Spams…

21 janvier 2022

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« … Et oui, ne pas remettre au lendemain ce qu’il faut dire ou taire le jour même !…

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…Pas gai, pas gai… C’est la rançon des âmes vagabondes. Seuls vos mots sont aires de repos. C’est bien la seule chose un peu tangible à quoi se raccrocher. La douceur d’une voix, une bouche, une intention, un regard, son mystère effleuré, l’anecdote de chair, tout me sert, tout me sert, pour que je puisse m’agripper, reprendre mon vieux souffle et me calmer un peu.

Non, nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous êtes sans le savoir « la sœur de charité ». Celle sur qui poser un cœur bien malmené, ma clairière, une plage de sable fin et lumineux au milieu des brisants.

Comment c’est arrivé ? Je n’en sais fouchtre rien. Il me fut un jour donné, après des ronds d’éternité, de reprendre contact avec quelques échantillons d’humanité. Ce fut comme une grâce, un répit qui m’était accordé…

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Des messages qui choisiraient leurs destinataires en quelque sorte…

Brusquement me vient une vive inquiétude : serais-je moi-même dans cet entre deux que vous décrivez ? Une âme errante n’ayant pas su trouver le repos ? Comment autrement expliquer tous ces derniers évènements survenus dans ma vie avant la réception de vos mails sur mon écran d’ordinateur ?

Serions-nous quelques uns, vous, moi, des milliers, dans cet état de demi-sommeil qui, loin de nous diminuer, nous élève dans une supra conscience si difficile à supporter ? Ni morts, ni vivants, observant le Monde de notre point culminant, regardant les Hommes se débattre avec un sentiment de totale impuissance…

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Pardon pour l’anecdote. Encore un truc qui est remonté bien malgré moi à la surface. On en a tous de ces débris amers ou délicieux provenant de nos cales, de nos vaisseaux rouillés ayant coulé au large de nos âges. La plus petite perle dans un coffre de fer au fond des océans garde tout son éclat. C’est ainsi, même après. Alors débrouillez-vous avec cette bimbeloterie pour vous en faire des colliers rutilants, rivières de rubis, humbles vaisseaux d’opales.

Vous verrez, pour nous vieux naufragés, comme le moindre bout de verre, la goutte de rosée, un regard, surgissant là, d’un coup nous inonde de joie. C’est un éclair dans un ciel noir… »

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 Qui donc est mort ? Qui donc est vivant ? Imaginez votre âme, coincée entre deux mondes, dont les « pensées » s’impriment sur les écrans d’ordinateurs de parfaits inconnus. Il leur faut lire jusqu’à la fin ces spams pour que ceux-ci disparaissent. Quel inconfort pour cette âme en peine, que de questions pour ses lecteurs !

Les réponses sont diverses et variées, il y a Mariam et Sarah, pleines d’écoute, de délicatesse et de compassion, il y a R.Thomas, digne et curieux, il y a le jeune Louis qui se questionne et se questionne encore sur la finalité de la vie… Il y a ceux qui refusent, raillent, se moquent, bref, il y a tous les comportements humains qui fusent vers ce pauvre Gaspard Stacatto.

Sont-ce les regrets d’une âme vagabonde ? Que lui manquait-il dans son existence pour qu’elle erre ainsi ? Un peu d’amour, de relations humaines, de douceur, de poésie visiblement. Le non-exprimé est là, à l’état brut et se déverse en un tourbillon d’images et de mots. Ne nous faudrait-il pas partager tout cela avant de nous éteindre pour que notre âme s’envole doucement ?

C’est encore une fois un très beau recueil d’Alain Cadéo qui nous interroge, le langage emprunte des chemins rugueux ou doux, touche à l’absolue poésie, l’imagination est riche et profonde.

Merci pour ce cadeau de lumière, à découvrir, à lire avec délectation…

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Extraits de : « Confessions (ou les spams d’une âme en peine) »  2021  Alain Cadéo.

Illustrations : 1/« Rochers à Belle-Île »  2/ « Buste de femme de profil »  Georges Clairin  1843-1919.

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Avoir le courage d’être soi, sans blesser l’autre, pour s’élever…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mères de la lumière…

13 janvier 2022

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« … Vois-tu, ma petite Dyja, contrairement à l’homme, les plantes se tournent vers la lumière. Ma grand-tante affectionnait ce genre d’équations, l’humain et le végétal, l’humain et l’animal…

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Sous

un

ciel

nouveau

une

nouvelle

terre

on

entend

un

oiseau…

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… Même si elle ne croyait pas en l’homme, ma grand tante avait foi en l’enfant. Ou disons plutôt : elle ne croyait en l’homme qu’en deçà de 50 cm. Cela correspond également au récit de ses collègues de la maternité. Selon elle, il y avait d’une part l’être humain et d’autre part l’enfant. Tout ce qui était petit, et de préférence plus petit que petit, vulnérable et faible, suscitait son intérêt et éveillait sa tendresse, que ce soit dans le monde des hommes, dans le règne animal ou végétal. La progéniture de toutes les espèces, surtout juste après la naissance, les chatons, les agneaux, les poulains d’un jour, le premier pissenlit du printemps, les œufs fragiles des oiseaux, les jeunes dans leur nid, les mouches et les abeilles, et jusqu’aux pommes de terre grenailles, suscitait en elle admiration et sensation de beauté. Elle préférait les petites baies des montagnes aux grosses gorgées de sucre, les graines et les bourgeons plutôt que les plantes arrivées à maturité, elle se réjouissait de voir paraître les petites pousses fines et vert tendre sur une tige et les caressait du bout des doigts en disant : la gracilité est un signe qui ne trompe pas. Elle s’inquiétait aussi beaucoup de tout ce dont l’existence était menacée dans la nature, les animaux et les plantes trompés par la promesse illusoire d’un printemps imminent, avec sa lumière froide qui s’infiltrait dans les moindres recoins avant de disparaître sans crier gare sous une épaisse couche de neige au moment précis où les arbres commençaient à bourgeonner et où les brebis mettaient bas.

Là où les manuscrits se contredisaient, c’est que même si ma grand-tante prévoyait la disparition de l’être humain, elle supposait qu’il y aurait dans le monde du futur une place non seulement pour les animaux et les plantes, mais aussi pour les enfants.Et pas uniquement eux puisque deux autres catégories y seraient également représentées. D’une part les gens qui avaient conservé leur âme d’enfant, qui s’amusaient à souffler sur les graines de pissenlit et savaient s’étonner, et d’autre part – ce qui n’a rien de surprenant, a souligné ma sœur – les poètes… »

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Encore une lumineuse histoire, en terre de glace,  de cette auteure tant aimée  !

La narratrice, Gyja, exerce le beau métier de sage-femme – mère de la lumière en islandais -, comme sa grand-tante Fifa, qui, à son décès, lui a légué son appartement et tout ce qu’il contenait, des manuscrits entre autres choses et quels manuscrits, ils fourmillent d’éclairages sur la complexité de la nature.

Il y a dans ce roman mille et un détails du quotidien qui, suite à la traversée de l’ombre, trouvent résolution dans l’arrivée de la lumière.

Les fils conducteurs nous montrent l’importance des relations humaines et de l’observation de la nature, la richesse infinie des beaux souvenirs qui sont une éternelle force intérieure.

La générosité, le courage, le don de soi, la connaissance, la transmission entre générations, les « hasards heureux » illuminent l’existence de ceux qui y croient, les vrais poètes de la vie !

Ce fut pour moi un très doux moment de lecture…

Dasola en avait parlé —>

Extraits de : « La vérité sur la lumière »  2021  Audur Ava Olafsdottir.

Illustrations : 1/« Ours polaire »  et  3/ « Scène d’été »  Thorolf Holmboe  1866-1914  2/ « Le monde de la mer »  Planche XXXI – Développement du Pluvier doré – Alfred Frédol  1804-1863.

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Rechercher les sources de lumière et les transmettre…

BVJ – Plumes d’Anges.

Texte fondateur…

7 janvier 2022

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« Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver et de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.

J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.

Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.

Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque. »

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J’aime à lire ces textes fondateurs emplis d’une belle humanité,

souvenez-vous, nous avions relu ensemble

« La déclaration des droits de l’Homme«  , aujourd’hui voici

« Le serment d’Hippocrate » ( ici texte revu et corrigé par l’Ordre des médecins en 2012).

Ces mots nous disent l’élan fraternel qui unit les hommes, une vision du monde,

l’engagement avec humilité et désintéressement… C’est beau !

N’est-il pas important qu’une société avance

derrière des valeurs de bienveillance, de liberté, de partage et ré-union ?

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J’ai parfois l’impression en croisant des écrans,

que certaines et certains ont oublié ces mots,

quel dommage et que de dommages,

souhaitons que notre monde prenne un autre chemin

et laissons la place à la poésie…

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« Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes

Parce que Messieurs quand on le laisse seul

Le monde mental Messieurs

N’est pas du tout brillant

Et sitôt qu’il est seul

Travaille arbitrairement

S’érigeant pour soi-même

Et soi-disant généreusement en l’honneur des travailleurs du bâtiment

Un auto-monument

Répétons-le Messsssieurs

Quand on le laisse seul

Le monde mental

Ment

Monumentalement. »

Jacques Prévert « Il ne faut pas » dans « Paroles » – 1946.

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1/ « À chacun son masque  »  Ridolfo Ghirlandaio  1453-1561.  2/ « Le château de cartes »  Jean-Baptiste Siméon Chardin  1699-1779.

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Tenir nos engagements…

BVJ – Plumes d’Anges.

Beau miracle…

31 décembre 2021

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« Si cette vie qui bat le vent de mille maux

Est plus fragile encore qu’une bulle sur l’eau

Il est miraculeux, après avoir dormi,

Inspirant, expirant, de s’éveiller dispos ! »

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Nagarjuna « Lettre à un ami » 1°siècle.

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2022

Ayons foi, foi en notre pouvoir :

Inspirons la beauté, la liberté, la douceur, la tendresse…

Expirons la confusion, le mensonge, la violence, la laideur…

Croyons aux miracles, créons les miracles !!! 

Je vous souhaite LE MEILLEUR pour cette année nouvelle,

tenons-nous la main pour nous sentir plus fort(e)s,

avançons la joie au cœur.

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Illustrations : 1/« Dans le New Hampshire »  George Inness  1825-1894  2/« Hérons blancs » Frank Weston Benson  1862-1951.

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Prendre un envol…

BVJ – Plumes d’Anges.

Éveil d’une dormance…

21 décembre 2021

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Salut l’hiver,

sois le bienvenu parmi nous !

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Nous sommes dans une phase dormante,

 doucement, tout doucement reviendra la lumière.

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Il nous faudra encore de la patience, nous en avons,

nous l’avons apprise, jour après jour, depuis bientôt deux ans.

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Dressons-nous, levons le regard et gardons la foi…

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la lumière est juste derrière les bancs de brume…

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à nous de la faire renaître.

Attrapons ensemble des étoiles filantes,

faisons que Noël soit une vraie fête,

célébrons la joyeusement, arrêtons la « désaimance »,

réunissons-nous pour échanger  sur ce qui nous relie,

notre amour inconditionnel et notre humanité.

JOYEUX NOËL À TOUTES ET À TOUS !

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« Voilà

le monde reste beau

impunément

il n’a pas peur

du noir

il coule de source

toujours »

Zeno Bianu « Pérégrinations d’un Pierrot solaire »

Photos BVJ – Illustration de Sapin Nordmann (1865) –  Paysages du bord du Tessin  – Décembre 2021 –

« Noël » de Carl Reichert  1836-1918.

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S’aimer et se le dire…

BVJ – Plumes d’Anges.

Vaisseau de marbre…

13 décembre 2021

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La Cathédrale de la Nativité de la Sainte Vierge Marie est un vaisseau de marbre blanc rosé veiné de gris, ciselé à l’extrême, comme en suspension sur la place du Duomo à Milan.

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Sa construction débutée à la fin du XIVème siècle a duré plus de cinq cents ans. Les blocs de pierre furent acheminées depuis les carrières de Candoglia sur le Tessin, le Lac Majeur et le Naviglio grande (canal artificiel navigable qui utilise l’eau du Tessin).

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L’édifice, qui nous offre un foisonnement de flèches, gargouilles, sculptures, bas reliefs… est dominé à 108,50 mètres par la Madonnina, statue de cuivre dorée à l’or fin auréolée de douze étoiles, œuvre de l’artiste  Guiseppe Perego.

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Au fil des siècles, différents ingénieurs et architectes ont apporté leurs modifications au projet initial de Simone da Orsenigo, des « grains de folie » qui enchantent notre présent, on ne peut que remercier les grands bâtisseurs pour leurs ouvrages féériques. L’observation peut durer des heures, il y a mille et un détails qui attirent notre regard, mille et une histoires qui se racontent sous nos yeux.

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« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

disait Mark Twain, et il écrivit aussi :

« … Au crépuscule, nous sommes arrivés près de Milan et nous avons aperçu la ville et les pics bleus derrière elle. Nous crevait l’envie de voir la célèbre cathédrale ! Finalement, une jungle de flèches gracieuses, luisant dans la lumière ambrée du soleil, s’éleva lentement sur les toits des maisons de la même manière que nous observons parfois, à l’horizon lointain, une masse dorée et imposante de nuages s’élevant au-dessus de l’étendue de vagues, dans la mer : la cathédrale ! Nous l’avons compris immédiatement. Pendant la moitié de la nuit et tout le lendemain, cet autocrate architectural fut l’objet exclusif de notre intérêt. Comme c’est merveilleux ! Si imposant, si solennel, si génial ! Portant si délicate, si éthérée, si élégante ! Un monde solide qui pourtant, au clair de lune, ressemble à une illusion de fées, d’arabesques, de glaces prêtes à disparaître à voix basse ! Avec quelle netteté ses flèches ornées d’anges et la turbulence de ses pinacles se détachaient sur le ciel et avec quelle richesse leurs ombres se projetaient sur son toit blanc ! Une vision ! Un miracle ! Un hymne entonné de pierre, un poème gravé dans du marbre… »

Mark Twain   1835-1910  –  « Un vagabond à l’étranger » –

Extrait trouvé sur le web qui m’a donné envie de lire ce livre de joyeux vagabondages…

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C’était un bien joli voyage, avec ciel bleu, ciel gris et neige,

mon « carnet » vous en montrera peut-être d’autres pages…

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Photos BVJ – Milan et lac Majeur – Décembre 2021.

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Croire en tous les possibles…

BVJ – Plumes d’Anges.

Un grand soleil…

6 décembre 2021

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J’ai grand chagrin, Pierre Rabhi s’est éteint et a rejoint l’immensité du cosmos,

il nous laisse une œuvre éclatante et les paroles sages de ses livres.

Quelle vie riche et bien remplie, pourtant rien n’a été simple,

les épreuves se sont succédé, il les a vaillamment traversées.

Un être d’une grande humilité, un exemple à suivre,

ouvrons grand nos yeux et nos oreilles,

son cœur, j’en suis certaine, battra toujours à l’unisson avec la Terre…

Je vous abandonne quelques jours,

je vais cueillir des grains d’étoiles sous d’autres cieux

et vous en rapporterai la lumière,

nous avons tant besoin de lumière…

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« Le sable est cristal

Comme l’âme.

Le vent l’emporte

Au loin. »

Richard Brautignan  1935-1984 dans « Journal japonais ».

Illustration : « Coucher de soleil »  Gustave Courbet 1819-1877.

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Cueillir la lumière encore et toujours…

BVJ – Plumes d’Anges.

Panorama intérieur…

29 novembre 2021

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« …  Colette et Lucien

Au cœur de mon prénom ma maman s’est donnée une place.

Une sorte de petit banc modeste, mais bien ancré sur ses quatre lettres,

Et toujours bienvenu, lorsque l’on a besoin d’un peu de repos, d’une halte sur sa route, d’un repaire pour inviter les siens, ou se retrouver soi-même, lorsqu’à perte de vue, il n’y a plus personne.

Elle s’appelait Colette Sabe.

À l’époque c’était le nom du mari qui primait et qui transmettait le sien à toute la lignée.

Et les jeunes filles acceptaient sans mots dire, la violence sans nom de ce marquage au fer, refoulant dans les limbes leurs rêves entrevus d’un avenir immense, que les airs de la noce avaient faits s’envoler. 

Quand je suis née, ma mère ne savait pas si je vivrais longtemps mais elle voulait laisser une trace d’elle, aussi imperceptible et définitive que l’enregistrement d’un prénom sur un registre d’État civil, aussi précise que l’entaille d’une pointe à graver sur la stèle de marbre veiné.

Pour ne jamais oublier cette mise au monde, dont elle était la reine secrète, discrète, impériale.

Alors comme l’on brode au point de croix sur le bavoir du nourrisson les lettres fondatrices de son nouveau prénom, elle a tramé dans Isabelle en douce, le fil de chaîne de son nom.

C’est peut-être là qu’a commencé ma curiosité pour les mots, pour leurs cœurs et leurs tripes et mon envie de palper, d’ausculter d’entendre, les mystères cachés dans leurs ventres gravides.

Aucun prénom n’est jamais donné au hasard, mais seul le hasard donnera du sens au vôtre…

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Point à la lune

J’aime le point du i

Et la lune dans la nuit.

J’aime son ventre noir qu’un trait de plume souligne,

J’aime son ventre blanc porté par les ténèbres.

Et l’oreille attentive à leur matrice tressaillante

Attend patiemment,

Que les mots accouchent d’un sens,

Et la nuit de la lumière…

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Mare nostrum

De vos naissances,

Je garderai toujours

Le souvenir vivant

De cette vague sauvage,

Puis du plaisir

Débordant et total,

Qui a déferlé sur mon corps

Pendant que vous atteigniez

La rive des humains…

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… La femme des sables

Comment nourrir ces feuilles ?

Comment y faire germer la graine de mes mots ?

J’appelle la caresse généreuse du semeur

Sur ce lopin de terre vierge,

Je pleure les mots écrits et repris,

Le geste étroit et malhabile,

La main qui retient sans y croire

Le sable fluide et tiède de la vie…

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… Rigoletto

La mort me serre dans son travelling,

Haletante, violente, éreintante.

Crissements de freins sur fond glissant d’autoroute,

Cris de femme et de tôle,

Entrelacs de chair et de ferraille,

Éclats d’asphalte sous pluie cinglante.

 

Aux berges des plaies encore ouvertes,

Des sourires en boursouflure

Tracent des lèvres qui ne rient plus.

 

Comme de petites bouches muettes,

D’où l’on distingue au fond

La griffe ultime de l’existence,

Trempée dans l’encre rose-sanguine.

… Coupez !… »

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Un livre « pittoresque » qui porte le titre de « Concertina » , le mot a deux significations nous dit-on, « Le concertina est un type de fil de fer barbelé… » mais aussi « Le concertina est un instrument de musique ressemblant à l’accordéon… ».

Une très belle couverture expose à notre regard une photographie, celle d’un généreux fil d’or taché de rouge sur fond d’océan cosmique, sorte de papier reliure résultat de moult couches de peinture sur la coque immergée d’embarcations, apprend-on, – l’eau salée et le temps ont fait leur grand œuvre –   le photographe – Jacques Guyomar – est lui aussi talentueux.

Le ton est donné, nous sommes invité(e)s à suivre les notes poétiques portées sur la partition d’une vie, celle de l’auteure. Les mots chantent, dansent, jouent, chuchotent, crient… ça swingue, ça décoiffe, ça ose, les poèmes en vers ou en prose se succèdent de sa naissance à aujourd’hui, de la jeunesse au vieillissement, des faits, des impressions, des ressentis comme des bulles, l’écriture est très belle, sensuelle, le propos intime, joyeux, profond, le questionnement riche d’humanité,

l’artiste épure et épure encore, c’est magnifique,

je vous avoue là un immense coup de cœur,

à découvrir, absolument !

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Extraits de : « Concertina »  2021  Isabelle Forno.

Calligraphies d’Ambrosius Perlingh  1657-1718.

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Polir nos aspérités…

BVJ – Plumes d’Anges.

Terre d’ombre…

22 novembre 2021

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« … Les jambes allongées au soleil, on ne parlait pas vraiment avec Charlie, on échangeait des pensées qui nous couraient dans la tête, sans bien faire attention à ce que l’autre racontait de son côté. Des moments agréables, où on laissait filer le temps en sirotant un café. Lorsqu’il m’a dit qu’il avait dû faire piquer son chien, ça m’a surpris, mais sans plus. C’est toujours un peu triste un clebs qui vieillit mal, mais passé quinze ans, il faut se faire à l’idée qu’un jour ou l’autre il va mourir.

– Tu comprends, je pouvais pas le faire passer pour un brun.

– Ben, un labrador, c’est pas trop sa couleur, mais il avait quoi comme maladie ?

– C’est pas la question, c’était pas un chien brun, c’est tout.

– Mince alors, comme pour les chats, maintenant ?

– Oui, pareil…

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Quelque temps après, c’est moi qui avais appris à Charlie que le Quotidien de la ville ne paraîtrait plus. Il en était resté sur le cul : le journal qu’il ouvrait tous les matins en prenant son café crème !

– Ils ont coulé ? Des grèves, une faillite ?

– Non, non, c’est à la suite de l’affaire des chiens.

– Des bruns ?

– Oui, toujours. Pas un jour sans s’attaquer à cette mesure nationale. Ils allaient jusqu’à remettre en cause les résultats des scientifiques. Les lecteurs ne savaient plus ce qu’il fallait penser, certains même commençaient à cacher leur clébard !

– À trop jouer avec le feu…

– Comme tu dis, le journal a fini par se faire interdire.

– Mince alors, et pour le tiercé ?

– Ben mon vieux, faudra chercher tes tuyaux dans les Nouvelles brunes, il n’y a plus que celui-là. (…)

Après, ça avait été au tour des livres de la bibliothèque, une histoire pas très claire, encore.

Les maisons d’édition qui faisaient partie du même groupe financier que le Quotidien de la ville étaient poursuivies en justice et leurs livres interdits de séjour sur les rayons des bibliothèques… »

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Charlie et le narrateur nous racontent leurs journées bousculées par de nouvelles lois absurdes. Ils ferment les yeux, les acceptent, ils veulent vivre comme « avant » mais se laissent dépasser.

Un tout petit livre – onze pages écrites dans la langue de tous les jours – qui nous parle du danger de la pensée d’un seul, de la montée des totalitarismes, il nous incite à demeurer lucides, il y a toujours de vieux démons qui rodent… Une fois le processus, éternellement insidieux à ses débuts, mis en marche, il est de plus en plus difficile de s’en sortir, le peuple est bâillonné, l’ampleur des dégâts devient considérable.

Dans un pays sage, la voix – la voie – unique ne peut exister. Dans l’ombre permanente, on perd sa liberté de penser, de réfléchir, de créer. En étant soi-même, on apporte sa lumière au monde, ombre et lumière se révélant l’une par rapport à l’autre. Ensemble, nos différences nous aident à nous élever, à libérer les couleurs de la vie et exprimer notre humanité. Il est bon, me semble-t-il, de toujours parler, discuter, exprimer nos ressentis avec bienveillance, quelquefois faire silence…

J’ai vraiment aimé ce texte court et incisif, c’est un cri du cœur lancé en 1998 face à certains évènements, il est et sera toujours d’actualité.

RESTONS VIGILANTS …

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Extraits de :  » Matin brun » 1998  Franck Pavloff  ici en audio-livre, il est bien-sûr publié en version papier aux éditions CHEYNE et en version illustrée chez ALBIN MICHEL.

Œuvre : « Saint Georges et le dragon »  – détail –  Giorgio Barbarelli dit Giorgione  1477-1510.

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Ne pas céder à la tentation de la facilité…

BVJ – Plumes d’Anges.

Montaison…

15 novembre 2021

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« Je suis le saumon sauvage. Vous aimez mon frère d’élevage, puisque vous le mangez. On le trouve chez tous les poissonniers et vous le dévorez pour quelques euros le kilo. Élevé en captivité, au Chili ou en Norvège, nourri, entre autres, avec des farines animales, il est abondant : 1 million de tonnes, 300 fois les captures de saumons sauvages ! C’est paradoxal : on se moque de l’avenir des saumons sauvages, et on « cultive » serrés, en cage, les héritiers, les lointains descendants de ces grands voyageurs…

Mais ce saumon-là, ce n’est pas moi : il s’agit d’une pâle copie de ce que je suis. Mon histoire n’est pas celle du circuit du froid, des normes ISO, mais celle du saumon sauvage, celui d’avant les barrages, d’avant la surpêche océanique. La légende d’un animal qui, pendant les derniers 25 000 ans  a contribué à la culture des hommes. Ceux des côtes du Pacifique et de l’Atlantique Nord.

Pendant des siècles, j’ai fait battre votre cœur. Le grand saumon sauvage, mon aïeul, a fait danser les chasseurs-pêcheurs des bords de la Vézère, qui l’ont peint dans leur abri, à Laugerie-Basse, avec l’ours et le cheval sauvage. Plus tard, les Romains nous ont donné notre nom, « Salar », le sauteur. J’étais chez moi au Portugal, en Germanie, en Gaule. Les Celtes me vénéraient : j’étais « Fintan« , le dieu saumon. Les chrétiens ont pris la relève. Les moines de l’abbaye de Sordes, sur le gave, en Pyrénées, ont remercié Dieu de ma présence : grâce à mes ascendants en route vers la mer, ils pêchaient une nourriture abondante. Les artistes du Moyen Âge m’ont peint sur les tympans de leurs vaisseaux de pierre. Je suis sur la cathédrale d’Oloron-Sainte-Marie, sur des édifices romans plus humbles, dans la Haute-Loire. Les festins royaux étaient composés de saumon. J’ai sauvé de la famine les pauvres de France : mon histoire est liée à la vôtre, comme celle de tant d’animaux sauvages que vous n’admirez plus… J’étais… je ne suis pratiquement plus. (…)

Revenons à ma naissance. À l’origine je suis un œuf, minuscule promesse, blotti parmi d’autres au fond du lit de la rivière. Je me trouve alors dans le Haut-Allier, à près de mille kilomètres de l’embouchure. À ma naissance, j’ai la taille d’une groseille orangée posée sur le gravier. Je reste quatre mois au fond de gorges où niche l’aigle botté, où passe le Cévenol, enjambant frayères et viaducs, en route vers Nîmes. Après quelques mois dans cet univers, d’éleveurs de moutons, de haies, de forêts, je deviens alevin, c’est-à-dire un tout petit poisson. J’ai un drôle de sac sous le ventre, une « vésicule vitelline » où je puise ma nourriture. Puis je me fais tacon, nom que l’on donne au jeune saumon, et je grandis dans l’eau fraîche, saturée d’oxygène et d’odeurs incomparables : hêtre, tourbe de la Margeride… Je mémorise toutes ces senteurs, elles sont mon chez-moi, le « clos de ma maison, qui m’est une province, et même davantage« . Je m’en imprègne en prévision de mon futur retour du Pacifique. Je passe ainsi deux ans sur le Haut-Allier, croquant toutes sortes d’insectes qui peuplent en abondance les eaux. J’ai une belle robe sombre, des taches rouges sur les flancs, je glisse silencieusement dans mon territoire, parmi les truites, les loutres, les moules perlières. C’est une merveilleuse enfance… »

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Faisant un tri dans des livres et des magazines, j’ai relu avec intérêt un article sur la saumon sauvage, je ne peux vous en donner l’intégralité, il est très long…

Tout petit détail, hasard ou coïncidence ? un communiqué de presse daté d’octobre 2021, signé du même Martin Arnoult, nous apprend que les poissons migrateurs peuvent désormais franchir librement le barrage de Poutès  sur le haut de l’Allier entre octobre et décembre suite à des travaux importants sur le site, la montaison des saumons sauvages devrait avoir lieu.

La société change, le progrès technique est là, mais faisons attention, nous ne pouvons accepter n’importe quel progrès, tout n’est pas réparable dans le vivant.

Penser à ces poissons, oiseaux ou insectes migrateurs suscite toujours une émotion et leurs instincts sont perturbés voire empêchés, ils répondent à l’appel de la vie, un cri de l’invisible ordonne leur départ, beaucoup perdent la vie dans ces longs voyages mais ils « se » doivent de les faire…

La Nature n’est-elle pas merveilleusement stupéfiante ?

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Extraits d’un article émouvant sur l’épopée du saumon sauvage, signé Martin Arnoult

dans le numéro 3 de la revue Canopée – 2005.

Illustrations : 1/ « Rapides sur l’Hudson »  2/ « Chutes d’eau dans les Adirondacks »   Winslow Homer   1836-1910.

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Protéger le feu de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.