Essence du calme…

1 août 2021

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Observer sans relâche pour donner sens à notre existence…

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« … La plante que vous avez chez vous, l’avez-vous jamais regardée ? Avez-vous laissé cet être familier mais mystérieux, que nous appelons une plante, vous enseigner ses secrets ? Avez-vous remarqué sa paix profonde ? Son champ de calme ? Dès que vous prenez conscience de l’émanation calme et paisible d’une plante, celle-ci devient votre maître…

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Seul le calme intérieur vous donne accès au calme des pierres, des plantes et des animaux. Lorsque votre mental bruyant se retire, vous pouvez vous relier profondément à la nature et dépasser le sentiment de séparation créé par l’excès de pensées.

La pensée est un stade de l’évolution de la vie. La nature baigne dans un calme innocent, préalable à la venue de la pensée. L’arbre, la fleur, l’oiseau, la pierre n’ont pas conscience de leur beauté ni de leur caractère sacré. Par le calme, les humains dépassent la pensée et accèdent à une dimension supplémentaire de certitude, de conscience.

La nature peut vous amener au calme. C’est le cadeau qu’elle vous offre. Lorsque vous la percevez et la rejoignez dans le champ de calme, ce champ s’imprègne de votre conscience. C’est votre cadeau à la nature.

Par vous la nature prend conscience d’elle-même. Elle vous a attendu, pour ainsi dire, pendant des millions d’années… »

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Douceur du souffle, légèreté de l’instant,

inspiration, expiration, inspiration, expiration…

Se nourrir, s’abreuver, s’immerger, contempler, caresser la Nature…

Elle est source d’abondance, efface nos pensées, guérit nos maux,

notre cœur peut battre joyeusement, il devient créateur,

là est l’essentiel de la vie…

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Extraits de : « L’art du calme intérieur » 2003   Eckhart Tolle.

Photos BVJ – Juillet 2021.

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Offrir du calme à notre âme…

BVJ – Plumes d Anges.

Rêves antipodiques…

26 juillet 2021

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« Si tu t’occupes de la terre, elle s’occupera de toi »

proverbe aborigène

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« … Les Aborigènes d’Australie qualifient leurs peintures de « Rêves ». Ceux-ci relatent la création de l’univers par leurs ancêtres, les génies fondateurs dont ils perpétuent le mythe par le chant, la danse et le dessin, à défaut de langue écrite. Ils ont ainsi appliqué des pigments naturels sur les parois rocheuses, sur des écorces d’eucalyptus ou sur leur propre corps depuis des millénaires.

Depuis une cinquantaine d’années, les Aborigènes réalisent des peintures acryliques sur toile, « objets culturels hybrides issus d’une tradition graphique et religieuse. « Cette forme d’expression utilisant des matériaux modernes a permis à ce peuple meurtri d’afficher sa culture à la face du Monde. Cette peinture revêt un sens politique car elle affirme une antériorité sur le sol australien et clame une identité. Ces « Rêves » sont aussi des cris… »

Raphaël Dupouy – Extrait de la magnifique plaquette de l’exposition

« Rêves australs » Villa Théo au Lavandou.

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Syvia Kanytjupai Ken – extrémité nord-ouest de l’Australie méridionale – « Le Rêve des sept sœurs »

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Ronnie Tjampitjinpa –  Australie occidentale – « Tingari »

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Gabriella Possum Nungurrayi – Nord de l’Australie – « Worm Dreaming »

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Robert Fielding – Australie méridionale – « Manta (earth) »

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Pantjia Nungurrayi – Australie occidentale – Sans titre

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Wawiriya Burton – Australie méridionale – « Ngayuku ngura,  My Country »

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Quand la peinture se fait écriture et transmet ses messages,

génération après génération,

quand elle se fait cri et traverse les frontières,

on ne comprend pas toute cette culture mais

on ne peut rester insensible, juste se féliciter d’un tel voyage

et le perpétuer pour qu’il soit entendu loin, très loin…

Dans ce beau lieu qu’est la Villa Théo, ancienne propriété

du peintre belge Théo Van Rysselberghe

de très grandes toiles font éclater leurs couleurs,

notre esprit s’imprègne de fortes vibrations,

notre âme a envie d’en savoir plus.

Merci à la Collection Monereau d’offrir

à nos regards curieux de tels tableaux,

riches d’un passé et d’une culture si lointaine de la nôtre.

Ici quelques œuvres, il y en a bien d’autres,

aminautes de France, de Navarre et d’ailleurs,

si vous passez par ces contrées,

faites une pause auprès de cette source d’abondance…

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Tania avait fait un merveilleux billet sur une autre collection d’Art Aborigène –> 

Photos BVJ – Juillet 2021

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S’intéresser à d’autres langages, d’autres visions…

BVJ – Plumes d’Anges.

Réalité ou reflet ?…

19 juillet 2021

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Je me questionne encore et encore depuis lundi 12 juillet 2021,

ce que je vois, sens ou entends est-il la réalité de notre monde

ou un simple reflet qui navigue sur des eaux ?

Je vous l’avoue, je préfèrerais que ce soit une illusion optique,

un mirage, un propos qui fait plouf, qui fait flop…

Je suis en état de sidération absolue,

comme suspendue entre deux mondes

et je ne sais encore comment reprendre mes esprits…

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« … Des mots projetés dans la nuit

Pour traverser à gué la Voie,

Pour retrouver, jadis entrevue,

Depuis longtemps perdue, l’Étoile… »

Extrait de : « Enfin le royaume »  2018  François Cheng.

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Photo BVJ – Canal de la Durance – Juillet 2021.

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Ne pas se noyer…

BVJ – Plumes d’Anges.

Origines…

12 juillet 2021

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« … Selon qu’elle s’applique à un phénomène, à un individu ou à un groupe de personnes, la notion d’origine prend un sens différent, et sa connaissance – ou son ignorance – n’a pas la même portée.

Parce qu’elle désigne la première apparition d’un phénomène, mais aussi sa cause, son explication, les circonstances de sa manifestation, ainsi que sa nature, l’origine est au cœur de la quête scientifique. Sa découverte la fait entrer dans le champ du savoir, et son absence la retient pour inconnue. Sans cause, elle devient inexpliquée. Sans date, elle flotte au-dessus du temps. Candidate au mystère, elle est source de fantasmes et, sujette aux spéculations, elle se nourrit de théories qui alimentent les controverses.

Pour un individu, elle quitte curieusement le singulier pour se parer d’un pluriel : nous parlons de nos origines. Elles sont ce lien qui nous rattache au néant comme la ficelle d’un ballon ou la traîne d’un roi. Sans cette bride, livrés à nous-mêmes, nous nous égarerions dans l’immensité du ciel où nous perdrions toute souveraineté sur notre existence. Nos origines racontent ce qui nous a précédés, d’où nous venons et qui nous sommes. En nous amarrant au néant par la ficelle ou par la traîne, elles nous protègent de l’abîme et le mettent à distance. Connaître nos origines structure notre être et donne une direction à notre vie. Ne pas les connaître peut agir comme une catastrophe. Une dévoration. C’est alors que nous partons à leur recherche à corps perdu…

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… Je suis le Vivant, le dernier qui, au bout des autres, roulera la pierre en dedans afin que la tâche soit accomplie. Mais avant je veux m’accorder du répit, reprendre mon souffle, écouter le bruit du vent qui flûte son air par les trous de la roche. Je veux être pour un peu le lambin de l’affaire, prendre le temps de me retourner et emporter avec moi le reste de ce que nous quittons… »

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C’est une lecture captivante, un roman très construit qui à partir d’un seul fait raconte des histoires où l’imaginaire se mêle à des réalités.

Une unique secousse sismique provoque un glissement de terrain, une montagne s’effondre, fait disparaître tout un village sur l’ile d’Hokkaido. Apparait alors un tombeau très très ancien, il daterait d’une époque où l’homme n’existait pas d’après nos croyances…

Passé, présent et futur se mêlent, un rythme mathématique, six chapitres, dans chacun d’eux cinq sous-chapitres, toujours dans le même ordre, qui portent cinq voix et tracent cinq voies. Les chiffres 5 et 6 ne sont certainement pas choisis au hasard, ils expriment l’union, l’équilibre et l’harmonie, un rêve ? Des étoiles s’allument ici et là, on voit que toute lumière projette une ombre et toute ombre fait surgir la lumière. Le monde obéit à des lois, l’homme cherche une fois encore à comprendre mais tout peut être remis en question et changer en un instant. On apprend beaucoup au fil des pages, on veut en savoir plus et le « merveilleux » net donne des pistes (à croiser, bien évidemment !).

L’écriture est très belle, totalement poétique dans le Dit du Vivant où les fils qui tissent le récit sont teintés d’or. L’auteur nous emmène dans un mystérieux voyage, il partage son érudition avec humilité, par petites touches comme un peintre. L’œuvre créée me semble encore plus importante dans le contexte actuel, faire appel à son imagination, parler de science, de philosophie, de poésie, de rapports bienveillants entre les humains fait un bien fou. Ce livre est un véritable coup de cœur !

Dominique en avait parlé merci à elle.

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Extraits de : « Le Dit du Vivant »  2021  Denis Drummond.

Illustrations : 1/« Paysage »  Maeda Tekison   1895- 1947  2/« Nuit sur Ushibori »  Kawase Hasui   1883-1957.

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Ne pas avoir de certitudes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Vigilance…

5 juillet 2021

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PETITE GRAINE DE RÉFLEXION…

 

C’est un bijou que l’on admire dans l’écrin de la vie,

notre bien le plus précieux.

Nous veillons sur lui, en prenons soin,

le trésor est fragile, nul n’a le droit de nous le dérober.

Et pourtant, faisons preuve de vigilance,

il peut se perdre en un claquement de doigts.

Je vous parle là de la

LIBERTÉ,

celle d’être, de penser, de choisir…

Indignons-nous si ce droit est bafoué,

il y a toujours urgence en ce domaine !

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Lumière

Illumination

Beauté

Étoiles

Rêves

Terre

Être,

en pays de LIBERTÉ,

là sont nos sources et nos ressources,

pensons-y à chaque instant.

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« … Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade

J’écris ton nom

 

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J’écris ton nom

 

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J’écris ton nom… »

 

Extrait du poème Liberté de Paul Eluard.

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Illustrations : Dessins anonymes de bijoux du  XIXème 

1/ Projet de broche  2/ Projet de boucle d’oreille.

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Cultiver la vigilance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Nuée…

28 juin 2021

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« Les nuages frôlent

Falaises et crêtes

Courtisent les vallées

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… Tracent sur plan d’azur

De brèves et blanches écritures

Détissées par le temps…

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… Face aux montagnes

Qui surplombent nos saisons passagères…

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… Nous sommes ces nuages

Entre gouffres et sommet ».

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Andrée Chédid poème extrait de « Rythmes « 

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Lieu dont on ne peut se lasser, la montagne de Lure nous offre

une fois encore ses cadeaux.

Au soir de pleine lune dans un ciel savamment décoré de masses nuageuses,

a succédé un matin d’azur.

J’aurais aimé vous montrer la photo d’un lièvre magnifique

aux oreilles dressées comme des cairns,

mais il a fui voulant rester incognito,

nous indiquant simplement le chemin d’une divine balade.

Les rencontres animales, disent certains, ne sont pas le fruit du hasard,

elles nous apportent un message, un signe, encore une forme d’écriture…

J’aime bien cette idée, pas vous ?

Photos BVJ – Montagne de Lure – Juin 2021.

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Se sentir funambule, entre terre et ciel…

BVJ – Plumes d’Anges.

Intuitions…

21 juin 2021

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« Voilà

le monde reste beau

impunément

il n’a pas peur

du noir

il coule de source

toujours…

Zéno Bianu  « Pérégrinations du Pierrot solaire »

Printemps des poètes 2021.

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Eaux douces ou eaux salées,

eaux célestes ou eaux terrestres,

eaux calmes ou eaux agitées,

tout est voyages,

rêves sans fin qui se rencontrent !

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Solstice d’été,

premiers jours d’une saison naissante,

promesses de temps nouveaux…

Faire de la musique en nous,

écouter le chant de nos intuitions

pour voguer paisiblement…

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Illustrations : 1/« Venise »  2/ » Pluie vers Bellagio »  George Elbert Burr  1859-1939.

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Apprendre à naviguer sereinement sur l’océan de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Précieuses pierres…

14 juin 2021

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Il est des paysages époustouflants qui nous transportent sous d’autres cieux.

Je vous parle là du col alpin de l’Izoard, lieu lunaire,

jardin de pierres qui nous donne l’illusion d’être à l’intérieur d’une estampe orientale.

Quand ce lieu s’offre au regard sans la moindre trace humaine, le cadeau est immense.

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Plus loin, une toute autre vision minérale en perpétuelle évolution,

la source pétrifiante de Réotier.

Une réceptacle d’eau claire surmonté d’une créature étrange semblant jaillir du sol,

l’effet est spectaculaire, la musique de l’eau douce à l’oreille.

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Continuons à pérégriner en bord de Durance, nous arrivons à

l’Abbaye de Boscodon,

lieu splendide à l’écart du monde.

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Les oiseaux et les chants des moines règnent en maitres.

À l’entrée un jardin de plantes aromatiques et médicinales,

il se réveille doucement, entretenu avec amour par Céline Soula.

Puis une rencontre,

celle d’un homme qui a trouvé sa vraie place dans la vie,

CedRouz,

il sculpte la pierre, semble faire corps avec elle,

explore inlassablement une mémoire ancestrale du monde,

ponce, affine la matière, l’étire, la creuse, la cisèle ,

elle devient aiguille ou dentelle… 

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Travail de funambule sur l’équilibre des forces,

les extrêmes y conversent et cohabitent dans une paix intense.

L’homme est paisible, il travaille dans ce lieu et le sable des torrents…

 

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Il écoute, partage ce qu’il ressent.

Il fut berger dans une ancienne vie entre le massif des Écrins et la montagne de Lure…

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Il a une formation d’architecte, nous parle de philosophie…

Il me semble que cela s’appelle une belle rencontre, merci la vie.

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« Une pierre pour oreiller

J’accompagne

Les nuages » 

– Taneda Shantoka –

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Photos BVJ.

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Retrouver notre chemin, pierre après pierre…

BVJ – Plumes d Anges.

Chef d’œuvre…

10 juin 2021

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« … Le mot impossible n’existe plus… »

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… J’avais alors dépassé depuis 3 ans ce grand équinoxe de la vie qu’on appelle quarantaine. Cet age n’est plus celui des folles entreprises et des Châteaux en Espagne. Or au moment où mon Rêve sombrait peu à peu dans les brouillards de l’oubli, un incident le raviva soudain, mon pied heurta une pierre qui faillit me faire tomber. Je voulus voir de près, ma pierre d’achoppement ; elle était de forme si bizarre que je la ramassais et l’emportais ; je retournais le lendemain au même endroit et j’en trouvais de plus belles qui rassemblées sur place faisaient un joli effet, cela m’enthousiasma ; c’est alors que je me dis , : « Puisque la nature fournit les sculptures, je me ferai architecte et maçon (… )

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… C’est alors que le long charroi commença il dura 27 ans parcourant pendant tout ce laps de temps des dizaines de kilomètres en plus de ma tournée quotidienne, je remplissais mes poches de pierres puis ensuite, j’employais des paniers ce qui accrut ma peine, car j’avais une tournée de 32 kilomètres à effectuer chaque jour…

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… L’hiver comme l’été

Nuit et jour j’ai marché

J’ai parcouru la plaine les coteaux

De même que le ruisseau

Pour apporter la pierre dure

Ciselée par la nature

C’est mon dos qui a payé l’écot

J’ai tout bravé même la mort (… ) 

En cherchant j’ai trouvé

Quarante ans j’ai pioché

Pour faire jaillir de terre ce palais de fées… »

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« … Le soir à la nuit close

Quand le genre humain repose,

Je travaille à mon Palais.

De mes peines nul ne saura jamais… »

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C’est le travail d’un seul homme qui a traversé moult épreuves, son cœur a saigné, le destin s’est abattu sur lui mais il a résisté, il a transformé sa douleur en un chef d’œuvre d’amour.

Son courage, sa ténacité ont bâti un palais, il a laissé vivre et courir son imagination, lui qui parlait peu s’est exprimé dans une poésie totale et un siècle plus tard on vient toujours se substanter à sa source.

C’est une œuvre émouvante, une œuvre « habitée »,

qui nous transporte sur une haute rive,

c’est un rêve qui a vu le jour qui à son tour nous fait rêver…

Quand la terre et le ciel se rejoignent, quand modestie et humilité se donnent la main,

le grand Art advient et c’est nous qui sommes sans voix,

tout à notre admiration !

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Et un kilomètre plus loin, un autre petit édifice :

« … J’ai eu le bonheur d’avoir la santé pour achever ce tombeau appelé

« Le tombeau du silence et du repos sans fin »

à l’age de 86 ans… »

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Propos de Ferdinand Cheval extraits du cahier numéro 3

– Photos BVJ –

 Hauterives dans la Drôme – Le PALAIS IDÉAL du FACTEUR CHEVAL

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Faire preuve de résilience…

BVJ – Plumes d’Anges.

De l’aurore à la brune…

28 mai 2021

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« … Tu collais aux parois du présent, peur d’être en retard sur ce qui se passe. Tu ne sais plus choisir. Tu veux. Tu veux tout. Toujours plus. Même les choses s’affolent d’être tellement appelées. Ces caillots de voitures dans nos villes. Ces objets rapaces, bouchant l’horizon. La matière que l’on traite en nouveau riche, qu’on triture, amalgame, émiette, juxtapose sans chercher ce qui l’articule, ce qui la lie. Ce qui t’articule, ce qui te lie. Tu veux, tout, trop, embrasser, prendre. Ah ! ouvrir les mains, les ouvrir !… Ce qu’on aime ne se possède pas. L’avenir ne se possède pas, il se détache, plus loin, plus libre. Garder, garder le souffle, l’écho, à travers tout, cette chaleur… Des mégalopoles dévoreront nos rives. Nous serons six milliards et demi d’habitants en l’an 2000, le double d’à présent. Garder, garder cela, la voix de l’autre, la vague, la pulsion… Trente cinq penseurs, professionnels du futur, sont réunis à Tappan Zee, c’est le « Think Tank« , réservoir à réflexion. Qu’ils n’oublient pas ce qui nous fait vivre, et dont le nom est sans doute très simple. Qu’ils n’oublient pas cet instant, ce noyau, cette seconde où nous sommes , vraiment , entre mort et vie. Qu’ils n’oublient pas d’éveiller en l’homme-caméléon ce qui nous rejoint, apaise, accorde. Panoplie nucléaire, merveilles électroniques, effaceurs de mémoire qui supprimeront les souvenirs douloureux, moyenne de vie 90 ans, hibernation, surordinateur réglant notre existence, collectivités dévorant l’individu, contrôle, surveillance, téléphonie, matériaux résistant à toutes températures, transports à propulsion, cargos submersibles, navires containers, fusées transocéaniques, médicaments contrôlant nos humeurs, nos tendances politiques, métaphysiques, détermination du sexe des enfants, synthèse des aliments, pigmentation des Blancs, dépigmentation des Noirs, décèlement des intentions criminelles par la seule voix, entente des supergrands, guerres limitées, bâclées, laissées aux sous-développés… Maelström !… Où, comment tenir debout ? Corps encore étrangers à cette tornade, nous restons cramponnés au radeau d’hier. Se chercher d’abord un regard, un regard !… Ces jours-ci, je n’ai pas eu besoin de mes yeux, Ben me prêtait les siens…

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Tout à l’heure, il le dira à Jeph. Il lui communiquera tout cela : la terre et ses tendresses, la mer qui n’en finit pas… Malgré le peu de mots à sa disposition, il faudra que Simm dise : le sel, l’air, l’arbre, le vent, le bleu, l’eau qui porte. Malgré le peu de mots, malgré l’épaisseur qui les sépare ; il faudra qu’il trouve comment traduire tout cela. Le goût des choses, de l’instant. Il faudra qu’il parle, qu’il parle encore, jusqu’à la trouée béante, jusqu’à ce que l’emmuré surgisse, et tienne de nouveau debout sur ses deux jambes. Il faudra, à neuf, lavé, débarrassé d’écorces, faire naître en mots, sur la langue : ce sel, cette vie, ce partout…

– Je saurai tout dire. Je saurai à présent. Je saurai !… « 

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Simm et son chien Bic traverse un village du sud au petit matin. Simm rencontre des amis et confie à l’un d’eux sa lassitude, il s’ennuie dans ce monde. À la sortie  du village, la fenêtre d’un hôtel s’ouvre, un jeune homme apparait, s’étire et admire le paysage. Son regard est neuf, vivant, dans son œil brille avec ferveur une petite flamme. Il prononce quelques mots bienveillants, Simm  se sent comme illuminé par une énergie de jeunesse.

Tout à coup une immense secousse… et tout s’écroule.

La vie de Simm ne peut plus être la même, il est comme habité par le souffle du jeune homme, il le sent sous les décombres, il persuade les autorités d’entreprendre des recherches à un endroit précis… Le temps passe, Simm veille jour et nuit, réussit à établir un contact avec la victime, il devient Jeph qui parle à Ben, les secours sont lents, ils abandonnent, Simm les rappelle… Vous découvrirez la suite…

Ce souffle porte le lecteur jusqu’à la dernière page, l’émotion est grande. C’est une magnifique histoire qui nous interroge, elle nous parle de la solitude du grand age, de ce brin de jeunesse toujours présent au fond de soi qui aimerait vibrer et s’exprimer encore, de cette fin de vie qui retient l’essentiel et n’a plus besoin des honneurs et de la reconnaissance, il lui faut simplement se sentir en lien, dans le courant, dans le flot de la vie.

Il faut cesser de s’égarer et retrouver le fil de notre humanité, l’épreuve est peut-être là pour nous le faire comprendre, à nous d’ouvrir nos yeux et nos cœurs..

C’est un texte puissant, un riche échange entre deux hommes, sous la plume d’Andrée Chédid qui était vraiment une grande dame !!!

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Extrait de : « L’autre »  Andrée Chédid  1920-2011.

Illustrations : 1/« Côte italienne »  Thomas Fearley  1802-1842  2/« Figuiers de Barbarie près de Taormine »  Peter-Severin Kroyer  1851-1909.

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Goûter au sel de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.