Archive pour octobre 2017

Bouquet…

mardi 17 octobre 2017

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Avez-vous remarqué l’incroyable présence d’un bouquet dans une maison ?

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Je ne saurais dire si ce sont ses couleurs qui chantent à notre cœur,

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ou son parfum qui nous enivre délicieusement,

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ou encore la perfection de ses géométries florales qui nous éblouit…

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Une chose est certaine : un bouquet est toujours un feu d’artifice !

Rien de tel quand surgit un p’tit coup de blues que de s’offrir quelques fleurs, non ?

Photos BVJ.

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Dire la vie avec des fleurs…

BVJ – Plumes d’Anges.

Destinée…

vendredi 13 octobre 2017

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« … « Tu vois le torrent ? dit-il. Mettons que l’eau, c’est le temps qui coule : si l’endroit où nous sommes, c’est le présent, tu dirais qu’il est où l’avenir ? »

Je réfléchis. Cette question là me paraissait déjà plus facile. Je répondis ce qui me paraissait le plus évident : « L’avenir est du côté où l’eau descend, en contrebas.

– Faux, déclara mon père, et heureusement ! »…

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… Je commençais alors à comprendre que tout, pour un poisson d’eau douce, vient de l’amont : insectes, branches, feuilles, n’importe quoi. C’est ce qui le pousse à regarder vers le haut : il attend de voir ce qui doit arriver. Si l’endroit où tu te baignes dans un fleuve correspond au présent, pensais-je, dans ce cas l’eau qui t’a dépassé, qui continue plus bas et va là où il n’y a plus rien pour toi, c’est le passé. L’avenir, c’est l’eau qui vient d’en haut, avec son lot de dangers et de découvertes. Le passé est en aval, l’avenir en amont. Voilà ce que j’aurais du répondre à mon père. Quel que soit notre destin, il habite les montagnes au dessus de nos têtes…

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Le glacier, dit-il à Bruno et moi, c’est le souvenir des hivers anciens que la montagne garde pour nous. Passée une certaine hauteur, elle en conserve le souvenir, et si on veut retrouver un hiver lointain, c’est là-haut qu’il faut aller le chercher.

« On appelle ça l’altitude des neiges éternelles, expliqua-t-il : c’est la hauteur à laquelle il ne fait pas assez chaud l’été pour faire fondre toute la neige qui est tombée l’hiver. Une partie résiste jusqu’à l’automne et finit ensevelie sous la couche de neige de l’hiver suivant. À ce stade, elle ne craint plus rien. Petit à petit, elle se transforme en glace, s’ajoute aux autres couches du glacier qui s’entassent, exactement comme les anneaux des arbres, et il suffit de les compter pour connaître son âge. Mais un glacier ne reste jamais au sommet de la montagne. Il bouge. Toute sa vie il ne fait que glisser.

– Pourquoi ? demandai-je.

-Pourquoi, d’après toi ?

– Parce qu’il est lourd, dit Bruno.

– Parfaitement, dit mon père. Le glacier est lourd, et la roche sur laquelle il est posé, très lisse. Du coup, il descend. Lentement, mais sûrement. Il glisse jusqu’à ce qu’il ne supporte plus la chaleur. C’est l’altitude de la fusion. Vous la voyez, là-bas ? »…

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Je restais à l’écouter. Je sentais qu’il avait longuement réfléchi, et qu’il avait trouvé les réponses qu’il cherchait. Il dit : « Il faut faire ce que la vie t’a appris à faire. Si t’es très jeune, à la rigueur, tu peux peut-être encore changer de route. Mais à un moment donné, il faut s’arrêter et se dire : bon, ça je suis capable de le faire, ça pas. Et je me suis demandé : de quoi je suis capable, moi ? Moi, je sais vivre en montagne. Qu’on me mette là-haut tout seul, et tu verras que je m’en sors. C’est pas rien quand même, non ? Et bien il m’a fallu attendre quarante ans avant de comprendre que ça n’était pas donné à tout le monde. »… »

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Extraits du très beau livre : « Les huit montagnes » 2017 Paolo Cognetti.

Illustrations : 1/« Randonneur près d’un torrent »  Andreas Achenbach  1815-1910  2/« Glacier du Grindelwald »  Thomas Fearley  1802-1842.

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Éclairer nos plus beaux dons…

BVJ – Plumes d’Anges.

Écrire…

mardi 10 octobre 2017

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« … On dit de la peine qu’elle est une chance, un miracle, une tempête bienvenue dans notre vie. On dit qu’il n’y a point de pensée sans souffrance. On dit aussi, c’est l’accent d’une autre voix, que la plus forte pensée est l’ignorance, le balbutiement. Ignorance absolue de ce qui va advenir sur la page, ignorance de tous les signes noirs ou bleus, ignorance de ce que sera demain dans notre vie : une épopée, un désastre ? Nous n’avons que très peu de mots nous permettant d’énoncer notre vie sans histoire. Des mots de tous les jours récoltés dans la rumeur des rues, sous la poussière des voyages ou dans la chambre du silence. L’écriture serait un papillon, un oiseau dont le vol ne cèderait rien au commentaire, au chahut de la conversation. Plus simplement, l’écriture serait une énigme dont le souffle épouserait la marche. On écrirait presque par magie, à force d’avoir heurté les murs. Après tout cela, l’écriture serait une flèche décochée par l’archet invisible…

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Ce matin, je regarde se lever le monde. Une lumière pâle monte de la terre, de gouffres invisibles, décoiffant les fleurs, les rocs, les herbes et jusqu’aux souvenirs qui battent tambour dans la mémoire…

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La beauté du monde, car il y a une beauté du réel, en particulier de la nature — la beauté du monde nous lance un appel et nous partons alors vers des endroits secrets, déshérités où les grands arbres d’or nous émeuvent, où les oiseaux volent sans inquiétude, où les herbes et les fleurs n’ont jamais vu l’ombre d’un rapt, où les pierres innombrables roulent sous nos pas ou font silence dans le lit des rivières aux eaux si transparentes. Ils ne sont rien, ces endroits là. Ils ne sont évoqués nulle part. Depuis des lustres, ils existent sans références et, sans doute, est-ce pour cela que nous les aimons, que nous aimons nous perdre en leur sein, dans une solitude infinie où le savoir serait un moyen-âge…

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Là, au bord de l’Océan, contre ce monde. Contre ce gris que fait soudainement éclater le rire d’un enfant.

C’est la vie qui commence, se dit l’enfant. Il faut bien un commencement à toute chose, une sorte de ligne de départ, un rivage, une berge d’où se jeter à l’eau. Mais ce commencement n’a-t-il pas déjà le goût de la fin ? Comme l’automne sur la terre, dans ces jours qui s’accumulent en fin d’année, semblables aux dernières lumières de l’été, aux volets que l’on ouvre dans le soir pour, à nouveau, accueillir la chaleur puis la fraîcheur neuve d’un crépuscule. La rouille est sur le seuil mais l’enfant, d’un geste, d’un simple mouvement, efface l’ombre que projette toute naissance, efface les peintures ternies, les troublants malentendus. C’est normal, l’enfant est à sa vie et ne connaît pas d’autre puissance que celle-ci : vivre, s’appuyer comme aucun sur l’instant. Cela est sans doute la plus belle leçon de l’enfance, une leçon qui ne s’enseigne pas. Nous l’emportons avec nous tout au long de notre vie ou bien nous l’avons oubliée quelque part et pour toujours. Mais pourquoi, grandissant, avons-nous assassiné tant d’insouciance ?…

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Oui, on voudrait que les mots rendent gorge, que la vie soit au sommet, la simple vie. Qu’il n’y ait plus ni douleur, ni souffrance. Qu’il n’y ait plus dans notre nuit qu’un immense éclat de rire, infini, vertigineux, plus beau que toute ivresse, plus fou que la folie, que la démence. Mais où est l’azur comblé de paix ?… »

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Extraits de : « La vie nue »  1997  Joël Vernet.

Illustrations : 1/« Le miel du Mont Hymette »  2/« Le Berceau »   Sarah Paxton Ball Dodson  1847-1906.

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Se laisser habiter par le souffle créateur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Entre les lignes…

vendredi 6 octobre 2017

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« … La vie ainsi se gagne et se regagne et il en faut du cœur pour souffler et attiser des braises minuscules, afin de relancer au ciel les mille scintillements d’une joie crépitante…

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Oui, une vie ça ne pèse vraiment pas lourd quand on veut la mettre en mots, mais si tu tombes sur un regard compatissant, c’est comme un glacier qui n’en finit pas de fondre. Et alors là, toute ton existence te file entre les mains. C’est aussi précieux qu’une éponge qui boit tes litres de tristesse. Parce que la vraie délicatesse est toute d’intuitions. Il lui suffit de lire entre les lignes et le Ciel au fond n’appartient qu’à ceux qui savent lire entre les lignes…

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Alors oui, il me plaît de croire que tous mes trajets sur cette terre dessinent une formidable figure dont la lecture totale me sera révélée, un jour que j’espère lointain, où ma vie s’éteindra.

Ce sera ma géographie à moi. On en a tous une. Et même le plus sédentaire d’entre nous, dans son propre voyage autour de sa chambre, et de sa chambre au bureau, et de son bureau au cimetière, dessine sans le savoir son chef d’œuvre bien à lui…

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Je ne sais pas comment il faut les nommer ces êtres rares qui ont le don d’extraire le meilleur de nous-même. Des veilleurs, des voyants, des anges exilés, des bienveillants ? En tous cas, ils font partie de ceux qui semblent s’oublier pour, de toutes leur force, nous permettre de nous extirper de nos affreuses chrysalides…

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Extraits d’un très très beau livre : « Chaque seconde est un murmure »  2016  Alain Cadéo.

Illustrations : 1/« le Bélier »   et 2/« la Vierge » Cartes 16 et 21 du « Miroir d’Uranie » gravées par Sidney Hall (1788-1831).

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Entre les lignes, lire d’autres histoires…

BVJ – Plumes d’Anges.

Instantané…

mercredi 4 octobre 2017

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« Comme tout le sel de la mer peut se goûter du bout d’un doigt

Ainsi toute l’éternité est le suspens d’un seul moment

L’unique battement de cils de la paupière originelle

Est à l’instant de tressaillir sur un œil qui ne le sait pas

 

Ce battement s’est répété des trillions de trillions de fois

Pourtant au bout du plus long cil l’étoile inexistante encore

Attend de poindre à la prunelle où elle est fixe pour jamais

Au crépuscule transparent d’un bleu d’avant le firmament

 

Ce petit jour est l’avant-goût annonçant le Commencement

D’où mille mondes sont issus et mille ères consécutives

Sans que se soit encore ouvert l’œil germinal de l’Univers

Que tout vivant au fond de soi couve jusqu’à la fin des mondes

 

Déployé une fois pour toutes et réduit à ce point d’or blanc

Dont l’image en miroir là-haut est l’immuable étoile absente

Ce même oiseau qui fait la roue sur l’arc entier de l’horizon

Est l’œuf dont vient de commencer l’interminable couvaison »

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« Instant »  poème extrait de : « Le Grand Œuvre »   Pierre Emmanuel  1916-1984.

Photos BVJ – Plage de l’Almanarre, un autre jour…

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Tout existe déjà…

BVJ – Plumes d’Anges.