Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Chant natif…

dimanche 26 mars 2017

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« … Chacun perçoit en lui-même – peu importe son degré d’intelligence, peu importe l’état de son esprit – un chant natif qui l’accompagne sans interruption, même si tant de fois, assourdi par le bruit du monde, il ne l’entend plus lui-même. Sous l’injonction de Rilke, qui nous rappelle dans les Sonnets à Orphée que « chanter, c’est être », je dis aussi, avec Claudel reprenant l’interpellation biblique : « N’empêchez pas la musique ! »

En chinois, il existe une expression qui décrit cet état où, vers le soir ou dans la nuit par exemple, la nature semble se recueillir en silence. L’expression possède deux versions : Wan-nai-wu-sheng, « Les dix mille sons se font silence », et Wan-nai-you-sheng, « Les dix mille sons se font entendre ». Ces deux versions apparemment opposées signifient à l’oreille d’un Chinois la même chose. Lorsque le silence se fait, c’est alors qu’on entend chaque son en son essence. Apprenons donc à ne pas nous étourdir de paroles vaines à longueur de jours, à ne pas céder au bruit du monde. Apprenons à entendre la basse continue ponctuant le chant natif qui est en nous, qui gît aux tréfonds de l’âme. Cette âme, capable de résonner avec l’Âme universelle, peut nous étonner par sa vastitude insoupçonnée…

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… Il y a donc le Grand Tout, et il y a chaque âme minuscule. Et tout, depuis toujours, est vécu par chaque âme unique. En dépit des malheurs causés par l’existence du Mal sous tous ses aspects, une immense donation a lieu. Tout le ciel étoilé, toute la terre nourricière, toute la splendeur de l’aube et du soir, toute la gloire du printemps et de l’automne, tout le Souffle animant l’univers porté par le vol d’oiseaux migrateurs, tous les hauts chants humains montés de la vallée des larmes, tout cela constitue un ici et maintenant où l’éternité se ramasse. Cet ici et maintenant ne peut rayonner, irradier, faire fleurir et porter fruit, susciter écho et résonance et, par là, prendre tout son sens que s’il est vécu par une âme. Ainsi, une immense expérience de vie est déposée là, dans l’ensemble de ces âmes qui ne sont nullement des entités vagues ou neutres, vides de contenu. Au contraire, ayant absorbé en elles le génie du corps et de l’esprit, ayant assumé les conditions tragiques de l’existence terrestre, elles sont devenues des entités éminemment incarnées et désirantes – et, partant, des candidates à un autre ordre de vie… »

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Extraits de : « DE L’ÂME »  2016  François Cheng.

Photos BVJ

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Accueillir et offrir la beauté du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Impératif…

jeudi 23 mars 2017


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« … – Depuis ce matin, vous vous occupez de moi comme si c’était une question de vie ou de mort.

– Tout est une question de vie ou de mort.

Il saisit mon bras dans sa paume large et chaude.

– L’existence peut se rompre d’une seconde à l’autre, Augustin. Le présent te paraît fort ; il se brise pourtant plus aisément qu’un cheveu. Une artère se bouche… Un vaisseau lâche… Le sang coule dans le cerveau… Une chute…Une bombe… Un ivrogne au volant…

– Vous pensez à ça ?

– Je ne pense pas à ça, mais mes pensées se découpent sur ce fond-là.

– C’est triste.

– C’est gai, c’est vivifiant, c’est dynamique.

– Il n’y a pas urgence à mourir.

– Il y a urgence à vivre. Trop de personnes que j’aimais ont disparu pour que je laisse moisir une seule seconde de vie. Faire bien, vite, beaucoup, telle est ma devise…

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… – On dirait que tout vous amuse.

Il me dévisage, interloqué.

– Évidemment que tout m’amuse.

Il soupire et sourit en même temps.

– La vie est une tragédie ; autant la vivre en comédie…

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… – Ne fais pas quelque chose pour le finir, fais-le pour le faire. Les hommes crèvent d’occuper le futur, jamais le présent. Ils se préparent à vivre, ils ne se réjouissent pas de vivre. C’est maintenant que tu écris ton texte, pas quand il sera terminé…

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… Qui parle en nous quand nous parlons ? Peut-être nous… Peut-être nos parents… Peut-être la société… Peut-être Dieu… Sommes-nous l’auteur de nos actes ? l’auteur de notre vie ? Arriverons-nous jamais à la vraie liberté ?… »

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Extraits de : « L’homme qui voyait à travers les visages » 2016 Eric-Emmanuel Schmitt.

Illustrations : 1/« L’annonciation » (détail) 2/« L’adoration des bergers » (détail) Cima da Conegliano 1460-1518.

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Céder à la joie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Entre deux brumes…

dimanche 12 mars 2017

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« … Atsuhito, s’écria-t-il soudain, je te confie les deux brumes, et le pont-lune au milieu, et ce qu’il enjambe. Ou ce qu’il transgresse. Tu as pour ça tout ce qu’il te faut, n’est-ce-pas ? Use sans compter de toutes ces senteurs que nous avons rapportées de la Deuxième avenue, façonne tes parfums en gros grains, enferme-les dans un carré de soie que tu noueras d’un cordon orné d’un rameau de prunier, et si tu penses que l’encens, pour être embrasé devant l’empereur, doit être rehaussé d’or, alors n’hésite pas, râpe, lime, écorche autant d’or que tu voudras – tu n’as qu’à puiser dans mes bijoux.

– Mais l’or ne brûle pas, sensei…

– Je sais, Atsuhito, je sais, ce n’est pas parce que j’ai vieilli que j’ai l’esprit épais d’une bécasse. Mais s’il ne brûle pas, l’or fond à forte température, il coule, il ruisselle, il dessine des dentelles, des estuaires, des forêts, alors qui nous dit qu’il n’émet pas aussi un parfum ? Quelle connaissance profonde avons-nous des odeurs ? Nous disons que ça sent bon ou que ça empeste, et nous n’allons pas plus loin. Au fond, nous n’en savons guère plus sur la suavité et sur la puanteur que sur le Bien et le Mal. Nous traversons la vie en sautillant d’une ignorance à l’autre. Des crapauds, Atsuhito, nous sommes des crapauds…

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… Les dieux avaient créé le néant pour persuader les hommes de le combler. Ce n’était pas la présence qui régulait monde, qui le comblait : c’était le vide, l’absence, le désempli, la disparition. Tout était rien. Le malentendu venait de ce que, depuis le début, on croyait que, vivre, c’était avoir prise sur quelque chose, or, il n’en était rien, l’univers était aussi désincarné, subtil et impalpable, que le sillage d’une demoiselle d’entre deux brumes dans le rêve d’un empereur… »

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Extraits de : « Le Bureau des Jardins et des Étangs » 2017  TRÈS BEAU ROMAN de Didier Decoin.

Illustrations : 1/ »Paysage » détail – Peintre anonyme  du XVIII ème   2/« Ipomées blanches »  Ogata Kenzan  1663-1743.

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Suivre le cours de l’amour…

BVJ – Plumes d’Anges.

Dialoguer…

mardi 28 février 2017

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« … Quand on dénigre quelqu’un, on ne peut pas engager de discussion avec lui. Une discussion ne peut aboutir que si l’on s’adresse à ce que l’autre a de bon en lui. C’est à cette condition-là que le bien pourra s’imposer de part et d’autre.

Quand on se place au-dessus des autres, le dialogue est voué à l’échec, car on ne fait que susciter la résistance…

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… Il y a des mots qui figent, des mots qui sont eux-mêmes sans vie et qui étouffent la vie. Quand on dit à quelqu’un : « Tu es un fardeau, une nullité. Je ne veux pas avoir affaire à toi », ce genre de parole fait mourir quelque chose en l’autre, à savoir l’espoir d’une vie qui ait du sens, l’espoir d’être vu et accepté. Il y a aussi des mots qui nous ouvrent les yeux et nous font comprendre des choses. Lorsqu’on nous décrit la beauté d’une montagne, on a le cœur qui se dilate. On devine quelque chose de la vérité de la montagne. Et lorsque la vie afflue en nous, alors nous passons de la mort à la vie…

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… Écouter vraiment, c’est s’abstenir de juger, c’est accueillir en soi les paroles de l’autre…

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… Bien des discussions échouent parce que nous sommes incapables d’écouter et que tout ce que nous voulons, c’est imposer nos propres arguments sans entendre ce qu’il y a de neuf dans la parole de l’autre et qui pourrait peut-être nous mener plus loin…

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… Il y a un langage qui blesse, qui condamne, juge, rejette, déprécie, ridiculise. Un langage blessant pousse à résister, à se fermer. On devient sourd, on se bouche les oreilles. On ne veut pas entendre ce que dit l’autre. C’est ainsi qu’on érige une protection contre le pouvoir blessant du langage…

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… Par nos discours, nous influençons nos propres actes et ceux des autres. Nous sommes responsables de ce que nous disons. Inutile, donc, de chercher à se dédouaner en prétextant que les mots sont sans conséquence. Les mots peuvent faire du mal, ils répandent le mal qui engendre ensuite des actes condamnables. La pensée est première, puis vient la parole et, enfin, l’action. Ces trois pôles sont indissociables… »

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Extraits de : « L’art du silence » 2014 Anselm Grün.

Illustrations : 1/« Coquillages » Adriaen Coorte 1683-1707 2/« Jour paisible près de Manchester » Alfred Thomson Bricher 1837-1908.

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Écouter pour entendre…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lune de neige…

samedi 11 février 2017

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« … toute la fraîcheur au sommet des branches

tant de clarté légère, musiciennes pépites d’enfance, éclats de pensée

cailloux du bord que le ressac épèle

le silence a neigé toute la nuit

des vergers de silence en fleurs – …

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… Des voix de neige tournoient dans la nuit

le même enfant regarde le silence

danser pour ceux qu’étonne d’être là –

éclats de joie dans l’incompréhensible –


Neigez ô neiges, neigez, neigez

pattes de velours, cristaux impensés

neigez silence, neigez idées,

clartés sans mots écloses sur les lèvres

flocons, pétales, duvets

d’une pensée indivise

neigez dru dans nos ténèbres

îles des battements blancs – … »

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Envie d’un blanc manteau pour couvrir le bruit ambiant…

Pleine LUNE, ECLIPSE pénombrale, passage de COMÈTE…

le ciel parle à la terre … —> ICI

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Extraits de : « Patmos et autres poèmes » 2001 Lorand Gaspar.

Illustrations : 1/« Cygne »  Aart Schouman 1710-1792 2/« Neige, arbre et pleine lune »  Susuki Kiitsu 1796-1858.

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Se protéger du vacarme…

BVJ – Plumes d’Anges.

Existence…

jeudi 9 février 2017

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« … Je suis là. J’existe. Vous êtes là. Vous existez. Nous sommes là. Nous existons. Ne chipotons pas. C’est un étonnement. C’est une stupeur. Mais c’est comme ça. Nous participons tous ensemble, sans avoir rien demandé, à une évidence fragile, lumineuse et confuse à laquelle nous tenons plus qu’à tout en dépit du mal qu’il nous arrive d’en dire : la vie…

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… Plutôt qu’un secret ou une énigme, l’univers est un mystère. Et il nous est interdit de percer ce mystère.
Que faire ? Peut-être vaudrait-il mieux en prendre notre parti ? À quoi bon nous débattre ? Renonçons à connaître ce qu’il nous est impossible de connaître. Fermons les yeux. Profitons d’une existence qui est une sorte de miracle. Soyons heureux.

Une voix venue nul ne sait d’où et qui ne se lasserait jamais nous souffle pourtant en silence que ce n’est pas tout d’être heureux. Nous ne sommes pas là pour rigoler. Ou pas seulement pour rigoler.

Mais alors pour quoi ?…

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… Nous sommes libres. (…) Notre liberté est encadrée par les exigences et les règles les plus strictes. Nous ne sommes pas libres de refuser d’être nés, d’échapper à la mort, d’être un autre que nous-même, de revenir en arrière, de l’emporter sur la temps, de sortir de l’histoire. Mais nous sommes libres d’agir ou de ne rien faire, de choisir la droite ou la gauche, de dire oui ou non, d’accepter ou de refuser, de donner un sens nouveau au passé, d’infléchir l’image que nous nous faisons de nous-mêmes et que nous offrons aux autres, de prévoir dans une certaine mesure et de préparer l’avenir et de forger notre destin. Nous sommes libres en un mot d’être des hommes et des femmes libres…

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… Comme l’univers lui-même, la vie des hommes est un désastre et un enchantement. Un désastre parce que la fin est déjà inscrite dans le début. Un enchantement parce qu’il ne cesse de s’y passer des évènements qui provoquent des émotions, des sentiments, des réflexions, de la passion. Un désastre parce qu’il y a la souffrance et le mal. Un enchantement parce qu’il y a l’espérance et l’amour…


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… Le plaisir est une herbe folle qui pousse entre les pierres. Le bonheur est un lac très calme qui brille sous le soleil. La joie est une tempête qui tombe du ciel pour nous élever vers lui. Le plaisir est un instant qui passe : il nous excite. Le bonheur est un état qui s’efforce de durer : il nous apaise. La joie est une grâce venue d’ailleurs. Elle éclate. Elle nous transporte. Elle nous ravit au-dessus de nous-mêmes…

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… L’air, l’eau, la lumière, le plaisir, le bonheur, la beauté sont des dons gratuits du monde et de la vie. Chacun peut jouir de la lumière. Vous avez le droit d’être heureux. La beauté est un enchantement qui transforme l’existence. La vérité est un devoir. Elle est combat, dissimulation, recherche, découverte, proclamation. Elle est surtout obligation. En ouverture de son cours d’hypokhâgne ou de khâgne au lycée Henry IV, le philosophe Alain avait coutume d’inscrire au tableau noir la phrase si belle de Platon :

Il faut aller à la vérité de toute son âme. … »

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Extraits de : « Guide des égarés » 2016  Jean d’Ormesson.

Illustrations : 1/« Paysage vers Nuneham »  Edward Lear 1812-1888   2/« Portrait d’un homme »  Georges Méliès 1861-1938.

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Inspirer les vrais et beaux chemins…

BVJ – Plumes d’Anges.

Jardin intérieur…

lundi 30 janvier 2017

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« … En toi est le jardin des fleurs, dit Kabir. En toi est le jardin des fleurs… Longtemps cela m’a paru une simple référence poétique. Aujourd’hui, ce titre me semble la clé de l’intimité avec le meilleur de soi.

Prenez quelques secondes pour imaginer un jardin intérieur. Il affiche des zones d’ombre et de lumière. On peut s’y livrer aux rayons du soleil. On peut s’y reposer et faire la sieste. On peut y écouter le vent dans les arbres et le chant des oiseaux. Il y a peut-être même une fontaine qui émet un léger gazouillement. On peut y contempler quelques sculptures, humer des fleurs et se laisser enchanter par les parfums de la nature. On peut y déambuler et y méditer. On peut y boire et y manger. Bref, c’est un endroit où prendre une bouffée d’air frais dans tous les sens du mot. . Fermez les yeux, laissez vos préoccupations à la porte, et abandonnez-vous, condition essentielle au ressourcement. Notre réceptivité passive s’ouvre alors et il devient possible de se nourrir de sensations subtiles.

À l’évidence, vous avez aussi la possibilité d’entrer dans ce jardin la tête remplie de soucis. Ce n’est pas grave, le jardin ne vous en voudra pas. Mais il ne pourra rien pour vous. Vous resterez enfermé dans la partie mourante de vous-même, dans cet univers concentré qui devient concentrationnaire avec le temps parce qu’on y tourne en rond comme les prisonniers dans la cour. Cela va tout à fait à l’encontre de notre entreprise.

Comme je l’ai déjà dit, rencontrer le meilleur de soi signifie prendre contact avec la partie vivante de soi. C’est honorer la partie lumineuse, large, abondante. C’est la nourrir, la stimuler, la cultiver. Cela veut également dire que l’on favorise l’intensité de la vie en invitant de nouvelles sensations, de nouvelles idées, de nouveaux rêves.

Le meilleur de soi est déjà présent. Il n’a pas à être créé ou inventé. Il ne s’agit pas d’une tâche de plus à accomplir. Il s’agit de permettre un ressenti, de lui ouvrir la porte comme on ouvre celle d’un jardin. Alors nos capacités subtiles favorisent la rencontre de l’océan en soi, le ciel étoilé en soi, chaque partie de l’univers en soi…

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… La première fleur du jardin du dedans est la détente. Elle contribue à rétablir l’ampleur naturelle de l’être…

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… Quand le souffle s’étire et se lance vers l’inconnu, c’est le moment de l’inspiration. J’inspire, j’accueille l’air dans mes alvéoles pulmonaires et l’univers s’imprime en moi. Je m’informe, je m’instruis, je m’inspire, je m’oriente et j’entre en expansion.

Quand le souffle revient à sa source, c’est l’expiration. J’expire, j’expulse l’air hors de mes poumons. Je m’incarne, je m’exprime, je me mélange, je participe…

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… Lorsque l’on respire consciemment, on a l’impression de communier avec la vie, et de s’unir à son immensité. Comme si l’univers était en soi et qu’on y participait intimement…

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… Les visites de l’espace intérieur ne règlent pas tout comme par magie. Les difficultés, les impatiences, les écueils sont toujours là, mais ils ont perdu le pouvoir de nous mettre à genoux. Avec le temps, ils deviennent les nombreux rappels qui nous gardent éveillé et qui nous invitent à choisir la part lumineuse et vivante plutôt que la part sombre. Au bout du compte, on réalise de plus en plus clairement que la qualité d’une vie n’a rien à voir avec ce que l’on fait, elle a plutôt à voir avec comment les choses sont vécues. Tout se résume à une disposition d’esprit… »

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Extraits de : « Le meilleur de soi »  Guy Corneau 1951-2017.

Illustrations : 1/« Un jardin en septembre »  Mary Heister Reid 1854-1921  2/« Jardin japonais »  Emil Orlik 1870-1932.

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Entretenir un havre de paix en soi…

BVJ – Plumes d’Anges.

Nourrir l’âme…

jeudi 26 janvier 2017

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« …REGARDER

« La beauté nourrit l’âme. Ce que les aliments sont pour le corps, les images saisissantes, complexes et agréables le sont pour l’âme. »

Thomas MOORE, Le Soin de l’âme.

Dans une étude sur les émotions positives, quatre chercheurs américains, Jeannette Haviland-Jones, Holy Hale Rosario, Patricia Wilson et Terry R. McGuire, ont découvert que si les fleurs sont appréciées, ce n’est pas tant pour leur valeur symbolique, sociale ou marchande que pour l’effet qu’elles ont  sur les émotions de ceux qui les reçoivent ou les contemplent. Les belles fleurs non seulement produiraient des émotions positives immédiates, mais modifieraient durablement nos humeurs et auraient des effets sur les performances de notre mémoire. Bref, elles nous font du bien, tout comme porter leur parfum ou… leurs couleurs.

Que ce soit de la musique, de la poésie, un moment passé à contempler un ciel parme, de beaux légumes, des fruits de mer, c’est tout ce que nous mettons dans notre corps, notre esprit et notre cœur qui nous nourrit. La nourriture se dévore des yeux autant qu’elle se déguste. L’esthétique est AUSSI une nourriture… »


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Extrait de : « L’art de la frugalité et de la volupté » 2009 Dominique Loreau.

Illustrations : 1/« Tulipe » – Manuscrit turc du XVIIIème   2/« Azalées »  Marie Egner 1850-1940.

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Se nourrir d’émotions positives…

BVJ – Plumes d’Anges.

Empathie…

dimanche 22 janvier 2017

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« … La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors… ils n’ont pas la même langue ?

– Si, ils parlent la même langue.

– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

– Si, ils ont le même dieu.

– Alors, pourquoi se font-ils la guerre?…

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… « De quelle origine es-tu ? » Question banale. Convenue. Passage quasi obligé pour aller plus loin dans la relation. Ma peau caramel est souvent sommée de montrer patte blanche en déclinant son pedigree. « Je suis un être humain. » Ma réponse les agace. Pourtant, je ne cherche pas à les provoquer. Ni même à paraître pédant ou philosophe. Quand j’étais haut comme trois mangues, j’avais déjà décidé de ne plus jamais me définir…

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… Un chaine d’infos en continu diffuse des images d’êtres humains fuyant la guerre. J’observe leurs embarcations de fortune accoster sur le sol européen. Les enfants qui en sortent sont transis de froid, affamés, déshydratés. Ils jouent leur vie sur le terrain de la folie du monde. Je les regarde, confortablement installé là, dans la tribune présidentielle, un whisky à la main. L’opinion publique pensera qu’ils ont fui l’enfer pour trouver l’Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie n’est pas de l’information. Pourtant, c’est la seule chose qu’un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité…

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… J’ai vécu mes plus belles années à Kamenge, sans m’en rendre compte, car sans cesse je pensais au jour d’après, espérant que demain serait mieux qu’hier. Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur. Le jour d’après ? Regarde-le. Il est là. À massacrer les espoirs, à rendre l’horizon vain, à froisser les rêves. J’ai prié pour nous, Gaby, j’ai prié autant de fois que j’ai pu. Plus je priais et plus Dieu nous abandonnait, et plus j’avais foi en sa force. Dieu nous fait traverser les épreuves pour qu’on lui prouve qu’on ne doute pas de lui. Il semble nous dire que le grand amour est fait de confiance. On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire. Si tu n’es pas étonné par le chant du coq ou par la lumière au-dessus des crêtes, si tu ne crois pas en la bonté de ton âme, alors tu ne te bats plus, et c’est comme si tu étais déjà mort…

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… Je relis le poème de Jacques Roumain offert par Mme Economopoulos le jour de mon départ :  » Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes… »

Je tangue entre deux rives, mon âme a cette maladie-là… »

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Extraits de : « Petit pays » 2016  Gaël Faye.

Photos BVJ (Vers l’Estagnol dans le Var)

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En ces temps de folie, cultiver nos dons d’empathie…


BVJ – Plumes d’Anges.

Aventure intérieure…

jeudi 19 janvier 2017

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« … L’écriture fait partie intégrante de mon aventure intérieure. Au point qu’elles sont en moi confondues. Mon journal m’a permis de réaliser une autoanalyse, de résigner mon moi et de m’engager dans la recherche du soi – un soi si difficile à atteindre.

J’ai longtemps commis l’erreur de croire que tout artiste, tout intellectuel, toute personne ayant eu accès à la culture, vivait obligatoirement l’aventure de la quête de soi. Je me trompais grandement. On peut être un philosophe, un psychanalyste, un prêtre, un écrivain estimé, un professeur de médecine renommé, on peut brasser d’importantes affaires, assumer de hautes responsabilités, on peut être un éminent savant dans telle ou telle discipline, on peut même avoir amassé maintes connaissances sur la quête de soi, mais tant qu’on n’est pas passé par cette expérience, on ne sait en quoi elle consiste. À l’opposé, on peut la vivre avec beaucoup de rigueur en n’ayant aucune culture, aucune capacité intellectuelle particulière. L’important est d’avoir accès à son intériorité. Seul vit cette expérience celui qui en éprouve l’exhorbitante nécessité.

« Connais-toi toi-même » ont gravé les Grecs sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes. C’est uniquement de cela dont il s’agit. La vérité dont nous avons faim n’est autre que celle de nous-même qu’il nous faut acquérir. Elle n’est pas à chercher hors de nous, dans une quelconque philosophie ou une quelconque religion. Elle apparaît quand nous parvenons à être lucide sur nous-même, à exister par nous-même, à penser par nous-même, et lorsque nous lui avons donné une assise ferme, elle détermine notre manière de penser et de vivre. De toutes les aventures possibles, celle-ci est la plus passionnante, celle qui ménage les plus étonnantes et les plus fécondes découvertes. C’est elle qui donne sens à une vie… »

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Extrait de : « Apaisement »  (Journal VII 1997-2003 – 19 janvier) 2013  Charles Juliet.

Dessins anonymes  : 1/Carte du ciel avec signes du zodiaque et constellations – XVIII ème  2/Etude d’angelots – Espagne 1689.

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Chercher notre vérité en nous…

BVJ – Plumes d’Anges.