Bulles d’enfances…

11 décembre 2017

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« … Comme nous sommes heureux lorsque nous sommes enfants. Comme la voix de la raison étouffe la lumière. Nous errons à travers la vie – une monture sans pierre. Puis un jour nous prenons un virage et elle est là, par terre, devant nous, la goutte de sang à facettes, plus réelle qu’un fantôme, qui luit. Si nous nous agitons elle risque de disparaître. Si nous tardons à agir rien ne sera retrouvé. Il existe un chemin dans cette petite devinette. Dire sa prière bien à soi. De quelle manière, cela n’a aucune importance. Car à la fin, celui qui suit ce chemin possèdera le seul joyau qui mérite d’être conservé. La seule graine qui mérite d’être disséminée.

Une petite main m’a offert une dent-de-lion.

Fais un vœu  !

Je l’ai prise. La fleur jaune vif – sauvage, insignifiante et chérie par Dieu. Elle se transforme par la grâce de notre désir en un nuage séculaire. Des bribes de manne duveteuse descendent sur le monde…

Fais un vœu, souffle…

Possédant mon souffle, que puis-je demander de plus. Tout mon être s’est élevé dans cette quête. J’avais l’avantage du ciel qui sait, en un clin d’œil, devenir tout.

J’ai fouillé les nuages en quête d’augures, de réponses. Ils se mouvaient à toute vitesse, trame délicate, en forme de dôme. Le visage de l’art, de profil. Le visage du déni, béni.

Que faisons-nous, Grand Barrymore ?

Nous titubons.

Que ferons-nous, simple moine ?

Cultiver la bonté du cœur.

Et ces conseils, prodigués avec une grâce si entière, ont empli mes membres d’une telle légèreté que j’ai été soulevée jusqu’à planer au dessus de l’herbe, même si tous me voyaient encore parmi eux, prises dans les tâches humaines, les deux pieds sur terre. »

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Extrait de : « Glaneurs de rêves » 2014  Patti Smith.

Illustrations : 1/ « La convalescente »  Hélène Schjerfbeck  1862-1946  2/ « Pissenlits et Pâquerettes » Otto Didrik Ottesen  1816-1892.

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Faire un vœu, croire en sa réalisation pour qu’elle advienne…

BVJ – Plumes d’Anges.

Belle Vie…

5 décembre 2017

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« TOUT PASSE MAIS »… ,

mon « GRAND RÊVE » serait que la « ROUE DU MONDE » tourne

afin que l’ « EXISTENCE » ne soit plus qu’un « CHANT D’OR »

 

Merci Monsieur D’Ormesson d’avoir fait de votre vie ce qu’elle fut

et d’avoir illuminé la nôtre par vos livres.

Votre joie, votre élégance, votre humour, votre culture, votre intelligence, votre charme

furent des cadeaux dont nous sommes riches à jamais,

MERCI !

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Illustrations : 1/« Oiseau mort »  Albert Pinkham Ryder  1847-1917  2/« La vague verte – près de Camaret »  Georges Lacombe Vohor 1868-1916.

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La vie sur Terre est et restera un mystère…

BVJ – Plumes d’Anges.

Blancheur épicée…

4 décembre 2017

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La neige est exceptionnelle dans le sud de la France et lorsque nos paysages se poudrent d’un blanc pur, nous en sommes tous enchantés. Les oiseaux gonflent leur plumage pour affronter l’hiver et parfois quémandent quelques miettes. À la nuit tombée une envie de se réchauffer nous envahit, quoi de meilleur qu’un thé accompagné d’un gâteau pour fêter le moment ? Une recette rapide à réaliser, un gâteau original parfumé au gingembre, épice aux mille vertus dont il ne faut se priver à l’aube des grands froids…

 » Être là

tout simplement

au milieu de la neige qui tombe »

Kobayashi Issa

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– GÂTEAU AUX POIRES, AMANDES ET GINGEMBRE –

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Ingrédients : A-  100 g. de farine de blé, 1 sachet de levure chimique, 100 g. de sucre en poudre, 100 g. de poudre d’amandes, quelques amandes effilées, 1 grosse c. à café de gingembre frais râpé, quelques morceaux de gingembre confit.

B-  3 œufs entiers, 100 g. de beurre fondu.

C-  4 poires (ou éventuellement, 1 boite de poires au sirop).

Réalisation : Dans un saladier mélanger farine, levure, sucre, amandes, gingembres, puis battre ensemble œufs et beurre fondu, les incorporer doucement au premier mélange, ajouter enfin les poires coupées en morceaux.

Verser dans un moule beurré et enfourner environ 35 minutes à 180° (40 minutes dans mon petit four à 200°).

Après dégustation, penser à ouvrir ses ailes, pour le plaisir…

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Tableau : « Pie se régalant d’un gâteau »  Rubens Peale 1784-1864.

Recette inspirée par le site odelices.com

Photo PJ.

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Être présent à la magie du moment, tout simplement…

BVJ – Plumes d’Anges.

Beau terreau…

1 décembre 2017

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EXPOSITION FERNANDO BOTERO

– Dialogue avec Picasso –

HÔTEL DE CAUMONT à AIX-EN-PROVENCE

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« … En 1952, je voyageais en France avec un ami et je lui ai dit:

– Allons voir Picasso, il habite à Vallauris. On est partis sur-le-champ. Arrivés à Vallauris, on a frappé à la porte. Un monsieur âgé nous a ouvert et nous lui avons dit :

– Bonjour, nous voudrions voir Picasso.

Surpris, il nous a demandé si on avait un rendez-vous, Picasso ne recevait personne. Nous avons donc rejoint le café du coin et nous avons demandé si Picasso passait parfois par là. Le serveur nous a répondu qu’il passait tous les jours et que nous pouvions l’attendre.

On est resté assis dans l’attente de Picasso, mais il n’est jamais arrivé. Quelqu’un nous a dit :

– Parfois, il part, il va jusqu’à la plage de Juan-les-Pins.

Nous avons rejoint cette plage, pas de Picasso non plus. Ce fut la seule opportunité que j’ai eue de rencontrer Picasso et la seule fois dans ma vie où j’ai essayé d’aller à la rencontre d’un artiste, mais je suis resté dans la frustration de ne jamais avoir rencontré Picasso personnellement… »

Extrait d’un entretien de Cecilia Braschi avec Fernando Botero.

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D’autres amours de Fernando Botero, grand admirateur des peintres de la Renaissance, d’autres inspirations :

là, Raphaël et sa Fornarina

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… là, Hans Holbein et le Prince Edward

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Très belle exposition à mon goût, la mise en  scène des œuvres est réussie.

Des peintures, des dessins, des sculptures, des formes toujours opulentes et sensuelles, de vastes proportions, de très nombreux thèmes, l’artiste explore le monde sous toutes ses facettes et fait vivre ses couleurs de façon impressionnante…

Fernando Botero était présent le premier jour,

un jeune homme frêle et discret de 85 ans, au joli regard et au sourire doux,

sont-ce ses lunettes rondes qui lui font voir le monde ainsi ?

Un petit clic si vous voulez en savoir plus

sur le montage de l’exposition, ou sur l’exposition.

Photos BVJ.

Illustrations : Fernando Botero : 1/ »Pierrot » 3/ »Femme à la plage » 4/ »Cheval du Picador » 5/ »Ballerine à la barre » 6/ »Tremblement de terre » 7/ »After Raphaël » 9/ »After Holbein ».

Pablo Picasso 1881-1973 : 2/ »Famille au bord de la mer »

Hans Holbein 1497-1543 : 8/ »Prince Edward, futur Edward VI »

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Trouver de beaux terreaux pour voir le monde différemment…

BVJ – Plumes d’Anges.

Balise intérieure…

28 novembre 2017

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« … Cette maison ne nous attendait pas. Elle était seule déjà, abandonnée et pourtant étrangement vivante, en retrait au bord d’une rue qu’engloutissaient de vieux jardins puis la prairie où terre et ciel s’épousaient. Comme quoi, parfois, les choses les plus éclatantes, les plus profondes n’ont l’air de rien, sont effacées alors qu’elles vibrent à l’intérieur. De l’intérieur. Elles sont en feu sans nous montrer la moindre flamme. Elles ne parlent pas haut, jamais. Elles se taisent même, préférant le silence total au moindre bruit d’une conversation. Bien des maisons n’ont jamais voix au chapitre. Leurs peuples sont silencieux. Bien qu’en bordure de rue ou en rase campagne, elles semblent dormir un peu, tout au moins somnoler paisiblement. Mais lorsque la lumière du jour les éclaire d’un seul coup, elles s’éveillent, s’ébrouent, paraissent reprendre vie. Il suffit que le soleil échappe aux nuages et leur façade, en un instant, s’illumine et l’on aperçoit alors l’ombre d’un lézard, qui grimpe au mur et cherche à vive allure l’abri d’un volet…

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… Je ne retiens d’elle qu’une image globale, une sorte de cliché pris à la va-vite, une photo du bien être sous laquelle nous savons combien notre vie était si difficile. Mais ce mot n’est pas juste : rien n’est difficile quand la vie circule, que la lumière vient frapper aux portes. Rien ne nous éclaire plus que les ténèbres…

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… Sous la neige, j’aime ainsi avancer vers la sombre façade. Toucher son mur, écouter les voix de l’intérieur, celles de tous les temps, de tous les siècles et de l’avenir. Il y a une telle puissance dans l’abandon de cette ruelle. Les choses les plus oubliées, les plus enfouies, ne sont-elles pas les plus vivantes ? …

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… La maison de l’enfance ne s’arrête pas à ses portes. Elle se prolonge dans la nature, elle va jusqu’aux fontaines, aux champs, aux forêts…

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… Vagabond, nomade, j’erre où le hasard et la chance m’entraînent mais, toujours, dans la tête, la belle architecture de la maison immobile. Vivre est courir avec les copeaux d’enfance dans le cœur… »

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Cette maison immobile peut être celle de notre enfance ou celle de nos vacances lointaines… Avez-vous remarqué comme sa silhouette, ses parfums d’antan, les paysages attenants parlent en nous une langue chaleureuse ?

Extraits de : « Les petites heures » précédé de « Au bord du monde » et suivi de « La maison immobile »  2014 Joël Vernet.

Illustrations : 1/« Paysage dans le Connecticut »  Julian Alden Weir  1852-1919  2/« Façade »  Albin Egger-Lienz   1868-1926.

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Se relier aux parcelles d’or de l’enfance…

BVJ – Plumes d’Anges.

S’interroger…

24 novembre 2017

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« … De toi, j’ai appris que s’élancer dans les gouffres permet à nos ailes de pousser. Sans cette absolue confiance dans la vie, tout nous retient. Et l’existence n’est plus qu’un rendez-vous raté avec soi…

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… Mais la question demeure : a-t-on le droit de vivre tout ce que l’on veut et mérite d’être ? A-t-on le droit moral d’aimer la totalité de ceux que son cœur éclaire ? A-t-on le droit d’être soi, merveilleusement vivant de corps et d’esprit ?

Un esprit court te vilipenderait, trouverait salubre de te convertir à la tempérance.

Après des années d’interrogations et de jugements hâtifs, j’en arrive à mon intime et joyeuse conviction : oui, nous avons le droit d’être. C’est même là sans doute notre premier devoir moral. Notre erreur à nous, les enfants, est sans doute de n’avoir pas cru au roman parental merveilleux que tu nous proposais. Chercher l’exactitude n’aboutit à rien. l’ADN est la pire des illusions. La vérité réside toujours dans le roman que l’on se raconte pour parvenir à vivre. Le vrai réel, c’est l’histoire qui nous constitue, pas les faits. Mais l’essentiel ne rayonne-t-il pas dans la quantité de questionnements dont tu nous a fait les légataires, nous tes trois enfants ? En osant être tout ton être, à plein courage, tu nous as transmis mille questions qui perdureront au fil des générations.

S’interroger, c’est accoucher de soi.

Vivre, c’est ne pas finir de naître…

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… – Ta maman est cette femme-là. Que vas-tu en faire ?

Toujours, tu as renvoyé les autres à leur liberté de réaction. La seule chose qui t’intéresse réside dans cette interrogation : que faisons-nous tous de ce qui survient, de l’étrangeté irréductible d’autrui, de l’inattendu qui nous chambarde et détruit soudain l’idée que nous nous faisions de la vie ? Tu fais confiance à l’Autre pour s’en dépatouiller. À tes yeux, maman, protéger un être c’est le sous-estimer. Exposer, c’est croire en ses ressources insoupçonnées…

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… – Pourquoi as-tu confiance dans les êtres ?

– Ils le méritent. Je crois en leur beauté ineffable, en leur noblesse méconnue.

– Tu ne doutes jamais d’eux ?

– Qui suis-je pour douter des êtres ?

Cette phrase m’est restée. « Qui suis-je pour douter d’eux ? » Qui est-on donc pour s’accorder le droit de douter du courage des gens ?… »

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Extraits d’un TRÈS BEAU LIVRE : « Ma mère avait raison »  2017  Alexandre Jardin.

Illustrations : 1/ et 3/ Mules du XVIIIème – détails de tableaux de  François Boucher  1703-1770.  2/« Beau visage » Frank Weston Benson  1862-1951.

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Nous sommes riches de ce qui nous a construit…

BVJ – Plumes d’Anges.

Qui suis-je ?…

21 novembre 2017

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« Cher Boèce…,

En m’attardant auprès de votre géniale maïeuticienne, j’ai noté comment elle excelle à nous rediriger vers l’essentiel. Alors que nous pouvons aisément nous oublier dans la lutte, dans la lamentation, l’envie ou le regret, elle nous prie de revenir à nous. « Qui es-tu ? ». Mine de rien la question peut déconcerter car, lorsque nous avons épuisé les banalités d’usage, il reste à affronter un vide.

Une parabole tirée de la philosophie hindoue rejoint l’intuition de votre guérisseuse. N’y voyez aucun exotisme. Une femme meurt et arrive auprès du Maître de l’univers. Son divin interlocuteur lui demande : « Qui es-tu ? » Et la défunte de répondre : « Je suis la femme de l’épicier. » Dieu, fin psychologue, renchérit : « Qui es-tu ? » La fidèle épouse en vient à dire qu’elle s’est mariée avec M.Y. Dieu s’en moque et, sans relâche, poursuit son interrogation. La dame, après avoir successivement décliné sa profession, le nombre de ses enfants, son age, ses loisirs, les hauts faits de sa vie, ne parvenant guère à se définir, demeure muette. Certains esquivent souvent la question par un « J’ai trente ans d’expérience ». Et Dieu pourrait leur rétorquer que l’expérience ressemble à un peigne qui ne sert quaux chauves.

Plus sérieusement, en nous conviant à un exercice de présence, l’historiette soulève la périlleuse tentation qui nous incline à nous réduire à nos actes. Si l’identification aliène, il est fécond de s’interroger : qui suis-je aujourd’hui ? Que reste-t-il sous les rôles ? Qu’est-ce-que l’essentiel d’une personne ? Avant tout, il sied d’oser désapprendre en revisitant nos habitudes, nos modes de pensée, nos préjugés… « 

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Extrait de : « La construction de soi »  2006 Alexandre Jollien.

Illustrations : 1/« L’esprit de l’automne »  2/« Paysage avec vaches »  Albert-Pinkham-Ryder  1847-1917.

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Être plutôt que faire…

BVJ – Plumes d’Anges.

Dégustation…

17 novembre 2017

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« … Il faut que chaque instant soit bien plein. De gestes, de surprises, de bagarres,

de gens, de rires, d’imprudences et de cris. De tout, mais plein.

L’attente est un accroc dans le droit fil de la solitude, un désert sans espace à traverser

seul. Alors il faut se peupler de l’intérieur. On croit que j’attends tristement, que

je m’ennuie à rester ainsi immobile, silencieuse. Mais non, je fais la vache. J’ai la panse

pleine de choses avalées sans précaution mais tellement serviables et nourrissantes,

toujours disposées à meubler un petit creux. Mes instants de goinfre je les verse dans

mes instants de gouffre. Alors je déguste bouche à bouche avec ma mémoire… »

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Extrait de : « Les soleils rajeunis »  1977  Anne Bragance.

Photos BVJ.

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Se délecter de nos belles mémoires…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chemin d’amour…

13 novembre 2017

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« … Mais le pigeon ne se trouvait pas bien avec les autres animaux de la décharge, de la même façon que le vieil homme ne se trouvait pas bien avec les autres êtres de son espèce dans les villes des hommes, pas plus qu’avec les autres clochards.

Alors parfois il s’éloignait, parcourait de longs trajets dans l’espace – car c’était un pigeon voyageur – et regardait en bas pour voir ce qu’il y avait dans le monde.

Et puis un jour, tandis qu’il passait de son vol bancal dans le ciel, son œil avait été attiré par une corolle bigarrée de sacs et de haillons tout autour d’un vieil homme couché sur un trottoir, comme mort.

Il avait ralenti son vol. Il était descendu. Il s’était posé à terre tout doucement, sur sa patte abîmée.

Il avait regardé le vieil homme qui semblait dormir, tournant deux ou trois fois la tête, l’œil rond.

Mais le vieil homme ne dormait pas.

Il avait entendu le léger bruit de ses ailes et il s’était alors retourné lui aussi pour regarder le pigeon.

Il s’était levé un peu sur son coude, avait farfouillé dans un sac en plastique plein de croûtes de pain sec qui tintaient comme des morceaux de bois.

Il en avait émietté une et l’avait laissée tomber près du pigeon.

Puis il avait refermé les yeux.

De ce jour-là, le pigeon l’avait élu son seul ami au monde.

Et il en avait été de même pour le vieil homme…

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… – Moi j’étais là, tout seul, dans le froid, dans la rue… Pourquoi m’as-tu cherché ?

– J’ai deviné qui tu es, je t’ai reconnu…

Il se taisait.

– Je suis née pour faire quelque chose de grand, je sens en moi la grandeur…, dit-elle encore au bout d’un moment, subitement, d’un trait, dans le noir. Ensemble nous allons faire quelque chose de grand. C’est pour ça que je suis née, c’est pour ça que je t’ai cherché et que je t’ai trouvé…

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Cette nuit-là non plus la fille merveilleuse ne comprit pas pourquoi ce pigeon était venu chez elle, ni d’où il venait, ni ce qu’il était venu lui dire avec ce long voyage entre la mort et la vie qui l’avait laissé à l’agonie sur la coursive.

Mais peut-être que, sans s’en rendre compte, elle comprit quelque chose, qui peut le dire… (…)  Ça fait combien de temps ? se demanda-t-elle. Qu’est-ce qui est arrivé à ma vie ? Pourquoi avant j’étais quelqu’un et puis je suis devenue quelqu’un d’autre ? (…) Elle éprouva alors une énorme douleur, car elle s’était rappelée tout à coup qu’il y avait, enfouie en quelque point inaccessible de sa vie, cette rencontre impossible qu’elle avait recherchée, puis qu’elle avait trahie, ce trésor perdu. Et ce n’était pas seulement lui qu’elle avait trahi, mais elle-même, y compris la partie la plus secrète et la plus haute d’elle-même…

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Ils se prirent par la main, sans parler, et se mirent à marcher en silence dans les rues de l’infinie ville des morts qui se réveillait sous un manteau de neige.

Ils n’entendaient que le bruit de la neige qui se tassait sous leurs chaussures trouées.

Au dessus de leur tête, le pigeon volait de plus en plus invisible et lointain, dieu sait vers quelle nouvelle ville ou vers quels nouveaux mondes, tout en haut dans le ciel, là où se formaient les tourbillons de neige. Puis il disparut… »

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Extraits du bel et étonnant livre : « Fable d’amour »  2015  Antonio Moresco.

Illustrations : 1/« Élevages de pigeons »  – planche 5 –  Gottlob Neumeister  XIXème  2/Carte du XVIIIème – 2 de cœur  – Edition J.S.Haymard   3/ détail d’un tableau  de Piero di Cosimo  1462-1521.

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Nous sommes tous nés pour faire quelque chose de grand…

BVJ – Plumes d’Anges.

Graines d’enfances…

10 novembre 2017

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« …  À cet instant, une autre pensée traversa l’esprit de la mère.

« Tu étais une enfant à la larme facile, tu sais. Voir tomber les pétales du camélia d’hiver te faisait pitié. Tu les ramassais, tu les mettais dans une enveloppe ou entre les pages d’un livre… Je ne t’ai jamais vu les balayer et les jeter.

– Oui, quand j’étais petite.

– Tu confectionnais souvent des coussins avec des pétales séchés de différentes fleurs, les camélias, les daphnés, les violettes. (…) Tu étais une enfant si attentionnée, si minutieuse…

– Père aimait les coussins dont les fleurs avaient des parfums doux.

– Tu lui as même fabriqué un oreiller avec ces fleurs. Il a d’ailleurs eu du mal à s’y habituer.

– Oui, c’est vrai, je m’en souviens bien. – « Pourquoi cet arbre est-il arrivé dans notre jardin et y donne-t-il des fleurs ? Il aurait très bien pu pousser et fleurir dans une montagne, dans un bois ou dans le jardin de quelqu’un d’autre n’est-ce pas ? » Te souviens-tu d’avoir posé cette question à ton père d’un air très sérieux ? Sur le coup, il n’a pas su quoi répondre et il t’a dit : « Eh bien, il a eu envie de fleurir chez nous afin de devenir mon oreiller. » « Ah bon ! as-tu répondu. Alors l’arbre et les fleurs doivent être contents. » Il a ri, il t’a caressé les cheveux…

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– Les enfants disent des choses compliquées.

– Les enfants trouvent tout curieux, dit Ineko, et dès qu’ils commencent à trouver une chose curieuse, l’ensemble de ce qui les entoure, les choses concrètes comme les phénomènes leur paraissent totalement mystérieux. Qu’est-ce-que c’est que ça ? Et pourquoi ça existe ? Ils ne comprennent pas…

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Comme je détestais la tombée de la nuit quand j’étais petite, j’ai demandé à Père : « Pourquoi y a-t-il la nuit ? Il m’a répondu : « Parce que s’il n’y avait que le jour, ni Inéko ni moi ne pourrions dormir. » Je m’en souviens. « Alors, qui nous a donné la nuit ? » « Eh bien, ce doit être le dieu qui endort les humains. » « C’est le dieu du sommeil ? Il est comment ? Où se trouve-t-il ? » « On ne peut pas le voir puisqu’on dort. »…

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– Il y a fleurs et fleurs. « La voix des bambous montre le chemin, les fleurs de pêcher illuminent l’esprit. »… »

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Extraits de : « Les pissenlits » livre inachevé de Yasunari Kawabata 1899-1972.

Illustrations : 1/ »Petite fille tenant des fleurs roses »  Helen Hyde  1868-1919   2/« Oiseau et camélia »  Hiroshige  1797-1858.

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Prendre soin des graines d’enfances…

BVJ – Plumes d’Anges.