Archive pour novembre 2019

Automner…

lundi 11 novembre 2019

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J’automne, tu automnes, elle ou il automne,

nous automnons, vous automnez, ils ou elles automnent…

Les feuilles – paillettes d’ors dans dans le cosmos – roussissent puis se détachent,

voltigent et choient avec délicatesse, l’automne danse,

au gré des bises et des brises.

Tout s’endort, tout semble mourir, tout deviendra poussière,

– c’est le début de la grande dormance –

poussière qui nourrira la terre,

semence de printemps,

jalousement abritée par l’hiver sous son manteau de froid…

Ah, les doux moments !

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« Appuyé contre l’arbre nu

aux rares feuilles

une nuit d’étoiles »

Masaoka Shiki  1867-1902.

Illustrations : 1/« Paysage d’automne au Texas »  Dawson Dawson-Watson  1864-1939  2/« Automne sur un plateau du Jura »  Auguste Emmanuel Poitelin  1839-1933.

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Automner sereinement…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mots inspirés…

jeudi 7 novembre 2019

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Signes

 

« Ils ramassent des coquillages

Ils cherchent des formes dans les nuages,

dans les lointains horizons.

 

J’ai cherché des signes

J’ai interrogé le ciel, les constellations,

ces fragments de destin

qui viennent des étoiles.

 

Un signe peut-être m’aurait fait signe,

Une voix parmi les voix.

 

Il n’y avait rien à comprendre.

Alors j’ai ramassé le néant. »

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Jardin secret

 

« Il est assez grand pour contenir nos rêves.

Sur ses murs,

lichens et mousses dessinent nos chimères.

Jardin d’herbes folles et de brindilles jaunies

plus vaste que le monde !

Jardin secret dans le creux de nos mains. »

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Ombre

 

« À l’ombre de soi

est la demeure de l’ombre.

 

Sables et pierres,

strates de l’âme,

le fond de l’être obscur.

Aller jusqu’à l’extrême de soi

pour trouver le désert

sans déplacer les pierres,

sans réveiller l’écho ni la lumière.

 

On ne connait son ombre

que dans l’ombre. »

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Inachevé

 

« Regarder pour le plaisir

les images dans l’eau,

perpétuelle recherche de la lumière.

Indicible écriture des eaux jamais en repos,

poursuivant des profondeurs secrètes.

Paysages de nos pensées

vivants parce qu’inachevés. »

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Une très belle écriture qui courre entre ombre et lumière.

Fruits de méditations, les mots s’envolent et se posent comme des oiseaux,

sur des mousses, des pierres, des âmes…

À lire et à relire.

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Extraits de : « La forme des pierres après le passage du vent«   (Encres de Fabienne Verdier)  2005  Anne Pion.

 

Illustrations : 1/« Mont Kuriko »  Takahashi  Yuichi
1828-1894   2/« Mémoire »  Elihu Vedder
1836-1923.

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Saupoudrer nos jours et nos nuits de poésie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Murmures des hauteurs…

lundi 4 novembre 2019

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« … Une plume inconnue, jaune et bleu gris, gît sur le sentier dans le scintillement du mica et l’éclat de pierres surprenantes. Et une intuition aigüe, où l’intellect n’a rien à faire, me persuade que dans cette plume sur la piste argentée, dans les rythmes du cuir et du bois, dans le soleil, le vent et le bouillonnement de la rivière, dans ce paysage sans passé ni avenir, dans cet instant, dans tous les instants, le transitoire et l’éternité, la mort et la vie ne sont qu’un…

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… Et bientôt tout ce que l’on entend, tout ce que l’on voit et ressent prend une imminence, une imminence comme si l’attention de l’Univers entier se trouvait éveillée, un Univers dont on est le centre, un Univers autre que Soi, et qui cependant n’en diffère pas, même scientifiquement parlant : l’homme comme les montagnes est composé d’hydrogène, d’oxygène, de calcium, de phosphore, de potasse et d’autres éléments. « Tu ne jouis jamais du monde tant que la Mer ne coule pas dans tes veines, que tu n’es pas vêtu des cieux, couronné des étoiles, et tant que tu ne te perçois pas comme l’unique héritier de l’univers entier et plus encore, car chacun des hommes qui y vit en est l’unique héritier comme toi*…

* Thomas Traherne   « Les Centuries « 

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… Et voilà que tout autour de moi, les monts s’animent ; la Montagne de Cristal bouge. Bientôt me parvient le murmure du torrent très loin en contrebas sous la glace : il semble impossible que je puisse l’entendre. Même en l’absence totale de vent, le bruit des rivières va et vient, s’élève et se réduit, comme le vent lui-même.  D’instinct je m’épanouis en laissant toute la vie pénétrer en moi, exactement comme une fleur se remplit de soleil. Se dégager de cette vieille gangue, libérer son énergie, voler…

(…) J’abaisse mon regard des pics immaculés aux épines luisantes, aux nappes de neige, aux lichens. Bien que je ne la voie pas, la Vérité est proche dans la réalité de ce roc sur lequel je suis assis. Ces pierres dures font percevoir à mes os ce que mon esprit n’a jamais pu comprendre dans le Sutra du Cœur, que « la forme est vacuité et la vacuité forme », que le Vide de l’espace bleu-noir est contenu dans tout. Parfois lorsque je médite, les énormes rochers dansent.

Le secret des montagnes est qu’elles existent, simplement, comme je le fais moi-même : les montagnes existent simplement, ce que je ne fais pas. Les montagnes n’ont pas de « signification », elles signifient ; elles sont. Le soleil est rond. Je résonne de vie, les montagnes résonnent, et quand je puis l’entendre, nous partageons cette résonance. Je comprends tout cela, non par le truchement de mon esprit, mais par celui de mon cœur, conscient de l’inanité qu’il y a à tenter de percevoir ce qui ne peut être exprimé, sachant que ces mots ne seront plus que des mots quand, un jour, je les relirai…

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… Ces doutes me désespèrent. Dans mon souci de l’avenir, je dépouille le présent, dans mon évasion je laisse derrière moi une authentique liberté… »

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Ces jours derniers, j’étais ailleurs, en voyage, un voyage virtuel, un voyage livresque.

C’était un cheminement dans de hautes montagnes au milieu de pics glacés, de troupeaux, de cascades, de pierres, de drapeaux de prières, de rêves d’apparitions…

J’étais au pays du Léopard des neiges – merci Dominique, les éditions Gallimard ont enfin réédité ce titre épuisé –  j’ai vraiment aimé ce périple aux côtés de Peter Matthiessen. Il accompagnait alors le zoologiste George Schaller venu étudier le comportement des bharals en rut, et tous deux souhaitaient ardemment apercevoir des léopards des neiges.

Les précieuses connaissances et observations que nous livre l’auteur font basculer dans un autre monde, celui de la spiritualité, celui de l’ombre et de la lumière pures, celui des extrêmes qui semblent ici cohabiter dans de nombreux domaines. J’aurais envie de dire que pour certains voyages, comme pour le Chemin :  « on ne fait pas le voyage, c’est le voyage qui nous fait ».

Un moment très fort, la semaine prochaine je repars en compagnie de « La panthère des neiges« , j’espère que la vibration sera aussi forte…

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Extraits de : « Le léopard des neiges »  Peter Matthiessen  1927-2014.

Illustrations : 1/« Paysage enneigé »  Albert Bierstadt  1830-1902  2/« Rhododendrons »  Adrienne Jacqueline’s Jacob  1857-1920.

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Voir avec le cœur, pour mieux comprendre…

BVJ – Plumes d’Anges.