L’Aventure humaine…

8 août 2022

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« … Ce qui me paraît important, c’est le Chautauqua, voilà le seul mot que j’aie trouvé pour exprimer ce que j’ai dans la tête. On appelait Chautauqua, autrefois, les spectacles ambulants présentés sous une tente, d’un bout à l’autre de l’Amérique, de cette Amérique où nous vivons. C’étaient des causeries populaires à l’ancienne mode, conçues pour édifier et divertir, pour élever l’esprit par la culture. Aujourd’hui, la radio, le cinéma et la télévision ont supplanté le Chautoqua. Il me semble que ce n’est pas vraiment un progrès. Mais peut-être le courant de la conscience va-t-il plus vite, à l’échelle de la nation ? Dans le Chautoqua qui commence ici, je ne veux pas ouvrir de nouvelles voies à la conscience, mais simplement un peu davantage les anciens chenaux, comblés par des débris de pensées poussiéreux et de platitudes infiniment répétées. « Quoi de neuf ? », voilà une question éternelle, toujours intéressante, toujours enrichissante ! Mais si l’on en reste là, il n’en résulte qu’un étalage de trivialités à la mode, le tout-venant de demain. J’aime mieux cette autre question : « Qu’est-ce-qui est mieux ? » – question qui va en profondeur et qui permet d’atteindre la mer. Il y a dans l’histoire de l’humanité des époques où les chemins de la pensée ont été tracés, si fort qu’aucun changement n’était possible et que rien de neuf n’arrivait jamais. Le « mieux » était alors affaire de dogme. Ce n’est plus le cas. De nos jours, le courant de conscience collective semble déborder, perdre sa direction originelle, inonder les terres basses, séparer et isoler les hautes terres – sans autre finalité que l’accomplissement stérile de son propre élan. C’est ce chenal qu’il convient aujourd’hui de creuser…

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Je voudrais parler maintenant d’un autre genre de sommets : les sommets de la pensée humaine, qui, d’une certaine façon, me semblent provoquer des sensations analogues à celles qu’on éprouve en gravissant les hautes montagnes.

Si nous considérons l’ensemble du savoir humain comme une énorme structure hiérarchique, les sommets de la pensée se situent dans les régions les plus élevées, au niveau supérieur de la généralité et de l’abstraction.

Rares sont ceux qui y accèdent – et il n’y a aucun profit véritable à tirer d’une ascension de ces hauteurs. Pourtant, on peut leur trouver une beauté austère, qui justifie l’effort de l’escalade. Dans ce haut pays de l’esprit, il faut s’accoutumer à l’air raréfié de l’incertitude, à l’immensité des questions et des réponses. Les espaces qui s’ouvrent devant la pensée sont tellement plus vastes que ce qu’elle peut saisir, qu’on hésite, qu’on recule, de peur de se perdre et ne jamais retrouver son chemin. Qu’est-ce-que la vérité, et comment peut-on jamais être sûr de la détenir ?… Comment peut-on être sûr de quoi que ce soit ?… Y-a-t-il un moi, une âme qui puisse connaître le vrai, ou bien cette âme n’est-elle qu’un ensemble de cellules qui a pour fonction de coordonner les sens ?… La réalité est-elle un changement incessant, est-elle au contraire fixe et immuable ?… Quel est le sens même du mot « signification » ?…

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Le passé n’existe que dans nos souvenirs, le futur n’existe que dans nos projets. Le présent est notre seule réalité. L’arbre dont on prend intellectuellement conscience, à cause de ce bref laps de temps, est toujours situé dans le passé. Il est donc toujours irréel. Tout objet conçu intellectuellement est toujours situé dans le passé – et, par conséquent, irréel. La réalité n’est que l’instant de la vision qui précède la conscience. Il n’y a pas d’autre réalité. Cette réalité préintellectuelle n’est autre que la Qualité. Phèdre sentait qu’il avait touché juste en la définissant ainsi Puisque tous les objets identifiables par l’intelligence émergent nécessairement de cette réalité préintellectuelle, la Qualité est la source et l’origine de tout sujet et de tout objet.

Phèdre se disait que, si les intellectuels ont en général beaucoup de mal à comprendre ce que c’est que la Qualité, c’est qu’ils se dépêchent de donner à toutes choses une forme intellectuelle… »

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 Dans les années 70, un père et son fils partent pour un road trip en moto depuis le Minnesota jusqu’en Californie, quelques amis apparaissent au fil de l’aventure. Chaque jour, il faut ausculter la machine (la moto), l’ entretenir, démonter des pièces si besoin est, pour mieux comprendre…

Robert semble appliquer ce principe à lui-même. Ancien professeur, il a sombré dans une dépression, voulant pousser à l’extrême une théorie du concept de « Qualité » : l’Homme se doit d’être en adéquation totale avec ses créations, ses mots doivent être choisis et sonner parfaitement juste, il doit viser l’excellence. Celui qu’il était à ce moment de sa vie, cette partie de lui-même, il l’appelle Phèdre. Et Phèdre semble a été son ennemi.

Ce voyage, il l’entreprend pour comprendre, pour démonter et réparer un passé douloureux, son pauvre petit garçon Chris est là à contrecœur, une question lui brule les lèvres…

Il est difficile de parler de ce livre, – son titre pour le moins insolite a peu à voir avec son contenu – pourtant il m’a passionnée, la réflexion qu’il suscite est profonde. Il y a beaucoup de métaphores, c’est une « psy-analyse » sur fond de philosophie, de nature, de souvenirs, de conditions souvent difficiles, de science, de méditation, de dialogues, de silences.

Étonnant récit que ce Chautoqua personnel, je le relirai très volontiers, il y a quelques longueurs mais je suis certaine d’y faire de nouvelles découvertes. Nos sociétés ont un besoin urgent de se réinventer, de laisser leurs vieux schémas derrière elles pour donner place à une humanité à la hauteur du fascinant cosmos. J’ai commandé la suite à la bibliothèque, une surprise à venir…

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Extraits de : « Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes »  Robert M.Pirsig  1928-2017.

Illustrations : 1/ « Brume et arc-en-ciel dans le Canyon de Yellowstone »     2/ « Chutes d’eau dans l’Idaho »  Thomas Moran 1837 – 1926.

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S’améliorer…

BVJ – Plumes d’Anges.

Univers saturnien…

31 juillet 2022

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« … Montée au refuge  La terrasse d’alpage fut vite traversée et l’on commença d’attaquer la vaste structure composite du flanc de montagne. Ull suivit d’abord un vague sentier qui ne tarda pas à disparaître sous la neige ; tout, à présent, en était recouvert. (Dans les rigoles plates et dans l’intervalle entre des pans de rocher d’inégales hauteurs.) La terrasse ne cessait de plonger vers le bas ; elle se faisait plus lisse encore, absolument lisse. Et voilà que l’éclat du petit jour frappait ce plateau d’une manière étrange : les mille petits cours d’eau (que l’on n’aurait pas remarqués plus bas), la surface des flaques gelées étaient comme des plaques métalliques arrondies par un emporte-pièce multiforme qui se détachaient sur le fond sombre ; certaines de ces plaques, de platine ou d’étain, dont les bords incurvés tissaient des entrelacs d’une incroyable finesse de tranchant, étaient parfaitement mates ; les autres, extraordinairement brillantes, émettaient une lumière intense, sans fluctuation aucune, ni vibration quelconque, sans l’ombre d’une teinte chaude ; leur clarté blanche et vive déchargeait d’un seul coup sa lumière et, tout éclatante qu’elle fût, cette clarté restait d’une dureté impitoyable. Cette continuité, cette infaillibilité sans nuances, était un trait propre aux terrifiants miroirs (qui ne reflétaient rien) et aux parements de métal mat. Que l’on se représente maintenant l’infinité de ces structures – et particulièrement des méandres formés par l’intense ramification des ruisselets – et qu’on les situe tous merveilleusement reliés entre eux sur la tonalité sombre de l’arrière plan – et l’on se sera fait une faible image du somptueux ouvrage de forge que ce plateau, basculant à l’abîme, offrait au regard froid du jour commençant…  »

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Deux hommes, Ull, un alpiniste chevronné et Johann,  un alpiniste qui l’est un peu moins, s’engagent dans l’ascension d’un glacier des Alpes. La météo s’avère mauvaise, les éléments se dressent contre eux, une sourde menace plane. Johann est tétanisé par la peur, il abandonne. Ull continue seul, il sait au fond de lui que c’est une folie mais il s’en va. Face à l’adversité, la personnalité profonde d’un individu se révèle. Une série d’épreuves les attend l’un est l’autre. La fin est…

Je ne vous dévoilerai bien sûr pas le dénouement de cette histoire.

J’ai été émerveillée par la description de la montagne et des situations que peuvent vivre les alpinistes quand tout se ligue contre eux. L’auteur fait preuve d’un tel réalisme, d’un tel sens du détail que l’on peut imaginer qu’il raconte du vécu. Il a, parait-il, écrit et réécrit ce roman plusieurs fois, pour trouver le vocabulaire le plus juste peut être. C’est du grand art, le résultat est à la fois glacial et brillant, on se retrouve vraiment aux côtés de ceux qui ascensionnent , on sent la rudesse des caractères, on vit les évènements, on imagine le roc acéré et cassant, l’atmosphère ténébreuse, l’effort, le froid, l’épuisement…

J’ai buté plusieurs fois sur des mots, l’auteur (ou le traducteur ) voulait-il insister sur la difficulté à avancer dans un tel contexte ? Là est un roman assez fascinant, d’une grande force dont je vous conseille vivement la lecture.

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Extraits de : « Ascension »  Ludwig Hohl  1904-1980.

Illustrations : 1/ et 2/« Crevasses et séracs dans le glacier du Mont Blanc »  Gabriel Loppé  1825-1913.

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Faire parler notre personnalité profonde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Intelligence des fleurs…

24 juillet 2022

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On la surnomme Belle aux cheveux dénoués ou encore Cheveux de Vénus,

nous dit Maurice Maeterlinck dans son Langage des fleurs

NIGELLA DAMASCENA,

une grande dame, d’une infinie poésie…

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Graines « aéroportées » depuis un pays voisin (merci A. et J-P.),

graines-offrandes accompagnant le merveilleux rite des bons vœux de l’an neuf,

graines semées joyeusement…

La première année, seules des tiges ornées de feuilles finement découpées virent le jour.

« Patience, patience » semblait dire la Nature, vous ne maitrisez pas tout,

vous ne pouvez décider de tout,

il faut être patient pour voir le miracle s’accomplir.

Une gestation, que dis-je, un réflexion souterraine devait se faire…

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La seconde année, le feuillage s’étoffa, là apparurent de précieux boutons.

Ils prirent bonne taille, une fleur, puis deux puis trois… naquirent.

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Les pétales d’abord blancs prirent une teinte d’un doux bleu qui s’accentua au fil des jours.

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Les Nigelles de Damas s’épanouissaient.

Pures beautés aux étamines dansantes, d’une sublime délicatesse,

elles nous accompagnèrent plusieurs jours et lentement se fanèrent.

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Elles se métamorphosèrent alors sous nos yeux ébahis

en petits ballons verts qui grossirent, grossirent puis séchèrent avec leur dentelle végétale.

De minuscules fentes apparurent,

dessinant au sommet de chaque capsule une étoile à cinq branches. 

Des graines brunes s’envolèrent…

Incroyable rythme, l’horloge cosmique est là, son cycle est parfait : magie toujours renouvelée, abondance.

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Si nous mettions nos plus belles idées en terre, si nous les cultivions amoureusement,

sans doute donneraient-elles aussi de précieux trésors.

L’Univers se plait à vibrer, soyons à son diapason.

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« La couleur du poème dépend de la quantité de lumière

Qui se réverbère en son encre.

Elle change au gré de l’heure, de l’age et de la langue.

 

Incolore au commencement, quand il n’est encore qu’une inspiration vague.

D’un blanc de page vide, il tend vers le gris en rêvant son encre prochaine.

Aube indécise sur le papier. Tels brouillards ou fumées qui montent.

C’est pourtant vers le bleu qu’il s’enlève le plus souvent.

Accroissant son ciel et son eau, entrouvrant sur la page une vague idée d’azur… »

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Jean-Michel Maulpoix – Extrait de : « La couleur du poème »

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Photos BVJ – 2022.

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Vivre dans l’harmonie du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

B A, BA… comme basilic…

18 juillet 2022

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– OCIMUM BASILICUM –

Plante aromatique très ancienne, originaire d’Inde et de Perse disent certains,

elle est riche en oligoéléments et antioxydants,

 contient de nombreuses vitamines,

améliore la digestion.

Des peuples antiques vantaient ses vertus pour guérir les plaies… 

Elle nous comble de plaisirs gustatifs durant la saison estivale.

Il y a plusieurs années,

je vous avais « livré » la sublime recette de Soupe au pistou de Julie ,

aujourd’hui ce sera celle du PESTO Italien,

trouvée dans un très beau livre dont je vous avais parlé > ICI,

elle accompagnera joyeusement un plat de pâtes en ces chaudes soirées d’été.

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– PESTO GENOVESE –

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Ingrédients (pour 400 g. de pâtes) :

70 g de feuilles de basilic, 30 g de pignons de pins, 45 à 60 g de parmesan, 20 à 40 g de pecorino, 1 gousse d’ail, 3 g de gros sel de mer, 40 à 60 ml d’huile d’olive.

Réalisation :

Laver et sécher les feuilles de basilic sans les froisser.

Dans un mortier, broyer l’ail et les pignons jusqu’à obtenir une crème (personnellement, je fais un peu griller les pignons). Ajouter alors quelques grains de sel et les feuilles de basilic, sans les tasser, pour remplir le mortier. Écraser le basilic avec un léger mouvement de rotation contre les parois. Quand le basilic laisse sortir son liquide vert clair, ajouter les fromages.

Verser l’huile d’olive en filet tout en mélangeant pour que la pâte devienne plus crémeuse. L’opération doit se terminer le plus vite possible pour éviter l’oxydation.

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L’auteur de cette merveille ajoute :

LA PETITE HISTOIRE

« On doit la première codification du pesto à Giovanni Battista Ratto, dans La cuciniera genovese publiée en 1863. Son ancêtre le plus illustre est certainement le moretum romain, une sorte de fromage enrichi en herbes aromatiques et broyé au mortier avec de l’huile, du vinaigre, des noix ou des pignons de pin, autant d’ingrédients dont la Riviera ligure regorge. Le pesto est aussi un descendant de l’agliata, une spécialité du Moyen Âge à base d’ail écrasé, agrémenté de poisson en Sardaigne, d’amandes et de ricotta en Sicile, de basilic en Ligurie. En dialecte génois, pesto se prononce « péstu » (participe passé du verbe génois pestâ, « piler »), qui a donné « pistou » en Provence (ail, basilic, huile d’olive). »

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Nous ne pensons pas, lorsque nous dégustons un met, que sa recette ait ainsi traversé le temps. Nous sommes habité(e)s des savoirs de nos ancêtres. Dans nos familles, il y a des recettes qui font voyage d’une génération à l’autre, comme des reliques précieuses, nous nous appliquons à les « réussir », c’est toujours émouvant. Parfois elles viennent de loin, elles ont été empruntées à un pays lors de belles vacances, elles génèrent alors une émotion de bien-être, de joie profonde, elles conversent comme les fils d’une étoffe, elles tissent de grands bonheurs…

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« Laissez votre vie danser avec légèreté sur les bords du Temps,

comme la rosée sur la pointe des feuilles. »

Rabindranath Tagore

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Recette extraite de : « ON VA DÉGUSTER L’ITALIE »  2020  François Régis Gaudry et ses amis.

Photos BVJ .

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Gratitude à l’égard des trésors transmis

de génération en génération depuis des siècles…

BVJ – Plumes d’Anges.

Haute voltige…

10 juillet 2022

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« … Il y a deux siècles, Leopardi disait dans son Éloge des oiseaux que « les oiseaux sont par nature les créatures les plus joyeuses au monde. À chacun de leurs bonheurs, à chacune de leurs satisfactions ils se prennent à chanter ; plus ce bonheur et cette satisfaction sont vifs, plus ils mettent d’ardeur dans leur chant. »…

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Plus que tout vol peut-être, stupéfiants sont les vols groupés d’étourneaux qui forment des figures éblouissantes dans le ciel juste avant le crépuscule. Vastes respirations plastiques, formes qui se font et se défont dans une sorte de travelling métamorphique, qui se creusent en leur centre, s’étirent, se densifient, se dispersent, esquissent des chorégraphies tout en élans et en abandons. On dirait l’organisation acéphale d’un petit peuple sans chef, guidé par l’acquiescement secret de ses membres à tour à tour s’accorder et se désaccorder. Fluides, continus, liquides, ces vols transforment le ciel en une espèce d’écran océanique, et les nuées d’oiseaux en orages, en baleines ou en méduses lentement allongées. C’est un véritable concert plastique, des phrases en plein vol – qu’en anglais on appelle d’ailleurs du mot formidable de « murmurations « .

Les murmurations émerveillent, on en a tous fait l’expérience. On s’arrête, on est saisi, capté, heureux, on tente une photo, on entre dans le mouvement. Et la merveille peut aller plus loin : on dit que dans le Jutland, au Danemark, les nuées sont si massives et spectaculaires qu’elles en arrivent à occuper tout le ciel et à cacher le soleil. Les Danois parlent de « soleil noir », sort sol

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« Il bat de l’aile, il s’envole.

Il bat de l’aile, il s’efface.

Il bat de l’aile, il réapparaît.

Il se pose. Et puis il n’est plus.

D’un battement, il s’est effacé dans l’espace blanc.

Tel est mon oiseau familier,

L’oiseau qui vient peupler le ciel de ma petite cour.

Peupler ? On voit comment… »

Vers d’Henri Michaux« L’oiseau qui s’efface » – dans « La vie dans les plis » 1990.

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On s’intéresse aussi désormais à tout ce qui témoigne d’une plasticité des langues d’oiseaux : les phénomènes d’apprentissages, d’infléchissement stylistique, d’emprunts, d’accents, de dialectes, de régiolectes… L’alouette des champs par exemple (les chercheurs du Muséum l’ont récemment documenté) a un répertoire exceptionnel, de plus de 600 notes (contrairement au modeste coucou, qui en a deux), organisées en séquences régulières, comme des syllabes dans des phrases, qui sont autant d’informations sur sa provenance, son appartenance à un groupe, son humeur, ses besoins du moment… « Des renseignements délivrés qui sont à lire comme des codes empilés les uns sur les autres, la phrase de l’alouette n’étant pas linéaire. L’émotion, par exemple, est rendue par la rapidité des séquences chantées : quand les silences diminuent, notre alouette signifie à ses congénères qu’elle est en colère. Ainsi, pour parler alouette, il faut avoir un rythme précis (dans l’alternance des sons et des silences) et un bon tempo (à savoir le nombre des syllabes par unité de temps. En outre, l’alouette fait partie des passereaux, c’est-à-dire des oiseaux qui apprennent à chanter, dont le chant n’est pas fixé génétiquement à la naissance (contrairement aux tourterelles par exemple). L’alouette « apprend toute petite auprès de son tuteur, son père. Que celui-ci soit parisien ou provençal, elle reproduira l’accent paternel, par mimétisme ou par souci de bien faire ». Par attachement, en fait… »

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Marielle Macé nous dit que les oiseaux disparaissent, ils sont « déboussolés ».

 Aurions-nous cessé de les écouter et de les entendre ?

Fut un temps où nous avons cherché à nous en rapprocher,

voire même à les imiter.

Ces petits êtres sont un cadeau du ciel

alliant légèreté, joie et beauté.

Au fil des pages, l’auteure se fait oiseau, elle sautille d’un sujet avien à un autre,

par petits bonds, son érudition niche dans de nombreux domaines,

elle nous entretient de la virtuosité de ce joli monde,

 nous invite à l’écoute jubilatoire du chant mais pas que.

L’oiseau trouve sa place dans la philosophie, la poésie,

la musique, le langage, il crée un lien,

sorte de fil d’or inspiré et inspirant pour l’Homme. 

Ce livre est un enchantement, on y grappille de précieux savoirs.

C’est une lecture riche d’une énergie que je qualifierai de printanière,

laissez-vous surprendre, vous tomberez sous le charme…

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Extraits de : « Une pluie d’oiseaux »  2022  Marielle Macé.

Illustrations : 1/  2/  3/  Détails – Retable de Kate Elizabeth Bunce  1856-1927  – artiste peintre et poétesse – Église Saint Alban de Birmingham.

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Vibrer en mode oiseau…

BVJ – Plumes d’Anges.

Secrets remèdes…

4 juillet 2022

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Tout n’est-il pas reflet d’une réalité ? Rien n’est définitif,

la danse de la vie nous offre ses multiples chorégraphies…

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Sorte de conversation entre Ciel et Terre, de cœur à cœur,

langage éphémère et silencieux,

il faut de la présence à soi pour percevoir des mots, décrypter le message…

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Dans quelle souterraine chapelle serait caché le code qui nous donnerait accès au sens ?

Nul ne peut encore le dire, un jour, peut-être…

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S’attacher simplement à la seule beauté du moment,

à sa fragilité qui en fait un trésor, on le gardera en soi tel un bijou,

une perle rare. Précieuse mémoire…

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Le remède aux maux du monde semble simple,

il est lumière, poésie, couleurs, rêveries, parfums, sons…

Le Créateur puise en ses entrailles,

il restitue une succession d’Œuvres d’Art,

là est le divin cadeau,

gardons l’œil ouvert, transmettons, rayonnons…

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« Les mots que l’on n’a pas dits sont les fleurs du silence « 

Proverbe japonais (trouvé sur Instagram).

Photos BVJ – Alpes suisses et italiennes – Juin 2022.

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Sentir là, l’univers tout entier…

BVJ – Plumes d’Anges.

Clin d’œil…

27 juin 2022

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La Nature est extraordinaire, elle invente de merveilleuses histoires, son imagination est débordante…

Imaginez un oiseau au plumage indigo et brillant, ourlé de lignes de noir mat, à l’œil d’un bleu profond tirant sur le violet, au bec jaune près pale, un oiseau de bonne taille. C’est un mâle, il se nomme le JARDINIER SATINÉ

Sa belle est tout autre, ses plumes sont d’un doux vert-gris, brodées de beige et de brun, le bec est noir, l’œil bleu profond…

Ils vivent dans les forêts humides d’Australie et de Nouvelle-Guinée., suivent un régime végétarien auquel sont ajoutés des insectes pendant la période de reproduction.

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Au printemps, les mâles veulent séduire. Sieur oiseau entreprend la construction d’un « berceau ». Pour cela,  il délimite un espace rectangulaire qu’il recouvre d’herbes sèches puis érige deux parois courbes en plantant des brindilles sur quelques dizaines de centimètres.

Une fois l’édifice réalisé, il se fait décorateur du lieu en y apportant plumes, coquilles, fleurs, feuilles… plutôt de couleur bleue, madame aime le bleu. Aujourd’hui, il ajoute au trésor de menus objets en plastique, terribles « bijoux » des temps modernes comme les capsules de bouteilles d’eau, « oubliées » par les hommes.

Il effectue alors une parade, danse en émettant d’incroyables vocalises, sortes de mantras d’amour. Dame oiselle visite les berceaux des différents prétendants, choisit le plus beau,  prend son temps,  admire, écoute, s’éloigne un peu, revient et enfin s’installe sous le voûte, l’accouplement peut avoir lieu.

Puis la femelle s’envole, elle ira construire un nid en forme de coupe dans lequel seront déposés de un et trois œufs, les oisillons naitront, elle s’en occupera seule..

Le mâle lui, continuera ses parades extraordinaires pour tenter de séduire d’autres dames…

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Prenez quelques minutes,

allez admirer cette fabuleuse parade amoureuse —>  ICI

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« Pour faire le portrait d’un oiseau

Peindre d’abord une cage

avec une porte ouverte

peindre ensuite

quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d’utile

pour l’oiseau

Placer ensuite la toile contre un arbre

dans un jardin

dans un bois

ou dans une forêt… »

Jacques Prévert dans Paroles – la suite –>  ICI

Illustrations : 1/  et 2/ « Jardinier satiné  » – mâle et femelle – Nicolas Huet le jeune et J-Gabriel Prêtre  XIXème  3/« Les oiseaux d’Australie »   Gracius J.Broinowski  1837-1913.

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S’envoler vers la beauté du monde…

BVJ – Plumes d Anges.

Esprits des lieux…

19 juin 2022

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« … Je pratiquais des rites à la gloire de la lune, mon astre. Je faisais appel à elle quand l’œil de mon esprit était vide. J’amalgamais la lune à la terre et voyais naître de cette union un rideau de lumière, avec des pieds drapés flamboyants qui caressaient les pâturages, et une ribambelle de têtes à deux cent vingt mille miles au-dessus des hommes. Le rideau était surplombé par l’archange Gabriel, ange de la lune, messager divin. J’avais entendu parler d’un rituel à faire, entre la nouvelle lune et la suivante, permettant d’invoquer la protection des archanges, de se couvrir de leurs ailes, le temps d’une lunaison. Ils étaient chacun maîtres en leur domaine, Gabriel était grand gardien de l’amour, de la clairvoyance et de la parole…

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… Quand j’étais enfant on parlait toujours des esprits dans ma région, des esprits qui prenaient des formes invraisemblables, ma grand-mère disait par exemple que celui de son ancien voisin s’était transformé en fer à repasser, c’est pour dire. Celui de Yeats, vous allez vous dire que je suis aussi fou qu’une punaise de lit, mais en visitant sa tour – vous savez, Thoor Ballylee ? – je l’ai immédiatement senti, je veux dire physiquement, il a profité que je franchisse le seuil de sa porte pour passer sur mon visage – je vous assure – une brassée d’air chaud, piquant, à la limite de la douleur. Savez-vous ce qui m’est arrivé ensuite ? On aurait dit que je me trouvais soudain sous une douche de cailloux, des cailloux invisibles, des cailloux fantômes qui se déversaient sur moi, un véritable éboulement sur mon crâne. J’ai cru me fendre. Et tout à coup… plus rien. Allez comprendre. Mais je vous empêche de lire, non ? Je suis trop bavard, excusez-moi.

Vous êtes sûr? Eh bien après cela, il y a eu comme un changement de décor et de lumière. Du rose partout, du sol au plafond. La pièce était entièrement envahie par un brouillard sublime, vous ne pouvez pas vous figurer la beauté de ce nuage. Je me suis mis à entendre quelque chose – vous savez, ça défile beaucoup dans ma tête -, cette fois c’était un oiseau qui chantait, si magnifiquement que j’ai cru que j’étais mort, que j’étais passé dans l’autre monde. Le brouillard lui, circulait, il était vivant, il remuait comme un animal. Je me suis levé, j’avais envie de le le suivre, d’aller dans la direction qu’il m’indiquait. Sa fumée pastel gagnait tout partout, embellissait tout, se faufilait dans tous les interstices, s’entortillait autour des lustres poussiéreux, enlaçait les étagères, éclairait sur son passage les tableaux sur les murs – je me souviens d’un bébé endormi recroquevillé sous une couverture. Je crois bien que c’était W.B. dessiné par son père quand il était enfant. Beau comme un astre sous le brouillard. Le chant de l’oiseau se rapprochait, de quelques pieds, de quelques pouces, puis il s’est collé à mon oreille. L’oiseau ne sifflait pas, il disait… il disait… des vers. Oui, il déclamait comme un type au pub se lance dans une tirade. Cet oiseau était même, je dirais, un vrai conteur, il portait le soleil et la lune – j’imagine que vous connaissez le poème – dans une coupe d’or et un sac d’argent. Eh bien figurez-vous qu’à l’époque, moi, je ne le connaissais pas, et c’est l’oiseau qui me l’a appris…

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... La rage s’est évaporée, noyée par les braves qui poursuivent le chemin de lauriers roses et de violettes, qui guidés par les vers du poète enchanteur continuent à tracer des lignes dans les cieux obscurs.
Rien n’a disparu.
Nothing has gone. »

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Madeleine se rend à l’enterrement de sa voisine à Roquebrune-Cap-Martin quand la radio délivre une information concernant le poète W.B.Yeats. Ce dernier fut enterré dans ce village en 1939, ses restes  ne purent être rapatriés en Irlande qu’en 1948, à cause de la guerre. Le problème soulevé par le journaliste est qu’en France Yeats fut « jeté » dans une fosse commune, alors qui donc fut envoyé dans son cercueil ? Une enquête commence…

C’est une roman à plusieurs voix dont l’écriture et l’architecture sont remarquables. L’auteure nous parle, par petites touches, d’inspiration, de poésie, de beauté, d’ésotérisme, de liberté, elle nous fait naviguer entre deux mondes, des personnages glissent de l’un à l’autre, entre visible et invisible, entre dit et non-dit, entre vérité et imaginaire. Des secrets émergent pour libérer la douleur inscrite dans la chair, des fantômes se lèvent et racontent l’Histoire, les rêves et les amours.

De nombreuses rencontres se font sur le chemin de Madeleine, le puzzle se met en place comme si l’âme du poète exigeait qu’ordre fut remis dans cette fosse commune… et dans la vie des personnages.

Là est encore une belle lecture, rafraîchissante,

elle incite à plonger dans la poésie de ce grand irlandais, quel cadeau !

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Extraits de : « Les amours dispersées »  2022  Maylis Besserie.

Illustrations : 1/ « Boglands »  2/ « Fin du jour sur les champs »  George William Russel   1867-1935.

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Planer, flotter, se mouvoir en douceur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Indispensables novations…

13 juin 2022

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« … Les « petits gestes » et autres « initiatives individuelles » sont certainement bienvenus. Mais ce n’est plus la question de fond. Un problème systémique ne peut avoir de solution que systémique. Il faut une révolution politique, poétique et philosophique. Dans un jeu où nous sommes sûrs de perdre, il n’est pas utile de faire un bon coup, il faut changer les règles. Le reste relève du détail ou du cache-misère…

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… Il ne faut pas renoncer à la croissance, il faut la redéfinir. Je pense sincèrement qu’il y a quelque chose de profondément débile – je n’ai pas de mot plus poli – à nommer croissance une éradication systématique de la vie sur terre. La croissance vraie ne pose aucun problème : l’amour, la créativité, l’entraide, la connaissance, les explorations artistiques et scientifiques peuvent évidemment croître. Elles le doivent ! Mais la production délirante d’objets inutiles, devenue une fin et non plus un moyen, doit être nommée pour ce qu’elle est : une maladie. S’il faut la nommer croissance, alors voyons-la comme une croissance tumorale.

Que les délinquants en costume osent qualifier de « progrès » le délire techno-nihiliste qui consiste à attendre le bus en parcourant son mur Facebook et sa galerie Instagram, bercé par les notifications Snap et Twitch, à proximité d’une poubelle connectée – alors même que les chants d’oiseaux ont presque disparu et que lire devient une quasi-anomalie – relève de l’aliénation.

Ne nous faisons pas d’illusions : il n’y aura aucune retenue de la part des chercheurs et des acteurs industriels. Ils demeurent, pour la plupart, prisonniers des carcans de leurs corporations et englués dans leurs pointilleuses convictions ratant la vision globale. Mais l’enjeu n’est pas de se restreindre : il consiste à s’interroger sur ce qui est désirable et à s’enivrer, sans réserve, de nouveaux enchantements.

L’avènement d’une société gestionnaire, étriquée dans ses desseins et sale dans ses rêves, montre qu’avec quelques décennies d’avance, Gébé avait raison. Il est temps de crier : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste. » Les bouffons ne sont pas ceux qu’on croit…

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Je ne suis pas convaincu par les arguments évolutionnistes. L’échec auquel nous faisons face n’est pas l’échec de l’humanité mais d’une petite partie de l’humanité qui emporte beaucoup d’autres vivants dans sa chute. D’innombrables autres cultures humaines ont développé des rapports au(x) monde(s) très différents de celui de la modernité occidentale… »

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 À la manière du Professeur Keating dans « Le cercle des poètes disparus  » qui demande à ses élèves de monter sur son bureau pour prendre de la hauteur et observer d’un autre point de vue, Aurélien Barrau, astrophysicien, philosophe et poète, nous propose une réflexion visant à élargir notre vision et nos perspectives. Il insiste sur l’urgence de créer et de produire du réel, d’avoir de l’imagination pour enfanter un monde respectant la vie sous toutes ses formes.

Nos mots devraient être précis, choisis, avoir un sens réel et non être les coquilles vides employées par la société de spectacle que certains cherchent à nous imposer…

Là est un riche petit opuscule dont le propos est fort intéressant, à lire vite et sans modération. 

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Extraits de : « Il faut une révolution politique, poétique et philosophique » Aurélien Barrau et Carole Guilbaud – 2022Éditions Zulma.

Illustrations : 1/ « Planisphère étoiles australes »  2/ « Planisphère étoiles boréales »  John Flamsteed  1646-1719.

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Élargir notre vision du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Interlude…

5 juin 2022

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« Le silence nettoie, purifie, opère un détachement entre l’essentiel et l’accessoire, entre le temporel et l’impérissable, il permet de se délester de l’illusoire et de l’encombrant. »

Marie-Madeleine Davy

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« Le silence a sa propre éloquence, parfois plus précieuse que les paroles. »

Elizabeth Kübler-Ross

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« Le silence unifie, rassemble, centre et relie. Il ouvre la profondeur à la paix intérieure. »

Marie-Madeleine Davy

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Faire silence, se ressourcer dans la beauté, une fois encore…

Décision de plus en plus nécessaire,

voire indispensable pour continuer à

arpenter les chemins de la vie et élever nos pensées…

Ressentez-vous ce même besoin ?

Photos BVJ – Alpes – Petit lac au Col de la Lombarde – Mai 2022.

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Rechercher nos propres chemins de paix…

BVJ – Plumes d’Anges.