Archive pour mars 2019

Grand festin…

mercredi 20 mars 2019

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« Il neige dans la nuit,

En secret, en sourdine.

En un instant, la terre

S’éclaircit, s’épaissit ;

L’air froid cède le pas

À une douceur subite…

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… Longtemps privés de feuilles,

Les arbres se sentent pousser

Des ailes ; de branche en branche

Ils suspendent des guirlandes,

Criant : « Demain la fête ! »

À l’aube, tout est fin prêt,

Tous s’habillent de neuf…

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… Conviés au grand festin,

Intimidés, mésanges

Et merles osent à peine

Bouger leurs pattes,

De peur de salir la nappe blanche… »

« Tout est signe,

Tout fait signe,

Souffle qui passe,

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… Fruit qui s’offre,

Main qui touche,

Face qui crie :

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… « Retourne-toi,

Reprends-toi,

Reçois tout

et fais signe ! »  « 

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Que cette saison nouvelle mette des couleurs dans notre vie,

que notre imagination nous fasse grandir

vers de jolis sommets et fleurir, fleurir encore…

BON PRINTEMPS À TOUTES ET À TOUS !

Poèmes extraits de : « La vraie gloire est ici » –  (Par ici nous passons) – 2015  François Cheng.

Photos BVJ – Entre Dolomites et Lac de Garde .

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Participer au grand festin du printemps…

BVJ – Plumes d’Anges.

Retour aux sources…

lundi 11 mars 2019

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« … Si vous l’aviez connu, vous n’auriez rien pu deviner, son regard était toujours doux, souriant. À ses côtés, on se sentait aimé. Mon père voulait savoir ce qu’il pouvait faire pour vous. Comment vous aider. Quel était votre désir.

Guettant la moindre grimace, le plus infime souffle de contrariété auquel il répondait :

– Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire.

Alors, il partait en quête de ce qui pourrait vous soulager.

Le passé n’existait pas, seul le présent comptait.

Il répétait :

– Il ne faut offrir que de bons souvenirs…

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Pendant les cinq ans de l’Occupation, Gilbert a rencontré ce qu’il y a de meilleur et de pire dans l’humanité. De toutes ses forces, il a décidé qu’il ferait semblant d’oublier le pire et se tournerait vers le meilleur…

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Alors qu’on glorifie la supériorité occidentale, qu’on se félicite des découvertes, que l’on justifie alors la colonisation, Lévi-Strauss lui apprend à se défier de ses croyances dans un monde de progrès qui irait « vers l’avant ». Il dévoile les dévastations qui conduisent vers d’autres dévastations.

Gilbert lit et reconnaît ce qu’il a vécu enfant et adolescent, mais dans cet ouvrage, il reconnaît autre chose qui lui plaît, l’encourage, le charme.

Nous allons vers notre perte, il nous faut décrire et vivre la grâce de notre monde tant qu’il en reste des traces. Le pourpre d’un lever de soleil, les arômes suaves d’un fruit de la passion, l’ « ivresse olfactive » ressentis à l’arrivée en Amérique par l’océan, il reconnaît la fraîcheur verte de l’Arnette, la rivière dans laquelle il plongeait les deux bras jusqu’au coude, fouillant sans peur les pierres gluantes afin d’attraper des truites.

Tristes tropiques est son manuel, Claude Lévi-Strauss lui accorde l’impatience, la curiosité, l’inquiétude, le désir, la beauté et sa perte.

Il faut observer et voyager, Gilbert répétait à ses enfants, il faut vous créer de beaux souvenirs, reconnaissant que ce qui est bon et beau ne peut durer… »

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Ce roman est un voyage vers les origines. L’auteur tente de comprendre son père, Gilbert, le pourquoi de ses fuites, elle ressent des non-dits. Elle se tourne vers celles et ceux qui l’ont connu et vers les archives, celles de l’Allemagne nazie et de la guerre d’Algérie.

Après des années de questionnements, elle ressent enfin la lumière de la paix intérieure, une très belle lecture !

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Extraits de : « Les guerres de mon père »  2018  Colombe Schneck.

Illustrations ; 1/ « Renoncules d’eau »  Eero Järnefelt  1863-1937  2/ « Colombe » – étude –  Constantino Fernandes  1878-1920.

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Trouver ce qui nous encourage…

BVJ – Plumes d’Anges.

Synchronicité…

jeudi 7 mars 2019

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« … Mains

Avez-vous prêté attention aux mains dans le retable de la Tour-du-Pin ? Les mains du Christ ? Celles de sa mère ? Les mains de Madeleine ?

Je dirais presque : avez-vous reconnu la main du maître. Je prononce ces mots sans ostentation, en sincère humilité. C’est aux mains qu’on reconnaît le maître. Les mains de Roger. Les mains de Léonard. C’est dans les lignes de la main qu’on discerne la nature du peintre. Là il révèle sa personnalité, son style, qu’on appelle : sa main. Là, il se trahit.

Un soir j’ai observé le retable et j’ai constaté qu’il avait une manière propre. C’était ma manière, personne d’autre. C’était ma main.

Je me suis senti seul, très seul.

J’ai regardé ma main. Ses lignes. Sa paume.

J’ai vu que de l’unique paume plusieurs doigts sortaient. Ils s’écartaient doucement. Il s’éloignaient les uns des autres, chacun dans sa direction. Seul… »

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Les balades prennent souvent naissance dans un petit détail : voir, revoir, découvrir… un lieu, un objet, une personne… Ce dimanche là, c’est un tableau dont j’avais entendu parlé dans la presse locale qui, à la question, « Où pourrions-nous aller ? » m’a fait immédiatement répondre « Et si nous allions à…! ». Et la récompense fut BELLE !

Le hasard heureux s’ajouta à la fête, deux jours après, je découvrais avec grand plaisir un petit livre, Le Maître de La Tour-du-Pin, il racontait l’histoire d’un tableau et du chemin d’apprentissage et de la vie de son auteur au début du XVIème. Les secrets d’atelier étaient transmis aux apprentis et aux compagnons qui travaillaient sous l’autorité d’un maître. Des différences existaient entre le nord et le sud de l’Europe et c’est pourquoi les disciples voyageaient d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, avec des recommandations…

J’ai aimé cette réflexion sur les mains,  j’ai aimé celles-ci dans le tableau de Brea tout comme j’ai aimé ses visages d’une intense beauté… La presse locale racontait à ce propos que Ludovic Brea avait perdu l’amour de sa vie lors d’une épidémie de peste, dans nombre de ses tableaux était représenté le visage de celle-ci…

Il y a d’amusantes coïncidences entre l’histoire narrée dans ce livre et celle de ce maître niçois !

Comme dans nos vies, non ?

Extrait de : « Le Maître de La Tour-du-Pin »  1988  Jan Laurens Siesling.

Illustration : Polyptyque d’une « Vierge à l’enfant« 

(Église Saint Jean-Baptiste aux Arcs-sur-Argens dans le Var – Image Wikipédia)

Ludovic Brea  1450-1523.

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Suivre le chemin des coïncidences…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mondes clos…

lundi 4 mars 2019

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« … Les gens ordinaires sont préoccupés par le haut et par le bas, l’endroit et l’envers, le commencement et la fin des choses. Quelles que soient ces choses, ils s’assurent instantanément de les positionner correctement, et si leur orientation n’est pas bonne ils perdent sur-le-champ leur quiétude et se sentent mal. Si vous accrochez au mur une peinture de Vincent Van Gogh la tête en bas, on se moque de vous, si une chaise se renverse on la replace aussitôt comme elle était. Quand une chaussette est à l’envers on la remet à l’endroit. Les nerfs sont ainsi faits qu’on ne peut faire autrement. Vous le savez sans doute déjà, mais les enfants nés par le siège sont différents. Ils sont doués de la capacité d’examiner l’opposé des choses. La chaise peut bien tomber tête la première ou les chaussettes se retrouver à l’envers, leur cœur n’en est pas troublé pour autant : ils restent sereins et peuvent saisir toutes sortes de secrets cachés dans le monde opposé. Les secrets dissimulés en cachette par Dieu. Dans les pièces de Shakespeare, comme dans les symphonies de Mozart ou bien sûr les tableaux de Vincent Van Gogh, les mondes inversés sont présents. De même que pour les fleurs, les étoiles et les oiseaux. Par exemple, lire Le Songe d’une nuit d’été en commençant par la fin. Écouter un enregistrement de pépiements d’oiseaux à l’envers. Il y a dans ces univers des choses surprenantes que l’on ne peut apprécier que de cette manière. Cela ressemble peut-être à l’existence de scènes qui ne se révèlent que lorsque qu’elles sont interrompues par un battement de cil… »

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Un roman étrange, à la lisière entre deux mondes. L’histoire se passe dans un univers clos et lumineux, les enfants sont soumis à la loi d’une mère aimante mais névrosée suite au décès d’une petite fille. Ils s’inventent alors un monde incroyablement poétique pour éloigner leur peur, on vogue dans la douceur et le surnaturel, la nature et ses éléments plantent un décor d’une grande beauté. La lecture de ce livre est parfois un peu déroutante, on perd le fil puis on le retrouve, comme dans les rêves et leurs invraisemblances…

Extrait de : « Instantanés d’Ambre »  2018  Yôko Ogawa.

Illustration : « Fillette au kimono blanc »  George Hendrik Breitner  1857-1923.

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Éloigner les peurs…

BVJ – Plumes d’Anges.