Cadeaux…

16 juin 2019

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« … Peut-on s’habituer à être père ou mère ? De la même façon que l’on s’habitue aux tristesses ou à la joie ? Je ne le pense pas.

Tu connaîtras un jour l’émotion d’appartenir à un petit être. C’est un sentiment indescriptible, même lorsqu’il est vécu au quotidien. Tout à coup notre planète personnelle bascule. Notre nombril se rapetisse. On ne vit plus pour soi, ni pour un autre, on vit dans l’autre. Je ne m’en serais jamais douté avant que tu ne déboules sur ma route. Tous les pères du monde se sont fait la même réflexion. Toutes les mères aussi. Même ceux et celles qui proclamaient n’avoir pas la « fibre » paternelle ou maternelle. Tôt ou tard, au détour d’une larme ou d’un éclat de rire, le ventre se noue, l’émotion jaillit. Et tous les atermoiements s’évanouissent comme sous l’effet d’une baguette magique.

Tu sais de quelle façon tu t’es posé sur notre vie. Tu n’es pas le fruit du hasard. Tu n’es pas un accident de parcours. Tu es un choix. Le choix que l’on fait d’aimer. D’aimer totalement, définitivement, sans condition aucune. Quoi qu’il advienne, ne doute jamais de cette affirmation. Jamais. Ni demain, ni dans mille ans. Il m’arrivera certains jours de te bousculer, de te rabrouer, de me montrer injuste. Dis-toi que ces états d’âme n’ont aucune importance. Ce sont de petites secousses sismiques qui ne méritent pas que l’on remettent en question les jours et les nuits de grand calme.

Si je te dis ces choses, bien que te sachant trop jeune pour les bien comprendre, c’est pour demain. Quand les années viendront, et que tu commenceras à éprouver le manteau du temps. Tu reliras ces lignes et elles effaceront d’un grand coup de gomme les chagrins ou les doutes qui auront pu t’assaillir à mon insu. Les parents sont souvent maladroits. On ne trouve pas toujours les mots justes quand il faut, le jour où il faut. Parce que les parents ne sont rien d’autre que d’anciens enfants. Ils conservent, toute leur existence durant, les maladresses, les mouvements d’humeur, les égoïsmes de l’enfance, les coups de froid, les rhumes. Certains guérissent plus vite et mieux que d’autres. C’est tout… »

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Un voyage imaginé par un père à l’aube du troisième millénaire, il veut montrer à son fils les belles choses du monde, les moins belles aussi, il veut l’entretenir de certains sujets et l’encourager à réfléchir sur l’avenir.

Nous, adultes, laisserons à nos enfants un monde imparfait, ils auront la difficile tache de déconstruire et de reconstruire différemment… ainsi va la vie. Seul lien immuable, le fil d’amour tissé d’une génération à l’autre, fil fragile, à entretenir avec grand soin, fil qui nous donne la force d’avancer et de créer.

AUJOURD’HUI,

bonne fête aux papas de France, de Navarre et d’ailleurs…

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Extrait de : « À mon fils à l’aube du troisième millénaire »  2000 Gilbert Sinoué.

Illustrations : 1/ « Génies ailés avec couronne de laurier » Gravure anonyme  2/Projet de « Dessin pour un plafond » de Francesco Saverio Mergolo  1746-1786.

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Se fêter les uns les autres joyeusement…

BVJ – Plumes d’Anges.

Intériorités…

13 juin 2019

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« Les chambres, qu’on croirait d’inanimés décors,

– Apparat de silence aux étoffes inertes –

Ont cependant une âme, une vie aussi certes,

Une voix close aux influences du dehors

Qui répand leur pensée en halos de sourdines…« 

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Extrait de : « Le règne du silence – La vie des chambres »  Georges Rodenbach  1855-1898.

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SPLENDIDE EXPOSITION au Musée Jacquemart-André à PARIS !

Vilhelm Hammershoi, peintre danois (1864-1916), nous invite à nous asseoir pour mieux explorer l’intériorité. L’ambiance est singulière, le temps suspendu, comme immobile, ici le calme règne en maitre. La palette des gris, des bruns, des noirs et des blancs est large. La lumière jaillit, se fragmente,  l’on se prend à détailler une nuque, un objet, un meuble… La musique est douce, loin des modes et des folies du monde, c’est un recueillement au sein du mystère. Tout semble dépouillé du superflu, l’on ne s’attache qu’à l’essentiel ou à ce qui ne se dévoile pas au premier regard : une émotion perçue qui danse sur la toile. Quelques tableaux d’amis artistes figurent dans cet accrochage, il est intéressant de comparer leurs liens et leurs cheminements respectifs.

Le catalogue de l’exposition me parait d’une grande valeur, tant dans les recherches de documents et le propos des intervenants que dans la qualité picturale des images.

J’avais adoré en son temps Le Festin de Babette, film de Gabriel Axel, j’ai ressenti cette même vibration, celle de la recherche d’une lumière en soi et tout près de soi.

Cette exposition nous invite à une certaine méditation et l’on n’a nulle envie de résister… Vous comprendrez que j’ai adoré !!!

Tableaux   : 1/ « Rayon de soleil dans le salon »  2/ « La cour intérieure, Strandgade 30 » 3/ « Intérieur, Strandgade 30 »  4/ « Portrait d’Ida Ilsted, future femme de l’artiste »  5/ « Repos »   6/ « Portrait d’Anna Hammershoi, soeur de l’artiste »  7/ « Intérieur. Coin de salle à manger, Strandgade 30 »  8/ « Intérieur avec jeune homme lisant »  9/ « Intérieur avec un pot de fleurs, Bredgade 25 »    Vilhelm Hammershoi   1864-1916 .

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Se laisser emporter par l’évocation du mystère…

BVJ – Plumes d’Anges.

Notre Dame…

10 juin 2019

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« … Toute spirale possède valeur d’espoir – un espoir plus grec que chrétien. L’espoir chrétien nous conduit droit vers l’avenir et la fin du chemin débouche dans la lumière. La spirale du colimaçon, elle, recompose son permanent retour. L’éternel retour est dans l’escalier à vis. Tout visiteur de Notre-Dame tient du derviche tourneur.

Je pensais au génie de ces architectes qui inventèrent le colimaçon. Avaient-ils observé la nature pour mettre au point leur trouvaille ? S’étaient-ils inspirés de la graine du tilleul tombant de la branche en tournicotant ? Avaient-ils été influencés par la coquille de l’escargot ? Peut-être avaient-ils tenu à incarner un symbole, car la spirale recèle une dimension métaphysique. Toute méditation a la forme d’une spirale : la pensée tourne sur elle-même, s’enfonce lentement dans les tréfonds psychiques…

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… Que signifie l’effondrement ? Y-a-t-il le moindre enseignement à tirer d’un brasier ? Il est peut-être temps de se calmer. Trop d’empressement à faire table rase mène peut-être à ce genre de désastre. Et si l’effondrement de la flèche était la suite logique de ce que nous faisons subir à l’Histoire ? L’oubli, le ricanement, la certitude de nous-même, l’emballement, l’hybris, le fétichisme de l’avenir… et un jour, les cendres ?

Peut-être un peuple va-t-il se porter au chevet de sa reine ? Peut-être va-t-il se souvenir qu’il n’est pas né hier ? Mais peut-être rien ne changera-t-il et continuerons-nous à nous espionner les uns les autres, à nous haïr, à nous conspuer.

Alors on se dira que la flèche a bien fait de se retirer. »

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Petit voyage à Paris… merveilleux !

Un soir, juste avant que la nuit se lève, nous sommes allées rendre visite à la Grande Dame. Une atmosphère étrange l’enrubannait, un silence cotonneux, une absence de lumière, un rempart de palissades, des hommes armés en uniformes, des passants qui chuchotaient, des bâches… La sensation est étrange, le recueillement devant ces pierres chargées de mémoire et cette beauté blessée est inévitable.

L’hommage de Sylvain Tesson va droit au cœur, lui, écrivain blessé dans sa chair.

La couverture du livre représente une magnifique photo de Bernard Hermann, représentant l’édifice fléché avec une bannière accrochée en façade :

« La poésie vous menace : succombez !« 

C’était fort, très fort !!!

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Extraits de : « Notre-Dame de Paris«    2019   Sylvain Tesson.

Photos BVJ.

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Entendre, dans la force du silence…

BVJ – Plumes d’Anges.

Immortel…

3 juin 2019

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« … Ce qui vaut pour les espèces vivantes vaut pour les nations et les gouvernements. D’où vint, demande Montesquieu, la décadence des Romains ? L’auteur ne voit pas, semble-t-il, la réponse que dicte l’évidence historique : de leur grandeur même. La cause de la chute, la voici : le haut du pinacle, où l’équilibre instable bascule bientôt. Rome occupa l’Europe, une partie de l’Afrique, un peu de l’Asie et, vite vide, ce volume s’effondra. Les Barbares limitrophes purent pénétrer dans ce matelas mou. Pourquoi telles civilisations, demande un autre, furent-elles mortelles ? Parce qu’elles voulurent l’emporter sur toutes, devenir la plus grande, la plus forte, la première, et, pour cela, détruire les autres. (…) Nous avons une chance folle, dit Petite Poucette à Grand-Papa Ronchon, de ne plus prétendre aux rôles-titres. Rentrons dans le rang, voyez mes ailes, devenons oiseaux, voilà le meilleur gage d’immortalité. Ainsi, survivants, n’investirons-nous plus d’énergie dans les batailles, les conflits, toutes luttes paranoïaques pour parvenir au pinacle, ainsi produirons-nous plus modestement, cathédrales, théorèmes, romans et cantates, œuvres à partager, lumière douce, amour à répandre…

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… Chères Petites Poucettes, chers Petits Poucets, ne le dites pas à vos vieux dont je suis, c’est tellement mieux aujourd’hui : la paix, la longévité, la paix, les antalgiques, la paix, la Sécu, la paix, l’alimentation surveillée, la paix, l’hygiène et les soins palliatifs, la paix, ni service militaire ni peine de mort, la paix, le contrat naturel, la paix, les voyages, la paix, le travail allégé, la paix, les communications partagées, la paix, le gonflement vieilli bouffi des institutions dinosaures… 

… face à toi, ma Poucette si petite, si légère, si douce que je te vois parfois comme un oiseau, un souffle spirituel. Ah, si Grand-Papa Ronchon pouvait te foutre la paix… »

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Un tout petit livre – Petite Poucette suite – un bain de jouvence qui réveille notre esprit embrumé. Michel Serres, esprit d’une grande jeunesse,  nous secoue un peu et montre, exemples à l’appui, qu’il faudrait enfin ouvrir nos yeux, cette lecture est un vrai RÉGAL.

Nous venons de perdre un homme lumineux, un merveilleux philosophe et académicien, un IMMORTEL qui a su nous faire cadeau de ses réflexions sur le monde… MERCI à lui, merci à sa fraîcheur d’esprit !

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Extraits de : « C’était mieux avant !  (Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités : « C’était mieux avant. » Or cela tombe bien, avant, justement, j’y étais ! » ) 2017  Michel Serres.

Illustrations : 1/ « Fillettes »  Edward-Henry Potthast  1857-1927  2/ « Arum » Fidelia Bridges  1834-1924.

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Apprécier aujourd’hui à sa juste valeur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Oppositions…

30 mai 2019

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« … L’esprit français exige, comme tu dis, un autre langage, plus cérébral que viscéral, dans lequel mot et pensée sont inséparables. Tu dis ce que tu penses, et tu penses ce que tu dis. Et tu dois tout dire, tout expliquer, tout analyser. Pas de lyrisme. Pas de métaphore. Alors que tu viens d’une culture dans laquelle on ne parle que pour cacher sa pensée, on écrit que pour emballer ses désirs et embellir ses tripes dans la poésie. Toi, tu te perds toujours entre les deux. Inconsciemment ou non…

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Au bruit des pas de Yûsef, il lève la tête, puis ôte ses lunettes pour l’accueillir avec un sourire, lui demandant, comme à chaque fois, où il en est de la cueillette de ses pas. Car, comme le dit la légende qu’il lui avait racontée, les traces de pas de chaque homme sont éparpillées sur terre dès sa naissance. Et l’homme, du premier jour où il marche, en ramasse une à chaque pas, jusqu’au jour où il cueille sa dernière trace, et c’est la fin, la mort…

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… « Mais les êtres humains, qu’ils vivent dans la misère et sous la terreur ou dans la richesse et le bonheur, sont programmés pour mourir un jour. Pas une œuvre d’art. Une œuvre garantit la trace de l’humanité dans l’univers ! (…) « Et puis les êtres humains peuvent se reproduire, pas les œuvres d’art. (…) Elle poursuivit : « Je sais que tu es comme moi convaincu que si l’humanité existe toujours sur cette terre, ce n’est pas grâce à sa capacité de procréation mais de création. »…

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Entre Une défaite de l’Histoire – le 11 mars 2001, jour de la destruction des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan – et … trois faits divers du 13 mars 2001

Deux histoires, celle de Tom, afghan exilé en France et celle de Yûsef, afghan porteur d’eau à Kaboul.

Leur lien réside dans le fait que ces deux hommes ressentent la même difficulté à vivre et à exprimer leur amour, ils évoluent dans une vie qui ne leur est pas destinée et tentent un jour de changer les choses. Histoires d’amours, d’exils, de mémoires, poids des traditions, des religions, folie des talibans, tragédies d’hommes et de femmes en perpétuelle recherche d’identité… On prend vraiment conscience à travers ces 280 pages des terribles difficultés rencontrés par ces peuples. L’écriture est belle, poétique, on sent que les deux cultures, françaises et afghanes habitent l’auteur, au fil des jours on saisit réellement la profondeur de ce livre…

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Extraits de : « Les porteurs d’eau »  2019  Atiq Rahimi.

Illustrations : 1/« Les Bouddhas de Bâmiyân »  Gravure extraite de « Voyage à Bokhara » d’Alexander Burnes  1805-1841  2/« Tulipe »  Peter Holsteyn le Jeune  1614-1673.

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Se libérer des carcans…

BVJ – Plumes d’Anges.

Livre d’images…

27 mai 2019

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Les voyages nous permettent de feuilleter le grand livre d’images de la Terre, chaque page révèle une nouvelle richesse.

Une diversité absolue, le généreux travail de la nature qui, à tout instant, nous offre un tableau différent et le travail fabuleux de l’homme qui imagine, sculpte et ordonne les éléments.

Bien sûr, au passage il y a des erreurs, elles disparaitront, il nous faut passer notre chemin et ne retenir que les belles choses. Il n’y a pas de mauvaises herbes me disait récemment l’une de mes filles, ce ne sont que des herbes sauvages…

Ah! que j’aime les voyages, ne trouvez-vous pas qu’ils nourrissent l’âme ?

Photos BVJ  : 1/ Uzès  2/ et 3/Tarn  4/ Cambes  5/ et 6/Arcachon  7/ Mimizan  8/ et 9/Biarritz  10/ et /11 Désert des Bardenas-Espagne  12/ Col de l’Espina-Espagne  13/ et 14/Saint Aventin  15/ Carcassonne-La Cité.

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Feuilleter avec ferveur le plus beau des livres d’images…

BVJ – Plumes d’Anges.

Signes…

13 mai 2019

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« … Tout ce qui vit, doute. Tout ce qui doute a, au moins un instant, des frémissements d’intelligence. Car rien n’est clair sur cette putain de terre. Et c’est dans les failles du doute que parfois poussent les plus étranges fleurs…

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Voilà, je crois qu’il y a des choses qui nous appellent. Ah on peut leur résister toute sa vie et ne jamais leur répondre ! Ou alors on peut tout lâcher et se laisser porter par les courants… Là, on risque de se fracasser sur le premier rocher venu, mais bon, on est content, on se dit qu’on a trouvé le point de non-retour, que c’est le destin. Ça nous convient pas tout à fait, c’est pas ça qu’on attendait, mais enfin c’est comme une île, on a les pieds au sec, on fera avec… Ou alors on peut continuer à naviguer en prenant bien soin de ne pas perdre le nord. C’est ça l’aimant ! C’est ce truc indescriptible qu’on sent, vers quoi on va, coûte que coûte, au pif, qui vous attire, sans qu’on sache pourquoi, mais qu’on perd jamais de vue. Quelquefois pourtant, c’est à côté de nous, mais on le distingue mal, on est fatigué, on se laisse distraire et il en faudra des années pour re-mettre la main dessus. (…)

Alors écoute bien, je vais me résumer. L’homme qui marche qu’avec sa tête il trouvera jamais l’aimant. Celui qui marche qu’avec son ventre ou ses tripes non plus. Mais celui qui avance tout entier avec son cœur, celui-là il a peut-être des chances de le trouver. Mais tu vas me dire : C’est quoi le cœur ? Le cœur c’est le courage, la foi et la passion. Et la lucidité ! C’est pas incompatible. Passion et lucidité. Il y a en nous celui qui fonce tête baissée et celui qui le regarde faire. Aller où on aime, comme on le sent, en connaissance de cause, en laissant toujours ouverte la porte derrière qui donne sur les champs. Là, c’est pour le repli, parce que des fois, ça va trop vite…

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La vie est un cadeau mon prince, pour celui qui sait lire les signes. Les signes ? Quels signes ? Mais c’est partout quand tu sais voir et que ton cœur est libre ! Les signes, c’est ta capacité à relier des points qui dansent autour de toi. Observe bien le monde, regarde ce qu’il dépose devant toi à tout instant. C’est comme un ballet de lucioles traçant les plus belles esquisses sur une nuit d’été. Homme imbécile qui ne distingue rien ! Chaque vie a le pouvoir de s’inventer un destin et tu en fais de la routine ! Chaque jour on te livre les clefs pour ouvrir les portes de tes cages et toi chaque jour tu t’en sers pour les fermer à double tour. Crétin de gosse ! … »

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De nombreuses personnes ont un jour envie de changer d’existence, mais peu ont ce courage…

Dans cette histoire moderne, quelques mots reçus d’un inconnu vont changer la vie d’un homme, il va « s’éveiller ». Il abandonne ses ambitions, sa carrière, les honneurs qui y sont attachés et fait un retour aux sources. Sur le chemin des rencontres vont l’éclairer et le ramener vers l’océan natal pour qu’il vive, riche d’une autre expérience, ce à quoi il était destiné, sans vendre son âme et perdre son nord.

Encore une fois chez cet auteur, des questions profondes nous amènent à de belles réflexions, il nous incite à ne pas nous satisfaire d’une vie qui ne nous grandit pas, un joli moment de lecture.

Je pars moi-aussi cette semaine, vers l’ouest et vous dis à bientôt, prenez soin de vous la vie est si précieuse.

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Extraits de : « Comme un enfant qui joue tout seul »  2019  Alain Cadéo.

Illustrations :1/« En haut à gauche »  2/« Bleu ciel »   Vassily Kandinsky  1866-1944.

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Suivre les signes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mutations…

9 mai 2019

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« … J’ai une seule question brûlante pour traverser l’existence : « Qu’est-ce-qu’un homme ? »

Un homme qui attend son heure dans les couloirs de la mort, se pose cette question. Dans cette antichambre, il n’y a plus de mains, plus de politique, plus de philosophies, plus de religions. Il y a la solitude la plus intime. La véritable unité des hommes est fondée sur cette solitude. Ensemble c’est seul, parce que toute l’humanité a ses assises dans la conscience de chacun.

Je quitte les empilements successifs : le vacarme du mental, les gémissements de l’émotionnel et le voile de mes sensations. Mes réactions archaïques de panique et de colère me subliment.

Qui peut me confisquer ma mutation ? Seule la peur peut tout faire échouer…

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Passons tous ensemble dans une autre ère. Comme si un jour un poisson, n’ayant plus assez d’eau, s’asphyxie et mute brusquement pour trouver un autre mode respiratoire. La fin du poisson que nous sommes, ce n’est pas la mort, c’est la mutation, nous sommes « amphibiens » vers une nouvelle conscience.

Et les lois qui régissent le poisson ne sont plus celles de l’oiseau que nous devenons. C’est une autre façon d’être au monde. Un monde où les lois sont différentes et où la mort n’existe pas. C’est le corps qui fait le pont. Traversons tout l’espace intérieur capable de tout accueillir pour que l’universel, que nous devenons, corresponde à l’univers que l’on suscite. 

Soyons créateurs. Contactons cette force d’une douceur qui comprend ce que nous ne comprenons pas. Personne ne peut tuer cette création.

C’est le nouveau chaînon de notre évolution pour une espèce moins tragique. Ce n’est pas la politique, ce ne sont pas les religions, ce ne sont pas nos philosophies qui vont nous sortir de là. Personne autre que notre battement de cœur. C’est notre seule réalité. Notre réel est cette mine d’or en chacun de nous… »

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C’est un texte bouleversant où bienveillance et lumière fleurissent à chaque page, préfacé par Annick de Souzenelle et postfacé par Christian Bobin. L’auteure est née en 1977 atteinte du Syndrome d’Eisenmenger. Son enfance est douloureuse sur tous les points, c’est la création qui la sauve, elle dessine et peint chaque jour.

Elle est opérée en 2012 par trois magnifiques chirurgiens qui lui greffent un cœur et deux poumons. Elle traverse quarante jours de coma et revient à la vie riche d’une grâce, elle sent l’âme du monde. Ce livre est très beau, le feu intérieur de Frédérique Lemarchand nous touche au plus profond de nous-même, sa langue est splendide…

Vous pourrez en savoir plus sur elle et admirer ses œuvres —> ICI

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Extraits de : « Cantique du coeur »    Frédérique Lemarchand.

Illustrations : 1/« Sommets alpins »  John Ruskin   1819-1900  2/« Création du monde 2 »  Mikalojus Konstantinas Ciurlionis   1875-1911.

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S’ouvrir au monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Grand art…

6 mai 2019

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« La beauté est une rencontre. Toute présence

Sera par une autre présence révélée.

D’un même élan regard aimant figure aimée ;

D’un seul tenant vent d’appel feuilles de résonance. »

Quatrain inédit de François Cheng – Printemps des poètes 2019.

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Splendide balade sur la Route des Crêtes au dessus du Verdon, magnifique canyon ,

700 mètres de profondeur voire plus à certains endroits,

la beauté y est vertigineuse, qui est donc l’artiste ?

Les feuillages naissants et les fleurs exubérantes des Amélanchiers ajoutent

au paysage une dimension féérique.

Quelques passages nuageux très éphémères mettent en relief la lumière retrouvée

et le ciel bleu d’azur.

Que de cadeaux pour les petits Hommes que nous sommes,

sans aller à l’autre bout du monde,

tout près de chez soi, la nature est d’une générosité inouïe,

comme les Poètes, MERCI la vie !

Photos BVJ – Route des Crêtes dans les Gorges du Verdon.

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Prendre un bol de nature printanière…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mises en lumière…

2 mai 2019

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« … La pendule murale qui rythme les secondes te semble silencieuse ?

Écoute la petite pluie qui pique la vitre de la lucarne et les tuiles du toit.

Elles frappent des coups plus forts que ceux de la pendule. Elle sert de contrepoids

à notre temps rythmé par le mécanisme d’intervalles égaux.

La pluie dit au contraire qu’il n’y a pas deux secondes égales. Elle le sait par ses gouttes.

À force d’être à l’écoute des choses qui m’entourent, je découvre des musiques,

des philosophies,des sciences naturelles.

Je découvre qu’elles s’expriment, même si c’est dans une langue

que je ne comprends pas.

Mais ce sont des voix, pas seulement des bruits…

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… J’étais sur une paroi des Dolomites, un orage m’est tombé dessus. J’étais seul.

Les éclairs frappaient contre la roche, toute une cascade d’eau et de pierres

dégringolait.

J’étais accroupi et trempé, attendant une accalmie.

Mon corps et même ma bouche étaient parcourus de frissons, que j’attribuais au froid.

Je n’admets pas que j’ai peur.

Le sommet était juste un peu plus haut, bombardé de coups. De là-haut, je serais

descendu par un sentier facile.

Je devais franchir les derniers sauts de roche. Je n’arrivais pas à bouger.

Une femelle chamois avec son petit derrière elle a débouché près de moi.

Au milieu de ce vacarme démentiel, elle grimpait d’un pas tranquille et mesuré

avec son petit.

Ils m’ont vu puis m’ont ignoré, en continuant à monter.

Leur calme m’a fait sourire de tendresse pour eux et de dérision pour moi.

Je me suis levé et j’ai remis les mains sur la roche.

L’orage continuait, j’allais à l’aveuglette, mais avec l’exemple de leur passage.

Un courage peut venir d’une imitation…

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… Les mots, mon fils, n’inventent pas la réalité, qui existe de toute façon.

Ils donnent à la réalité la lucidité soudaine qui lui retire son opacité naturelle et

ainsi la révèle. Les mots sont l’instrument des révélations… »

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Sur quelques pages, un monologue, puis une sorte de dédoublement et un dialogue entre un homme et un fils imaginaire. Des souvenirs remontent, ceux de l’écrivain, sa mère, son père, ses luttes, sa passion pour la montagne, celle des livres, des mots, de la langue, Naples, l’Italie… Toutes ces bulles sont touchantes, l’homme se questionne lui-même sur la vie, sur sa vie, il faut passer par certains chemins, sombres ou lumineux, ils sont inévitables, ils nous sculptent et nous révèlent, il n’y a rien à regretter, la vie fait « son tour de l’oie ». Erri de Luca signe là encore, un très beau texte…

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Extraits de : « Le tour de l’oie »  2019  Erri de Luca.

Illustrations : 1/« Baie de Naples et le Vésuve »  Johan Christian Dahl  1788-1857  2/« Aube (à Neufchâtel) »  John Ruskin  1819-1900.

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Éclairer nos lumières…

BVJ – Plumes d’Anges.