Archive pour janvier 2018

Harmonieux accords…

lundi 22 janvier 2018

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MILLE ET UNIÈME BILLET…

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« … Le plus grand des grands hommes est souvent celui qui, pour les autres, ne passe pas pour tel, mais ne fait pas de bruit et traverse son existence sur la pointe des pieds ontologiques. Ses combats sont contre lui-même, ses victoires aussi. Ses champs de bataille ? Lui-même encore. Ses embuscades ou ses assauts, ses rixes et ses offensives ? Encore et toujours lui-même…

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Paradoxalement, c’est en portant son individualité à son point d’incandescence que l’homme parvient à l’universel et qu’il devient grand…

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En nos temps démocratiques, le grand homme est celui qui mène seul son chemin. En lui parle l’âme du monde…

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Il publie Walden en 1854. Il s’agit d’un authentique et grand livre de philosophie. On n’y trouve aucun concept, aucun personnage conceptuel, mais une réflexion sur les conditions de possibilités d’une expérience existentielle : comment mener une vie philosophique ? Thoreau n’invite pas à ce qu’on l’imite, mais il montre comment on peut faire, à charge pour chacun d’inventer son chemin, de trouver sa voie.

Grand et vrai livre de philosophie existentiel dis-je. En effet. Thoreau propose ce qu’il nomme une « médecine eupeptique », autrement dit une médecine pour produire du bon, du bien et écarter le mauvais, le mal. Quelle est-elle ? Se féliciter de la splendeur de chaque matin ; opposer une volonté de jouissance au mouvement naturel de la négativité qui nous tire vers le pessimisme ; désirer le bonheur qui n’est pas donné mais à construire ; se mettre ou se remettre au centre de soi ; transformer les inconvénients en avantages ; rechercher le positif dans le négatif ; vouloir faire de sa vie une fête.

Il invite également à refuser « la vie mesquine ». La vie mesquine, c’est la vie tournée vers les fausses valeurs : l’argent, les honneurs, le pouvoir, les richesses, la propriété, la réputation. C’est la vie salie par les vices de la société de consommation : convoiter, acheter, posséder, consommer, remplacer. C’est aussi une vie fausse avec autrui : une vie réduite à la surface, aux apparences, à la mondanité, aux salons, aux bavardages…

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Mener cette vie qu’on dirait aujourd’hui « décroissante », voilà une option politique. Celle qui lui permettait d’écrire dans La Désobéissance civile : « Que votre vie soit le frottement qui arrête la machine. »(…) Au nom de cette même thèse, être le frottement qui arrête la machine, on peut aussi se vouloir une force de résistance plus qu’une force d’inertie. Force d’inertie : vivre dans les bois. Force de résistance : désobéir pour réaliser ce qui nous semble juste. Non plus vivre pour soi, mais vivre contre ce qui empêche de vivre pour soi.

C’est le second temps dans la si brève vie de Thoreau. Le temps de La Désobéissance civile, un très grand petit livre. Je ne sais pas s’il a lu le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie. C’est peu vraisemblable. (…) L’un et l’autre ouvre la voie d’une pratique politique libertaire radicale – c’est celle dans laquelle je me retrouve. Pas d’appel au crime, au meurtre et au sang chez l’un et chez l’autre ; pas de têtes sur le billot ou au bout des piques pour réaliser la liberté ; pas de guillotine, de terreur, de camp de concentration au nom du bien de ceux qu’on décapite ou qu’on enferme ; pas de massacre des hommes au nom de l’humanité ; pas d’armées, de milices, de soldats tirant sur les hommes pour le bonheur futur – juste une recette extrêmement simple : le pouvoir n’existe que par le consentement de ceux sur lesquels il s’exerce, il suffit de ne plus consentir pour obtenir que le pouvoir s’effondre… »

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Extraits de : « Vivre une vie philosophique – Thoreau le sauvage »   2017  Michel Onfray.

Illustrations : 1/« Montagnes blanches dans le New-Hampshire »  Thomas Doughty  1793-1856  2/« Paysage »  Asher Brown Durand  1796-1886.

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Accorder notre vie et nos pensées…

BVJ – Plumes d’Anges.

Histoire d’Indien…

jeudi 18 janvier 2018

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« … C’est quelque chose qui m’est venu au collège et que je pratique encore. J’ai forgé des résistances et des abris. Je sais déserter le réel quand il est trop dur, je me laisse happer par mes idées, mes histoires. Je rentre en moi…

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… À trente ans, j’ai fait un rêve. Une voix me disait : il y a deux sortes d’individus dans la vie, les Classiques et les Indiens. Cette phrase a claqué dans ma nuit comme une vérité. La voix off était comme un troisième personnage qui m’indiquait ma voie.

Le Classique est un homme pétri par la norme, il n’inventera jamais rien, ne fera qu’obéir et suivre le mouvement en rêvant d’ascension sociale. C’est mon père.

L’Indien est un intuitif, un insoumis, un créatif…

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Il faudra toujours des gens qui peignent, sculptent, écrivent loin du système, sans détester le passé, la rigueur et les règles de l’art, sans renoncer à la sincérité et à l’émotion que notre époque éteint ou détourne à force de surenchère.

Les artistes sont aujourd’hui comme les alpinistes une fois l’Everest vaincu. Ils peuvent décider de monter sans cordes ni piolet, à reculons, torse nu, surenchérir toujours sur la performance. Ou au contraire mettre leurs pas dans ceux des maîtres, chercher leurs propres sensations, leurs propres vibrations sur le toit du monde… »

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Extraits de : « L’intranquille »  2009  Gérard Garouste avec Judith Perrignon.

Illustrations : 1/« Tête de cerf »  Diego Velasquez  1599-1660  2/« Vol d’oiseaux autour d’un petit hibou »  Frans Snyders  1579-1657.

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Chercher à mieux comprendre les hommes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Brumes…

lundi 15 janvier 2018

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« … – Pourtant êtes-vous si sûre, chère dame, de souhaiter être libérée de cette brume ? Ne vaut-il pas mieux que certaines choses restent cachées à nos esprits ? 

– Pour certains peut-être, mon père, mais pas pour nous. Axl et moi souhaitons retrouver les moments de bonheur que nous avons partagés. En être privés, c’est comme si un voleur était venu dans la nuit nous prendre ce que nous avons de plus précieux.

– Pourtant la brume recouvre tous les souvenirs, les bons comme les mauvais. N’en est-il pas ainsi, madame ?

– Les mauvais nous reviendront aussi, même s’ils nous font pleurer ou trembler de colère. Car n’est-ce pas la vie que nous avons vécue ensemble ?

– Vous n’avez donc pas peur des mauvais souvenirs, madame ?

– Qu’y a-t-il à craindre, mon père ? Ce que nous ressentons l’un pour l’autre au fond de notre cœur nous dit que le chemin pris ici ne peut recéler aucun danger pour nous, quand bien même la brume nous le cacherait. C’est comme une histoire qui finit bien, quand même un enfant sait qu’il n’a pas à en redouter les péripéties. Axl et moi nous rappellerons notre vie commune, quelle que soit sa forme, car c’est une chose qui nous est chère…
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… « Batelier, dit-elle. Il existe une légende que j’ai entendue autrefois, peut-être quand j’étais enfant. À propos d’une île remplie de bois accueillants et de torrents, un lieu aux étranges qualités. Beaucoup de gens s’y rendent, mais pour chacun de ceux qui y résident, c’est comme s’il se promenait seul sur l’île, car il ne voit ni n’entend ses voisins. S’agit-il de l’île qui se trouve devant nous, monsieur ? »

Je continue de casser de menues branches et de les disposer avec soin sur les flammes. « Chère dame, je connais plusieurs îles qui correspondent à cette description. Qui sait si celle-ci en est une ? »

Une réponse évasive, qui lui inspire de l’audace. « J’ai aussi appris, poursuit-elle, que, parfois, ces curieuses conditions cessent de prévaloir. Que des dispenses particulières sont accordées à certains voyageurs. Ai-je bien compris, monsieur ? »

– Chère dame, dis-je, je ne suis qu’un humble batelier. Ce n’est pas mon rôle d’aborder de pareils sujets. Mais puisqu’il n’y a personne d’autre ici, permettez-moi de vous proposer cette réponse. J’ai entendu dire que, quelquefois, peut-être pendant un orage comme celui qui vient de s’achever, ou une nuit d’été lorsque la lune est pleine, un insulaire peut avoir la sensation que d’autres personnes se déplacent à ses côtés dans le vent. C’est peut-être ce que l’on vous a raconté.

– Non, batelier, insiste-t-elle, c’est plus que cela. On m’a dit qu’un homme et une femme, après des années de vie commune, et liés par un amour d’une force inhabituelle, peuvent se rendre sur l’île sans être contraints de l’arpenter en solitaire. J’ai entendu dire qu’ils peuvent savourer le plaisir d’être ensemble comme ils l’ont fait tout au long de leur existence passée. Serait-ce la vérité batelier ?… »

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Extraits de :  « Le géant enfoui »  2015  Kazuo Ishiguro.

Illustrations : 1/« Lever de soleil sur un paysage nordique »  Eduard von Buchan    1800-1876  2/« Coucher de soleil »  Harald Sohlberg  1869-1935.

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Dissiper les brumes de notre vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Virus…

vendredi 12 janvier 2018

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Aminautes de France, de Navarre et d’Ailleurs, pardonnez mon silence.

Je suis blottie au fond de ma maison, affligée par un virus.

Ma tête bat la chamade, je tousse, j’éternue, mon cerveau est plein de brumes,

la fièvre m’a quittée mais je me sens bien lasse…

Je continue à prendre des capsules et des gélules de plantes et d’arbres mystérieux,

j’inhale des huiles que l’on dit essentielles…

je sens que je vais me transformer en un printanier jardin.

À tout bientôt sur les chemins de vos blogs, prenez soin de vous,

avez-vous vu que déjà, les jours rallongent ?

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Illustrations : 1/« Le turban jaune »  Julian Alden Weir  1852-1919  2/« Paysage près de Cherbourg » Jean-François-Millet  1814-1875.

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Soigner ses maux en douceur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Fil conducteur…

lundi 8 janvier 2018

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« … On entendra des chants d’oiseaux et le monde sera printanier et sans nuit lorsque je cesserai d’exister. Est-ce que je manquerai au monde ? Non. Sera-t-il pire sans moi ? Non plus. Continuera-t-il de tourner sans moi ? Oui. Est-il meilleur maintenant que lorsque j’y ai fait mon entrée ? Non. Qu’ai-je fait pour améliorer le monde ? Rien…

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– C’est incroyable de voir ce grand gaillard aujourd’hui et de penser à quel point il était sensible.

– Maman…

– Si on retrouvait un oiseau avec une aile cassée dans le jardin, il fondait en larmes… Un écorché vif… Toujours triste de voir les hommes si peu généreux les uns envers les autres. Il disait : « Quand je serai grand, je consolerai le monde… Parce que le monde souffre tant, parce qu’il faut qu’on en prenne soin…

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« PLUS NOUS NOUS ÉLEVONS

PLUS NOUS PARAISSONS PETITS AUX REGARDS

DE CEUX QUI NE SAVENT PAS VOLER »…

« Aurore »  Friedrich Nietzsche.

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– Savais-tu, dit-elle, que l’an dernier deux cent quarante mille milliards de couronnes ont été dépensés en armes et équipements militaires dans le monde ?

Elle avale une première gorgée et essuie la crème de sa lèvre supérieure.

– Il faut calculer , poursuit-elle, les dommages causés par les profiteurs de guerre et leur faire payer. Ils réaliseront ainsi que la guerre coûte bien plus cher que la paix. De toute façon la seule langue qu’ils comprennent, c’est l’argent, ajoute-t-elle…

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… « IL Y A TANT DE VOIX DANS LE MONDE

ET AUCUNE D’ELLES N’EST DÉPOURVUE DE SENS. »…

1°Épitre de Saint Paul aux Corinthiens.

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– Imaginez que c’est un voyage, poursuit-elle.

– Comme ça ?

– Oui, comme ça. Comme quand on marche.

– Nous sommes pareils, dis-je.

– Je sais, répond-elle, sans me regarder.

Elle sourit, semble chercher ses mots :

– Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai senti l’odeur de l’herbe.

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« IL FAUT DU TEMPS À LA LUMIÈRE DES ASTRES »

« Le gai savoir »  Friedrich Nietzsche… « 

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Extraits de :  » Ör «   2017  Audur Ava Olafsdottir.

Illustrations : 1/« Dessin de pigeon »  Jean Bernard  XVIIIème  2/« Midi »  Abbott Handerson Thayer  1884-1913.

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Retrouver le fil conducteur de sa vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Sources de vie…

vendredi 5 janvier 2018

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« … Nos vies sont toutes de sable, nos vies sont toutes des fables et c’est seulement dans la manière de les conter que se dévoilent leurs lumineuses trames.

Nos vies, comme ces toiles d’araignée, invisibles le jour, qui, au petit matin, apparaissent perlées de rosée, purs chefs-d’œuvre de symétrie.

Voilà mes élucubrations, dernière élégance de ma solitude de forçat au milieu d’un champ de pierre…

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…  Je ne le dirai jamais assez, un rien me nourrit, la moindre graine d’humanité se transforme en jardin. J’ai tellement appris à me contenter de peu. Tout est devenu festin, tout me comble, le plus petit cadeau du monde est une joie au cœur de mon silence…

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P.-S. : J’ai vu votre tristesse. Je n’en connais pas la cause et ne demande rien. Tout ce que je peux vous dire c’est de ne pas renoncer à ce que vous êtes profondément. Il y a en vous une sorte de lumière qui fait du bien au monde. Quoi qu’il arrive, n’oubliez pas : rien ni personne n’a le pouvoir de saccager l’innocence. Quoi qu’il arrive nous devons nous battre pour préserver notre aptitude à la Joie. »…

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À l’aube, il s’installe devant la meurtrière de son bureau triangulaire, et il lui semble au fond qu’il ne fait que recopier ce qu’une voix lui dicte. Moine calligraphe il couvre ainsi des pages, d’une écriture appliquée. (…) « La force, c’est cette tenace capacité d’incursion, plongée méthodique dans le labyrinthe de l’esprit. Mieux se connaître afin de mieux comprendre toute l’humanité. Nous possédons en creux, dans la matrice, toutes les caractéristiques de l’Humain.

Si chacun développe ses particularités, il demeure cependant au fond de nous un formidable ou monstrueux potentiel.

Il s’agit d’ « être », et cela en dépit du monde dans lequel nous vivons. Il est trop facile de « se laisser être » en arguant de je ne sais quel contexte.

Être, c’est choisir au-delà. Après avoir farfouillé dans l’immense bric-à-brac de nos cerveaux, il nous faut sortir, tirer, extirper les paquets de racines bouchant les sources de vraie vie…

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Notre terre est jonchée de pierres, d’arbres, de parfums, de situations et de visages, qui, lorsque nous les croisons, réveillent en un éclair la perfection de nos âmes. Plus que tout, j’aime ces bulles-parenthèses, annihilant le temps.

Ce sont d’étranges petits moments faisant chavirer la raison. Paramnésie, impressions troublantes de déjà vu, déjà vécu, vertiges délicieux, ivresse…

Apesanteur.

Quoi qu’en disent nos spécialistes du cerveau, psychiatres et autres cafouilleurs, maniaques de l’explication, je tiens ces instants comme des révélations mettant l’individu face à l’éternité dont il procède et qu’il ne cesse de vouloir retrouver.

Nous sommes sans le savoir transporteurs d’infini. Nous sommes de doux cargos fantômes, soutes pleines, perdus au beau milieu d’un océan, qui cherchent désespérément un port d’attache pour alléger nos coques… »

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Extraits d’un (encore) très beau livre : « Zoé »  2015  Alain Cadéo.

Illustrations : 1/« Madone à l’œillet »  (détail)  Léonard de Vinci  1459-1519  2/« Insectes » Dessin chinois anonyme – Collection Cooper-Hewitt – Musée Smithsonian – USA   3/« Coucher de soleil »  Félix Valotton  1865-1925.

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S’interroger pour être soi…

BVJ – Plumes d’Anges.

Premier matin et autres jours…

lundi 1 janvier 2018

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Que nos plus belles plumes enchantent cette nouvelle année,

que la légèreté des oiseaux inspire notre vie,

que 2018 soit un chemin parsemé d’étoiles !

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Personnellement, je rêve à plus de bienveillance et de gratitude,

ces deux valeurs pourraient, il me semble, réenchanter le monde.

On y ajoute une flamboyante santé,

l’amour, l’amitié, la compassion, la beauté, la délicatesse, l’élégance…

d’une année sur l’autre bien-sûr on tend à se répéter

mais les souhaits il nous faut en avoir pour progresser vers plus de lumière…

Et vous, quel vœu déposeriez-vous sur le dessus de la corbeille ?

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Illustrations : 1/ »Oiseaux »  Petr Ivanovitch Borisov   1800-1854  2/ »Étude de plumes »  Dirk Salm  1803-1838.

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Souhaiter…

BVJ – Plumes d’Anges.