Drôles de mondes…

15 mai 2022

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« … Tout commença le jour où un célèbre médecin, scientifique de renom et personnalité prisée des médias, déclara, preuves à l’appui, que toute mort avant 120 ans était une mort prématurée. (…) Le gouvernement s’empara de la question. Le Président prit la parole à la télévision et déclara qu’il allait s’attaquer de front au problème. Il créait ce jour un Conseil de défense réunissant le Président, le Premier ministre, le ministre de la Santé, le ministre de la Défense, le ministre de l’Intérieur ainsi que des acteurs des grandes institutions publiques du domaine de la santé. (…)

Mais pourquoi un Conseil de défense sur un tel sujet ? se demanda alors un journaliste. La réponse lui vint quand il se remémora l’allocution télévisée du chef de l’État.

Le pays est en guerre, avait déclaré le Président.

En guerre contre la Mort…

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… Un être humain, pour s’éveiller à lui-même et s’épanouir, a besoin d’élever son âme. Élever son âme est le fruit d’un travail sur soi auquel invitent les traditions spirituelles du monde entier, du christianisme à l’hindouisme, et de l’islam au bouddhisme en passant par le judaïsme et le taoïsme. Les spiritualités laïques y invitent aussi : c’est toute la démarche des philosophes depuis l’Antiquité, qui cherchent le chemin de la sagesse et de « la vie bonne ».

Ce travail sur soi vise à élever sa conscience notamment en clarifiant ses pensées et ses intentions, en se libérant de ses peurs, en maîtrisant ses pulsions, en développant en soi la compassion et l’amour : amour de soi, amour des autres, amour de la Vie.

Ce travail est exigeant, difficile, mais les vrais efforts qu’il demande sont toujours récompensés car ils nous font avancer de jour en jour sur le chemin d’une joie durable, bien au-delà des petits bonheurs très passagers que l’on peut tous par moments ressentir.

Pourquoi ce travail sur soi est-il exigeant ? Parce qu’il sera toujours plus facile de se laisser happer par nos peurs que de gagner en confiance, il sera toujours plus facile de s’assujettir au regard des autres que de s’en libérer, il sera toujours plus facile de juger que de comprendre, il sera toujours plus facile d’obéir à nos bas instincts que de s’en délivrer : il sera toujours plus facile de se laisser tirer vers le bas que d’élever sa conscience. (…)

Les grandes firmes avaient depuis longtemps compris que jouer sur les bas instincts, les pulsions et les peurs était le moyen le plus simple et le plus efficace pour vendre n’importe quoi…

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… S’appuyer sur la peur est le meilleur moyen de conduire les gens à renoncer à leurs libertés. « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes », disait Machiavel. Plus on met les gens dans un état de peur, plus ils acceptent de se soumettre à l’autorité censée les protéger. Et plus on fait durer cet état, plus ils s’habituent à être contrôlés.

Il convient donc de saisir toutes les opportunités qui se présentent dans l’actualité pour instiller des peurs et ainsi rendre le peuple demandeur d’une autorité et d’une fermeté nouvelles. Et lorsque celles-ci se mettent en place, il convient de les maintenir le plus longtemps possible pour habituer les esprits, jusqu’à ce qu’elles semblent normales. Naturelles. La privation de liberté se fait alors au nom de l’intérêt général. Ce que chacun peut bien comprendre. Et accepter.

On obtient ainsi une soumission douce, sans recourir à la violence physique. La violence est bien là, mais elle est seulement morale. Psychologique… »

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Les deux héros de cette histoire se sont rencontrés alors qu’ils étaient étudiants.

Tom, ingénieur scientifique, est las  :  les changements du monde,  l’actualité relayée par les médias l’accablent, pourtant il fait tout pour les accepter.

Christos, a suivi des études de philosophie puis de linguistique et de psychosociologie, il vit en Grèce. Il observe et questionne le monde, il sent que son ami sombre dans la tristesse et la réclusion. Il veut aider Tom, il lui fait prendre conscience que quelque chose ne va pas dans ce que l’on raconte…

C’est le premier livre de cet auteur que je lis et je l’ai beaucoup apprécié. C’est une fable pleine d’intelligence, à la fois légère et profonde, elle relate une situation pouvant ressembler à l’actualité de ces dernières années. Le sujet est très bien amené, documenté et sourcé quant aux origines de l’Europe, de la mondialisation, de la manipulation des masses… On y croise les noms de Edward Bernays, Noam Chomsky, Rodrik

 J’ai repensé à «  Matins bruns « , continuons encore et toujours

à être vigilant(e)s, réveillons-nous aussi.

Réfléchir en prenant du recul est tellement important

et  la liberté est si fragile !

Il y a là de belles découvertes à faire,

je vous invite vraiment à aller vers ce petit livre

qui éclaire les faits sous un autre angle  et avec humour.

C’est un regard qui interroge et mérite, il me semble,

que l’on approfondisse le sujet.

À lire et à faire circuler…

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Extraits de :  » Le réveil«   2022 Laurent Gounelle.

Illustrations : 1/ « Le silence » 2/ « Orphée »  Odilon Redon  1840-1916.

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Résister à certains chants des sirènes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Le bien caché…

9 mai 2022

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« …Chaque matin, les hommes et les femmes qui prennent soin de la parcelle du réel

qui leur est confiée sont en train de sauver le monde, sans le savoir… »

Christiane Singer  – 1943-2007.

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Nos armures se délitent…

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Nos cuirasses se fendent…

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Nous semblons perdre des plumes,

là sont les signes annonciateurs d’un indispensable changement…

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Étirons nos membres engourdis,

oxygénons nos cerveaux endormis,

accueillons la lumière,

recréons qui nous sommes…

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Il n’y a pas de temps à perdre,

faisons renaître en nous nos propres couleurs,

celles de la vie qui court dans nos veines.

Soyons maîtres de nos réflexions, de nos décisions,

ne suivons pas les routes encombrées,

préférons les chemins de traverse, les chemins de paix,

prenons du recul,

purifions nos intérieurs,

évacuons les vibrations négatives,

et surtout :

restons des êtres paisibles, des êtres libres…

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« … C’est le moment de construire le monde.

Nous avons chacun la responsabilité d’une parcelle de l’univers… »

Christiane Singer  – 1943-2007.

 

Photos BVJ —> Eucalyptus.

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Choisir des relations de cœur à cœur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Rose à l’âme…

3 mai 2022

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« Je ne sais si vous avez déjà examiné la manière dont vous écoutez – que ce soit un oiseau ou le vent dans les feuilles, le bruit de l’eau vive, peu importe – ou l’attention que vous portez à quelque dialogue intérieur, ou à une conversation tenue au sein de diverses relations avec vos amis intimes, votre femme ou votre mari.

Si nous nous efforçons d’écouter, cela nous parait extrêmement difficile, car nous ne cessons de projeter nos opinions et nos idées, nos préjugés, notre acquis, nos inclinations, nos pulsions ; lorsque tout cela domine, c’est à peine si nous écoutons ce qui est dit. Cet état là est sans valeur aucune. On n’écoute – et donc on n’apprend – que si l’on est dans un état d’attention, un état de silence dans lequel tous ces échos antérieurs sont tenus en respect et se taisent. »

Krishnamurti – extrait d’une causerie de 1967 trouvée sur le net.

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« La vie est bien trop courte pour perdre son temps à se faire une place là où l’on en a pas, pour démontrer qu’on a ses chances quand on porte tout en soi, pour s’encombrer de doutes quand la confiance est là, pour prouver un amour a qui n’ouvre pas les bras, pour performer aux jeux de pouvoir quand on n’a pas le goût à ça, pour s’adapter à ce qui n’épanouit pas. La vie est bien trop courte pour la perdre à paraître, s’effacer, se plier, dépasser, trop forcer. Quand il nous suffit d’être, et de lâcher tout combat que l’on ne mène bien souvent qu’avec soi, pour enfin faire la paix, être en paix. Et vivre. En faisant ce qu’on aime, auprès de qui nous aime, dans un endroit qu’on aime, en étant qui nous sommes, vraiment. »

Alexandre Jollien.

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« Je crois en la couleur rose. Je crois que le rire est la meilleure façon de brûler des calories. Je crois aux baisers, beaucoup de baisers. Je crois qu’il faut être forte quand tout semble aller mal. Je crois que les filles joyeuses sont les plus jolies. Je crois que demain est un autre jour et je crois aux miracles »

Audrey Hepburn.

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Que tous ces roses divers et variés fleurissent ensemble,

la diversité est une richesse et non une occasion de se combattre.

Écouter l’autre calmement, sans arrière pensée aucune,

accepter l’autre, quelles que soient ses différences,

offrir sa joie, sa légèreté et sa confiance en la vie…

C’est un travail de chaque jour, de chaque seconde,

qui fera la paix en nous et ainsi la paix dans le monde.

À tenter, absolument, il me semble.

Photos BVJ – Cerisiers du Japon – mai 2022.

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Modifier notre perception du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Douze…

28 avril 2022

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« La poésie fait son nid d’une main à peine ouverte,

elle peut suivre les lignes de la paume

et aussi vivre dans un poing.

Elle est ce souffle inattendu qui patientait en toi,

ce temps posé sur l’instant, mais qui dure.

Si tu veux la dresser, change de livre,

délaisse les gens qui veulent la définir.

Elle aura toujours le coup d’aile d’avance

de l’oiseau quand tu veux l’attraper.

 

Un poème ne t’attend pas.

Il est là, même où tu l’ignores.

Il ne se veut pas forcément plus brillant

qu’une bruine qui s’amuse ou un soleil qui tombe.

Un poème ne fait pas pousser les fleurs :

c’est une parole entre deux lèvres

qui ne sauvera peut-être pas la Terre,

mais qui s’entendra,

se fendra d’un aveu, d’un amour, d’un combat.

Elle chantera encore quand d’autres s’agenouillent

ou s’enfuient devant la foule des bras tendus.

 

Aujourd’hui, tu vas écrire, me confies-tu.

Alors, vas-y, jette-toi dans la beauté.

Au bout d’une page, ou de quelques vers,

il y a parfois le début d’un univers.

Je te regarde : ce matin, tu te sens si poème

que tu crois pouvoir toucher, pour dire le monde, l’infini d’une seconde. »

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« Poème pour l’enfant au bord d’une page »

Carl Norac.

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Ne sommes-nous pas tous des enfants au bord d’une page ?

La poésie est vaste, si vaste, elle se rencontre au détour d’un chemin,

dans un regard, dans une mélodie, elle se cueille à toutes le saisons…

si on le désire vraiment…

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Douze, pourquoi douze ?

Douze est un nombre sublime nous dit-on, il représente un cycle,

il y a douze signes du zodiaque – quel beau chemin – ,

il y a douze heures entre minuit et midi, douze heures entre midi et minuit…

Ce blog a douze ans aujourd’hui, la vie n’est plus la même

mais nous devons encore et toujours  suivre ce fil de poésie,

ce fil de lumière et d’espérance, lui seul nous donnera la force.

Belle semaine et merci à toutes et à tous, donnons-nous la main !

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Illustration : 1/ « Le gâteau d’anniversaire » – détail – Pancraz Körle  1823-1875  2/ « Madame Sada Yakko » (actrice et danseuse tragique japonaise)  Ruppert Bunny  1864-1947.

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Faire un avec la poésie…

BVJ – Plumes d’Anges.

 

Entente fraternelle…

23 avril 2022

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Drôle de songe, nous pourrions presque imaginer un éléphant dans le jardin…

Il n’en est rien, il s’agit du tronc d’un figuier qui a poussé tout seul il y a plus de 25 ans…

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Sa particularité est qu’il abrite en son cœur un autre arbre, légèrement plus jeune,

un pamplemoussier, ils cohabitent paisiblement, la vie n’est-elle pas étonnante ?

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Dans la nature, tout est magique,

ces deux arbres s’aiment d’amour tendre,

ils se sont accueillis l’un l’autre

et bientôt des fruits apparaitront.

Que de leçons à apprendre, cette sagesse me fait rêver, pas vous ?

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« Tant de mains pour transformer le monde et si peu de regards pour le contempler »

Julien Gracq

Photos BVJ – 22 Avril 2022.

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Entrer en contemplation…

BVJ – Plumes d’Anges.

Apparition…

15 avril 2022

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« … Quand la flèche tomba, aux alentours de 20 heures, le lundi 15 avril 2019, nous fûmes quelques uns à penser : cette flèche en feu était-elle la conséquence de notre arrogance ? Pourquoi les flèches demeureraient-elles dressées devant des hommes qui méprisent leur présence magique ? Et si la chute était un exil ? Et si nous méritions ce grand effondrement ? Que peut produire d’autre une époque qui a décidé de tout démonter ?

Les flèches, les tours, les entrelacs réticulés et les croix ouvragées sont sentinelles de mystère. Peut-être ont-ils raison de se retirer du carnaval du XXIème siècle. Peut-être sont-ils lassés par le bruit et la laideur ?… »

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Extrait de : « NOTRE DAME DE PARIS – Ô REINE DE DOULEUR »  2019  Sylvain Tesson.

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« C’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore. » 

Anatole France

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Et soudain apparut un monde nouveau, riche d’humanité, de paix et de bienveillance.

D’où venait-il ?

De nous uniquement, dans le grand effondrement,

nous ne pûmes compter sur personne d’autre.

Ce nouveau monde songeait à éclore depuis longtemps,

il nous fallut un moment pour le comprendre.

Nos intentions lumineuses, nos pensées profondes durent le guider, pas à pas,

l’aider à prendre forme harmonieusement…

Il fleurit en son temps, comme la rose…

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Joyeux week end de Pâques à toutes et à tous !

Illustrations : 1/ « Notre-Dame de Paris »  Edwin Deakin  1838-1923  2/ « Fleurs et nid » – détail – Georg Frederic Ziezel  1755-1809.

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Se tenir en éveil…

BVJ – Plumes d’Anges.

L’ARBRE…

9 avril 2022

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« … les plantes ont leur volonté propre, de l’astuce et un but, tout comme les gens. Il lui parle, lors de leurs virées, de tous les miracles tortueux que la verdure peut concevoir. Les gens n’ont pas le monopole de l’étrangeté. D’autres créatures – plus grosses, plus lentes, plus anciennes, plus durables – mènent le jeu, fixent le climat, nourrissent la création et créent l’air même qu’on respire.

« C’est une idée géniale, les arbres. Si géniale que l’évolution ne cesse de la réinventer, à l’infini. »…

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« Nous savons si peu de choses sur la façon dont les arbres poussent. Presque rien sur la façon dont ils fleurissent, fourchent, se renouvellent et guérissent tout seuls. Nous en avons appris un peu sur quelques-uns, pris isolément. Mais rien n’est moins isolé, plus sociable qu’un arbre. »…

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C’est incroyable comme les choses paraissent folles dès qu’on se met à les regarder. »…

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Les champignons puisent dans la pierre des minéraux pour leurs arbres. Ils chassent les podures, qu’ils servent à leurs hôtes. Les arbres de leur côté, stockent un supplément de sucre dans les synapses de leurs champignons, à administrer aux malades, aux ombragés, aux blessés. Une forêt prend soin d’elle-même, tout en construisant le microclimat dont elle a besoin pour survivre.

Avant de mourir, un sapin de Douglas vieux de cinq cents ans renvoie son stock de composés chimiques dans ses racines et, via ses partenaires fongiques, lègue en testament sa fortune au pot commun. Nous pourrions appeler ces vénérables bienfaiteurs des arbres donateurs

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… Mais l’espoir et la vérité importent peu aux humains sans l’utilité. Dans son barbouillage de mots gauche et godiche, elle cherche l’utilité  du Vieux Tjikko, sur sa crête aride, qui sans fin meurt et ressuscite à chaque changement de climat. Son utilité, c’est de montrer que le monde n’est pas fait pour notre usage. En quoi sommes-nous utiles aux arbres ? Elle se remémore les paroles du Bouddha : Un arbre est une créature miraculeuse qui abrite, nourrit et protège tous les êtres vivants. Il offre même de l’ombre aux bourreaux qui l’abattent…

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Des messages sourds émanent de l’écorce contre laquelle elle s’appuie. (…)

Les signaux disent : Une bonne réponse mérite d’être inventée de zéro, encore et encore.

Ils disent : L’air est un mélange que nous devons continuer à produire.

Ils disent : Il y a autant sous terre qu’au-dessus.

Ils lui enseignent : N’espère ni ne désespère ni ne prédis ni ne te laisse surprendre. Ne capitule jamais, mais divise, multiplie, transforme, unis, agis et endure comme tu l’as fait tout au long du long jour de la vie.

Il est des graines qui ont besoin du feu. Des graines qui ont besoin du gel. Des graines qui doivent être avalées, gravées à l’acide digestif, expulsées comme déchets. Des graines qui doivent être écrasées pour s’ouvrir et germer. Un être peut voyager partout, à force même d’être immobile…« 

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Étonnante lecture, on entre dans ce livre comme on entre dans une forêt, le parfum est puissant, les bois craquent, les feuillages bruissent, les oiseaux chantent…

Au départ, neuf histoires – très différentes – se racontent, elles sont l’origine d’un présent qui se trame, se dessine, chaque histoire rencontre son arbre – le châtaignier, le murier, l’érable, le chêne et le tilleul, le pin douglas, le figuier, le ginkgo, le hêtre – petit à petit, des drames se nouent, quelquefois se dénouent.

Il y a Patty, la botaniste jadis collectionneuse de brindilles ; dans son enfance elle a montré des problèmes de langage,  son père l’a initiée à l’observation de la nature. Son arbre,  le hêtre s’élève dans une verticalité étonnante, il contemple et étudie les transformations du monde. Elle découvre et veut révéler que les arbres communiquent entre eux, leurs racines sont l’origine, elles se nourrissent à des sources multiples, parfois lointaines, elles sont des traces, une musique sans fin. Elles s’adaptent aux rencontres rocheuses, elles les contournent, elles sont la vie qui galope, la vie qui coure inexorablement pour le bien-être de tous. Mais quand on pense différemment, tout devient très difficile. Il y a huit autres destins qui se rencontrent, huit autres façons de vivre les arbres…

Richard Powers signe un roman palpitant, il explore différentes possibilités. Il prête des sentiments aux arbres, ceux-ci collaborent mais jamais ne cherchent à se détruire, la leçon est splendide ! L’homme s’égare dans le monde virtuel et ne sait plus admirer la magnificence de la Nature, il est mené par la cupidité….

C’est une fort belle lecture, parfois on se perd un peu, n’est-ce-pas le propre de la forêt, non ? À nous de noter quelques repaires, quelques indices. Le vocabulaire et le savoir de l’auteur sont époustouflants, la poésie omniprésente…

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Extraits de : « L’ARBRE MONDE »  2018  Richard Powers.

Illustrations : 1/« Ferme »  2/ « Le Haut Outaouiais »  3/« Automne »  Franklin Carmichael  1890-1945.

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Palpiter avec les mots et la Nature…

BVJ – Plumes d’Anges.

Passeurs de mots…

2 avril 2022

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« … Toute sa vie passée à écouter les autres. Il n’écoute plus personne. Il y a là une paix profonde et une tristesse. Aussi profonde l’une que l’autre. Il vient de déposer l’habit. Pas défroqué non, parce que sur sa route il n’y a ni dieu ni vœu éternel. Il s’éloigne simplement et il se sent de plus en plus nu. Parfois une question le saisit. Écouter et parler n’est-ce pas ce qui rend humain chaque être ? Est-ce qu’il n’est pas en train de trop s’éloigner ?…

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Il y a de longues plaintes tenues parfois longtemps dans nos poitrines. Un jour elles trouvent le chemin et montent jusqu’à nos lèvres.(…) Cette fois, la raie Manta est là, puissante et souple. Elle l’attendait ? Il la suit comme on s’abandonne à un présage. Elle a détecté sa présence, il en est sûr. Et elle le laisse faire. Il ne pense plus à rien. Il la suit jusqu’aux coraux.

Alors lentement, par des mouvements d’une grâce infinie, elle se défait entre les coraux de tout ce qui s’est accroché à elle. Combien de temps Simon reste-t-il ainsi à observer ce qu’elle lui montre, reprenant son souffle hors de l’eau puis replongeant. Quant elle repart, délivrée de ce qui entravait ses mouvements, il la remercie silencieusement…

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Chaque objet ici est couturé de lignes d’or. Elles dessinent des courbes, des zébrures, parfois juste quelques points comme si on avait cousu les bords ouverts d’une blessure. Et c’est beau. Étrangement beau.

Les tissus cousus.

La céramique cousue.

 Et lui, la bouche cousue ? Où est le fil d’or ?

Daisuke parle. À sa façon lente. Entre chaque phrase, un temps. Le silence dans lequel Simon marche. À pas comptés. S’il comprenait ce que dit Daisuke, il saurait que tout se répare. On ne cherche pas à cacher la réparation. Au contraire, on la recouvre de laque d’or. On est heureux de redonner vie à ce qui était voué à l’anéantissement. On marque l’empreinte de la brisure. On la montre. C’est la nouvelle vie qui commence…

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Mais toutes ces années lui ont appris que ce qui se passe dans le cœur et la tête de chacun n’appartient qu’à celui dont le souffle anime et ce cœur et cette tête. C’est le cœur de la plante. On n’est maître de rien. On peut juste accepter et mettre tout son art, toute sa vie, à comprendre ce qu’est le fil de l’eau, le sens du bois, le rythme des choses sans nous. Et c’est un travail et c’est une paix que de s’y accorder enfin. La seule vraie liberté…

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Trouver l’élan qui fait prendre le risque de quitter son eau.

L’élan qui rassemble tout… »

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Simon Lhumain, psychanalyste, homme secret qui n’a plus qu’un ami, se lie doucement d’amitié avec Mathilde, elle lui parle de poésie et d’un livre sur les textiles anciens japonais…

Un matin, sans le vouloir,  il casse en deux un vieux bol bleu à la longue histoire. Cette fracture est un déclic, des émotions affluent, des souvenirs font surface. Il sent qu’il ne peut plus se dérober, il doit se confronter à lui-même, à ses peurs, ses doutes, ses souffrances, ses désirs…

Depuis des années Simon écoute mais ne s’écoute plus, il étouffe, il a besoin de respirer la lumière, il partira au Japon. Son ami Hervé, fin connaisseur de voyages lointains,  lui trouve une maison d’hôtes dans un endroit préservé, les îles Yaeyama. Là s’opère une lente et belle transformation, grâce aux maîtres des lieux, Akiko, collectionneuse de tissus anciens et Daisuke, céramiste talentueux. Le fil d’or d’une histoire se tisse patiemment, les traces suivent les traces…

L’écriture de Jeanne Bénameur est toujours délicieuse, les images évoquées sont fortes et délicates : les rituels, l’eau, la chaleur, la nature, les couleurs, la douceur des rencontres, le féminin, on se prend à rêver d’un semblable voyage au pays du soleil levant…

Laissez-vous porter par ce livre, ai-je envie de vous dire.

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Extraits de : « La patience des traces »  2022  Jeanne Bénameur.

Illustrations : 1/« Bouquet »  Anna Gumlich-Kemp
1860-1940  2/« Paysage côtier »  Kawase Hasui  1883-1957.

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Porter un regard neuf…

BVJ – Plumes d’Anges.

Haut lieu…

29 mars 2022

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Perchée à 962 mètres au sommet du Mont Pirchiriano,

aperçue du fond du Val de Suse au mois de janvier, sous la neige,

la Sacra di San Michele (abbaye Saint-Michel de la Cluse)

est un vaisseau de pierre qui inspira l’écrivain Umberto Eco

pour son roman Le nom de la rose.

Le film de Jean-Jacques Annaud tiré de cette histoire y a été tourné.

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Un oratoire très ancien, dédié au culte de l’archange Saint Michel

fut reconstruit dès 980 par un ermite, Giovanni Vincenzo…

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Vers le XIème siècle , une abbaye bénédictine,

chef d’œuvre d’équilibre architectural,  vit le jour et prit de l’ampleur au fil du temps…

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Elle s’accroche véritablement aux roches présentes…

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À l’intérieur d’impressionnants escaliers de pierre se succèdent…

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Ils se terminent par « l’Escalier des morts » qui, jadis,

exposait dans ses niches, les dépouilles de certains moines…

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En haut des dernières marches, le « Portail du zodiaque » (ici un détail),

œuvre du sculpteur médiéval Nicolao

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Le portail d’entrée de l’église est en pierre grise et verte,

les arcs-boutants en serpentine sont de construction plus récente…

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L’église de style romano-gothique dont l’abside est, nous dit-on,

orientée vers le point du lever de soleil le jour de la Saint Michel, le 29 septembre…

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Plusieurs fresques – début XVIème –  éclairent les murs,

ici la plus grande : « l’Assomption » du peintre Secondo del Bosco di Poirino,

les couleurs sont remarquables…

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Précieux chef-d’œuvre de Defendente Ferrari, entièrement restauré,

en son centre une Vierge à l’enfant.

Leurs visages  sont doux et splendides, les pieds de la mère cachés sous la robe bleu

sont délicatement posés sur un croissant de lune…

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Il y a de nombreuses autres merveilles en ce lieu,

l’endroit était presque désert lors de notre visite, seul un moine s’afférait et priait.

L’abbaye est sur cette ligne droite de monastères michaéliques

formée par « le coucher du soleil le jour du solstice d’été »,

partant de l’Irlande et passant par les Cornouailles, la Normandie,

le Piémont, les Pouilles, la Grèce et se terminant sur le Mont Carmel.

L’archange Saint Michel aidé de ses anges,

symbolise la puissance des forces du bien contre les forces du mal.

Aminautes de France, de Navarre et d’ailleurs,

vous pouvez si vous le voulez, réserver une cellule dans ce lieu,

pour goûter au calme et au silence…

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« J’envoyai des lettres d’amour

aux cieux, aux vents, aux mers,

à tous les débordements

de l’univers.

Ils me répondirent

en lente

rosée d’amour

voilà pourquoi je les reposai

sur la découpe aride des sommets

comme une forêt de vents.

 

Il me naquit un fils d’océan. »

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Poème extrait de « Poco suono »  trouvé sur le net

 Lorenzo Calogero  1910-1961   (traduction de Valérie Brantôme).

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Photos BVJ et PJ – Mars 2022.

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Poser ses pas sur des lumières…

BVJ – Plumes d’Anges.

Précieuses mémoires…

21 mars 2022

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Cannes, vue de la Napoule  – André Gouirand  1855-1918.

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Un voyage ? Face au soleil ?  Pour trouver en nous l’illumination ?

Suivez-moi, je connais un chemin…

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J’aime l’idée d’un monde où les banques se transformeraient en musées pour montrer aux Hommes la beauté des paysages, où les coffres jadis très forts seraient ouverts aux quatre vents…

Figurez-vous que cela existe : la très jolie ville d’Hyères les Palmiers dans le Var créa en 1912 une succursale de la Banque de France. Deux talentueux architectes conçurent alors un bâtiment de style néo-classique auquel ils ajoutèrent un jardin à la française.

En 2021, LA BANQUE

– lieu splendide qui a conservé les mosaïques d’époque au sol et des boiseries anciennes… – 

a ouvert ses portes au public avec une vocation muséale : celle de présenter un fond permanent de 250 m² (peintures, gravures, sculptures, photographies), outils multimédias, et des expositions temporaires.

Du 27 novembre 2021 au 28 avril 2022, sont accueillies sous le titre 

FACE AU SOLEIL – 1850-1950

des œuvres célébrant la lumière du midi. Des artistes régionaux et d’autres aux noms très connus témoignent d’une époque révolue. Art figuratif et art abstrait cohabitent avec bonheur sur des murs blancs immaculés, les couleurs sont souvent époustouflantes, le voyage nous emmène très loin…

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Marseille, à Rive Neuve  – Joseph Garibaldi  1863-1941.

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Le château d’Horace Vernet à Hyères – Vincent Cordouan  1810-1893.

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Vue de la pointe du Gaou, les criques de la Lègue au Brusc – Vincent Cordouan  1810-1883.

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Détails de Panorama de la ville d’Hyères vue depuis la mer – Étienne Billet 1821-1888.

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Bord de mer – Gabriel Amoretti  1861-1947.

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La calanque de l’Oustaou de Diou à Porquerolles  – Raphaël Ponson  1835-1904.

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Au Trayas – Georges Ribemont-Dessaignes  1884-1974.

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Paysage à l’Estaque – Raoul Dufy  1877-1953.

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Pêcheuses de praires dans les marais salins à Hyères – Louis Garcin  1821-1898.

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Le Temple, jardin romain sur la Riviera  Raymond-Louis Charmaison  1876-1956.

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Si un jour vos pas empruntent les chemins du midi, n’hésitez pas un seul instant ! Ces peintures sont un précieux témoignage d’un temps où ces bords de mer n’étaient pas abimés et bétonnés comme maintenant. Je ne peux malheureusement pas vous montrer toutes les œuvres, mais il y en a d’autres,  Boudin, Chagall, Renoir, Camoin, Bonnard… un régal !

Quand vous lirez ces lignes, je serai dans un autre voyage, à très bientôt…

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« On peut répandre la lumière de deux façons : être la bougie, ou le miroir qui la reflète »

Édith Wharton

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Toujours être à l’affut de la Beauté…

BVJ – Plumes d’Anges.