Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Plumes de Paix…

dimanche 12 avril 2026

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« Un mur de neige

Dans des mains chaudes

Un mur de silence

Dans une bouche assoiffée

Un mur de larmes

Dans des yeux amoureux !

Un mur de flammes

Dans un cœur blanc

Un mur de désespoir

Dans une âme radieuse

Dans un esprit fleuri

Le mur de l’obscurité

S’effiloche devant l’aube

Et, au-delà, la vie !

 

Murs visibles, et d’autres invisibles…

Murs de neige,

Et d’autres, de silence, de larmes,

De doutes, d’amertume, de flammes

Murs d’obscurité…

L’Œil s’y passionne

Et l’âme chérissant la beauté

N’y est pas encore née !

 

Là où le néant règne !

Les doigts caressent la beauté

Là où elle est oubliée

Les verbes la chantent

Là où elle est silence

Les cœurs passionnés la retrouvent

Même au fond du miroir !

 

Elle est par ici, elle est par là

Jasmin sauvage des sentiers perdus

Goutte d’amour survivant au désespoir ! »

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« Coulez larmes précieuses

Coulez

Larmes cristallines, larmes lumineuses,

Larmes chaudes, larmes muettes,

Larmes vives

Coulez ! Coulez !

 

Coulez larmes précieuses

Coulez

Sur les joues, sur les feuilles

Sur les commencements, sur les fins

Sur les secrets, sur les chagrins

Sur les brises, sur les brumes

Sur les romances, sur les distances

Sur les souvenirs, sur les chimères

 

Coulez larmes précieuses

Coulez

Sur la souffrance, sur le cri

Sur le silence, sur la folie

Sur l’absence, sur l’attente

Sur la solitude, sur la nostalgie

Sur le doute, sur la raison

Sur le questionnement…

 

O Yeux amoureux de la vie

Pluie ! Pluie !

Le ciel qui retient sa pluie

Ne peut promettre le printemps. »

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« Dans cet instant qui arrête le temps

où le monde retient son souffle,

Ma note de musique joue avec l’eau et le feu,

danse sur les vagues de la vie.

Flamme invisible, qui se faufile

dans les remous d’un songe,

le doute en flamme.

Folie douce aux reflets d’azur,

qui m’embarque vers des mers sans nom, 

loin des rivages du temps.

Elle est fugue, elle est refuge,

étoile de ma nuit,

portée par l’AMOUR,

fondement silencieux de la vie.

Tantôt jazz aux pulsations du cœur,

tantôt blues au goût de pluie,

tantôt tarab* à la magie d’une folie.

Elle se drape de malouf* ou de concerto,

s’élève en opéra, se chauffe dans la pop

comme une comète dans l’aube.

Je marche, sans certitude, vers ce seuil.

Ce que l’on nomme fin

n’est peut-être

qu’un silence,

celui d’un corps rendu à la poussière.

Mais l’âme… elle persiste,

continue à vibrer,

nourrie d’AMOUR,

que rien n’éteint tout à fait.

Ma note de musique,

infime et infinie,

s’abandonne à l’éternité

comme un soupir

dans le vide

plein de sens. »

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* tarab : en langue arabe, émotion d’une grande ampleur…

* malouf : en langue arabe, musique arabo-andalouse…

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Chants d’espérance,

compassion envers ces peuples en grande souffrance,

prières pour que la PAIX vienne enfin

et que les fous guerriers soient écartés à jamais

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Poèmes de Monia  Boulila(trouvés sur le net) 

Illustrations : 1/ « Le Cèdre solitaire »  Tivadar Csontvary Kosztka 1853-1919

  2/ « Les drapeaux »  Léon Cogniet  1794-1880.

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Seule la paix fait avancer sur le chemin de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Re-naissance…

samedi 4 avril 2026

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« … – Et comme je vous le miaulais, les vagues étaient si hautes que nous ne pouvions pas voir la côte et, par la graisse du cachalot, pour comble de malheur notre boussole était cassée. Nous avions passé cinq jours et cinq nuits en pleine tempête et nous ne savions plus si nous naviguions vers la côte ou si nous nous enfoncions vers le large. Alors, au moment où nous nous sentions perdus, le timonier vit un vol de mouettes. Quelle joie mes amis ! Nous nous sommes efforcés de suivre le vol des mouettes et nous avons réussi à atteindre la terre ferme. Par les dents du barracuda ! Ces mouettes nous ont sauvé la vie. Et si nous ne les avions pas vues, je ne serais pas là pour vous miauler cette histoire.

Afortunada, qui suivait toujours avec attention les histoires du chat de mer, l’écoutait en ouvrant de grands yeux.

– Les mouettes volent les jours de tempête ? demanda-t-elle.

– Par les tortillements de l’anguille ! Les mouettes sont les oiseaux les plus forts du monde. Aucun oiseau ne vole mieux qu’une mouette, affirma Vent-debout.

Les miaulements du chat pénétraient au plus profond du cœur d’Afortunada. Elle frappait le sol de ses pattes et remuait son bec avec nervosité.

– Tu veux voler, jeune fille ? demanda Zoubas. 

Afortunada les regarda un à un avant de répondre.

– Oui, s’il vous plaît, apprenez-moi à voler !…

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… « Miauler la langue des humains est tabou. » C’est ce que disait la loi des chats, et ce n’était pas parce qu’ils n’avaient pas intérêt à communiquer avec les humains. Le grand risque c’était la réponse des humains. Que feraient-ils d’un chat qui parle ? Certainement, ils l’enfermeraient dans une cage pour le soumettre à toutes sortes d’expériences stupides, car les humains sont en général incapables d’accepter qu’un être différent d’eux les comprenne et essaye de se faire comprendre. Par exemple, les chats étaient au courant du triste sort des dauphins, qui s’étaient comportés de façon intelligente avec les humains et que ceux-ci avaient condamnés à faire les clowns dans des spectacles aquatiques. Et ils savaient aussi les humiliations que les humains font subir à tout animal qui se montre intelligent et réceptif avec eux. Par exemple, les lions, les grands félins, ont été obligés de vivre derrière des grilles et d’accepter qu’un crétin mette sa tête dans leur gueule, les perroquets sont en cage et répète des sottises. De sorte que miauler dans le langage des humains était un très grand risque pour les chats…

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– Le garçon de chez moi me comprendrait. Mais il est en vacances. Et que peut savoir un enfant sur le vol ? miaula Zorbas.

Porca miseria ! On a fini la liste, se désola Colonello.

– Non. Il y a un humain qui n’est pas sur la liste. Celui qui vit chez Bouboulina, indiqua Zorbas.

Bouboulina était une belle chatte blanche et noire qui passait de longues heures parmi les fleurs d’un balcon. Tous les chats du port se promenaient lentement devant elle, montrant l’élasticité de leur corps, le brillant de leur fourrure bien soignée, la longueur de leurs moustaches, l’élégance de leur queue dressée, ils essayaient de l’impressionner. Mais Bouboulina paraissait indifférente et n’acceptait que les caresses d’un humain qui s’installait sur le balcon avec une machine à écrire.

C’était un humain bizarre qui, parfois, riait en lisant ce qu’il venait d’écrire et d’autres fois froissait sans les lire les pages arrachées à la machine. De son balcon s’échappait toujours une musique douce et mélancolique qui endormait Bouboulina et provoquait de gros soupirs chez les chats qui passaient tout près.

– L’humain de Bouboulina ? Pourquoi lui ? demanda Colonello.

– Je ne sais pas. Il m’inspire confiance. Je l’ai entendu lire ce qu’il écrit. Ce sont de beaux mots qui rendent joyeux ou tristes, mais qui donnent toujours du plaisir et le désir de continuer à écouter, expliqua Zorbas.

– Un poète ! Ce qu’il fait s’appelle poésie. Tome 16, lettre P de l’encyclopédie, précisa Jesaistout.

– Et qu’est-ce qui te fait penser qu’un humain sait voler ? voulut savoir Secrétario.

– Il ne sait peut-être pas voler avec des ailes d’oiseau, mais en l’entendant, j’ai toujours pensé qu’il volait avec ses mots, répondit Zorbas…. »

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Une pauvre mouette épuisée, égarée, mazoutée, tombe sur un balcon

du port de Hambourg devant Zorbas, « le chat grand noir et gros ».

Avant de mourir elle pond un œuf et fait promettre

à Zorbas de couver celui-ci et d’apprendre au petit oiseau à voler. 

Ses amis du port vont l’aider à tenir sa promesse,

rien n’est simple mais ils gardent confiance, s’entraident.

Jesaistout habite dans un univers étrange,

une sorte de musée appelé « Harry, Bazar du Port »,

il possède mille trésors dont une encyclopédie

qui devrait avoir réponse à toutes les questions.  

Oiseau ou oiselle ?

Comment apprendre à voler : avec la machine de Léonard de Vinci ?…

Ils tentent, expérimentent…

Qui les sauvera, la connaissance, la science ou la poésie ?

Ce court roman pour les enfants de 7 à 77 ans est une petite merveille,

joliment écrite, à partager avec la jeunesse.

Comment prendre son envol dans la vie ?

Les thèmes abordés sont profonds, exprimés de manière tendre et réjouissante,

les héros y sont pittoresques et l’auteur ne manque pas d’humour…

À lire, à partager et si vous croisez des œufs en ce week-end de Pâques,

n’hésitez pas à les croquer poétiquement !

Joyeuse renaissance à toutes et à tous !

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Extraits de : « Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler »  Luis Sepulveda  1949-2020.

Illustrations : 1/ « Les chats de Green »  John Sloan  1871-1951  2/ « Œuf d’oiseau »  Illustration d‘Henry Seebohm  1832-1895.

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Prendre soin de la jeunesse…

BVJ – Plumes d’Anges.

Délicieux prodige…

dimanche 15 mars 2026

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Les jaunes pollens voltigent, ils suivent le cours des vents,

la mer les capture, les dilue dans son bleu infini,

verte prairie ensemencée de lumière,

prairie liquide où se dessinent les lignes d’une main invisible,

pas une abeille à l’horizon,

juste le son du clapotis qui enchante les sens.

L’avenir s’écrit là, en surface puis en profondeur,

une langue codée, une langue étrange, étrangère aux hommes parfois,

le sens de la vie, la vie qui, par instants, n’a plus aucun sens.

Les anciens, peut-être, savaient – mais l’Homme a oublié –

la Nature sait, elle se déploie inexorablement,

une renaissance se fait sentir en nous et autour de nous,

un chant d’amour nous pénètre,

je plonge dans le rêve, bras ouverts pour accueillir le printemps…

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« Ce qui s’enfuit du monde c’est la

poésie. La poésie n’est pas un genre 

littéraire, elle est l’expérience spirituelle

de la vie, la plus haute densité de

précision, l’intuition aveuglante que

la vie la plus frêle est une vie sans fin. »

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Christian Bobin  dans  Carnet du soleil – 2011.

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Photos BVJ – mars 2026.

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S’élancer sur les chemins de nos rêves les plus profonds…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bel Paese…

dimanche 1 mars 2026

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« Un flash de soleil

un volet ouvert

fait luire un carreau

qui lorgne le ciel. »

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Lucien Forno 

 1923-2006

médecin et poète

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– Lac d’Orta, Île San Giulo

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Riva, lac de Garde 

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Milan, le Duomo –

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Venise, le port –

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Venise, rio di Palazzo avec au fond, le pont des Soupirs

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– San Vito di Cadore, près de Cortina d’Ampezzo, costumes traditionnels 

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– Lac Misurina et le Grand Hôtel  –

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Val Gardena, costumes traditionnels –

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Santa Margherita Ligure

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– San Remo –

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Portofino, le port – 

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Florence, vue panoramique –

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Pise, la tour penchée –

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Rome, le Colisée

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Tusculum, théatre romain antique –

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– Marchand de marrons –

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– Touristes à bord du funiculaire du Vésuve – 

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Pompéi, rue des tombeaux –

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Un très grand livre, un fabuleux recueil d’images photographiques anciennes

colorisées manuellement et de photochromes, d’une haute qualité.

Il célèbre une partie de l’Italie, une Italie mythique,

 nous convie à un véritable voyage entre 1880 et 1910, sans tourisme de masse, 

et honore la collaboration entre le photographe et le coloriste,

c’est véritablement de l’art !

Le propos est en anglais, en allemand et en français,

la présentation extrêmement soignée.

À l’origine du projet,  Giovanni Fanelli qui est, entre autres choses, 

professeur d’histoire de l’architecture à l’université de Florence,

Marc Welter, décédé en 2018, photographe et collectionneur de clichés anciens,

Sabine Arqué, auteure et documentaliste.

Énormément d’images à découvrir sur 580 pages,

pour les amoureux de l’Italie et les autres…

un vrai dépaysement teinté de poésie !

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Images extraites de : « Italy 1900 »  Éditions Taschen. 

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Voyager dans sa tête et dans son cœur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Monde meilleur…

dimanche 15 février 2026

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« Demain

n’est pas de mon ressort

 

Je ne suis 

et ne saurais être

que le fils d’aujourd’hui »

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Abdellatif Laâbi

dans  « Le jardinier de l’âme ».

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« J’atteste

qu’il n’y a d’Être humain

que Celui dont le cœur tremble d’amour

pour tous ses frères en humanité

 

Celui qui désire ardemment

plus pour eux que pour lui-même

liberté, paix, dignité

 

Celui qui considère que la Vie

Est encore plus sacrée

que ses croyances et ses divinités

 

J’atteste qu’il n’y a d’Être humain

que Celui qui combat sans relâche

la Haine en lui et autour de lui

 

Celui qui

dès qu’il ouvre les yeux au matin

se pose la question :

Que vais-je faire aujourd’hui

pour ne pas perdre ma qualité et ma fierté

d’être homme ? »

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Abdellatif Laâbi

10 janvier 2015  – « J’atteste contre la barbarie ».

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Chaque jour,

inspirer profondément pour rejoindre notre intériorité la plus intime.

C’est une exploration, comme une marche à travers un massif,

une forêt, une clairière, un sous-bois, un village,

un vrai travail, un entrainement pour se mieux connaître, se mieux sculpter et 

faire venir à soi des graines nouvelles qui ensemenceront la Terre.

Faire contrepoids à la folie d’un monde,

désirer le meilleur avec les cartes que nous avons en main,

nous sommes tous liés et reliés…

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Poèmes d’Abdellatif Laâbi

– Prix Goncourt de la Poésie en 2009,

Grand prix de la francophonie de l’Académie française en 2011 –

Illustrations : 1/ « Soleil en majesté »  Oskar Kallis  1892-1918  2/ « Pivoines »  Stefan Lucian  1868-1916.

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Révéler notre soleil intérieur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Rendre justice…

dimanche 8 février 2026

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« … – C’est quoi ça ?

« Ça » sous entendu ce bois d’ébène qui, s’intercalant entre la courbure d’un soleil pâle et ses yeux plissés, lui fait partiellement de l’ombre. « Ça » sous-entendu trois kilos et six cents grammes de chair tendre, enveloppée comme un agneau noir dans un drap de laine. « Ça » donc, paquet vivant de tracasseries manifestes. Et il ouvre le billet attaché à son poignet.

 De la part d’Elvire, ta sœur bien-aimée.

Une naissance pour une renaissance.

Un cadeau d’Elvire, c’est-à-dire une énième tentative pour rendre le sourire à un veuf à l’agonie. Ferréol réfléchit, Edmond gazouillant dans une pelisse entre ses bras…

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… Edmond a la figure ronde, les yeux jamblon*, le front bombé. Son visage est joufflu, ses mains dansent, ses joues lisses sont rondes comme des noyaux de longanis*. Ferréol, horticulteur aguerri, dresse patiemment la nomenclature de tous ses traits comme pour une plante nouvelle, une espèce qu’il dissèque pour la première fois ; sourcils noirs, petit pied rond qui lui donne un coup sous le menton, main de lilliputien qui se tend vers la sienne. 

Il s’étonne de trouver la chose regardable, de se sentir prêt à le traiter comme s’il était son propres fils. C’est peut-être cela l’amour…

 Fruits tropical et exotique

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… Les dimanches de lessive, au bord de la rivière Sainte-Suzanne, Edmond assomme Isidore avec sa barbante et interminable histoire de vanille et son nouveau rebondissement belge, puis français. Si Charles Morren dit vrai, les fleurs de vanille sont les fleurs les plus éphémères qu’Edmond, Ferréol et même Isidore connaissent. Éphémères parce qu’elles se fanent au bout d’une seule journée. Au moins trois années de patience avant qu’un vanillier donne ses premières fleurs. Trois mois et demi, septembre à décembre, pendant lesquels la vanille est en fleur. Une durée de vie d’une seule journée pour chaque fleur soit à peine douze heures pour la féconder. Et encore, s’il fait très chaud, elle se referme et meurt avant la fin de l’après-midi. Au moins six semaines à attendre, si la fécondation est réussie, pour que la gousse de vanille atteigne sa taille maximale. Neuf mois de plus pour qu’elle soit mûre et prête à être cueillie. Au total, près d’un an entre la pollinisation et la récolte du fruit mûr…

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Dans toutes les grandes villes atlantiques,

de Bordeaux à Lorient, on ne parle que de desserts à la vanille.

Millefeuille à la vanille, macaron à la vanille, tarte à la vanille,

sablé à la vanille, meringue à la vanille… »

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L’histoire se passe au XIXème siècle sur une île, les villes de la Côte au vent y portent les noms de Sainte Rose, Saint André, Saint Benoit… Sainte Suzanne, nous sommes sur l’île de la Réunion, anciennement appelée île Bourbon.

Edmond n’a que quelques jours lorsque décède sa mère et s’enfuit son père. C’est Elvire , sœur de Ferréol Bellier Beaumont, qui l’accueille un dimanche, au lendemain d’un cyclone et le place chez son frère veuf un tantinet dépressif. Edmond a le statut d’esclave comme l’avait ses parents, il ne pourra apprendre ni à lire ni à écrire. Son maitre est un érudit passionné par les plantes, il possède un magnifique domaine et voyage sur l’ile pour répertorier toutes les espèces. Edmond le suit, observe et apprend vite et beaucoup, il semble être l’esclave préféré de Ferréol, les autres en sont jaloux malgré sa gentillesse profonde. Il obtient un petit lopin de terre, y plante des aromatiques, expérimente, réfléchit, observe et déduit… À l’age de douze ans, il fait une découverte formidable qui va enrichir beaucoup de gens mais… je vous laisse découvrir la suite passionnante.

J’ai aimé cette lecture même si l’esclavagisme reste d’une tristesse absolue ; on suit ce petit Edmond, on le soutient face aux injustices des humains, à leur cruauté. Sa rencontre avec Ferréol, son « ti père » comme il dit a été « la chance de sa vie »dans cette époque coloniale et si les liens qu’ils ont entretenus ont eu leurs hauts et leurs bas, ils ont su tissé un fin fil d’amour. J’ai aussi énormément appris sur la Vanille dont l’histoire est tout à fait incroyable.

Gaëlle Bellem, originaire de la Réunion, s’est appuyée sur toutes les archives de l’île pour rendre justice à cet homme. Elle nous décrit dans une langue vivante et colorée, avec humour malgré les tragédies, une société dans laquelle l’argent et le pouvoir gomment trop souvent l’humanité et la justice. La Nature flamboyante est omniprésente au fil des pages et nous fait réellement voyager. 

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Extraits de : « Le fruit le plus rare ou La vie d’Edmond Albius »  2023  Gaëlle Bélem.

Illustrations : 1/ « Carte de Bourbon »  Étienne de Flacourt  1607-1660  2/ « Vanilla planifolia  dans Mon jardin à Ceylan »  Georges de Alwis  XIXème  3/ « Edmond Albius  Antoine Louis Roussin  1819-1894.

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Reconnaître le talent des Hommes, leurs droits et leurs devoirs…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chercher, pour retrouver…

dimanche 25 janvier 2026

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« Je vous dirai la couleur

des choses invisibles

la couleur qu’on entend

la couleur qu’on respire

 

la guirlande bleue du violon

et la pourpre des guitares

le vert profond du vent

dans le soir

et l’or fragile

d’une caresse

 

Je vous dirai la voix perdue

dans l’indigo des solitudes

et le calme orangé

près des yeux doux qu’on aime

 

Je vous dirai l’arc-en-ciel

qui naît en vous

de la patience et de l’oubli

de la défaite du silence

et du geste réconcilié

 

Car comme vous j’aime et je vis

dans l’arc-en-ciel de mes songes. »

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« Oui je sais que

la réalité a des dents

pour mordre

que s’il gèle il fait froid

que un et un font deux

 

Je sais je sais

qu’une main levée 

n’arrête pas le vent

et qu’on ne désarme pas

d’un sourire

l’homme de guerre

 

Mais je continuerai à croire

à tout ce que j’ai aimé

à chérir l’impossible

buvant à la coupe du poème

une lumière sans preuves

 

Car il faut être très jeune

avoir choisi un songe

et s’y tenir

comme à sa fleur tient la tige

 

contre toute raison. »

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« Marche, n’arrête pas de marcher

d’ouvrir les portes

de soulever les pierres

de fouiller dans le tiroir de l’ombre

de creuser un puits dans la lumière.

 

Cherche, n’arrête pas de chercher

les traces de l’oiseau dans l’air

l’écho dans le ravin

l’incendie dans les neiges de l’amandier

 

tout l’ignoré

le caché l’inconnu

le perdu

Cherche tu trouveras

le mot et la couleur de ton poème. »

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Retrouver son âme,

– même si le chemin s’avère long et difficile –

l’esprit libre, vierge des « diktats » que certains

aimeraient nous imposer au travers des médias et des réseaux,

être curieux de ce qui se cache de précieux dans les tréfonds du cœur.

Tout Homme est un poète, s’il le veut,

s’il cherche en lui les mots justes et sincères,

leur musique, leur couleur, leur grâce, leur élégance…

Il lui faut pour cela en avoir l’intention, 

initier un mouvement, tenter, tâtonner, être patient,

puis trouver ou plutôt retrouver la joie éternelle

d’un voyage au pays de l’imagination…

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Poèmes de Jean-Pierre Siméon – trouvés sur le net.

Illustrations : 1/ « Paysage avec un lac »  4/ « Paysage de la vallée du Rhin »  Marten Rickaert  1587-1631 

 2/ « Liseron »  3/ « Clématite »  Barbara Regina Dietzsch  1706-1783.

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Retrouver notre âme…

BVJ – Plumes d’Anges.

 

À chacun sa voie…

dimanche 18 janvier 2026

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« … Dans d’autres recoins des Alpes, les montagnes sont désormais habitées, et pas seulement par des animaux. Au moment où la colline des Gures se peuplait de blocs erratiques, des chasseurs magdaléniens s’installaient déjà dans les massifs préalpins du Vercors ou de la Chartreuse. À la faveur d’un climat encore plus clément que celui que nous connaissons aujourd’hui, les cols deviennent accessibles et permettent aux tribus nomades du Néolithique de coloniser les terres d’altitude. Elles y développent de petites cultures, pratiquent la chasse et l’élevage, et cherchent des minerais pour fabriquer leurs outils…

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… Nul ne sait pourquoi les « glacières » se sont mises à descendre aussi bas dans la vallée. Pendant la première moitié du millénaire, elles sont restées tapies en altitude – peut-être encore plus haut qu’aujourd’hui. Mais depuis la fin du XVème siècle, le climat s’est dégradé. L’hiver, les chutes de neige sont devenues considérables, provoquant des avalanches meurtrières : onze victimes au Tour en 1634, cinq autres trente ans plus tard à Vallorcine, où un petit hameau situé près de l’église a dû être abandonné. L’été, des semaines d’averses pourrissent les récoltes. Tout le monde ne mange pas à sa faim… Les habitants se doutent que tout ce froid doit être pour quelque chose dans l’avancée des glaciers. Mais ils l’attribuent aussi à la volonté de génies malfaisants qui règnent sur les montagnes…

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... On leur raconte aussi qu’autrefois, cette vallée n’était pas recouverte de glace, et qu’en la remontant, on pouvait par un sentier rejoindre le Val d’Aoste via le col du Géant. Légende ou réalité, les Chamoniards prouvent en tout cas qu’ils connaissent le caractère fluctuant des glaciers…

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… La déroute de Napoléon permet au royaume de Sardaigne de remettre la main sur la Savoie en 1815, suite au congrès de Vienne. Cette fois, les Chamoniards ne voient aucun avantage à retourner dans le giron sarde. Leur nouveau souverain, Victor-Emmanuel Ier, mène une politique réactionnaire qu’ils n’apprécient guère. Ils vont se sentir délaissés au profit de communes plus importantes de la vallée de l’Arve, Sallanches et Bonneville, que les successeurs du roi, Charles-Félix puis Charles-Albert visitent régulièrement.

Période décidément bien sombre au pied du mont Blanc. En avril 1815, le volcan indonésien Tambora, qui dépasse les 4000 mètres d’altitude, est décapité par une éruption d’une puissance rare. Il perd 1500 mètres de hauteur. Des milliers de personnes sont tuées sur le coup, et d’épais nuages de poussière se répandent sur tout le globe terrestre. Le climat s’en trouve modifié pour plusieurs années. Dès 1816, en Europe comme en Amérique, on observe un sérieux refroidissement, au point de parler d’une année sans été. À Chamonix se succèdent averses de pluie et de neige, les récoltes sont détruites. Pour ne pas mourir de faim, on en vient à consommer des herbes sauvages. Les consorts d’Argentière vendent leurs alpages de Balme aux habitants des Houches contre du grain.

Cet accident climatique ne fait que renforcer l’offensive des glaciers. Le petit âge glaciaire atteint son paroxysme en cette première moitié du XIXème siècle, et les processions n’y peuvent rien. La Mer de Glace recouvre toute une partie du village des Bois. Aux Bossons, le glacier, après avoir détruit forêts et cultures sur son passage, menace le village et la route de Chamonix… »

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Un livre magnifique dont la couverture toilée rouge vif attire d’emblée notre regard.

« Le roman de Chamonix » de Sophie Cuenot est une lecture délicieuse richement illustrée,

une mine d’informations extraites d’archives, sur la période allant de – 16 000 à 2023.

Des centaines de sujets sont abordés , depuis les temps anciens jusqu’à nos jours.

Les Hommes se sont succédé dans cette vallée parfois douce parfois hostile,

courageux et solidaires

ils ont lancé et relevé des défis incroyables

en grimpant vers les cimes inconnues,

en construisant plus tard téléphériques, trains, refuges, tunnels…

Tout ne fut pas simple, crues, inondations, avalanches,

tremblement de terre important en 1905,

éboulements, déraillement du train de Montenvers en 1927,

crash du Malabar Princess en 1950 et du Kangchenjunga en 1966,

terrible incendie dans le tunnel du Mont Blanc en 1999 …

pour ne citer que le 20ème siècle.

Les amoureux de la montagne et de Chamonix vont apprécier

ce livre bien écrit, bien construit qui nous transporte haut et loin,

qui nous montre que la Nature est vivante,

que tout change, évolue, disparait et se recrée à l’infinie.

UN GRAND MOMENT, une lecture passionnante ! 

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« Le vent des montagnes

Dans la clochette

Un puissant désir de vivre »

Taneda Santoka

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Extraits de : « Le roman de Chamonix »  2023  Sophie Cuenot (iconographie de Catherine Cuenot, sa maman)

Illustrations : 1/« Sources de l’Arveyron »  Samuel Birmann 1793-1847

   2/« La Mer de Glace, Montanvers »  Carl Ludwig Hackert  1740-1796.

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Croire en notre force… 

BVJ – Plumes d’Anges.

Lames de verre…

dimanche 11 janvier 2026

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La Cathédrale Basilique de la Major à Marseille, construite entre 1852 et 1893,

d’inspiration byzantine avec cette alternance de pierres claires et foncées,

de clochers et de coupoles, marque en bord de mer un espace entre Orient et Occident.

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L’exposition « Lumières célestes » de Marcoville,

(exposition gratuite du 25 octobre 2025 au 10 mars 2026)

nous offre un émerveillement total,

le verre y est travaillé, teinté, sablé, ciselé, empilé par couches…

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Marc Coville (Marcoville), sculpteur français, homme discret et modeste, né en 1939,

est un artiste contemporain connu dans le monde entier.

Il crée des œuvres monumentales à partir d’objets de récupération,

avec une patience d’Ange il explore la matière et la métamorphose en beauté !

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Un jardin d’Eden nous accueille, fleurs et arbres attrapent la lumière,

la Nature est là, elle nous invite à aller plus loin sur notre chemin de vie,

à créer, à transformer les choses les plus simples, les plus vulgaires même,

en fééries imaginaires.

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600 anges et 30000 poissons de verre (colonne de 10 mètres de haut)

sont suspendus dans la nef principale,

ils veillent, s’agitent, s’immobilisent un instant,

brillent, disparaissent à l’instant suivant.

Les fonds marins et la voute céleste se côtoient

dans une poésie totale et irrésistible, l’émotion est immense.

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Dans les nefs latérales, 50 Vierges transparentes, noires, dorées ou blanches,

venues de tous horizons, sont descendues sur terre,

tenant leur précieux enfant dans les bras, ils vibrent… à l’unisson,

l’humain et le divin s’épousent simplement et majestueusement.

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Leurs mains ouvertes nous interpellent,

elles aimeraient créer du lien, dire ou témoigner… 

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Vous l’aurez compris, j’ai été conquise par cette exposition,

l’artiste Marcoville est présent quelques jours par mois dans la Cathédrale,

il anime des ateliers avec des enfants…

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« L’âme est une fleur délicate exposée au vent de la destinée.

Les brises du matin la secouent et les gouttes de rosée lui ploient le cou.

Comme la fleur prend de la terre son parfum et sa vie,

l’âme tire de la matière et de ses torts une force et une sagesse. »

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Khalil Gibran

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Photos BVJ – Janvier 2026  Exposition Lumières célestes – Marcoville – Marseille.

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Révéler l’âme du verre… …

BVJ – Plumes d’Anges.

Blanche nuit…

dimanche 21 décembre 2025

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« … Si l’on considère les différents aspects de la montagne suivant les saisons, on voit, en hiver, lorsque le temps est clair, les deux aiguilles du sommet, que l’on nomme les cornes, se dresser toutes blanches sur le bleu du ciel. Les glaciers, les pentes à leur pied sont immaculées ;  même les grandes murailles à pic sont comme vernies par le givre et la couche de glace qui les revêt. Toute cette masse imposante, éblouissante, domine comme un palais enchanté la surface grisâtre des forêts qui montent jusque là.  (…)

Pour faire l’ascension de la montagne, on prend un chemin bien tracé, orienté au sud, qui monte jusqu’au col réunissant le pic avec ses deux cornes à un autre sommet. On traverse une épaisse sapinière. Au moment de redescendre sur l’autre versant, on rencontre une colonne peinte en rouge élevée en souvenir d’un boulanger trouvé mort à cet endroit. Une peinture le représente avec sa corbeille de pains, une inscription rappelle l’accident et demande aux passants une prière pour le défunt. Ici on quitte le chemin et on oblique en suivant l’arête du col. Les sapins s’écartent un peu, formant une sorte de sentier…

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… Après avoir bavardé un moment, elle pressa le petits de se mettre en route.

– Fais bien attention de ne pas prendre froid, Sanna, dit-elle. Ne te mets pas en nage à courir sous les arbres ou dans les prés. Le vent se lèvera vers le soir, vous ne pourrez plus marcher aussi vite. Embrassez bien papa et maman pour moi et souhaitez-leur un joyeux Noël.

Elle les serra dans ses bras et les accompagna jusqu’à la porte du jardin.

Conrad et Suzanne repassèrent près des moulins aux glaçons et traversèrent les prés. Lorsqu’ils atteignirent la lisière du bois, quelques flocons blancs commençaient à tomber.

– J’avais bien dit qu’il neigerait, dit le garçon. Te rappelles-tu quand nous avons quitté la maison ce matin comme le soleil était rouge ? Tout à fait comme une lampe d’autel. Maintenant on ne le voit plus, le ciel est tout gris et regarde le brouillard au dessus des arbres. Cela ne trompe jamais…

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…C’était le moment où, dans le village, les fenêtres s’éclairaient l’une après l’autre. Ce soir, veille de Noël, de nombreuses bougies étaient allumées sur les petits sapins chargés de cadeaux, de boules et de fils brillants. Dans toutes les maisons, tous les chalets, toutes les chaumières le petit Jésus avait distribué ses largesses. Bien que Conrad se fut imaginé qu’il aurait vite fait de descendre du sommet de la montagne jusqu’à la vallée, aucune de ces nombreuses lumières n’était visible aux deux pauvres égarés dont les yeux anxieux se posaient sur la neige blême et le ciel sombre. Toutes les clartés, tous les bruits de fête étaient perdus pour eux dans un lointain invisible. Pendant que d’autres enfants avaient les bras chargés de jouets et de bonbons, tous deux, assis au bord du glacier, ignoraient même que les cadeaux qui leur étaient destinés étaient dans les paquets posés sur le sol de la grotte… »

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Un merveilleux petit conte de Noël, un peu suranné mais tout à fait charmant, dont l’histoire se passe en montagne. La vie d’une vallée à l’autre est différente mais « les traditions ancestrales » demeurent ancrées dans les villages. Ces deux enfants partis tôt le 24 décembre de Gschaid pour aller embrasser leurs grands-parents à Millsdorf, à trois heures de marche dans la vallée voisine, ne pensaient pas vivre une telle aventure. Adalbert Stifter nous raconte cette veillée, il nous décrit les paysages ou ce qu’ils en distinguent, le froid, la beauté ahurissante qui brille sous les étoiles, il décrit les bruits de la nuit en pleine nature, les craquements du glacier … et nous fait vivre là un suspense grandissant au fil des heures. Cet auteur excelle dans l’art de la description, ses mots sont pesés et bien à propos.

J’ai aimé cette nouvelle, elle rappelle notre enfance, parle de la richesse des sommets, de famille, de courage, de solidarité, valeurs un peu évaporées dans nos villes et dans notre nouveau monde…

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En ce jour du solstice d’hiver,

je vous souhaite à toutes et à tous un Noël joyeux, de belles fêtes de fin d’année,

qu’elles soient paisibles, sereines, joyeuses et lumineuses

et je vous dis à l’année prochaine…

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Extraits de : « Cristal de roche »  Adalbert Stifter  1805-1868.

Illustrations : 1/ « Glacier inférieur de Grindelwald »  2/ « Glacier de Grindelwald »  Caspar Wolf  1735-1783   3/ « Traditions de Noël »  Adolph Tidemand  1814-1876.

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Que triomphe la lumière ! 

BVJ – Plumes d’Anges.