Archive pour février 2020

Célébration…

samedi 22 février 2020

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« … « Au cœur d’un monde inconnu

Je sens me monter aux yeux

des larmes d’indignité et de gratitude. »…

Poète japonais anonyme.

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Au printemps, certaines colonies d’abeilles, pour des raisons mal élucidées, obéissent à une mystérieuse impulsion et se séparent en deux, se multipliant ainsi en essaimant. Les ouvrières élèvent avec dévotion une nouvelle reine pour la colonie d’origine, puis une partie des abeilles se groupe autour de la vieille reine, se gorge de miel et s’envolent de la ruche pour ne jamais y revenir, laissant derrière elles tout souvenir de leur ancienne demeure. Elles s’amassent provisoirement en un point quelconque, comme par exemple sur la branche de mon pommier. Si un apiculteur ne les met pas dans une ruche, des éclaireuses se détachent de l’essaim pour aller explorer des cavités et des espaces à proximité, puis reviennent faire leur rapport sur leurs nouveaux logements éventuels…

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Personne ne semble connaître les asters des neiges en dehors des apiculteurs, qui leur donnent des noms variés : asters des gelées, asters d’automne, adieu à l’été, romarin blanc et fleur des gelées. Le nom botanique est Aster ericoïdes et il décrit très bien la plante. Aster signifie étoile et ericoïdes : possédant des feuilles du genre érica ou bruyère. La plante, touffue et haute de près d’un mètre, avec de minuscules fleurs radiées en forme d’étoile et des feuilles fines et bien dessinées, couvrent de vastes espaces dans tous les Ozarks, et fleurit avec exubérance depuis le mois d’août jusqu’à ce qu’une forte gelée la tue en octobre ou novembre. Mais comme les asters des neiges sont de vulgaires mauvaises herbes, personne ne s’y intéresse, à part les apiculteurs qui les trouvent d’une grande beauté. Les fleurs sécrètent un nectar au parfum pénétrant durant les mois de floraison, et les abeilles en récoltent une telle quantité que leur ruche sont imprégnées de cette odeur…

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J’entends d’autres cris d’oiseaux ce matin. Les bruants indigo, qui seront les premiers à chanter à l’aube un peu plus tard, ne sont pas encore revenus dans les Ozarks, mais j’entends les cardinaux et les mésanges de Caroline. Ils passent l’hiver ici, mais ce matin leurs chants annoncent le printemps. Il y a des moineaux domestiques au-dessus de ma tête dans les chênes et des moineaux des bois à proximité. Il y a également tous les oiseaux chanteurs ; certains de leurs chants me sont familiers, d’autres pas, comme ceux des migrateurs. J’entends un des plus beaux chants d’oiseau que je connaisse, celui du moineau à gorge blanche. Il est censé chanter « Old Sam Peabody, Peabody, Peabody » C’est bien là la cadence, en effet, mais ce qui ne donne aucune idée de la clarté lyrique, de la douceur des notes descendantes de son chant… »

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La quarantaine est un âge charnière, il me semble, on rêve de changer de vie, les questions se bousculent mais souvent, le quotidien reprend le dessus et l’on oublie ses désirs.

Sue Hubbell et son époux se sont questionnés, ils ont abandonné leurs confortables situations professionnelles et fait l’acquisition de 36 (42 ?) hectares dans les monts Ozarks, état du Missouri. Là commencent pour eux une vie proche de la nature environnante, une vie de labeur, ils deviennent apiculteurs.Au bout de quinze ans, l’auteure voit son mari partir, elle continue seule l’aventure, avec grand courage.

Son récit est une sorte de journal au fil des quatre saisons, elle nous livre ses observations, nous apprend les comportements de certains animaux et végétaux. Ses propos sont bienveillants et pudiques, ses actions généreuses, elle nous fait comprendre l’équilibre parfait de la nature, et son adaptation – plus ou moins longue – lorsqu’un changement, si petit soit-il, apparait.  Après cette lecture, on regarde la nature sous un autre angle,

ce texte est une leçon de vie…

Dominique en avait parlé –>  ICI

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Extraits de : « Une année à la campagne  » Sue Hubbell  1935-2018.

Illustrations : 1/ « Monde animal »  So Shiseki  1715-1786  2/ « Fleurs et fruits de saison »  Tomita Keisen  1876-1936.

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Suivre son lumineux chemin…

BVJ – Plumes d’Anges.

Image…

lundi 17 février 2020

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« Roses

On dit que tout naquit du vide le jour où un pinceau y traça la ligne qui sépare la terre et le ciel. Alors, sans doute, il y vint une rose, puis la mer, les montagnes et les arbres.

C’est en traçant une ligne d’encre qu’on fait jaillir le monde, c’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore.

Tant d’efforts pour de si mortelles créatures, tant de beauté vouée à s’élever puis à périr. Mais la bataille pour que naisse la beauté vouée à mourir dans le soir est tout ce que nous aurons jamais dans cette vie. »

Muriel Barbery – page 265 dans « Un étrange pays » livre publié en 2019.

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N’est-ce pas là, le grand cadeau de la vie,

celui de donner naissance à l’éphémère et impermanente beauté,

la vie nous permet de la vouloir, de la créer et la recréer sans cesse,

ne nous en privons pas pour contrer les forces noires du monde…

Tableau d ‘Aoyama Kumaji (1886-1932) « Une rose blanche ».

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Croire en la force de la beauté…

BVJ – Plumes d’Anges.

Autres mondes…

jeudi 13 février 2020

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« … Geneviève observe le public. Certaines têtes sont familières, elle reconnaît là médecins, écrivains, journalistes, internes, personnalités politiques, artistes, chacun à la fois curieux, déjà converti ou sceptique. Elle se sent fière. Fière qu’un seul homme à Paris parvienne à susciter un intérêt tel qu’il remplit chaque semaine les bancs de l’auditorium. D’ailleurs, le voilà qui apparaît sur scène. La salle se tait. Charcot impose sans trouble sa silhouette épaisse et sérieuse face à ce public de regards fascinés. Son profil allongé rappelle l’élégance et la dignité des statues grecques. Il a le regard précis et impénétrable du médecin qui, depuis des années, étudie, dans leur plus profonde vulnérabilité, des femmes rejetées par leur famille et la société. Il sait l’espoir qu’il suscite chez ces aliénées. Il sait que tout Paris connaît son nom. L’autorité lui a été accordée, et il exerce désormais avec la conviction qu’elle lui a été donnée pour une raison : c’est son talent qui fera progresser la médecine…

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… Vous vouliez la vérité, je vous la donne. Je vois grand-père depuis que j’ai douze ans. Lui et d’autres. Des défunts. Je n’ai jamais osé parler, de crainte que papa ne me fasse interner. Je me confie à vous ce soir avec la confiance et l’amour que je vous porte, grand-mère. (…) – J’ai récemment lu un livre, grand-mère, un livre merveilleux. Il m’a éclairé sur tout. L’existence des Esprits, qui est loin d’être une fable, leur présence auprès de nous, l’existence de ceux qui agissent en intermédiaires, et bien d’autres choses encore…

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... Absence ne signifie pas abandon. Si la maison de son enfance n’est plus habitée ni par sa sœur ni par sa mère, peut-être demeure-t-il encore quelque chose des deux femmes – non pas leurs affaires personnelles, mais pourquoi pas une pensée, une présence, une intention ? Geneviève songe à Blandine. Elle l’imagine ici, quelque part, dans un coin de la pièce, en train de l’observer. Cette idée, démentielle, pourtant l’apaise. Existe-t-il une pensée plus consolante que de savoir les proches défunts à vos côtés ? La mort perd en gravité et en fatalité. Et l’existence gagne en valeur et en sens. Il n’y a ni un avant ni un après, mais un tout…

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… « … Ces gens qui l’ont jugée, qui m’ont jugée moi… leur jugement réside dans leur conviction. La foi inébranlable en une idée mène aux préjugés. T’ai-je dit combien je me sentais sereine, depuis que je doute ? Oui, il ne faut pas avoir de convictions : il faut pouvoir douter, de tout, des choses, de soi-même. Douter. Cela me semble si clair depuis que je suis de l’autre côté, depuis que je dors dans ces lits qui me faisaient horreur auparavant. Je me sens pas proche des femmes ici, mais désormais je les vois. Telles qu’elles sont… »… »

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Un roman très dense sur fond de vérité historique. Eugénie, une jeune fille de 19 ans pleine de vie, issue d’un milieu bourgeois de la fin du XIXème siècle, voit « l’invisible ». Elle se confie un soir à sa grand-mère insistante, celle-ci la trahit et Eugénie est internée à La Pitié-Salpêtrière

C’est un récit talentueux et captivant, lu d’une traite tant l’écriture est fluide. Le personnage de Geneviève, assistante du Professeur Charcot, est très beau, et puis il y ce bal insensé, où court la bourgeoisie parisienne, Le Bal des Folles, et sa préparation… Ce livre donne envie d’en savoir plus sur cette époque, sur les travaux du Professeur Charcot et sur la terrible histoire de cet établissement.

Pauvres femmes, que de souffrances ont-elles eu à vivre et pauvres femmes qui aujourd’hui encore vivent sous le joug des familles et des hommes, sous le poids de traditions étouffantes et cruelles…

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Extraits de : « Le bal des folles »  2019  Victoria Mas.

Illustrations : 1/ « Une leçon clinique à la Salpêtrière » André Brouillet  1857-1914  2/ « Yeux clos »  Odilon Redon  1840-1916.

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Ne pas avoir de convictions…

BVJ – Plumes d’Anges.

Épurement intérieur…

lundi 10 février 2020

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« … Le poulpe de l’émotion jette son encre noire pour nous aveugler dans la peur, mais maintenant Aru et moi nous le savons. Nous ne sommes plus dupes.

Je l’ai dit ce matin à Yasuki en brandissant la balayette de la cuisine en guise d’épée. Il a ri. Il précise : « L’émotion n’est pas l’amour mais c’est tout ce que l’homme possède pour aller à sa rencontre. » Plus loin que l’amour Laura Mailleul, il y a shizen, « ce qui est tel quel par soi-même. » C’est le secret que l’amour avec Aru te dévoile. C’est cela qu’il faut chercher.

Qu’est-ce qui te sépare de la poésie ?

Qu’est-ce qui te sépare de l’amour ?

Qu’est-ce qui te sépare du divin ?

Qu’est-ce qui te sépare de toi-même ?

L’idée que tu te fais de la poésie, de l’amour, du divin, de toi-même, derrière laquelle se tient le shizen de la poésie, de l’amour, du divin, de toi-même. C’est cette idée que tu dois détruire entièrement. Détruis tout ! Devenir qui l’on est c’est détruire absolument tout ce que l’on croit être, mais détruire avec amour…

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… – Toi qui connais ces sortes de choses, comment s’appelle ce bleu-là, ai-je demandé à Aru après le dîner en désignant le ciel dans la presque nuit de juillet.

– C’est le bleu de ce soir, Laura.

– Le bleu de ce soir est mon préféré…

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… N’attends plus rien. Là où tu es, sois. Il n’y a aucune issue dans le monde ; la sortie est à l’intérieur. Nulle part ailleurs. Pleure là-dessus un certain temps, si tu le souhaites.  Et après, décide de sauter à pieds joints dans la joie. Tout le malheur auquel l’humain s’accroche, il le fabrique lui-même et s’y pend. Mais la vie n’a rien à voir avec cela. Tant que tu ne te seras pas entièrement perdu, tant que tu n’auras pas entrepris la démolition complète de ce que tu as cru être toi-même, tant que tu n’auras pas été entièrement endommagé, que tu n’auras pas erré dans tes propres ruines, tu ne sauras pas qui tu es, Aru… »

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Laurence Nobécourt a publié ce livre entre  « La vie spirituelle » et « Le chagrin des origines« . Ce qui est beau dans le travail littéraire de cette auteure, c’est son courage et son évolution. Dans sa quête éperdue d’amour et de vérité, elle scrute toutes ses zones d’ombre, les nettoyant de fond en comble. Strate par strate, elle renait à elle-même encore et encore, nous offrant dans sa quête d’absolu, un très beau texte.

Quelques passages demandent lecture et relecture – j’avoue être encore perplexe face à certaines phrases, là est mon travail, là est ce qu’offre la littérature à son lecteur, la métamorphose s’opère à deux, voire à trois, les mots choisis prenant toute leur dimension. Ce Vivant jardin est d’une grande profondeur, l’amour et le verbe s’unissent et s’illuminent l’un l’autre.

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Extraits de : « Vivant jardin. »  2018  Laurence Nobécourt.

Illustrations : 1/ « Oiseaux » – catalogue – So Soseki  1715-1786  2/ « Éventail aux Ipomées » – projet – Susuki Kiitsu  1796-1858.

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Se souvenir de notre grandeur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Broderies…

lundi 3 février 2020

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Une branche, simple branche,

tombée de la couronne d’un pin par un jour de tempête – peut-être –

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couchée sur un lit d’herbes sauvages,

se dore au soleil de l’hiver.

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En approchant,

nos yeux découvrent le terrible et splendide travail des « petites mains » de la forêt :

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broderies, volutes, sinogrammes, arabesques, silencieux méandres…

L’œuvre, ayant fragilisé le bois,  a-t-elle précédé la chute ou

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l’œuvre fut-elle créée au sol, sur la branche gisante ?

Du Land Art pourraient alors claironner les petits coléoptères…

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La question reste entière, la nature est si mystérieuse,

si quelqu’une ou quelqu’un peut éclairer ma lanterne,

j’en serais ravie…

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Photos BVJ.

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Observer le très petit et ses merveilles…

BVJ – Plumes d’Anges.