Temps suspendu…

25 octobre 2020

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Voyage dans l’imaginaire, imaginons, imaginez,

nous avons ce droit inaliénable…

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Choisir un jardin – peu importe sa taille, seule compte sa beauté –

ou choisir un lieu de nature immaculée.

Y prendre place…

Sentir,  selon la météo rêvée,

la chaleur du soleil – levant ou couchant – nous envelopper,

 une douce brise nous caresser le front,

 une fine pluie nous tapoter la joue.

Entendre le clapotis du ruisseau,

le chant des oiseaux, des notes perchées aux plus graves,

tout nous murmure la joie du monde si l’on prête l’oreille.

Retour aux sources : les pieds bien ancrés dans la terre, se réunifier,

se tenir droit, sentir l’équilibre en soi,

– équilibre qui vient du latin aequus, signifie égal, et de libre, qui a le pouvoir –

toucher les arbres d’un regard neuf, se recentrer,

devenir l’arbre, sentir sa force, sa puissante, sentir le bois qui craque,

la sève qui circule, le feuillage, les fleurs et les fruits présents ou à venir.

Puis laisser tomber ses feuilles mortes, les vieux réflexes et les vieux schémas, s’alléger.

Ne plus écouter le bruit du monde mais capter la richesse du silence intérieur,

un repos est nécessaire pour plus tard, un jour ou une nuit,

vivre une autre saison dans toute sa profondeur.

Renaître et s’épanouir dans une dimension nouvelle,

se laisser transformer encore et encore, se réunifier, s’émerveiller,

sentir en soi couler une rivière d’énergie,

« que puis-je en faire pour participer à la vie ? »

devrait rester la seule question à se poser,

 laisser émerger son intuition,

PENSER PAR SOI-MÊME.

Je vous souhaite de vivre cette expérience, oh combien salvatrice !

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« L’automne est arrivé

venant visiter mon oreille

un oreiller de vent « 

Matsuo Bashô

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Illustrations : 1/« Début d’automne »  2/« Paysage d’Oregon »  George Inness  1825-1894.

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Aiguiser notre regard intérieur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mois de nagori…

12 octobre 2020

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C’est un entre-deux, entre chaleur du passé et froid du futur,

doux moment perché sur le fléau de la Balance…

La lumière baisse et devient insuffisante pour la production de chlorophylle.

Le soleil semble choir, les feuilles des arbres l’imitent.

Cela s’appelle l’automne.

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– « Eau tonne », une région de France vient de la vivre dans sa chair,

une immense douleur. –

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Ici se vit une expérience.

Ici est une ancienne mer,

le royaume des ocres, où des jaunes, des orangés, des rouges incroyables

sculptent un paysage irréel

et répondent à des verts d’une intensité inégalée.

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L’imaginaire vagabonde et se pose sur d’autres sphères,

bulles de couleurs qui vibrent haut et fort, une sorte de printemps et d’été en automne.

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Les tonalités évoquent la chaleur estivale.

On se sent nostalgique, les japonais nomment cette émotion nagori,

littéralement, « reste des vagues ».

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Dans la cérémonie du thé, voyage par excellence,

octobre est appelé « mois de nagori » nous dit l’auteure Ryoko Sekiguchi.

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« … Les japonais entretiennent avec les saisons une relation particulière (…) Ce n’est pas seulement l’année avec son tour des quatre saisons, qui est comparée à la durée d’une vie humaine ; chaque saison contient une vie entière, traversée par différents êtres vivants, chacun doté d’une vie propre…

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Ainsi, il existe trois termes différents pour décrire l’état de saisonnalité d’un aliment : hashiri, sakari et nagori. Ils désignent l’équivalent de « primeur », de « pleine saison », et le dernier, nagori, de l’arrière-saison, « la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter »…

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… (…) Dans la cérémonie du thé, il y a un rituel concret appelé nagori no cha, « le thé de nagori » : c’est la cérémonie organisée en automne, avec les restes du thé de l’année précédente. On boit le thé nouveau à partir de novembre. Nagori no cha est donc la fin du thé de l’année courante dans le cycle du thé, avant d’ouvrir une nouvelle année avec le thé frais…

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… (…) Dans nagori, attachement, nostalgie et temporalités se mêlent. 

Nagori évoque à la fois une nostalgie de notre part, pour une chose qui nous quitte ou que nous quittons, et la notion de quelque chose qui décale légèrement la saison, comme si cette chose même (par exemple des fleurs, la neige) ne quittait qu’à regret ce monde, et la saison qui est la sienne… »

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Étonnant petit livre sur le goût qui relate de courtes histoires.

On le lit, on le relit avec délectation, le propos est délicat, poétique,

un tantinet nostalgique.

C’est un entre deux mondes qui y est décrit et cette émotion

je l’ai ressentie sur le sentier des ocres.

J’ai bien vu que l’on vivait en ce moment un changement total de paysage,

souhaitons qu’une belle lumière arrive et que la joie efface enfin la peur,

il nous faut en avoir la volonté…

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Il ne nous reste plus qu’à nous servir une tasse de thé, qu’en pensez-vous ?

Extraits du très joli petit livre « Nagori – La nostalgie de la saison qui s’en va »  2018  Ryoko Sekiguchi.

Un autre très joli titre de cette auteure –> ICI

Photos BVJ – Sentier des ocres Roussillon – octobre 2020.

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Ressentir un ailleurs…

BVJ – Plumes d’Anges.

Objets inanimés…

6 octobre 2020

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« Objets inanimés, avez-vous donc une âme… » nous disait le poète,

il est vrai que certaines fois, la question se pose.

C’est l’histoire d’un bâtiment, une ancienne sous préfecture, à Toulon,

qui sous les doigts d’un artiste-designer,

Alexandre-Benjamin NAVET –

s’est joyeusement métamorphosé.

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N’est-elle pas pimpante, cette façade,  dans son vêtement éphémère ?

Ne met-elle pas un peu de vie dans le marasme ambiant ?

L’installation doit durer un an et précède de gros travaux de façade.

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Une bien belle idée qui m’en rappelle une autre.

C’était en 1999, ce même bâtiment changeait d’attribution,

il devenait l’Hôtel des Arts.

Un artiste singulier

Claudio PARMIGGIANI

opérant à l’intérieur, prit possession des lieux,

toutes les salles ouvertes au public furent investies.

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Il plaça dans chacune des pièces du rez-de-chaussée et du premier étage, des objets : flacons, bouteilles, horloges (sans aiguilles), livres, boîtes, roues, bustes… certains à même le sol, d’autres sur des étagères.

Objets de mémoire des lieux et de ceux qui avaient travaillé là ?

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Puis l’artiste enfuma la totalité de l’espace,

les objets furent retirés un à un, il ne resta alors que leurs fantômes, leurs traces.

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Je me souviens, il y avait l’ombre d’un papillon au début du chemin,

celle d’une lampe à pétrole à la fin.

Quand donc la lumière surgira-t-elle dans le monde ?

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Un nouvel escalier  nous proposait alors de monter au second étage :

là nous attendait une pièce doucement éclairée,

entièrement peinte de plusieurs tonalités de jaune,

l’expérience était magique,

l’ascension vers la lumière se vivait et laissait une trace dans l’esprit du visiteur,

elle est toujours très présente en moi.

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Le 1° janvier 2020, l’Hôtel des Arts change à nouveau,

il devient métropolitain.

En 2021, cet écrin nous livrera de nouvelles expositions,

souhaitons qu’elles soient d’une même qualité…

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Les mots d’un autre poète -Raymond DEVOS – nous disent :

 

« … Ce fameux vers de Lamartine que chacun connaît :

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer  » ?

Ce sont des vers de douze pieds.

Je les ai comptés.

Et je me suis dit que pour répondre, honnêtement, à la question :

« Objet inanimé avez-vous donc une âme ? »,

le seul moyen était de devenir objet moi-même,

avec le dédoublement c’est possible.

Et c’est ce que j’ai fait, je suis devenu un peigne.

-Pourquoi un peigne ?

– Parce que c’est la première chose qui me soit passée par la tête… »

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Tirer parti d’un moment unique m’enchante, j’ AIME infiniment cette idée,

j’ AIME les choses et les êtres singuliers,

j’ AIME ce qui sort de l’ordinaire et qui a quelque chose à dire,

tout cela nous transforme, nous enrichit…

Qu’en pensez-vous ?

Photos BVJ – Hôtel des Arts 2020 et catalogue de l’exposition Parmiggiani – 1999.

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Transformer notre vision du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Plongement…

30 septembre 2020

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« … Elle parcourt la baie argentée du regard. Et, l’espace d’un instant, il est là avec elle, à tel point qu’elle sent l’odeur des croûtes de sel sur sa peau. C’était pourtant dans une autre vie. Elle était quelqu’un d’autre. Elle est venue s’occuper des affaires de son défunt mari, sans songer que ces autres fantômes allaient refaire surface. Si elle avait réfléchi davantage, elle ne serait jamais venue. C’est ici qu’elle s’est sentie elle-même pour la dernière fois. Elle avait presque oublié cette sensation…

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… La fin du jour approchait et la lumière s’estompait déjà, diluée par d’immenses ombres diaphanes. Les pierres et les rochers impassibles semblaient faire écho à ses souvenirs. Debout dans la bruine, face à la baie qui s’assombrissait, elle s’est soudain sentie insignifiante. Comme si elle se confondait avec la broussaille brune parsemée de mégalithes et de moutons, les montagnes grises et l’étendue de la mer métallique. Était-ce ce qu’avait ressenti Caspar David Friedrich sur son rocher en regardant loin dans la brume ? Ou l’impétueux Cortés quand, de son regard d’aigle, il fixait le pacifique ? Freud rejetait ces sentiments qui s’apparentaient pour lui à la religion. Mais ce n’était pas nécessairement de cela qu’il s’agissait. N’était-ce pas aussi tout simplement une mesure de la conscience humaine ? Un désir de transcendance qui nous mène au-delà du banal ? Le besoin de donner un sens à ce qui, si souvent, n’en a pas ? …

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… Quand votre esprit s’imprègne de cet endroit sauvage, c’est là que votre poésie est la meilleure. Comme si le paysage était capable de se souvenir. Quand vous décrivez la lande sombre, les falaises et les tourbières, vous ne semblez pas, comme Yeats, créer des symboles mais plutôt comme Hopkins révéler l’essence des choses. Et cette essence – c’est du moins ce qu’il me semble – est l’individualité intrinsèque et la solitude innée de toutes les choses animées et inanimées. Il y a quelque chose de sauvage dans vos poèmes. (…)

L’acte de regarder et d’attendre correspond à ce qui est, au sens le plus large du terme, beau et même si c’est un mot difficile à utiliser dans la culture contemporaine, spirituel. Comme si, tant qu’on est mus par le désir, la beauté ne pouvait pas apparaître. Vous capturez ce paradoxe… »

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Martha, enseignante à Londres, vient de perdre son mari, Brendan, cinéaste de documentaires, passionné d’art. Il possédait un petit cottage en Irlande – son pays d’origine – dans le Kerry face aux îles Skellig,  il y venait écrire et travailler. Elle prend la décision de le vendre et doit le « vider ». Elle a bien connu ce lieu mais il y a très longtemps qu’elle n’y est pas retournée. Dans ce moment difficile, triant lettres, papiers, livres et photos, des souvenirs remontent, des rencontres anciennes refont surface, de nouveaux liens se nouent : elle se rapproche de son époux, leurs déchirures les avaient éloignés et l’on comprend pourquoi au fil des pages…

L’écriture est belle, la force des paysage nous emporte, le monde change, l’Irlande change, la vie de Martha change. C’est un roman qui parle du deuil, des deuils que l’on doit vivre, traverser et dépasser, chacun avec ses forces et ses fêlures. C’est un roman dont le fil conducteur est l’importance de la parole donnée. Pour que la vie continue, il faut mettre au jour le passé, pardonner et se pardonner.

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Extraits de : « Le chant de la pluie »  2020  Sue Hubbard.

Illustrations : 1/« Lumière et ombre »  John H.Vanderpoel  1857-1911  2/« La mer »  James Hamilton Hay  1874-1916.

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Plonger courageusement dans le passé pour soigner nos blessures…

BVJ – Plumes d’Anges.

Royaume des songes…

25 septembre 2020

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Vision d’une pluie d’or, le lac ensommeillé s’étire, accueillant

en ses rides la poudre étincelante d’un soleil levant…

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Ils furent nombreux jadis, à se presser sur ces rives…

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… pour en vivre les émerveillements et gouter la sérénité.

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Ici, l’air du temps offre des ondes paisibles,

juste quelques bruits de clapotis, une végétation luxuriante.

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Les questions sont inutiles, nul besoin de réponses.

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Être là, témoin de l’instant, de la vie et de sa grandeur…

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… observateur, observatrice d’une force lumineuse entre sommets et profondeurs…

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… au moment où la saison nouvelle souffle sur la précédente.

Une douce flânerie en pays d’Italie !

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« … L’ESSENTIEL EST ENCORE AILLEURS. La pensée transforme l’univers. Elle le change en autre chose. Elle ne cesse jamais de lui apporter du nouveau. Elle y introduit la surprise et l’attente. Elle le colore. Elle l’anime. Elle en fait un théâtre où chacun joue son rôle, une œuvre d’art, un trésor. Elle suffit à l’enchanter. La pensée des hommes est l’enchantement du monde.

Le monde ne devient beau – mais qu’est-ce- que la beauté ?… qu’avec et par les hommes et les femmes. Les formes, les couleurs, les fleuves entre les collines, les arbres et les fruits, les montagnes au loin entrent enfin dans l’histoire… « 

Extrait de : « Un hosanna sans fin »  Jean d’Ormesson  1925-2017.

D’autres extraits —>  ICI

Photos BVJ – Lac de Garde – Septembre 2020.

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Ressentir la vibration du lieu…

 BVJ – Plumes d’Anges.

Audace…

20 septembre 2020

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« En cette nuit,

en cet instant de cette nuit,

je crois que même si les dieux incendiaient

le monde,

il en resterait toujours une braise

pour refleurir en rose

dans l’inconnu.

Ce n’est pas moi qui l’ai pensé ni qui l’ai dit,

mais cette nuit d’hiver,

mais un instant, passé déjà, de cette nuit d’hiver… »

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Extrait d’un poème de Philippe Jacottet.

1/ « Oiseaux »  Shuki Okamoto  1807-1862  2/ « Fleur de célosie » Isenin Hoin Eishin  1775-1828.

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S’envoler, haut, pour mieux fleurir…

BVJ – Plumes d’Anges.

Merveilleux monts…

13 septembre 2020

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Les monts et leurs surprises…

La palette des couleurs change d’une saison à l’autre,

d’une montagne à l’autre…

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Monter, descendre, se poser, repartir…

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À la sortie d’un virage embrumé,

les rois des lieux semblent déguster l’invisible…

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Le ciel change, des nuages s’accrochent,

s’étirent et naviguent vers d’autres sommets…

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La découverte est totale, seule l’intuition guide…

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La piste monte haut, un lieu insolite apparait, une steppe de Mongolie…

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Royaume du silence, dépouillement extrême,

pas le moindre arbre, juste la rondeur des reliefs…

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Au delà, dans le monde d’en face :

des sommets éternellement enneigés et de vaillants glaciers…

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Au petit matin, une blanche gelée a jeté son voile,

le soleil levant fait briller des diamants…

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À plus de 2000 mètres d’altitude, cette couleur ocrée

transporte notre imaginaire vers des déserts de sable…

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Dans cet univers, une incroyable énergie, nous aide

à déposer les fardeaux intérieurs, à lâcher les tensions,

à s’allèger du poids du monde…

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On sent que de nouvelles vibrations

peuvent trouver leur place,

enfin !

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« Monde de rosée

– c’est un monde de rosée –

 Et pourtant, pourtant »

Kobayashi Issa

Photos BVJ – Dans les Alpes françaises – Septembre 2020.

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Lâcher les tensions…

BVJ – Plumes d’Anges.

 

Aube…

30 août 2020

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« … « Et si nous tournions le dos aux vents qui viennent de la ville ? Ils ne sont pas seulement alourdis par la poussière du désert, mais asséchés par la soif de l’or. Le pouvoir nous méprise, il ne s’intéresse pas à nos âmes, il vit trop loin de nous. Et de toute façon, il nous transforme en esclaves, regardez d’ailleurs le tigre : il ne s’attaque qu’aux hommes courbés. Donc fuyons-le, rendons-nous maîtres de notre bref passage en ce monde. Recommençons, comme avant, à nous mettre à l’écoute du ciel, des animaux, des nuages, des arbres, des insectes, des serpents, des fleurs, des plantes. Et puisque la vie et l’eau sont les seules vérités qui tiennent, occupons-nous de la vie et de l’eau. »

Ce furent des mots très clairs en somme. Très simples, à la portée de tout un chacun, des phrases limpides et fluides, la vérité lui coulait de la bouche sans le moindre arrangement ni ornement. « Si vous voulez de l’eau, dit Djambo ce soir-là pour la première fois, commencez par la chercher au fond de vous, soyez à vous même une source. Et ensuite, rappelez-vous que la nature est un corps, un corps immense, dont nous ne sommes, nous, les humains, qu’une infime partie. Mais si petits soyons-nous, nous nous en sommes pris à ce corps et l’avons gravement blessé. Donc à nous de le guérir. Non par une religion de plus, mais par une nouvelle façon de vivre, une humble façon. Car nous ne changerons le monde en grand que si nous commençons, misérables corpuscules que nous sommes, par le changer en tout petit. Et soyons patients, car le seul lieu des hommes, ce n’est ni leur champs ni leur village, ni leur ville, ni même leur pays. C’est le Temps. »…

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… Les guerres éclatent quand on commence à appeler vraies des choses qui sont fausses. Et fausses des choses qui sont vraies…

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… Vous ne trouverez pas ici de dieu de la peur ou des menaces. Et encore moins des pensées qui se tordent sur elles-mêmes et se perdent en complications. Le Suprême est partout dans la Nature, comme je vous l’ai dit, et par conséquent il est en nous, les hommes. Nous les Vingt-Neuf, quand nous nous levons, chaque matin avant l’aube, nous n’avons qu’une seule interrogation : savoir par quels actes nous illustrerons cette parcelle de divin qui nous a été remise avec la vie. Nous estimons l’homme à ce qu’il fait, non à ce qu’il raconte. Et pour le juger, nous ne nous posons que deux questions. La première : a-t-il dit et respecté la vérité ? La seconde : le feu de la violence, en lui, a-t-il réussi à l’éteindre ?… »

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L’histoire relatée est celle de Djambo « la merveille », rejeté par sa famille et son village, au XVème siècle, en Inde , à la limite du désert du Thar.

Ce jeune garçon suit les pas d’un magicien puis d’une danseuse de rue. Les puissants se font construire d’incroyables palais, coupent les forêts, assèchent le désert, asservissent les pauvres… Djambo, lui, après errance et souffrance,  veut croire en un autre monde,  une poignée d’hommes et de femmes l’accompagne, au fil du temps d’autres les rejoignent ; ils existent toujours 5 siècles plus tard, ce sont les Bishnoïs. Ils ont établi 29 règles qui prônent le respect de l’Homme et de la Nature, et nous questionnement quant à notre rôle sur terre.

Ce livre parle de l’orgueil qui mène à la barbarie, de l’humanité, de la vraie écologie, pas de l’écologie politique, c’est une lecture qui nous emporte, inspirée et inspirante. Rien n’est jamais acquis dans notre existence, tout est fragile et tout doit être respecté sinon le monde bascule. L’auteure a fait une belle recherche et nous livre ici un texte sensible.

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Claudie en avait très bien parlé —> ICI

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Extraits de : « La Forêt des 29 »  2011  Irène Frain.

Illustrations : 1/« Tête de tigre »  Raden Saleh  1811-1880   2/« Séléné » illustration du poème de John Keats « Endymion »  William James Neatby  1860-1910.

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Fuir les bavardages en tous genres, créer l’aube d’un nouveau jour…

BVJ – Plumes d’Anges

Lumineuses connexions…

25 août 2020

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Étonnants visages de la Nature.

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Rien ne l’annonce, l’apparition a lieu, pour l’œil curieux,

au détour d’un chemin, sur terre ou dans le ciel.

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Quelquefois c’est végétal, quelquefois minéral ou animal,

ce peut être le travail du vent ou celui de l’eau, c’est le travail du temps.

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C’est une patiente mise au monde, une évolution constante.

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Magie d’une nature en perpétuel mouvement,

on aimerait se faire botaniste ou géologue,

on aimerait étudier  pour mieux comprendre

les mécanismes créateurs.

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Mais là n’est même plus le sujet,

seule importe la contemplation du cadeau de l’instant !

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« Le saule

peint par le vent

sans pinceau »

Saryû

Photos 1,2,3,5,6,7/  BVJ, photo 4/  PJ.

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Se connecter à la lumineuse Nature…

BVJ – Plumes d’Anges.

Émotions profondes…

18 août 2020

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« … Les sapins sont les arbres préférés des nuages.

Ils poussent spontanément vers eux leurs cimes. Les nuages viennent, ils tournent, ils s’approchent, ils s’accrochent. Soudain ils pèsent. Ce sont des compagnons sûrs et certainement de merveilleux amants. Les pics, les troncs, les fûts, l’écorce qui les cerne, se haussent davantage pour saisir leur étoffe mystérieuse et pour la retenir. Alors les nuages les enveloppent d’humidité de façon passionnée, en tout cas si fréquente, si récurrente.

Ils reviennent, ils s’alourdissent encore. Ils coulent. Ils sont fidèles.

Ils haïssent la lumière.

Ils aiment la neige que le ciel crée mystérieusement…

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Plus la montagne s’élève, plus elle entre en contact avec le froid du ciel. Plus le gel en disloque la masse, plus elle épointe les roches que la glace fragmente encore. Les débris roulent sur les pentes ; les pluies les perforent ; les torrents balafrent les volumes les plus imposants avant de les amenuiser. La neige glissant des crêtes s’accumule dans les fonds et forme des glaciers qui eux-mêmes poussent et pressent les parois des cavités qui les contiennent. Peu à peu les glaciers les aménagent en cirques d’où s’écoulent des fleuves. Les fleuves enfin creusent lentement les énormes sillons des vallées en contrebas des flancs.

C’est ainsi que les montagnes sont exhaussées et que la nature se sculpte.

C’est ainsi que plus le volume est saillant, plus la hauteur aiguë, plus l’érosion puissante, plus le flanc déchiqueté, plus le ruissellement se fait torrentueux et blanc.

Le fragment dans ce monde est l’éclair…

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L’apparence de « sphère » que le ciel se donne, à l’instant où surgissent les étoiles, n’est elle-même qu’une fiction, qu’invente le regard qui se lève vers les spasmes de lumière qui tournent…

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Dans la neige actuelle qui tombe dans l’aube (une fois qu’on en voit la masse continue qui brille, qui scintille, qui émerveille en ouvrant la fenêtre au sortir du sommeil), la neige d’antan tombe avec elle.

La neige actuelle apporte avec son éblouissante blancheur son étrange et lointain silence de jadis.

On ouvre la fenêtre et on s’enfonce dans le Temps à jamais… »

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Ce récit est un long poème, il nous emmène

– et parfois nous égare – dans de lointaines brumes,

au temps de la création de la langue française.

C’est un retour aux origines,

une mise au monde dans la douleur et la lumière.

On y parle de deux frères jumeaux, Nithard et Hartnid,

petits fils de Charlemagne, que tout oppose.

L’auteur joue avec l’Histoire et avec les mots,

les images sont magnifiques, c’est doux, sombre et puissant à la fois,

c’est  un chant, une prière dont cet auteur est vraiment le virtuose.

On se laisse emporter par cette écriture éclatante et tellement poétique…

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Extraits de : « Les Larmes«   2016  Pascal Quignard.

Illustrations : 1/« Brouillard du matin dans les montagnes »  Caspar David Friedrich  1774-1840   2/« Mont Krivan »  Peter Michal Bohun  1822-1879.

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Se laisser submerger… par la poésie…

BVJ – Plumes d’Anges.