Chercher, pour retrouver…

25 janvier 2026

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« Je vous dirai la couleur

des choses invisibles

la couleur qu’on entend

la couleur qu’on respire

 

la guirlande bleue du violon

et la pourpre des guitares

le vert profond du vent

dans le soir

et l’or fragile

d’une caresse

 

Je vous dirai la voix perdue

dans l’indigo des solitudes

et le calme orangé

près des yeux doux qu’on aime

 

Je vous dirai l’arc-en-ciel

qui naît en vous

de la patience et de l’oubli

de la défaite du silence

et du geste réconcilié

 

Car comme vous j’aime et je vis

dans l’arc-en-ciel de mes songes. »

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« Oui je sais que

la réalité a des dents

pour mordre

que s’il gèle il fait froid

que un et un font deux

 

Je sais je sais

qu’une main levée 

n’arrête pas le vent

et qu’on ne désarme pas

d’un sourire

l’homme de guerre

 

Mais je continuerai à croire

à tout ce que j’ai aimé

à chérir l’impossible

buvant à la coupe du poème

une lumière sans preuves

 

Car il faut être très jeune

avoir choisi un songe

et s’y tenir

comme à sa fleur tient la tige

 

contre toute raison. »

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« Marche, n’arrête pas de marcher

d’ouvrir les portes

de soulever les pierres

de fouiller dans le tiroir de l’ombre

de creuser un puits dans la lumière.

 

Cherche, n’arrête pas de chercher

les traces de l’oiseau dans l’air

l’écho dans le ravin

l’incendie dans les neiges de l’amandier

 

tout l’ignoré

le caché l’inconnu

le perdu

Cherche tu trouveras

le mot et la couleur de ton poème. »

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Retrouver son âme,

– même si le chemin s’avère long et difficile –

l’esprit libre, vierge des « diktats » que certains

aimeraient nous imposer au travers des médias et des réseaux,

être curieux de ce qui se cache de précieux dans les tréfonds du cœur.

Tout Homme est un poète, s’il le veut,

s’il cherche en lui les mots justes et sincères,

leur musique, leur couleur, leur grâce, leur élégance…

Il lui faut pour cela en avoir l’intention, 

initier un mouvement, tenter, tâtonner, être patient,

puis trouver ou plutôt retrouver la joie éternelle

d’un voyage au pays de l’imagination…

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Poèmes de Jean-Pierre Siméon – trouvés sur le net.

Illustrations : 1/ « Paysage avec un lac »  4/ « Paysage de la vallée du Rhin »  Marten Rickaert  1587-1631 

 2/ « Liseron »  3/ « Clématite »  Barbara Regina Dietzsch  1706-1783.

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Retrouver notre âme…

BVJ – Plumes d’Anges.

 

À chacun sa voie…

18 janvier 2026

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« … Dans d’autres recoins des Alpes, les montagnes sont désormais habitées, et pas seulement par des animaux. Au moment où la colline des Gures se peuplait de blocs erratiques, des chasseurs magdaléniens s’installaient déjà dans les massifs préalpins du Vercors ou de la Chartreuse. À la faveur d’un climat encore plus clément que celui que nous connaissons aujourd’hui, les cols deviennent accessibles et permettent aux tribus nomades du Néolithique de coloniser les terres d’altitude. Elles y développent de petites cultures, pratiquent la chasse et l’élevage, et cherchent des minerais pour fabriquer leurs outils…

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… Nul ne sait pourquoi les « glacières » se sont mises à descendre aussi bas dans la vallée. Pendant la première moitié du millénaire, elles sont restées tapies en altitude – peut-être encore plus haut qu’aujourd’hui. Mais depuis la fin du XVème siècle, le climat s’est dégradé. L’hiver, les chutes de neige sont devenues considérables, provoquant des avalanches meurtrières : onze victimes au Tour en 1634, cinq autres trente ans plus tard à Vallorcine, où un petit hameau situé près de l’église a dû être abandonné. L’été, des semaines d’averses pourrissent les récoltes. Tout le monde ne mange pas à sa faim… Les habitants se doutent que tout ce froid doit être pour quelque chose dans l’avancée des glaciers. Mais ils l’attribuent aussi à la volonté de génies malfaisants qui règnent sur les montagnes…

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... On leur raconte aussi qu’autrefois, cette vallée n’était pas recouverte de glace, et qu’en la remontant, on pouvait par un sentier rejoindre le Val d’Aoste via le col du Géant. Légende ou réalité, les Chamoniards prouvent en tout cas qu’ils connaissent le caractère fluctuant des glaciers…

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… La déroute de Napoléon permet au royaume de Sardaigne de remettre la main sur la Savoie en 1815, suite au congrès de Vienne. Cette fois, les Chamoniards ne voient aucun avantage à retourner dans le giron sarde. Leur nouveau souverain, Victor-Emmanuel Ier, mène une politique réactionnaire qu’ils n’apprécient guère. Ils vont se sentir délaissés au profit de communes plus importantes de la vallée de l’Arve, Sallanches et Bonneville, que les successeurs du roi, Charles-Félix puis Charles-Albert visitent régulièrement.

Période décidément bien sombre au pied du mont Blanc. En avril 1815, le volcan indonésien Tambora, qui dépasse les 4000 mètres d’altitude, est décapité par une éruption d’une puissance rare. Il perd 1500 mètres de hauteur. Des milliers de personnes sont tuées sur le coup, et d’épais nuages de poussière se répandent sur tout le globe terrestre. Le climat s’en trouve modifié pour plusieurs années. Dès 1816, en Europe comme en Amérique, on observe un sérieux refroidissement, au point de parler d’une année sans été. À Chamonix se succèdent averses de pluie et de neige, les récoltes sont détruites. Pour ne pas mourir de faim, on en vient à consommer des herbes sauvages. Les consorts d’Argentière vendent leurs alpages de Balme aux habitants des Houches contre du grain.

Cet accident climatique ne fait que renforcer l’offensive des glaciers. Le petit âge glaciaire atteint son paroxysme en cette première moitié du XIXème siècle, et les processions n’y peuvent rien. La Mer de Glace recouvre toute une partie du village des Bois. Aux Bossons, le glacier, après avoir détruit forêts et cultures sur son passage, menace le village et la route de Chamonix… »

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Un livre magnifique dont la couverture toilée rouge vif attire d’emblée notre regard.

« Le roman de Chamonix » de Sophie Cuenot est une lecture délicieuse richement illustrée,

une mine d’informations extraites d’archives, sur la période allant de – 16 000 à 2023.

Des centaines de sujets sont abordés , depuis les temps anciens jusqu’à nos jours.

Les Hommes se sont succédé dans cette vallée parfois douce parfois hostile,

courageux et solidaires

ils ont lancé et relevé des défis incroyables

en grimpant vers les cimes inconnues,

en construisant plus tard téléphériques, trains, refuges, tunnels…

Tout ne fut pas simple, crues, inondations, avalanches,

tremblement de terre important en 1905,

éboulements, déraillement du train de Montenvers en 1927,

crash du Malabar Princess en 1950 et du Kangchenjunga en 1966,

terrible incendie dans le tunnel du Mont Blanc en 1999 …

pour ne citer que le 20ème siècle.

Les amoureux de la montagne et de Chamonix vont apprécier

ce livre bien écrit, bien construit qui nous transporte haut et loin,

qui nous montre que la Nature est vivante,

que tout change, évolue, disparait et se recrée à l’infinie.

UN GRAND MOMENT, une lecture passionnante ! 

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« Le vent des montagnes

Dans la clochette

Un puissant désir de vivre »

Taneda Santoka

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Extraits de : « Le roman de Chamonix »  2023  Sophie Cuenot (iconographie de Catherine Cuenot, sa maman)

Illustrations : 1/« Sources de l’Arveyron »  Samuel Birmann 1793-1847

   2/« La Mer de Glace, Montanvers »  Carl Ludwig Hackert  1740-1796.

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Croire en notre force… 

BVJ – Plumes d’Anges.

Lames de verre…

11 janvier 2026

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La Cathédrale Basilique de la Major à Marseille, construite entre 1852 et 1893,

d’inspiration byzantine avec cette alternance de pierres claires et foncées,

de clochers et de coupoles, marque en bord de mer un espace entre Orient et Occident.

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L’exposition « Lumières célestes » de Marcoville,

(exposition gratuite du 25 octobre 2025 au 10 mars 2026)

nous offre un émerveillement total,

le verre y est travaillé, teinté, sablé, ciselé, empilé par couches…

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Marc Coville (Marcoville), sculpteur français, homme discret et modeste, né en 1939,

est un artiste contemporain connu dans le monde entier.

Il crée des œuvres monumentales à partir d’objets de récupération,

avec une patience d’Ange il explore la matière et la métamorphose en beauté !

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Un jardin d’Eden nous accueille, fleurs et arbres attrapent la lumière,

la Nature est là, elle nous invite à aller plus loin sur notre chemin de vie,

à créer, à transformer les choses les plus simples, les plus vulgaires même,

en fééries imaginaires.

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600 anges et 30000 poissons de verre (colonne de 10 mètres de haut)

sont suspendus dans la nef principale,

ils veillent, s’agitent, s’immobilisent un instant,

brillent, disparaissent à l’instant suivant.

Les fonds marins et la voute céleste se côtoient

dans une poésie totale et irrésistible, l’émotion est immense.

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Dans les nefs latérales, 50 Vierges transparentes, noires, dorées ou blanches,

venues de tous horizons, sont descendues sur terre,

tenant leur précieux enfant dans les bras, ils vibrent… à l’unisson,

l’humain et le divin s’épousent simplement et majestueusement.

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Leurs mains ouvertes nous interpellent,

elles aimeraient créer du lien, dire ou témoigner… 

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Vous l’aurez compris, j’ai été conquise par cette exposition,

l’artiste Marcoville est présent quelques jours par mois dans la Cathédrale,

il anime des ateliers avec des enfants…

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« L’âme est une fleur délicate exposée au vent de la destinée.

Les brises du matin la secouent et les gouttes de rosée lui ploient le cou.

Comme la fleur prend de la terre son parfum et sa vie,

l’âme tire de la matière et de ses torts une force et une sagesse. »

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Khalil Gibran

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Photos BVJ – Janvier 2026  Exposition Lumières célestes – Marcoville – Marseille.

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Révéler l’âme du verre… …

BVJ – Plumes d’Anges.

Dires de la forêt…

2 janvier 2026

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« Pas une mince affaire

Que d’être né humain

Crépuscule d’automne »

Kobayashi Issa

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Hiver… Je suis debout, toujours debout,

je cultive ma bonne santé, ma force vitale est au repos,

je réfléchis, j’observe le monde

et tente de déterminer ce que je veux vraiment incarner

au plus profond de mon bois de cœur, dans le printemps futur.

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L’énergie circule doucement,

le froid, certains matins griffe mon âme,

la neige vient faire la fête silencieusement,

des vents parfois violents brisent mes ailes,

le soleil, quand il apparaît, est encore pâle…

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Mais je suis patiente,

il y a toujours des épreuves à traverser et je les traverserai,

 je sens que cette année est un peu spéciale,

il va falloir donner le meilleur de soi-même

et rester plus que jamais sur le chemin de la paix.

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Bientôt je choisirai un nouveau feuillage, vert espérance,

pour créer un doux espace où se ressourcer.

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Je vous souhaite joie et sérénité pour 2026,

ouvrons grand notre cœur !

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« Jeunes pousses de fougère

Ouvrant leurs petits poings

Enfin le printemps »

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Sôseki

Photos BVJ – Forêts italiennes.

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Cultiver la bienveillance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Blanche nuit…

21 décembre 2025

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« … Si l’on considère les différents aspects de la montagne suivant les saisons, on voit, en hiver, lorsque le temps est clair, les deux aiguilles du sommet, que l’on nomme les cornes, se dresser toutes blanches sur le bleu du ciel. Les glaciers, les pentes à leur pied sont immaculées ;  même les grandes murailles à pic sont comme vernies par le givre et la couche de glace qui les revêt. Toute cette masse imposante, éblouissante, domine comme un palais enchanté la surface grisâtre des forêts qui montent jusque là.  (…)

Pour faire l’ascension de la montagne, on prend un chemin bien tracé, orienté au sud, qui monte jusqu’au col réunissant le pic avec ses deux cornes à un autre sommet. On traverse une épaisse sapinière. Au moment de redescendre sur l’autre versant, on rencontre une colonne peinte en rouge élevée en souvenir d’un boulanger trouvé mort à cet endroit. Une peinture le représente avec sa corbeille de pains, une inscription rappelle l’accident et demande aux passants une prière pour le défunt. Ici on quitte le chemin et on oblique en suivant l’arête du col. Les sapins s’écartent un peu, formant une sorte de sentier…

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… Après avoir bavardé un moment, elle pressa le petits de se mettre en route.

– Fais bien attention de ne pas prendre froid, Sanna, dit-elle. Ne te mets pas en nage à courir sous les arbres ou dans les prés. Le vent se lèvera vers le soir, vous ne pourrez plus marcher aussi vite. Embrassez bien papa et maman pour moi et souhaitez-leur un joyeux Noël.

Elle les serra dans ses bras et les accompagna jusqu’à la porte du jardin.

Conrad et Suzanne repassèrent près des moulins aux glaçons et traversèrent les prés. Lorsqu’ils atteignirent la lisière du bois, quelques flocons blancs commençaient à tomber.

– J’avais bien dit qu’il neigerait, dit le garçon. Te rappelles-tu quand nous avons quitté la maison ce matin comme le soleil était rouge ? Tout à fait comme une lampe d’autel. Maintenant on ne le voit plus, le ciel est tout gris et regarde le brouillard au dessus des arbres. Cela ne trompe jamais…

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…C’était le moment où, dans le village, les fenêtres s’éclairaient l’une après l’autre. Ce soir, veille de Noël, de nombreuses bougies étaient allumées sur les petits sapins chargés de cadeaux, de boules et de fils brillants. Dans toutes les maisons, tous les chalets, toutes les chaumières le petit Jésus avait distribué ses largesses. Bien que Conrad se fut imaginé qu’il aurait vite fait de descendre du sommet de la montagne jusqu’à la vallée, aucune de ces nombreuses lumières n’était visible aux deux pauvres égarés dont les yeux anxieux se posaient sur la neige blême et le ciel sombre. Toutes les clartés, tous les bruits de fête étaient perdus pour eux dans un lointain invisible. Pendant que d’autres enfants avaient les bras chargés de jouets et de bonbons, tous deux, assis au bord du glacier, ignoraient même que les cadeaux qui leur étaient destinés étaient dans les paquets posés sur le sol de la grotte… »

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Un merveilleux petit conte de Noël, un peu suranné mais tout à fait charmant, dont l’histoire se passe en montagne. La vie d’une vallée à l’autre est différente mais « les traditions ancestrales » demeurent ancrées dans les villages. Ces deux enfants partis tôt le 24 décembre de Gschaid pour aller embrasser leurs grands-parents à Millsdorf, à trois heures de marche dans la vallée voisine, ne pensaient pas vivre une telle aventure. Adalbert Stifter nous raconte cette veillée, il nous décrit les paysages ou ce qu’ils en distinguent, le froid, la beauté ahurissante qui brille sous les étoiles, il décrit les bruits de la nuit en pleine nature, les craquements du glacier … et nous fait vivre là un suspense grandissant au fil des heures. Cet auteur excelle dans l’art de la description, ses mots sont pesés et bien à propos.

J’ai aimé cette nouvelle, elle rappelle notre enfance, parle de la richesse des sommets, de famille, de courage, de solidarité, valeurs un peu évaporées dans nos villes et dans notre nouveau monde…

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En ce jour du solstice d’hiver,

je vous souhaite à toutes et à tous un Noël joyeux, de belles fêtes de fin d’année,

qu’elles soient paisibles, sereines, joyeuses et lumineuses

et je vous dis à l’année prochaine…

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Extraits de : « Cristal de roche »  Adalbert Stifter  1805-1868.

Illustrations : 1/ « Glacier inférieur de Grindelwald »  2/ « Glacier de Grindelwald »  Caspar Wolf  1735-1783   3/ « Traditions de Noël »  Adolph Tidemand  1814-1876.

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Que triomphe la lumière ! 

BVJ – Plumes d’Anges.

Vers des sommets…

7 décembre 2025

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« Ici commence la liberté.

La liberté de bien se conduire.

 

Voici l’espace, voici l’air pur, voici le silence,

Le royaume des aurores intactes et des bêtes naïves.

Tout ce qui vous manque dans les villes,

est ici préservé pour votre joie.

 

Enterrez vos soucis et emmenez vos boites de conserves.

Les papiers gras sont les cartes de visite des mufles.

 

Ouvrez vos yeux et vos oreilles, fermez vos transistors.

Pas de bruit de moteur inutile, pas de klaxons.

 

Écoutez les musiques de la montagne.

 

Récoltez de beaux souvenirs, mais ne cueillez pas les fleurs.

N’arrachez surtout pas les plantes : il pousserait des pierres.

Ne mutilez pas les fleurs, marchez sur les sentiers.

 

Il faut beaucoup de brins d’herbes pour tisser un homme.

 

Oiseaux, chevreuils, lapins, chamois,

Et tout ce petit peuple de poil et de plume

ont désormais besoin de votre amitié pour survivre.

Déclarez la paix aux animaux timides.

Ne les troublez pas dans leurs affaires

L’ennemi des bêtes est l’ennemi de la vie.

 

Afin que les printemps futurs réjouissent encore vos enfants ! « 

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Samivel poète et randonneur.

(poème trouvé sur le net)

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J’entends au loin  l’appel de la neige et celui des montagnes, 

je vais admirer les cimes pures qui transpercent les cieux et celles auréolées de brume, 

je pars écouter le silence et me fondre dans le grand blanc des flocons légers…

 Lumineuse semaine à toutes et à tous, à bientôt.

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Illustrations : 1/ « Sommets enneigés »  John Williamson  1826-1885  2/ « Paysage de montagne »  Franz Schreyer  1858-1938.

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Vivre le blanc, avec légèreté…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bonne voie…

30 novembre 2025

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« … Afin d’être encore plus étroitement claquemuré, il fit mettre des bourrelets aux portes et aux fenêtres et quand ses amis, car il en avait encore, cherchaient à le raisonner, ils les regardait d’un air de mépris, leur faisait entendre qu’il les jugeait stupides et ne tenait pas à les voir. Aussi ne tardèrent-ils pas à se lasser de ce fou et ils l’abandonnèrent à sa misanthropie. On pouvait à présent comparer ce malheureux à une tour isolée, si bien blanchie et ravalée que les hirondelles et les corbeaux n’y peuvent plus nicher. La tour domine toujours la plaine mais la vie s’en est retirée.

Tiburius fut ravi d’avoir enfin la paix ; il se frotta les mains avec satisfaction, décidé à entreprendre ce qu’il souhaitait depuis longtemps : à savoir se soigner sérieusement. Il n’avait pas encore essayé, bien que sa maladie fut une chose avérée. Il résolut donc de suivre un traitement et afin de pouvoir se consacrer entièrement à ce projet, il chargea un domestique de veiller sur sa garde-robe, confia l’entretien du mobilier à son valet de chambre et à l’intendant la mission de toucher ses revenus. Quant aux propriétés, le vieux régisseur continuait à les gérer comme auparavant.

Il se procura immédiatement tous les livres traitant du corps humain, les rangea dans l’ordre où il voulait les lire. Dans les premiers, bien entendu, il n’était question que d’organes normaux, et ceux-là n’étaient pas les plus intéressants. Mais lorsqu’il s’attaqua aux ouvrages de pathologie, sa stupéfaction fut grande en retrouvant tous les symptômes qu’il observait sur lui-même…

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Il faisait une chaleur étouffante lorsque, dans l’après-midi, la berline, bien close, pénétra dans une étroite vallée et remonta le cours d’un torrent aux eaux vertes et bouillonnantes. Puis les montagnes s’écartèrent, la voiture passa devant un bâtiment d’où s’échappait un nuage de vapeur. C’était, dit le cocher, la source thermale qui jaillissait du sol et on touchait au terme du voyage. Bientôt la berline roula dans les rues de la ville d’eaux, déserte à cette heure caniculaire.  À peine pouvait-on deviner un œil inquisiteur, épiant par l’entrebâillement d’un volet ou d’un rideau, derrière les fenêtres closes.

Tiburius avait fait retenir un appartement à l’hôtel. Tandis que tout le monde s’affairait à porter les bagages entassés dans la berline, il s’assit devant une petite table peinte en jaune et chercha à mettre de l’ordre dans ses idées. Il était donc enfin au bout de cette inquiétante expédition et les paroles ironiques du petit docteur avaient porté leurs fruits…

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... Un sentier bien tracé s’enfonçait sous bois et Tiburius en s’y engageant ne put s’empêcher de penser à ce fou de petit docteur qui se donnait tant de peine pour préparer des terreaux pour ses rhododendrons et ses bruyères alors que ces plantes poussaient ici tout naturellement. Il se promit de raconter cela à son voisin dès son retour.

Le promeneur suivait le sentier, distrait par tout ce qu’il rencontrait. ici les boules de corail de la canneberge flamboyaient à côté de lui, ailleurs la myrtille dressait son feuillage luisant et ses baies violacées. Les arbres se resserraient, le sous bois devenait plus touffu avec çà et là, l’éclat lumineux d’un tronc de bouleau. le sentier continuait sans changer d’aspect mais peu à peu cependant, la sapinière s’assombrit, se resserra, une brise plus fraîche siffla dans les branches et incita Tiburius à rentrer de crainte d’un refroidissement. D’ailleurs, en regardant sa montre, il s’aperçut qu’en tenant compte du retour, il dépasserait le temps habituellement consacré à prendre de l’exercice. Il fit donc volte-face et n’étant plus attiré par mille choses nouvelles, marcha plus vite. Le sentier courait toujours à travers bois. Au bout d’un moment Tiburius s’étonna de ne pas apercevoir la muraille rocheuse qu’il avait côtoyée au départ. Puisque à ce moment là elle était à sa droite, maintenant il aurait dû l’apercevoir à gauche. Sans doute avait-il été si distrait par cette promenade qu’il avait fait plus de chemin qu’il ne le pensait. Il continua donc patiemment dans la même direction en pressant le pas.

Mais la falaise rocheuse restait toujours invisible. L’inquiétude le saisit. La forêt était manifestement plus sombre que tout à l’heure… »

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Théodore Kneigt, surnommé Tiburius, né d’un père excentrique, riche propriétaire plein de lubies successives et d’une mère aimante à l’excès craignant sans cesse pour sa santé, éduqué par un précepteur plus qu’étrange et un oncle original, tous lui forgèrent une personnalité hors du commun. À leur mort, il fut à la tête d’une fortune considérable. Il s’entoura de magnifiques objets, choisit les plus beaux vêtements, s’initia à la musique puis à la peinture, commanda de nombreux livres… une ribambelle de passions qui le lassaient très vite. Il sombra alors dans une certaine mélancolie, se sentit malade, s’enferma chez lui pendant de longs mois.

Un jour, un autre original s’installa dans la propriété voisine. Il était médecin mais n’exerçait plus son art, sa passion allait vers son jardin et du matin au soir, il s’en occupait avec amour. Tiburius lui rendit visite de plus en plus souvent, sous de nombreux prétextes, cette incroyable rencontre allait changer sa vie, le petit docteur était intuitif. Je vous laisse découvrir la suite…

J’ai adoré ce texte, fort bien écrit et traduit. L’auteur dépeint talentueusement les paysages et les situations, il ne manque pas d’humour et mine de rien nous tient en haleine tout au long de ces soixante pages. Il nous donne envie de partir et d’arpenter ces sentiers de montagne, c’est aussi une invitation au voyage intérieur : nous cheminons vers l’inconnu, parfois nous nous perdons puis nous retrouvons la bonne voie grâce à certaines rencontres.

« Admiré par Nietzsche, Hermann Hesse ou Thomas Mann, Adalbert Stifter est une figure majeure des lettres allemandes » peut-on lire sur la quatrième de couverture. Un conte à lire et à offrir, oh, cela tombe bien, c’est bientôt Noël !

Aifelle en avait parlé —>

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Extraits de : « Le sentier dans la montagne »  Adalbert Stifter  1805-1868.

Illustrations : 1/ « Rapides » 2/ « Sentier de montagne » 3/ « Forêt »  Arseny  Meshchersky  1834-1902.

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Croire au pouvoir de l’intuition…

BVJ – Plumes d’Anges.

Balade en pommeraie…

23 novembre 2025

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« … La nature est une source perpétuelle d’émerveillement et de joie pour celui qui est « ouvert de cœur ». L’harmonie sous-jacente que l’on pressent derrière les phénomènes naturels étonne. La simple vision d’un cristal de roche au sein de sa gangue fascine. L’homme a l’impression de ne plus être seul. Il se sent porté par un ordre caché, comme un secret enfermé au fond des choses, et cela engendre la joie, une expansion de son être. Le mathématicien D’Arcy Wentworth Thompson a longuement étudié dans son magnifique ouvrage, Forme et croissance, cette capacité de la nature à géométriser que l’on retrouve aussi bien dans le développement d’un coquillage comme le nautile ou les assemblages de cristaux rhomboédriques.

Les Anciens percevaient le doigt de Dieu à l’œuvre derrière les nombreuses merveilles de la nature. Ainsi Louis de Blois, un mystique liégeois oublié du XVIème siècle, s’émerveille du nombre des étoiles, des grains de sable qui sont au fond de la mer et sur la terre, des plumes des oiseaux, des écailles des poissons, du dessin des poils des animaux, de l’ordonnance des cieux, de la structure du corps humain, de « l’art surprenant que révèle une simple feuille d’arbre », et il conclut : « Partout vous reconnaitrez une harmonie, un accord et une beauté merveilleuse… »

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Extrait de : « Petit traité de la joie »  2015  Erik Sablé.

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Petite balade, cueillette joyeuse de quelques pommes…

En coupant ce fruit en deux dans le sens perpendiculaire à son axe, nous pouvons admirer une étoile à cinq branches au centre des deux moitiés. Quel bon présage ! On ne peut que s’émerveiller face à la beauté de ce fruit de la connaissance.

Et si par hasard le grand froid qui s’est abattu sur nous vous inspire un besoin de douceur,  ce gâteau d’automne simple à réaliser comblera vos espérances.

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– LA FLOGNARDE LIMOUSINE –

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Ingrédients : 5 pommes, 4 œufs, 45 g. de sucre, 80 g. de farine, 25 cl. de lait, 2 c.à soupe de rhum.

Réalisation : Peler les 5 pommes, les couper en morceaux, les mettre dans une poêle avec 60 g. de beurre et 15 g. de sucre. Cuire à feu vif, jusqu’à ce que les fruits soient bien dorés. Les mettre au fond d’un moule beurré.

Battre les 4 œufs, ajouter le sucre en poudre, la farine, le lait et le rhum.

Verser cet appareil sur les pommes.

Saupoudrer, si le cœur vous en dit, d’un peu de cannelle.

Enfourner environ 45 minutes à 180°/190°.

Attendre le refroidissement avant de démouler et… déguster !

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Recette trouvée sur Instagram, réalisée par monsieur Plumes d’Anges.

Illustrations : 1/ « La cueillette des pommes »  Camille Pissaro  1830-1903  2/ « Pommes rouges »  Elizabeth Okie Paxton  1878-1972.

Photo BVJ

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S’ouvrir à la joie du moment…

BVJ – Plumes d’Anges

Étoffes…

16 novembre 2025

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« Devant le chrysanthème blanc

les ciseaux un instant

hésitent « 

Yosa Buson

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Livre d’échantillons de soie façonnée – Maison Bianchini Férier.

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Planches d’impressions – Raoul Dufy.

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Gouaches préparatoires – Raoul Dufy.

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Composition florale – Gouache sur papier – Raoul Dufy – Maison Bianchini Férier.

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« Le cortège d’Orphée »  Soie façonnée – Raoul Dufy – Maison Bianchini Férier.

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Robe de Paul Poiret – Raoul Dufy.

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Robe de Paul Poiret – réédition – Raoul Dufy.

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Antony Powell – robes créées pour My Fair Lady au Chatelet 2019 – Raoul Dufy.

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Catherine Leterrier – Robe en crêpe de Chine Violetta créée

pour l’opéra La Traviata – Chorégies d’Orange 2009 – Raoul Dufy .

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Catherine Leterrier – Déshabillé motifs éléphants et guépards – Valérie Lemercier Film 100% Cachemire – Raoul Dufy .

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« Si profonde

cette belle-de-jour

à la couleur d’abîme « 

Yosa Buson

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Raoul Dufy (1877-1953) entre à l’age de seize ans à l’École municipale des Beaux-Arts du Havre pour y suivre les cours du soir. Il y rencontre d’autres artistes, partage un atelier avec Othon Friesz puis entre aux Beaux Arts de Paris, expose au Salon des Indépendants…

Dessinateur, peintre, graveur, illustrateur, décorateur, grand voyageur, Dufy est vraiment un artiste aux multiples facettes, son inventivité est constante, il poursuit toute sa vie des recherches esthétiques dans de nombreux domaines. Ses sources d’inspiration sont la nature (les fleurs, les arbres, les animaux -souvent exotiques, les oiseaux, les papillons…), les activités humaines, la mythologie… C’est une peintre du mouvement, tout est bondissant dans son œuvre. Des musiciens comme Bach et Mozart l’enchantent, ses dessins vivent au rythme de sonorités musicales, la joie est omniprésente dans le trait et la couleur.

Il réalise en 1910 les illustrations pour « Le cortège d’Orphée de Guillaume Appolinaire – bois gravés, formes stylisées d’animaux – ce travail très apprécié sera le prélude à des collaborations décisives.  Deux rencontres sont importantes pour lui, celle de Paul Poiret d’abord, ensemble ils créeront avec le chimiste  Edouard Zifferlin « La Petite Usine », atelier de réflexion et d’expérimentation sur les tissus, puis celle de Charles Bianchini, célèbre soyeux lyonnais, à la tête de l’atelier Bianchini Férier, l’homme est séduit par l’inventivité du peintre qui  deviendra de 1912 à 1928 son artiste-décorateur attitré.

De nos jours des créateurs contemporains, des costumières et costumiers du monde du théatre et du cinéma, des architectes d’intérieur font vivre et revivre  les joyeux motifs de Raoul Dufy, quelle merveille !

Exposition qui se termine aujourd’hui, j’aurais pu vous montrer d’autres photos mais « Point trop n’en faut » dit le proverbe ! Hommage à un grand talent qui a su insuffler au monde de la mode et de la décoration sa joie de vivre et de créer…

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Photos BVJ – Exposition « Raoul Dufy et la mode » – 18 juillet-16 novembre 2025. 

Musée de la Banque – Hyères les Palmiers.

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Tisser les fils de la création poétique et artistique…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chemin étoilé…

9 novembre 2025

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« … Sache que tu es le Maître. Celui qui aime Être.

Le monde des apparences et toutes les illusions qui se présentent devant toi proviennent du dedans.

Tu en es le Créateur.

Alors continue à grandir dans le royaume de la clarté et garde tes pensées dans la Lumière.

Tu es UN avec le Cosmos, une flamme et un enfant de la Lumière.

En toi, se trouve ta connexion avec le Tout Rayonnant de Lumière.

C’est pourquoi je te mets en garde : ne laisse pas tes pensées s’égarer vers la croyance que la Lumière provient de l’extérieur de toi. »…

Table VII – Les Tables d’Émeraude – Hermès Trimégiste.

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... Quand j’ai commencé il y a plus de 45 ans, le bois, matériau séculaire qu’on utilise depuis l’age des lacustres, n’était plus au goût du jour pour beaucoup, voire passé de mode.

Un jour pas fait comme les autres, je prends conscience que le bois est vivant. Un arbre traverse ses printemps, ses étés, ses automnes et ses hivers. Comme pour chaque être, il devra à un moment céder sa place. Il est noble, il sent bon, il émane de lui une vibration éminemment positive. Je transforme un matériau qui a vécu, grandi, souffert aussi. Je l’aime et je le respecte. Postérieurement, je souhaite transmettre ce message aux personnes qui le travaillent et à celles qui vont l’accueillir auprès d’elles. 

Je mets tout en œuvre pour honorer le cycle de notre « Prima Materia ». Les compagnons anciens du Saint Devoir avaient une citation merveilleuse quand ils bâtissaient les cathédrales. Ils l’ont gravée sur le tympan de nombreuses abbatiales médiévales, « La main est esprit ». Simplement exprimé, quand la main se relie à la tête et au cœur, l’œuvre d’art devient possible…

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... À ce stade de nos pérégrinations, notre sublime Mullah Nasr Eddin nous assène une de ses vérités salutaires bien à lui : « Un jour, il entra dans une maison de thé en déclamant : « La lune est plus utile que le soleil ! » « Mais pourquoi donc, cher Mullah  cette affirmation ? » « Eh parbleu, c’est parce que c’est surtout quand il fait nuit que nous avons besoin de lumière ! »

Si l’âne à la lyre nous dévoile le nombre 7, le narthex de Chartres, lui, nous dévoile le nombre 3 et les 4 éléments.

Lorsque je lève les yeux, je vois un grand carré de pierre qui contient le cercle de l’admirable rosace sud-ouest. Ces deux figures géométriques sont surmontées d’un grand trigone au sommet duquel est sculptée la statue du Christ en Gloire, symbolisant la Quintessence ou la Conscience de l’Homme Réalisé, il est l’étoile à cinq branches. Géométriquement, chacune des figures se contient l’une dans l’autre. Le carré représente l’imperfection du monde terrestre, la matérialité, les 4 points cardinaux, les quatre saisons et il figure l’élément Terre… » 

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Merveilleux et riche livre du suisse Thomas Büchi, Maître charpentier, président fondateur du groupe Charpente-concept depuis 1991, consulté à titre d’expert pour la reconstruction de la Forêt de Notre-Dame ; c’est à lui et à son équipe que l’on doit entre autres choses, le nouveau refuge du Goûter sur le Mont Blanc.

Jeune lycéen, il suit une filière scientifique quand brutalement il décide de changer de voie. Amoureux du bois, le métier de charpentier devient pour lui une évidence. Son père souffleur de verre passionné d’ésotérisme l’assure de son soutien. La route est longue, il devient d’abord menuisier, puis charpentier. Au fil du temps, il est initié par des Maîtres aux secrets des Bâtisseurs du Moyen age. Puis sa vision s’élargit. Grand sportif, judoka, il grimpe des sommets mythiques, recherchant perpétuellement l’harmonie et la beauté, il voyage vers de lointaines contrées, le Machu Picchu, les pyramides de Gizeh, les grandes Cathédrales, le Camino et leurs signes alchimiques…

Il cherche à décrypter, à comprendre, nous explique de façon claire la coudée royale, la coudée égyptienne, le rectangle d’or, la divine proportion, les réseaux Hartmann et Curry (là, je vous l’avoue, totalement ignorante, je n’ai pas tout compris, il me faudra approfondir le sujet) et se rend compte que TOUT repose sur la géométrie sacrée.

Humblement, voulant transmettre son savoir, sous forme de journal, il raconte et espère attiser notre curiosité, nous amener à suivre le fil d’or tissé par ces grands Bâtisseurs. 

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Extraits de : « Fragments de lumière – Sur la Voie ésotérique des Bâtisseurs »  2024  Thomas Büchi.

Illustrations : 1/ « Tableau comparatif des principales montagnes du globe terrestre »  Louis Bruguière  XIXème  2/ « Manuscrit Sur les propriétés des choses – Zodiaque »  Barthélémy l’Anglais  1202-1272  3/ « Tableau comparatif de la hauteur des principaux monuments »  Œuvre anonyme.

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Tout est à re-trouver…

BVJ – Plumes d’Anges.