien qui soit séparé. Cessez de croire que vos expériences de l’amour ne concernent que vous. Chacun de nous, dans chacune de ses amours, est responsable de l’amour sur terre…

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Failli pas failli, fauté pas fauté, péché pas péché, trahi pas trahi… Qu’est-ce que ça peut lui faire au ciel ? Pendant tout ce temps que tu mets à ruminer, tu pourrais enfiler des perles pour sa plus grande joie !!! L’injustice règne partout ? Eh bien glorifie la justice ! Le mal est partout ? Eh bien, fais le bien ! La parole est dévastée, pourrie ? Eh bien recommençons à zéro et balbutions nos premiers mots !… »

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Extraits de : « Du bon usage des crises »  Christiane Singer  1943-2007.

Illustrations : 1/« Coucher de soleil à marée haute »  2/« La Valse »   3/« Clair de lune »   Félix Valotton  1865-1925.

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Plonger dans notre profondeur…

BVJ – Plumes d’Anges.