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« … Un matin de l’été mille-neuf-cent-soixante-cinq, peu après le passage de la benne à ordures, la verroterie des dernières étoiles a cessé de scintiller, et la nuit noire du monde a majestueusement cédé sa place aux rayons poétiques et très anciens du soleil. À peine plus tard, le jardin jouxtant la remise, avec ses zinnias aussi colorés que des oiseaux, s’est avancé de quelques pieds, le ciel a pivoté sur lui-même dans un petit bruit d’essieu, puis j’ai installé en plein milieu de l’allée la vieille caisse à oranges descendue du grenier. Alors, Enzo, le plus vieux de la famille (onze ans), est monté dessus et a lu pour nous son discours très émouvant, écrit très phonétiquement, sur la beauté des êtres et des choses. Ensuite la vie a passé durant quelques heures et nous avons attendu, petits enfants frétillants et attendris, que quelques nouvelles fraîches nous parviennent. Finalement la téléphone a sonné et, quand Enzo a décroché, nous nous sommes agglutinés tous les cinq autour du combiné, c’était papa qui de l’hôpital nous annonçait que notre petit frère Zénon, le dernier d’entre nous, venait de naître. À présent que nous étions enfin tous réunis, notre histoire pouvait commencer…
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… Presque toute notre pensée s’expliquait par la joie. La malchance, les éraflures aux genoux, les effondrements, certains ciels de catastrophe, les portes refermées sur la nuit noire, rien de tout ça ne venait à bout de notre émerveillement devant le spectacle d’un renard croisant notre chemin dans le sentier, de la courbe harmonieuse d’une colline, ou d’une étoile placée à la verticale de la maison. Maman, qui s’étonnait de notre prédisposition pour le bonheur, allait trouver notre père au salon et lui demandait, intriguée et réjouie : « Mais comment est-ce possible ? On dirait que la tristesse n’a pas de prise sur eux. » Papa, initié par Nietzsche aux subtilités philosophiques, répondait : « Oh, fie-toi sur moi : ils peuvent être tristes, plus tristes qu’un jour de pluie. Seulement, la beauté les guérit de tout. » Je suis heureux de le confirmer : statistiquement, lorsque nous nous exprimions sur les grandes questions existentielles, nous nous trompions trois fois sur quatre. Mais, concernant la place et le rôle de la beauté et du bonheur dans la personne humaine, nous étions très sûrs de ce que nous avancions…. »
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C’est l’histoire de six enfants aux prénoms exquis – Enzo, Zelda, Elliot, Arthur, Zénon et Léonard, le narrateur – et de leurs parents, ils s’aiment tous profondément. Ils ont choisi de vivre à la campagne, dans un petit village, en compagnie de Ringo, le bouc chevelu. La joie est omniprésente, la fantaisie aussi. Tout ce petit monde se déplace à bord d’une Chevrolet Bel Air 1961, le père écrit des vers, de mauvais vers mais personne ne lui dit qu’ils sont mauvais pour ne pas le blesser. Ils ont un ami voisin, le fermier philosophe Bertin, toujours présent dans les moments importants. Ils aiment discuter des grandes questions existentielles mais apprécient aussi « la rigolade », ils jouent dans les collines, la vie semble parfaite. Mais un jour la maman est atteinte d’un cancer…
Ce n’est pas un livre triste, c’est un livre d’une grande beauté, d’une délicatesse infinie. À travers des chapitres courts ponctués de petites leçons de bonne vie, il nous relate les joies du quotidien et le talent de chacun pour transformer le chagrin. L’auteur nous raconte cette histoire avec des mots aussi fins que de la dentelle, le texte est poétique et sensible, les héros pleins de dignité, d’empathie et riches d’un amour sincère les uns pour les autres.
J’avais adoré « Le Roitelet « , je suis tombée sous le charme de « Le vent léger « ,
Jean-François Beauchemin est vraiment une belle âme…
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Extraits de : « Le vent léger » 2023 Jean-François Beauchemin.
Illustrations : 1/ « Fleurs d’Azalée sauvage » 2/ « Fleurs de Chrysanthème » – Études –
Sophia Louise Crownfield 1862-1929.
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Retenir les joies simples…
BVJ – Plumes d’Anges.


Pourquoi la simplicité est-elle si difficile à obtenir
dans cette « Vallée de larmes » comme disait le facétieux
Philippe Meyer sur France-Inter…il y a longtemps ?
Peut-être sommes-nous entraînés dans une course
de luttes de pouvoir et surtout de gravité permanente :
ah que le poids de la non-légèreté pèse lourd
dans le monde de l’égocentrisme 😻
Un peu de partage, léger comme des plumes d’anges,
ferait tant de bien à la nature humaine et…
à la nature tout court 🍃
Même avis que toi sur ce livre, Jean-François Beauchemin est un magicien des mots et des sentiments. Il me reste un ou deux livres de lui à découvrir et j’attends le prochain (en septembre je crois). Bonne semaine Brigitte. Bises.
par ces temps qui nous désespèrent, il est bon de rencontrer des mots qui réconcilient avec des perspectives plus heureuses, je te remercie pour ces conseils de lecture, un vent léger qui souffle sur un beau chemin, intitulé et auteur qui nous amène ailleurs….
« la beauté les guérit de tout »
Tu me donnes envie de lire ce livre… Merci pour cette découverte!
Une matière délicate pour ce roman dont tu nous fais sentir la délicatesse… Alors peut-être. Je le note.