Archive pour janvier 2019

Grand fracas…

lundi 21 janvier 2019

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« … La salle de rédaction a d’abord été ce plan fixe d’un film opaque et mystérieux, pas encore tragique, ni vraiment commencé ni vraiment fini, un film dans lequel je jouais sans l’avoir voulu, sans savoir quoi jouer ni comment, sans savoir si j’étais premier rôle, doublure ou figurant. La scène brutalement improvisée flottait dans les décombres de nos propres vies, mais ce n’était pas la main d’un projectionniste qui avait tout arrêté : c’étaient des hommes en armes, c’étaient leurs balles ; c’était ce que nous n’avions pas imaginé, nous les professionnels de l’imagination agressive parce que ce n’était tout simplement pas imaginable, pas vraiment. La mort inattendue ; l’éléphant méthodique dans le magasin de porcelaine ; l’ouragan bref et froid ; le néant…

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La nécessité, tout accepter, et le devoir, l’accepter avec autant de gratitude et de légèreté que possible, avec une gratitude et une légèreté de fer, allaient me conduire à rendre immuable la seule chose qui pouvait, et devait, l’être : mon caractère en présence des autres. Les chirurgiens allaient aider la nature à réparer mon corps. Je devais aider cette nature à fortifier le reste. Et ne pas faire à l’horreur vécue l’hommage d’une colère ou d’une mélancolie que j’avais si volontiers exprimées en des jours moins difficiles, désormais révolus. Je me trouvais dans une situation où le dandysme devenait une vertu…

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… « Chers amis de Charlie et de Libération,

Il ne me reste pour l’instant que trois doigts émergeant des bandelettes, une mâchoire sous pansement et quelques minutes d’énergie au-delà desquelles mon ticket n’est plus valable pour vous dire toute mon affection et vous remercier de votre soutien et de votre amitié. Je voulais vous dire simplement ceci : s’il y a une chose que cet attentat m’a rappelée, sinon apprise, c’est bien pourquoi je pratique ce métier dans ces deux journaux – par esprit de liberté et par goût de la manifester, à travers l’information ou la caricature, en bonne compagnie, de toutes les façons possibles, même ratées, sans qu’il soit nécessaire de les juger.  »

Sept jours après l’attentat, j’ai publié dans Libération l’article qui débute par ces lignes… »

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J’avoue avoir tourné les 512 pages de ce livre avec une certaine appréhension. Je suis parvenue à la dernière, enrichie par la volonté de ceux qui souffrent ainsi dans leur chair. Les actualités nous parlent des disparus dans ces actes odieux mais jamais de ce par quoi passent les rescapés blessés qui deviennent vite des oubliés anonymes. Pourtant ils doivent affronter d’incroyables chirurgies et des douleurs sans nom, ils restent marqués à jamais par le sceau de la tragédie.

Ce texte est sobre, sans haine ni colère, plein d’une grande et belle humanité, on sent comme une victime doit se concentrer  pour mobiliser en elle toute  l’énergie réparatrice, on sent comme les soignants doivent prendre sur eux pour imaginer des solutions et  apaiser les angoisses, celles des patients et les leurs,  on sent comme famille et amis sont importants pour aider une possible reconstruction. Chacun a ses « trucs », là l’auteur s’aide de la musique, de la littérature, de la poésie, de l’écriture…, sa culture est grande.

C’est une lecture forte, très forte, on ne souhaite qu’une chose : que toutes ces victimes fleurissent à nouveau dans leur nouvelle existence…

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Extraits de : « Le lambeau »  2018  Philippe Lançon.

Illustrations : 1/« Éruption du Mont Bandai » Inoué Yasuji    1864-1889  2/« Branches de cerisier »  Alice Bailly  1872-1938.

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Avoir compassion après de grands fracas…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bois nus…

mercredi 16 janvier 2019

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C’est l’hiver, une tempête de vent a emporté les derniers feuillages. Des bois nus, sans protection aucune, un peu endormis peut-être ou alors transis, on ne sait trop. Ils réfléchissent silencieusement à leur présent et savent qu’il est dans la nature des choses de vivre ces états, de les traverser et de les ressentir dans leur chair…

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C’est l’hiver, ces états nous envahissent aussi, il nous faut les apprivoiser, en voir les doux côtés même si le froid se fait parfois mordant. Certains ont leurs racines au chaud, douillettement, d’autres pas, bien au contraire, la glace s’est faite envahissante.

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C’est l’hiver, patience, patience nous souffle la nature, des solutions feront apparition…

Quand ?

Quand le moment sera venu…

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Photos BVJ.

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Apprivoiser le froid mordant de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lumineuse végétalité…

jeudi 10 janvier 2019

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« … « L’être humain est une partie d’un tout que nous appelons « l’Univers », une partie limitée par le temps et l’espace. Il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme d’évènements séparés du reste. C’est là une sorte d’illusion d’optique de la conscience. Cette illusion est une forme de prison pour nous, car elle nous limite à nos désirs personnels et à notre affection pour quelques proches. Notre tâche devrait consister à nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion, de manière à y inclure les créatures vivantes et toute la nature dans sa beauté. »… »

Lignes écrites par Einstein en 1950 au rabbin Robert Marcus, ancien officier américain,

l’un des libérateurs du camps nazi de Buchenwald.

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Il se passe dans l’invisible des relations profondes entre les hommes et les plantes. L’auteur relate ici de nombreuses expériences, les siennes et celles menées par des scientifiques, les observations qui en découlent sont assez stupéfiantes.

L’itinéraire est passionnant, les émotions cachées des plantes nous interpellent et nous ne pouvons nous-mêmes, qu’en être émus. Il nous faudrait vivre harmonieusement avec la nature,  les plantes sont généreuses et trop souvent obligés de se défendre face aux actions humaines. Les multinationales et les politiques entravent ou ralentissent terriblement les belles recherches dans ces domaines. Les hommes sont sourds et aveugles, pour s’assurer des profits, ils ne respectent rien. La terre qui leur a été prêtée souffre, la mécanique cosmique est parfaite, de la belle horlogerie !

Didier van Cauwelaert nous montre là un chemin vers la VRAIE ÉCOLOGIE.

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Extrait de « Les émotions cachées des plantes »  2018  Didier van Cauwelaert.

IIlustrations : 1/ »Yucca Filamentosa »  2/ »Fleurs »  Pierre-Joseph Redouté 1759-1840.

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Nous sommes un merveilleux TOUT, en prendre conscience…

BVJ – Plumes d’Anges.

Faire un bon voyage…

lundi 7 janvier 2019

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« … « Allô, docteur, comment se dépêtrer dans une vie qu’on sait devoir s’achever ? »

Cette peur de claquer, ce désir de mettre la main sur le cours d’une existence, de thésauriser, commence très tôt. Subrepticement se met en place une espèce de mentalité d’expert-comptable qui nous interdit de vivre sans but ni esprit de profit. Tout doit rapporter, fructifier. Même la vie spirituelle est assignée à une performance : nous rendre meilleurs. Pourtant, rien ne nous appartient. Absolument tout nous est prêté. Voir que tout est passager, éphémère, qu’on n’y peut rien, nous décharge de la responsabilité de tout maîtriser. Nous sommes embarqués, nous faisons route, c’est tout. Pas de bagages inutiles… Le patron de l’agence de voyages, ce n’est pas nous…

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… La joie se recueille au cœur de cette vie bancale, fragile, tragique, éphémère. J’ai une amie qui dit : « C’est le bordel, mais il n’y a pas de problèmes. »

– Et qu’est-ce-qu’elle propose quand c’est le bordel et que c’est réellement un problème ?

– Rien. Justement, la joie, j’ai l’impression que c’est déjà accepter que des pans entiers de la vie resteront sans remède, qu’ils ne trouveront peut-être jamais de solution et que ça ne va pas forcément s’arranger.

– Tu y arrives, toi ?

– Bien-sûr que non !…

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Chaque matin, je me réveille avec plein de projets, m’obstinant à aller mieux.. C’est naturel et c’est bien. Rien ne contredit davantage le dire oui que la résignation, le fatalisme, l’immobilisme. Cependant, faire la paix avec l’imperfection du monde, l’ambivalence des paysages intérieurs, le tragique, c’est ici et maintenant que ça se passe. La joie inconditionnelle, c’est la joie dans ces conditions, avec les boulets, les casseroles et une foule d’imprévus. Au fond, il s’agit de se faire à l’idée que ça ne va vraisemblablement pas s’arranger, que nous sommes embarqués dans une aventure dont l’issue nous échappe. C’est là que l’ego, dans sa folle volonté de maîtrise doit s’éclipser sauf à nous faire souffrir à jamais…

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Ce soir j’ai rencontré madame et monsieur tout le monde, non des êtres à part, différents, extraordinaires, anormaux, pour employer ces foutues catégories du « on ». Ces visages ne portaient aucun stigmate, aucune étiquette. Nulle part sur leur front, il était écrit : « accro au sexe », assoiffé de tendresse », « coutumier des prostituées »… Ces êtres déchirés, coupés en deux peut-être, me délivrent une leçon magistrale : il existe toujours en la femme et en l’homme une part indemne, infiniment libre, qu’aucun traumatisme ne saurait bousiller. Laissons-la éclater, rayonner ! … »

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Un livre courageux sur l’addiction. L’auteur nous emmène dans son intimité, il traite du chemin de l’attachement vers le détachement. J’ai beaucoup aimé cette phrase « C’est le bordel, mais il n’y a pas de problèmes », être dans la tempête, dans le chaos mais s’occuper à voir « l’étoile qui danse » et à rechercher « la grande santé »

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Extraits de : « La sagesse espiègle »   2018   Alexandre Jollien.

Illustrations : 1/ « Allegro »  2/ « Prélude et fugue »  Mikalojus Konstantinas Ciurlionis  1875-1911.

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Faire là paix avec la réalité de notre monde…

BVJ – Plumes d’Anges.