Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

D’hier à demain…

samedi 6 mars 2021

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« … Hier

Tu tenais ma main bien serrée dans la tienne

Pour traverser les rues de mon enfance

Qui conduisaient joyeusement et en toute confiance

Vers des chemins cent fois parcourus.

Ah ! La complicité de nos fous rires contagieux…

 

Aujourd’hui

C’est moi qui tiens doucement ta main

Pour t’accompagner sur cette route inconnue

Qui s’ouvre

Telle la bouche d’un géant sur un gouffre-paysage

Semé de mystérieuses confusions

 

Tu souris faiblement pour ne pas nous faire de chagrin…

 .

Elle est toujours là

La lumière

Qui illumine à travers le voile de nos faiblesses

Les purs jours de l’enfance.

Ici,

Vivante,

Elle irradie en réveillant des souvenirs flous et mouvants.

Ta peine s’embrasera

Peu à peu.

Ne restera que la part intime de nos feux de joie,

Préservée,

Sauvegardée,

Sublimée…

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Un faible frémissement

Fait imperceptiblement frissonner

Les ors délicats de ton visage.

Tu dors

Et ton rêve te renvoie

Ailleurs

Vers l’alchimie d’un souvenir ancien

Qu’à ton réveil en sursaut

Tu ne saurais dévoiler.

 

Dans ton sommeil de plomb, tu as appelé

« Maman ! »…

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Que n’aurais-je donné

Pendant l’ultime bataille

Pour alléger le brûlant fardeau

Qui pesait sur tes épaules ?

 

Que n’aurais-je donné

Pour étancher cette soif infinie

Qui mordait ta langue ?

 

Que n’aurais-je donné

Pour nourrir de douceur et de miel

Ta faim dévorante

De nourritures célestes ?… »

 .

Accompagner, aimer, se tenir la main jusqu’au dernier jour, et au-delà…

Entrer dans le bleu de la nuit, bleu encre de la voûte céleste

où se reposent les étoiles dans une paix bien méritée.

Bleus à l’âme dissouts dans l’océan du passé, on ne garde que la lumière

des beaux souvenirs qui se fait bleu saphir, elle est si précieuse !

Réminiscences d’instants révolus, l’avant est un pré où de sauvages fleurettes

resplendissent pendant que d’autres fanent et tombent dans l’oubli.

On se surprend à sourire, comme autrefois.

Et puis une date se grave à jamais sur la pierre, le papier, au cœur d’un cœur battant,

date du passage d’un monde à un autre,

du visible à l’invisible mais on se tient la main éternellement,

on s’aime et on s’aimera,

on sème et on sèmera, se disent-elles en silence

Ce livre est un très bel hommage rendu par l’auteure à sa mère,

elle l’a accompagnée deux années durant, jusqu’à son dernier souffle.

Mots, collages, encres et aquarelles nous montrent la lumière radieuse

d’une relation cultivée avec tendresse, courage, patience et grâce,

elles seront riches à jamais de cet amour partagé.

C’est lumineux, c’est un cadeau d’humanité qui donne envie

de se dépasser soi-même tant qu’il est encore temps…

Je leur dis MERCI !

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Extraits de : « Transpositions hasardeuses »  2020  eMmA MessanA.

Illustrations : 1/« Constellation de la Balance »  2/« Couronne Boréale »   Johann Bayer  1572-1625.

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Se tenir la main, éternellement…

BVJ – Plumes d Anges.

Réveil de l’éveil…

mardi 2 février 2021

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« … Je suis entrée dans le salon de thé le 16 octobre de l’an dernier. Je consigne tout dans un carnet, comme une sorte d’almanach qui tient dans ma poche et dessine un rythme à ma vie et au peu d’évènements qui la ponctuent.  Je me serais souvenue de ce jour sans en avoir rien écrit. Mais je l’ai fait. Sous cette date, il est indiqué le nom du lieu : « Ukiyo » et j’ai glissé la carte de visite du salon de thé pour être certaine de le retrouver. Je sais maintenant que le mot Ukiyo n’existe pas dans mon langage, qu’il veut dire profiter de l’instant, hors du déroulement de la vie, comme une bulle de joie. Il ordonne de savourer le moment, détaché de nos préoccupations à venir et du poids de notre passé…

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… « Le bruit de la pluie

Mes pas qui rient aussi

 Réveiller le destin »…

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Je suis seule, si vous saviez. Plus il y a de gens autour de moi, plus je m’enfonce dans la certitude de ne pas appartenir à ce tout. J’ai besoin de vos mains sur ma peau, de guérir sous vos paumes chaudes et qu’enfin vous enleviez ce tissu qui nous sépare pour être complètement à vous et découvrir le gout de la vie douce. Je ne veux pas garder notre rencontre comme un bel objet que l’on range dans une boîte. J’ai fait cela toute mon existence et cette fois je veux vivre…

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De cette année où nous n’avons échangé que quelques mots. Vos mains ont parlé à mon corps qui, lui, répondait, je retiendrai que nous parlons tous la même langue mais que nous avons peur de nous écouter. « Qui entend l’arbre qui tombe dans la forêt ? » Je pense que si personne ne l’entend, tout le monde le sent tomber. Peu de gens veulent se soucier des arbres qui s’effondrent loin d’eux, et on refuse d’accepter que nos cœurs entendent tout. Que notre humanité est la somme de forêts décimées, et d’arbres qui tombent en nous, de sources qui bruissent et d’oiseaux et de cris de douleur et d’abeilles qui bourdonnent… »

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Alice, 50 ans, ancienne professeure de français,

a traversé la vie comme anesthésiée, sans jamais y trouver sa place.

Mère très jeune, elle a voyagé dans les livres et leurs histoires.

Un hasard heureux lui fait rencontrer un masseur japonais, Akifumi.

Les doigts délicats de celui-ci éveillent son corps, en fait remonter moult souvenirs,

les bons comme les mauvais,

ils lui donnent un élan, un souffle nouveau.

Portée par le désir, elle s’inscrit à un cours de japonais,

apprend sa langue et sa culture pour se rapprocher de lui.

Ce livre est la lettre magnifique qu’elle lui adresse,

lettre pleine de sensualité, de douceur et de poésie,

elle s’y raconte et le questionne avec respect et pudeur.

Se réveiller, s’éveiller,

sortir du carcan des peurs et des souvenirs malheureux,

décider d’être soi et oser le dire.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, 

j’en parle pour que la vie circule sous nos doigts aussi,

en ces temps où le toucher semble proscrit…

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Extraits de : « Lettre d’amour sans le dire »  2020  Amanda Sthers.

Illustrations : 1/ « Femme sans vie » – Étude –  Bela Cikos Sesija  1864-1931   2/ « Temple de Nikko »  Robert Weir Allan  1851-1942.

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Faire circuler le souffle de la vie sous nos doigts…

BVJ – Plumes d’Anges.

Marche hivernale…

lundi 11 janvier 2021

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« … « – Je vous écoute, Herr Bach.

– Je souhaiterais que le Consistoire, que vous représentez, m’accorde un congé. »

Scheiße ! Tout cela avait si bien commencé !

« – Un congé ? Pour quelle raison ?

– Je désire plus que tout au monde rencontrer Dietrich Buxtehude. »

Et il ajouta presque aussitôt :

« – Et entendre, un jour, un soir, une heure dans ma vie, une Abendmusik. ».

Il y eut un silence. Braunecker trouvait fort ennuyeux que la paroisse perdît pour quelque temps le fils d’Ambrosius. Il faudrait chercher un remplaçant, s’assurer de sa valeur, signer un contrat, faire des démarches, agir…

« – Pour quelle raison ? »

Bach demeura interdit. Pour toute réponse, il tira de son pardessus la liasse visiblement éprouvée et la soumit à l’examen de Braunecker. Celui-ci n’eut pas besoin de binocles pour reconnaître la partition, la fameuse…

« – Que vous sert de rencontrer Herr Buxtehude ? Qu’est-ce que cela change au fond ?  Ça ne vous suffit pas, ça ?

– Herr Braunecker, sauf votre respect, si un ange venait vous annoncer que le Christ est à dix lieues de votre maison, resteriez-vous là, à béatement contempler le messager, ou bien daigneriez-vous parcourir dix lieues pour entendre le Messie ?

– Vous allez un peu loin, Sebastian. Ou bien vous blasphémez, ce que je ne me permettrais pas de penser, au nom de l’amitié qui me liait jadis à votre défunt père ; ou bien vous divaguez. Car enfin, Sebastian, si un ange venait m’annoncer pareille nouvelle, je n’aurais bien qu’une seule chose à faire : me réveiller !

– Voilà tout ce qui nous oppose, Herr Braunecker : vous ne croyez pas aux miracles, et moi, je vous affirme que les miracles existent. Cette partition est miracle et preuve des miracles. Par elle, je crois au miracle et à la vérité.

– La vérité ! Entre ces notes et ces accords, vous lisez la vérité ?

– Je l’y vois plus nettement que je ne vois le rouge et l’or dont cette pièce est parée…

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Mais qu’est-ce donc que de voir une partition et de ne la pouvoir lire ? Quels signes voit-on ? Quels signes ne voit-on pas ? Comment pareille langue – pareille merveille – peut-elle sonner creux ? Bach ne pouvait oublier. Poser ses yeux sur ce fourmillement noir, c’était l’entendre.

Mystère. Mystère de part et d’autre. Mystère de la croche pour celui qui n’y voit qu’un gros chou bien fait de chocolat noir surmonté d’un panache un peu frivole. Mystère de ce mystère pour celui qui le joue et la sert.

Mystère du son immaculé et sans nom qui sort de la viole au premier rang. Mystère de ce mystère pour celui qui entend, clairement, distinctement, que la viole a sorti un fa, très juste… »

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 Johann Sebastian Bach est bouleversé, ébloui par une partition musicale,

elle vient à lui d’une façon un peu étrange, devient une obsession.

Il réfléchit, lutte contre des démons intérieurs mais rien n’y a fait,

il entend  l’absolue nécessité  de prendre la route

vers le « Membra Jesu nostri » et son créateur, Dietrich Buxtehude.

La marche en plein cœur de l’hiver s’avère longue et difficile,

il lui faut affronter des « épreuves », elles n’entament pas sa volonté,

il est porté par sa vision, il est léger…

Quand la destinée apparait, elle attire inexorablement notre Être tout entier,

nous devenons enfin qui nous sommes vraiment.

C’est un très beau texte, l’émotion artistique est là, immense,

l’art serait-il le chemin ?

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J’ai repensé à « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants » de Mathias Enard

et à « Le Maître de la Tour-du-Pin » de Jan Laurens Siesling,

deux autres bijoux dont la lecture illumine notre âme.

En ces temps un peu frais et frileux, c’est un doux baume,

une invitation à écouter le chant des hautes sphères.

Merci à Dominique qui en avait parlé ICI

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Extraits de : « Laisse aller ton serviteur »  2020  Simon Berger.

Illustrations : 1/ »Le concert des Anges« – détail –  Mathias Grünewald   XVIème  2/ »Cité de Lübeck » reproduction du XIXème d’une oeuvre d’Elias Diebel  XVIème.

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Accueillir sa destinée…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mondes divers…

vendredi 11 décembre 2020

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« Si le lecteur veut comprendre comment toute cette histoire a pu arriver, il ne doit pas avoir peur de remonter le temps. S’il se limitait au réel qui baigne chacune de ses journées, il risquerait de ne pas saisir le fin mot de tout ce qui va suivre, ou pire encore, de ne pas y croire du tout. Il comprendrait à la rigueur le comment, mais le pourquoi lui échapperait. Il serait comme un de ces touristes qui, le jour de crue du Calavon, n’en croient pas leurs yeux et se demandent comment un si petit rataillon peut se transformer en quelques heures en fleuve Amazone, aussi large que violent. Les Anciens lui diront que forcément, c’est lié au relief du pays : une cuvette, une vallis clausa en entonnoir dont le Calavon est l’unique réceptacle en temps de pluie, vous comprenez.

Oui, si le lecteur veut vraiment comprendre, il doit remonter jusqu’à la création du monde. Pas celle que tout le monde connaît, mais bien celle des légendes du coin, celle que l’on raconte aux enfants d’ici pour qu’ils s’endorment.

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Les légendes prétendent qu’au matin du septième jour, le bon Dieu était fatigué de son labeur et décida de se reposer. Il s’assit au soleil et, caressant sa barbe blanche, contempla son œuvre : la croûte terrestre, la voûte du ciel et des étoiles, la nature embryonnante, l’homme et la femme. Il n’était pas mécontent de lui mais il n’était pas complètement satisfait non plus : il avait l’impression qu’il manquait quelque chose. Il avait besoin d’une cerise sur le gâteau, d’une touche finale avec un peu plus de gueule que les simples Adam et Eve. Il fit venir les Quatre Éléments, et leur dit qu’il voulait mettre un petit bout de paradis en ce bas monde. Pour cela il comptait sur eux… »

« Les sentiers battus n’offrent guère de richesses ; les autres en sont pleins. »

Jean Giono

« La vie parfois se présente vulgaire ; mais le sage, pour en relever l’originelle bassesse, a cette ressource de rêver. » 

Paul Arène

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Une histoire qui prend sa source au matin d’un orage, on en suit le fil avec délice, en compagnie d’un chat surgi de nulle part. Le narrateur, jadis mutique, nous emmène dans ses mondes par d’admirables digressions. S’élèvent page après page, la voix des légendes, la puissance des rêves et l’Histoire des origines en pays de Lubéron.

Des mots de Pétrarque, Giono, Bosco…  qui ouvrent les chapitres, la langue provençale qui chante joyeusement, un décor puissant autour du magnétique Mont Ventoux, des couleurs primaires qui explosent, la blancheur du calcaire, une source ferrugineuse et magique, l’incontrôlable Maitre-Vent qu’est le mistral, une histoire d’amour, un mystère, le feu qui galope… C’est à la fois un conte et un récit épique qui fait la part belle à l’imagination.

Amis du sud, ce livre est pour vous, amis des autres régions qui aimez le sud ou qui ne le connaissez pas encore, ce livre est aussi pour vous ! Sa lecture est splendide, c’est une sorte de quatorzième dessert de Noël, à la saveur exquise.

Merci à celle qui a mis ce livre entre mes mains et dans mon cœur.

Dominique en avait parlé ICI

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Extraits de : « Le Dit du Mistral »  2020  Olivier Mak-Bouchard.

Illustrations : 1/ « Chat et oiseau »  Paul Klee  1879-1940  2/ « Paysage » Edgar Degas  1834-1917.

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Cultiver avec soin notre imagination, elle est notre poésie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Petites musiques rassérénantes…

samedi 28 novembre 2020

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« …Quand tu te crois perdue dans le chaos, m’avait dit mon maître,

tu reviens à l’origine à partir de laquelle on peut créer… »

Fabienne Verdier

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« Créer, c’est résister.

Résister, c’est créer… »

Stéphane Hessel

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« Les Hommes éveillés n’ont qu’un monde,

mais les Hommes endormis ont chacun leur monde. »

Héraclite d’Éphèse

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« Le soleil est merveilleux, la pluie rafraîchissante,

le vent fortifiant, la neige vivifiante,

il n’existe pas de mauvais temps,

juste différentes sortes de beau temps. »

John Ruskin

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Par ces temps bousculés,

peut-être pouvons-nous  puiser des forces dans notre passé,

dans notre âme d’enfant,

les enfants détiennent les secrets du monde…

Qu’en pensez-vous, ne cultivent-ils pas l’art de la joie

dans le moment présent ?

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Illustrations : 1/ « Fragment »  2/ « Petite fille de profil »  Helena Schjerfbeck  1862-1946.

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Trouver nos petites musiques rassérénantes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Petits bonheurs quotidiens…

dimanche 22 novembre 2020

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« … Plutôt que de rechercher ce qu’on a perdu, mieux vaut prendre soin de ce qui nous reste.

Ces mots m’ont beaucoup aidée. C’est grâce à eux que j’ai réussi à voir sous un angle positif ma relation avec l’Aînée.

Mes arguments et ceux de Mitsurô sont peut-être les mêmes, au fond. Mais ils s’expriment par des actes contraires – se débarrasser des carnets de Miyuki, ou les garder.

Que préfèrerait Miyuki ? Et moi, si j’étais à sa place ?

D’autres clients attendaient à la porte, alors je ne me suis pas attardée au restaurant. Mais comme je n’étais pas prête à rentrer tout de suite, j’ai fait un crochet par le Kôkoku-ji. C’est un temple réputé pour ses bambous. Le dimanche matin, des séances de méditation y sont organisées, auxquelles j’ai participé plusieurs fois. Une subite envie de voir sa bambouseraie m’a envahie.

J’ai payé mon billet d’entrée et un ticket pour du thé matcha que j’ai bu à l’intérieur, devant le jardin de bambous.

Ces plantes ont une assurance extraordinaire. Elles poussent vers le ciel de toutes leurs forces, et je les envie pour ça. Mais quand on lève la tête, on constate que malgré leur apparence solitaire, elles se soutiennent mutuellement, leurs feuilles entremêlées. Et toutes sont reliées par leurs racines, exactement comme une famille, ai-je songé.

J’ai fermé les yeux : le murmure de l’eau et le gazouillis des oiseaux dominaient. Derrière mes paupières, des rayons de soleil dansaient. Sois toi-même, semblaient me souffler les bambous. Une agréable brise a soufflé dans ma direction. 

J’ai lentement relevé les paupières ; une feuille, son existence achevée, est tombée en virevoltant avec grâce. Contempler le jardin avait un peu allégé mon cœur brouillé par les remous.

Était-ce moi qui m’accrochais au passé ?… »

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Un titre qui fait un peu rêver : « La république du bonheur ».

Mais qu’est le bonheur ?

N’y-a-t-il pas des milliers de petits bonheurs journaliers qui scintillent,

même dans la nuit, pour celui qui sait et qui veut voir ?

Ce doux roman est la suite de « La papeterie Tsubaki« .

La vie d’Hatoko change, elle se marie et découvre les joies d’une famille aimante,

elle brille et brille encore pour donner le meilleur d’elle-même,

et le monde le lui rend au centuple. Grâce aux rencontres,

elle réfléchit au passé et tente de transformer sa vision

des évènements pour avancer sur son chemin de vie.

Ito Ogawa signe là encore un joli roman « aérien »,

on se laisse porter, on voyage et c’est bon…

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Extrait de : « La république du bonheur »  2020  Ogawa Ito.

Illustrations : 1/ Illustration anonyme coréenne – Dynastie  Joseon – XVème   2/ Peinture anonyme japonaise – « Bambous aux quatre saisons »  XVème.

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Se soutenir les uns les autres…

BVJ – Plumes d’Anges.

Droits de l’Homme…

lundi 16 novembre 2020

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– Préambule –

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.

Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations.

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les États Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L’Assemblée Générale proclame la présente Déclaration Universelle des Droits de l’Homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des États Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2

1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Article 3

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Article 4

Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.

Article 5

Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Article 6

Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.

Article 7

Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

Article 8

Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.

Article 9

Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.

Article 10

Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

Article 11

1. Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.

2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l’acte délictueux a été commis.

Article 12

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Article 13

1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État.

2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Article 14

1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays.

2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.

Article 15

1. Tout individu a droit à une nationalité.

2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.

Article 16

1. À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.

2. Le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux.

3. La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’État.

Article 17

1. Toute personne, aussi bien seule qu’en collectivité, a droit à la propriété.

2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.

Article 18

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

Article 20

1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques.

2. Nul ne peut être obligé de faire partie d’une association.

Article 21

1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis.

2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d’égalité, aux fonctions publiques de son pays.

3. La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.

Article 22

Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays.

Article 23

1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.

3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.

4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

Article 24

Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.

Article 25

1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

2. La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.

Article 26

1. Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.

2. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.

3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.

Article 27

1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.

2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur.

Article 28

Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet.

Article 29

1. L’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible.

2. Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.

3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s’exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.

Article 30

Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés. »

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J’aime ce texte, j’aime ce qu’il exprime, il me semble important de le relire…

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Texte de la : Déclaration universelle des Droits de l’Homme

adoptée par l’assemblée nationale des Nations Unies dans sa résolution 217 A III

du 10 décembre 1948.

(Wikisource)

Illustrations : 1/ « Huppe du Cap de Bonne Espérance »  2/ « Litophyte de l’Isle de Bourbon »  François-Nicolas Martinet  1731-1800.

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Définir nos plus hautes aspirations…

BVJ – Plumes d’Anges.

Orient d’une Rose…

mardi 10 novembre 2020

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« … À quarante ans, Rose n’avait presque pas vécu. Enfant, elle avait grandi dans une belle campagne, y avait connu les lilas éphémères, les champs et les clairières, les mûres et les joncs de ruisseau ; enfin, le soir, sous des cascades de nuages dorés et de lavis roses, elle y avait reçu l’intelligence du monde. À la nuit tombée, elle lisait des romans, de sorte que son âme était façonnée de sentiers et d’histoires. Puis un jour, comme on perd un mouchoir, elle avait perdu sa disposition au bonheur…

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« Nous marchons en ce monde

sur le toit de l’enfer

en regardant les fleurs »

Issa

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… Dans les temps chaotiques du Moyen Âge japonais que les chroniqueurs d’alors appelèrent un monde à l’envers, un samouraï esthète, également habile à l’art du sabre et à celui de la calligraphie, revenait périodiquement à sa maison de Kagoshima sur l’île de Kyûshû. Là se trouvaient sa femme et son fils et, dans le jardin intérieur bordé de galeries de bois, un érable magnifique. Quand l’enfant fut assez grand pour exprimer le désir de parcourir l’archipel, son père lui montra l’arbre aux feuilles flamboyantes d’automne et lui dit : Toutes les mutations sont en lui, il est plus libre que moi ; sois l’érable et voyage de tes métamorphoses… »

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Ce livre est doux, c’est un voyage sur les ailes d’un blanc papillon.

En douze chapitres

– 12, cycle complet, qui une fois achevé nous permet d’en

commencer un autre, d’emprunter un nouveau chemin –

douze chapitres qui sont douze tableaux « portés » par une fleur ou un arbre,

l’auteure nous amène de l’ombre à la lumière.

On traverse ces pages comme on traverserait un jardin, on y rencontre un champs de pivoines, des œillets rouge sang, des azalées buissonnants, un bosquet de bambous…

Il y a l’histoire, celle de Rose, botaniste, perdue dans sa vie solitaire , qui porte en elle une grande blessure. En suivant le fil d’or, par petites touches de couleurs, on la suit dans son voyage à Kyoto, elle y vient en effet recevoir l’héritage d’un père japonais qu’elle n’a jamais connu. C’est pour elle un difficile retour à la source de sa vie. L’histoire est très subtile, des plans se superposent et se rencontrent.

C’est un élixir à déguster chapitre par chapitre. Entre deux, le temps est suspendu, on plonge intérieurement dans la profondeur d’une fable, on imagine les paysages, on imagine les personnages, ils prennent corps, leurs traits, leurs costumes, leurs gestes apparaissent, le langage est délicat. On parcourt rapidement la laideur de certains lieux, on ne s’y arrête pas, la destination est un jardin fabuleux.

Les évocations poétiques sont ciselées par une main experte, ce livre est un véritable livre d’art, une potion magique, un voyage méditatif en royaume de beauté, une fois encore.

Vous l’aurez bien compris, j’ai adoré cette lecture.

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Extraits de : « Une rose seule »  2020  Muriel Barbery.

Illustrations : 1/ « Étude de chardons »  2/ « Étude d’azalées »    Sophia L.Crownfield    1862-1929.

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Métamorphoser nos jardins intérieurs…

BVJ – Plumes d’Anges.

Mois de nagori…

lundi 12 octobre 2020

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C’est un entre-deux, entre chaleur du passé et froid du futur,

doux moment perché sur le fléau de la Balance…

La lumière baisse et devient insuffisante pour la production de chlorophylle.

Le soleil semble choir, les feuilles des arbres l’imitent.

Cela s’appelle l’automne.

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– « Eau tonne », une région de France vient de la vivre dans sa chair,

une immense douleur. –

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Ici se vit une expérience.

Ici est une ancienne mer,

le royaume des ocres, où des jaunes, des orangés, des rouges incroyables

sculptent un paysage irréel

et répondent à des verts d’une intensité inégalée.

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L’imaginaire vagabonde et se pose sur d’autres sphères,

bulles de couleurs qui vibrent haut et fort, une sorte de printemps et d’été en automne.

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Les tonalités évoquent la chaleur estivale.

On se sent nostalgique, les japonais nomment cette émotion nagori,

littéralement, « reste des vagues ».

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Dans la cérémonie du thé, voyage par excellence,

octobre est appelé « mois de nagori » nous dit l’auteure Ryoko Sekiguchi.

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« … Les japonais entretiennent avec les saisons une relation particulière (…) Ce n’est pas seulement l’année avec son tour des quatre saisons, qui est comparée à la durée d’une vie humaine ; chaque saison contient une vie entière, traversée par différents êtres vivants, chacun doté d’une vie propre…

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Ainsi, il existe trois termes différents pour décrire l’état de saisonnalité d’un aliment : hashiri, sakari et nagori. Ils désignent l’équivalent de « primeur », de « pleine saison », et le dernier, nagori, de l’arrière-saison, « la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter »…

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… (…) Dans la cérémonie du thé, il y a un rituel concret appelé nagori no cha, « le thé de nagori » : c’est la cérémonie organisée en automne, avec les restes du thé de l’année précédente. On boit le thé nouveau à partir de novembre. Nagori no cha est donc la fin du thé de l’année courante dans le cycle du thé, avant d’ouvrir une nouvelle année avec le thé frais…

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… (…) Dans nagori, attachement, nostalgie et temporalités se mêlent. 

Nagori évoque à la fois une nostalgie de notre part, pour une chose qui nous quitte ou que nous quittons, et la notion de quelque chose qui décale légèrement la saison, comme si cette chose même (par exemple des fleurs, la neige) ne quittait qu’à regret ce monde, et la saison qui est la sienne… »

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Étonnant petit livre sur le goût qui relate de courtes histoires.

On le lit, on le relit avec délectation, le propos est délicat, poétique,

un tantinet nostalgique.

C’est un entre deux mondes qui y est décrit et cette émotion

je l’ai ressentie sur le sentier des ocres.

J’ai bien vu que l’on vivait en ce moment un changement total de paysage,

souhaitons qu’une belle lumière arrive et que la joie efface enfin la peur,

il nous faut en avoir la volonté…

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Il ne nous reste plus qu’à nous servir une tasse de thé, qu’en pensez-vous ?

Extraits du très joli petit livre « Nagori – La nostalgie de la saison qui s’en va »  2018  Ryoko Sekiguchi.

Un autre très joli titre de cette auteure –> ICI

Photos BVJ – Sentier des ocres Roussillon – octobre 2020.

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Ressentir un ailleurs…

BVJ – Plumes d’Anges.

Plongement…

mercredi 30 septembre 2020

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« … Elle parcourt la baie argentée du regard. Et, l’espace d’un instant, il est là avec elle, à tel point qu’elle sent l’odeur des croûtes de sel sur sa peau. C’était pourtant dans une autre vie. Elle était quelqu’un d’autre. Elle est venue s’occuper des affaires de son défunt mari, sans songer que ces autres fantômes allaient refaire surface. Si elle avait réfléchi davantage, elle ne serait jamais venue. C’est ici qu’elle s’est sentie elle-même pour la dernière fois. Elle avait presque oublié cette sensation…

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… La fin du jour approchait et la lumière s’estompait déjà, diluée par d’immenses ombres diaphanes. Les pierres et les rochers impassibles semblaient faire écho à ses souvenirs. Debout dans la bruine, face à la baie qui s’assombrissait, elle s’est soudain sentie insignifiante. Comme si elle se confondait avec la broussaille brune parsemée de mégalithes et de moutons, les montagnes grises et l’étendue de la mer métallique. Était-ce ce qu’avait ressenti Caspar David Friedrich sur son rocher en regardant loin dans la brume ? Ou l’impétueux Cortés quand, de son regard d’aigle, il fixait le pacifique ? Freud rejetait ces sentiments qui s’apparentaient pour lui à la religion. Mais ce n’était pas nécessairement de cela qu’il s’agissait. N’était-ce pas aussi tout simplement une mesure de la conscience humaine ? Un désir de transcendance qui nous mène au-delà du banal ? Le besoin de donner un sens à ce qui, si souvent, n’en a pas ? …

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… Quand votre esprit s’imprègne de cet endroit sauvage, c’est là que votre poésie est la meilleure. Comme si le paysage était capable de se souvenir. Quand vous décrivez la lande sombre, les falaises et les tourbières, vous ne semblez pas, comme Yeats, créer des symboles mais plutôt comme Hopkins révéler l’essence des choses. Et cette essence – c’est du moins ce qu’il me semble – est l’individualité intrinsèque et la solitude innée de toutes les choses animées et inanimées. Il y a quelque chose de sauvage dans vos poèmes. (…)

L’acte de regarder et d’attendre correspond à ce qui est, au sens le plus large du terme, beau et même si c’est un mot difficile à utiliser dans la culture contemporaine, spirituel. Comme si, tant qu’on est mus par le désir, la beauté ne pouvait pas apparaître. Vous capturez ce paradoxe… »

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Martha, enseignante à Londres, vient de perdre son mari, Brendan, cinéaste de documentaires, passionné d’art. Il possédait un petit cottage en Irlande – son pays d’origine – dans le Kerry face aux îles Skellig,  il y venait écrire et travailler. Elle prend la décision de le vendre et doit le « vider ». Elle a bien connu ce lieu mais il y a très longtemps qu’elle n’y est pas retournée. Dans ce moment difficile, triant lettres, papiers, livres et photos, des souvenirs remontent, des rencontres anciennes refont surface, de nouveaux liens se nouent : elle se rapproche de son époux, leurs déchirures les avaient éloignés et l’on comprend pourquoi au fil des pages…

L’écriture est belle, la force des paysage nous emporte, le monde change, l’Irlande change, la vie de Martha change. C’est un roman qui parle du deuil, des deuils que l’on doit vivre, traverser et dépasser, chacun avec ses forces et ses fêlures. C’est un roman dont le fil conducteur est l’importance de la parole donnée. Pour que la vie continue, il faut mettre au jour le passé, pardonner et se pardonner.

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Extraits de : « Le chant de la pluie »  2020  Sue Hubbard.

Illustrations : 1/« Lumière et ombre »  John H.Vanderpoel  1857-1911  2/« La mer »  James Hamilton Hay  1874-1916.

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Plonger courageusement dans le passé pour soigner nos blessures…

BVJ – Plumes d’Anges.