Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Riche traversée…

lundi 15 octobre 2018

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« …  (M.G.) – N’avez-vous pas l’impression d’être surtout une intermédiaire,

un médium, enfin quelqu’un à travers qui est passé quelque chose ?

(M.Y.) Absolument. Et c’est pourquoi je n’ai au fond qu’un intérêt limité pour moi-même. J’ai l’impression d’être un instrument à travers lequel des courants, des vibrations sont passés. Et cela vaut pour tous mes livres, et je dirais même pour toute ma vie. Peut-être pour toute vie ; et les meilleurs d’entre nous ne sont peut-être eux aussi que des cristaux traversés. Ainsi, à propos de mes amis, vivants ou morts, je me répète souvent l’admirable phrase qu’on m’a dit être de Saint-Martin, « le philosophe inconnu » du XVIII° siècle, si inconnu de moi que je n’en ai jamais lu une seule ligne et n’ai jamais vérifié la citation : « Il y a des êtres à travers qui Dieu m’a aimé. » Tout vient de plus loin et va plus loin que nous. Autrement dit, tout nous dépasse et on se sent humble et émerveillé d’avoir été ainsi traversé et dépassé… »

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Ces entretiens passionnants nous montrent tout l’humanisme de cette grande dame. Elle s’exprime sur des sujets divers avec bonté, intelligence et lucidité, elle est lumineuse.

Extrait de : « Les yeux ouverts » 1980 –

Entretiens de Marguerite Yourcenar (1903-1987) avec Matthieu Galey (1934-1986).

Photos BVJ

(Pierres d’une digue protégeant le port d’Hyères dans le Var ; si j’étais plus jeune, j’entreprendrais volontiers des études de géologie pour décrypter le langages des roches…)

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Nous laisser traverser par nos richesses profondes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Fatigue…

jeudi 11 octobre 2018

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« …Il me semble qu’une des causes fréquentes de la fatigue chronique réside dans le fait de vivre constamment en désaccord avec son propre rythme. Tout être humain a un rythme biologique. Si on le contrarie de manière systématique, il finit par s’affaiblir et se fatiguer.

Carl Gustav Jung a établi que celui qui travaille dans le respect du rythme de la nature et de son propre rythme est plus performant que celui qui les néglige. Travailler contre son propre rythme revient en fin de compte à faire violence à sa propre nature. C’est usant. Le rythme de la nature nous régénère. En respectant le rythme de notre âme et de notre corps , nous nous maintenons en relation avec la source d’où nous tirons notre force créative. Travailler contre son rythme, c’est se couper de sa source intérieure. Bien des gens prétendent ne pouvoir vivre que l’œil fixé sur la montre. Ils veulent travailler, encore et toujours, quelle que soit l’heure. Ce faisant, ils se violentent eux-mêmes…

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… Le recherche sur le cerveau a établi que l’individu s’affaiblit quand il ne trouve plus en lui d’image qui le motive et suscite de nouvelles associations d’idées. Il est donc essentiel de se pencher sur ses propres représentations, de voir si elles sont paralysantes ou motivantes, si elles encouragent la vitalité ou la fatigue. De ces représentations dépend notre capacité à affronter les défis de l’existence. Si nous n’arrivons pas à y répondre activement, nous nous vidons de notre énergie… »

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J’ai apprécié dans cette lecture plusieurs observations de l’auteur qui nous amènent à une belle réflexion. Il nous faut avoir une vision pour donner du sens à notre vie, c’est elle qui nous donnera l’énergie nécessaire pour avancer…

Extraits de : « Retrouver le goût de la vie »   2013  Ansel Grün.

Illustrations : 1/« Danseuses en rose »   Edgar Degas  1837-1917   2/« Mésange sur une branche »  Christoph Ludwig Agricola  1667-1719.

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Respecter notre propre rythme…

BVJ – Plumes d’Anges.

L’humanité, simplement…

lundi 10 septembre 2018

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« … Maman, je souhaitais simplement te dire que je t’aime. (…) Dans mon lit d’hôpital, je me réfugie dans nos souvenirs. Ils m’apaisent. Je me figure main dans la main avec toi, dévalant les prairies, entourés de Gust et de la chèvre Blanquette, tes deux amis encore plus fous, plus joyeux, plus enthousiastes que nous, tous les quatre grisés par le bonheur de nous dégourdir les jambes, d’aspirer l’air ensoleillé, de saluer le printemps. Comme nous avions raison de nous réjouir d’un rien. Car ce rien, c’était tout. Inspirer, expirer, s’en rendre compte, s’en émerveiller. Quelle sagesse ! Moi qui ai fréquenté tant de gens éminents, financiers, politiciens, idéologues, savants, je découvre que toi, Gust et Blanquette, vous me délivriez d’irremplaçables leçons. S’étonner d’exister. Remercier. Cultiver la joie, à toute force.

Vous avez été mes meilleurs professeurs de vie, voire de philosophie, même si je ne me suis pas comporté à la hauteur de ce que vous m’enseigniez. Plus tard, je me suis un peu égaré dans les labyrinthes de la sophistication, j’ai tenté de ressembler aux esprits chagrins, ceux qui préfèrent l’écœurement à la jubilation, le pessimisme à l’optimisme, la mort à la vie. Quand je livrais une observation morose, cynique, nihiliste ou désespérée, ils m’applaudissaient en m’octroyant un diplôme de clairvoyance. Pourtant, dans mon actuel état de faiblesse, ce qu’ils m’ont appris se réduit à un tas de poussière, et je n’atteins vigueur et lumière qu’en pensant à vous trois.

Gust… Blanquette… Crois-tu que nous retrouvons, là-haut, les animaux que nous avons aimés ? Je l’espère tant… Eux, je suis certain qu’ils auront fait l’impossible pour me revoir, qu’ils auront patienté fidèlement des années, bravant le froid, l’inconnu, la solitude, le découragement, afin de se précipiter vers moi, la truffe chaude, la queue hilare, les yeux plissés. Nous nous étreindrons sans fin. Si c’est ainsi, ce sera beau, l’éternité… »

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Quatre nouvelles, quatre histoires qui nous interrogent, j’ai été particulièrement touchée par celle-ci « Mademoiselle Butterfly », et puis, qui ne rêverait d’écrire une telle lettre à sa mère ?…

Extrait de : « La vengeance du pardon »  2017  Eric-Emmanuel Schmitt.

Illustrations : 1/ « L’attente »   2/ « Chien »   Winslow Homer   1836-1910.

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Nous relier à notre part d’humanité…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lucarnes…

jeudi 6 septembre 2018

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« …À l’heure où j’écris, en repensant à tout ce qui me passait par la tête, parfois, pendant ces jours de solitude, je médite sur le mystère de la vie et sur ce que nous en savons. Du regard, je fais le tour de cette immensité. Je me dis que la terre est un astre. Et qu’en ce moment même, je peux contempler un fragment de cet astre. . Et moi, je suis un point sur cet astre qui doit étinceler de loin comme toutes les autres étincelles d’argent scintillant dans le ciel.  Il peut même devenir étoile filante et aller s’enfouir dans quelque coquillage, comme le dit Angela, devenir un minuscule caillou blanc, pas plus gros qu’un gravier. Qui peut, en vérité, discerner ce qu’il y a de vrai dans ce que nous appelons, grand, petit… qui peut savoir lequel est juste ? Pourtant, en cet instant, je suis sur une miette du ciel. Je suis un rien, un rien microscopique, insignifiant, en train d’admirer cette miette, d’être pris de vertige devant cette goutte d’eau que j’appelle mer, océan… Ainsi, sur cet astre infinitésimal, simple particule dans la poussière des astres se trouve un autre particule, ma seigneurie, abîmée en de profondes cogitations sur des choses qu’elle ne peut comprendre…

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Je l’écoutais et la légende prenait racine en moi, profondément, sans qu’il me vienne une seconde à l’esprit qu’elle pût plaisanter ou se moquer de moi. Ce qu’elle me racontait était si merveilleux que cela n’avait nul besoin d’être également logique. Et puis, après tout, qui croit sérieusement  que nous sommes vraiment ce que nous semblons être ? Car s’il fallait en croire notre logique, l’infiniment petit et l’infiniment grand ne devraient pas exister non plus. Qui peut nous certifier que nous faisons bien partie de ce monde, que nous ne sommes pas le produit de l’imagination de quelque artisan fou et puissant, façonnant avec ses chimères une œuvre encore invisible ?…

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Le gouvernail creusait son sillage dans l’eau, faisant à sa surface de petits tourbillons qui semblaient vouloir se visser jusqu’à ce qu’ils se remplissent d’eau et s’évanouissent. Tant de choses se passent, même dans le plus lointain désert ! Il suffit que l’œil humain sache observer le monde jusqu’au plus profond de son cœur pour qu’alors l’homme se sente lié à ce qui l’entoure, qu’il devienne vent avec le vent, prairie avec la prairie, onde avec la mer, qu’il se promène avec le nuage et regarde d’en haut son ombre projetée sur la terre. Ces petits tourbillons d’eau, ces petits cônes sont autant de lucarnes s’entrouvrant pour vous permettre de regarder jusqu’au fond des abysses. Bien sûr, on ne voit jamais jusqu’au fond des abysses mais cela n’a pas d’importance car il suffit de s’être ainsi penché sur les profondeurs de la mer pour que votre âme rêve aux précipices du monde sous-marin, aux algues, aux hippocampes, aux méduses. Des myriades de splendeurs surgissent dans votre esprit vous donnant l’illusion d’avoir détaillé cet univers aux visages innombrables… »

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Extraits d’une splendide histoire, préfacée par Jacques Lacarrière, histoire puissante  qui nous emmène loin, dans un monde où rêve et réalité se mêlent et où l’homme est confronté à ses démons intérieurs:

« Une jeune fille nue »  Nikos Athanassiadis
1904-1990.

Illustrations : 1/ « Falaise dans la mer Égée »  3/ « Champ de bataille de Marathon »   Carl Rottmann  1797-1850  2/ « Étude de sirènes »  Henry Luyten  1859-1945.

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Dominer nos démons…

BVJ – Plumes d’Anges.

Accompagner…

jeudi 23 août 2018

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« … C’est le moment. Les pigeons l’attendent avec de plus en plus d’impatience, ils tournent sur eux-mêmes dans l’étroit compartiment des cages, ils s’essaient à battre des ailes, et le bruit de leurs rémiges émet un sifflement qui exagère encore leur impatience. M.Cho ressent cela dans son propre corps, comme un fluide électrique qui parcourt ses membres, s’exaspère au bout de ses doigts, hérisse les petits poils sur le dos de sa main. Il s’accroupit devant les cages, il parle aux oiseaux, il prononce lentement leurs noms, l’un après l’autre :

renarde, et toi le garçon, pinson

bleu, et toi rouge-gorge

fusée, flèche blanche

lumière, lune

la mouche, la cigale

voyageuse, président

acrobate, petit-gris

diamant, dragon noir

chanteuse, roi

danseuse, sabre

Il aime bien dire leurs noms, en approchant son visage des cages, et l’un après l’autre, l’oiseau nommé cesse de s’ébattre, renverse la tête en arrière, et regarde de son œil jaune. Pour M. Cho, c’est comme s’il recevait une confidence, une phrase de remerciement en même temps qu’une promesse. Une promesse de quoi ? Il ne pourrait pas le dire, mais c’est comme ça : quelque chose qui s’unit à lui, et lui donne la mémoire du passé, quelque chose comme un rêve qui reprend après des jours de sommeil…

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Je me suis assise en face d’elle, non pas dans un fauteuil, mais sur la petite chaise basse – une chaise de couturière – qui me permettait d’être en face d’elle, comme à ses pieds. C’était la pose du conteur, je crois, et ça me plaisait bien…

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moi je suis plutôt du côté des bouddhistes, même si je ne crois pas vraiment en la réincarnation, je crois que la vie est un océan qui nous baigne tous, et que la mort nous emporte ensemble vers une autre forme que nous ne connaissons pas. Je crois aussi que nous sommes tous liés les uns aux autres, les enfants avec les parents, les parents avec leur descendance, et ceux et celles qui ne sont pas encore nés touchent ceux qui vivent aujourd’hui, et tendent la main à ceux qui ne sont plus…

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Quand on meurt, dit la rumeur, ce qu’on ressent n’est pas douloureux, bien au contraire, c’est doux comme du miel dans la gorge, c’est enivrant comme une fumée parfumée qui emplit la poitrine, et la porte qui s’ouvre au fond du cerveau est pareille à l’entrée du paradis. Ensuite l’âme s’échappe du corps par tous les pores de la peau, par les yeux et par les oreilles, par les cheveux et par les narines, pour s’éparpiller dans le vent, voyager sur les vagues de la mer, à travers les plaines des eulalies et sur les feuilles des lotus, au milieu des nuages aussi légers que les Dragons, jusqu’à ce qu’elle rencontre une forme à laquelle elle pourra se joindre, une forme vivante, une herbe, un arbre, une libellule, ou un chat…

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« Tu dois l’accepter, Naomi, c’est la seule solution pour lui, et pour toi aussi, tu ne peux pas empêcher ce qui doit arriver. » Mais comment pouvait-elle abandonner O’Jay maintenant, lui qui l’aimait et qui avait mis en elle toute sa confiance, qui la suivait partout, qui mangeait si bien, et puis après avoir mangé chantait et étirait ses ailes pour lui montrer ses plumes bleues ? Naomi ne l’avait jamais fait mais maintenant elle allait prier, elle s’adresserait à tous les saints et tous les esprits qu’elle avait rencontrés dans ses rêves, pour qu’ils aident le pauvre O’Jay à guérir. À partir de ce jour, chaque instant de la vie de O’Jay était soustrait à la destinée, c’était un jour, une heure de gagnés contre la maladie, chaque béquetée lui donnait de la force, chaque battement de cœur de Naomi faisait battre aussi son cœur dans sa poitrine, ce petit cœur qu’elle sentait à travers le duvet quand elle le tenait dans ses mains. Pour distraire O’Jay, Naomi s’est procuré un CD avec un enregistrement de chants d’oiseaux et elle le jouait sur l’ordinateur de sa mère. Elle a recherché sur Internet les enregistrements des geais de la montagne, elle les lui a fait écouter, O’Jay ouvrait très grands ses yeux et semblait aimer cette musique. Puis la nuit avant de dormir, Naomi l’installait sur sa branche, à côté de son matelas, pour l’écouter, pour être prête à agir s’il se passait quelque chose. La nuit, elle ne dormait pas, elle pensait à tout ce que pourrait connaître O’Jay s’il vivait, le goût du vent dans le ciel, le tapis vert des champs de riz au-dessous de lui, les montagnes et les forêts, l’odeur des pins au soleil quand il chasserait les vers dans leur écorce, comme Naomi le lui avait appris. « Ne meurs pas, s’il te plaît, murmurait Naomi comme une prière. Il te reste tellement de belles choses à voir dans le monde, puisque tu as échappé aux dangers et que je t’ai sauvé, ne meurs pas ! »… »

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Extrait de : « Bitna, sous le ciel de Séoul » 

2018 – un très beau livre fort émouvant d’un grand voyageur  J.M.G. Le Clézio.

Illustrations : 1/détail d’un « Costume de mandarin coréen »  Peintre anonyme du XVème  2/ « Plantes, animaux et insectes »  Shin Saimdang  1504-1551.

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Accompagner la vie vers la lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.

Croyances…

vendredi 27 juillet 2018

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« … Depuis que l’homme est sur terre, il ne cesse d’inventer des cultures où bouillonne son besoin de spiritualité. La croyance qui se propage le plus sur la Terre aujourd’hui, c’est celle des sans-dieu qui croient que Dieu n’existe pas. Le nombre des athées ne cesse d’augmenter en Asie, en Europe et même aux États-Unis où, il n’y a pas longtemps, on voyait d’un mauvais œil celui qui osait dire qu’il n’avait pas de dieu.

En même temps que cette dilution culturelle de Dieu, le retour du religieux se fait en grand tapage. Quand on est riche, on pense moins à Dieu. Quand la justice s’affirme, on ne fait pas appel à Lui. Quand la société assume la sécurité, on a moins besoin de Sa protection. Mais quand la surpopulation et la technologie provoquent l’anomie, les structures disparaissent et le besoin de Dieu ressurgit, intensément.

La nécessité de conditions sociales d’éducation, de richesse, de justice et de sécurité est tellement difficile à obtenir qu’on peut prédire le retour de Dieu. Mais on aime Dieu comme on aime les hommes. Ceux qui ont acquis un attachement rigide se soumettront à un Dieu totalitaire, alors que ceux qui bénéficient d’un attachement sécure se sentiront suffisamment en confiance avec leur Dieu pour tolérer que d’autres en aiment un autre que Lui.

Les jeunes seraient-ils en train d’inventer une nouvelle manière d’aimer Dieu ? Ils ne vont plus vers les textes sacrés pour leur obéir, mais pour méditer et trouver un chemin de vie plus personnel. L’épanouissement de leur personnalité n’accepte plus le carcan religieux, mais s’ouvre aux textes fondateurs qui augmentent la conscience. La joie de se sentir vivant parmi ceux qu’on aime ne tient plus compte des limites qui clôturent une religion et 〈 induisent 〉 la haine de la différence. Une telle spiritualité élargit la fraternité à tous les croyants du monde, invite à la découverte des différences, et se dégage de l’immanence de la consommation insensée.

Que Dieu les entende… »

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Extrait d’une intéressante observation de notre société par un homme au regard toujours bienveillant : « Psychothérapie de Dieu »  2017  Boris Cyrulnik.

Illustrations : 1/ « Fleurs de Lotus »  et 2/ « Fleurs et oiseaux »  Satake Shozan  1748-1785.

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Élargir nos visions pour nous élever…

BVJ – Plumes d’Anges.

Une voie à tenir…

dimanche 8 juillet 2018

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« Pour gouverner les hommes et servir le ciel, rien n’est comparable à la modération.

La modération doit être le premier soin de l’homme.

Quand elle est devenue son premier soin, on peut dire qu’il accumule abondamment la vertu.

Quand il accumule abondamment la vertu, il n’y a rien dont il ne triomphe.

Quand il n’y a rien dont il ne triomphe, personne ne connaît ses limites.

Quand personne ne connaît ses limites, il peut posséder le royaume.

Celui qui possède la mère du royaume peut subsister longtemps.

C’est ce qu’on appelle avoir des racines profondes et une tige solide.

Voilà l’art de vivre longuement et de jouir d’une existence durable. »

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UN GRAND BESOIN DE ME RECENTRER…

Extrait du « Tao-te-king »  de  Lao-tseu 6ème  avant J.C.
(« Livre de la Voie et de la Vertu » – traduction de Stanislas Julien.)

Illustration : « Châtaigniers à Osny »  Camille Pissaro  1830-1903.

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Rester droit et fort, avancer dans la confiance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bavardages…

jeudi 21 juin 2018

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« … Excusez-moi, mais je vous prie de ne pas partir en abandonnant là le journal que vous venez de lire. À deux mètres à peine, vous avez une corbeille. Oui, je sais que vous ne l’aviez pas vue et que vous êtes désolé. C’est bien là le problème. Me croiriez-vous si je vous dis que je préfèrerais que vous l’ayez fait exprès ? Parce que le pire, c’est cette inconscience. Vous croyez que le mal est moindre parce que vous l’avez fait sans le vouloir ? Je ne parle pas de ça en particulier, car en fin de compte on me paie pour ramasser ce que les clients ont jeté, non, je parle du monde en général, je veux dire que nous ne voyons plus rien, comme si cela nous disculpait. Nous traversons la vie avec l’impression que les choses ne nous concernent pas en faisant ce qui nous chante et en disant ensuite avec une indiscutable sincérité : « Oh ! Excusez-moi, je ne l’ai pas fait exprès. » C’est ça le pire, faire quelque chose sans le vouloir. Je préfère un cynique et un hypocrite à un inconscient. Parce que le cynique sait où sont les limites mais décide de ne pas les respecter. L’hypocrite sait lui-aussi où est la vérité. C’est bien pour cela qu’il la cache, parce qu’il la connaît et qu’elle ne lui plaît pas. Mais l’inconscience est la pire façon d’affronter la vie. Il n’est pas possible de changer ce que l’on ne sait pas être mal. Cela prouve à quel point nous sommes devenus une société égoïste, chacun pour soi, et ce n’est même pas par désir de nuire que nous agissons ainsi… nous le faisons sans le vouloir : « Oh ! Pardon, je t’ai mis le doigt dans l’œil, mais je ne l’ai pas fait exprès. »…

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Je vais vous poser une question : si l’occasion se présentait, vous échangeriez votre vie contre une autre ? Je vous laisse réfléchir quelques secondes. C’est tout réfléchi ? Et quelle est votre réponse ? Non. Moi non plus, bien sûr. La vie est ce que nous voulons qu’elle soit. Nous la forgeons jour après jour, en choisissant les voies qui nous semblent les meilleures. Personne ne nous pointe un pistolet dans le dos. Chacun va son bonhomme de chemin.

Ce n’est pas aussi simple ? Il y a des gens qui se trompent ? Oui, oui, racontez-moi…

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Comment le temps peut-il passer si vite ? Hier je jouais au ballon dans la rue et dans quelques jours je prends ma retraite. Pourtant, je me sens le même, je vous assure. Le même gosse en culottes courtes avec les genoux écorchés. Finalement, cette histoire de grandir, c’est du pipeau. Enfant, je croyais que les adultes savaient quelque chose que je ne savais pas, que grandir c’était franchir des niveaux, monter en quelque sorte l’escalier de la vie, une marche après l’autre. Mais ce n’est pas vrai. Je n’ai pas vu de niveaux, ni de marches, ni rien. Je continue à être le même. Les années passent et seuls la taille du pantalon et le nombre de cheveux sur le crâne changent réellement. Là, à l’intérieur, je suis toujours le même jeune paumé, bavard et un peu dingue… »

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Extraits d’un roman léger et étonnant : « Le Japon n’existe pas »  2009  Alberto Torres-Blandina.

Illustrations : 1/ « Lumière du matin »    2/ « Jeune fille à la rose rose »   William MacGregor Paxton  1869-1941.

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Ouvrir nos yeux, ouvrir notre esprit à l’été nouveau…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lumineux courants…

jeudi 14 juin 2018

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« … J’ai traversé en direction de Broadway, puis marché vers le nord jusqu’à la Vingt Cinquième Rue, où se dresse la cathédrale orthodoxe serbe dédiée à Sava, le saint patron des Serbes. Je me suis arrêtée, comme je l’avais fait maintes fois auparavant, pour admirer le buste de Nicola Tesla, le saint patron du courant alternatif, placé à l’extérieur de l’église telle une sentinelle solitaire. Je suis restée là, alors qu’un camion Con Edison se garait à un jet de pierre. Aucun respect, me suis-je dit.

– Et tu crois avoir des problèmes, m’a-t-il dit.

– Tous les courants mènent à vous, monsieur Tesla.

Hvala ! En quoi puis-je t’être utile ?

– Oh, c’est juste que j’ai du mal à écrire. J’oscille entre léthargie et agitation.

– Dommage. Peut-être devrais-tu entrer et allumer un cierge à saint Sava. Il apaise la mer pour les navires.

– Ouais, peut-être. Je me sens en équilibre instable, j’ignore ce qui ne va pas.

– Tu as perdu la joie, a-t-il dit sans hésitation. Sans joie, nous sommes morts.

– Comment puis-je la retrouver ?

– Trouve ceux qui l’ont et baigne-toi dans leur perfection.

– Merci, monsieur Tesla. Est-ce qu’il y a quelque chose que je peux faire pour vous ?

– Oui, pourrais-tu te déplacer un peu sur la gauche ? Tu me caches la lumière… »

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Extrait de : « M Train » 2015  Patty Smith.

Illustrations : 1/ « Chat Angora »  Jean-Jacques Bachelier  1724-1806  2/ « Port de Gloucester »  Winslow Homer  1836-1910.

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Voler et voguer vers la lumière et la joie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Apaisante verdure…

jeudi 7 juin 2018

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« … Au printemps, selon Goethe, (…)

« L’air est calme et calme la brise,

La jeune verdure se mire dans l’opulente rive

Le printemps est à l’œuvre et il vit. »…

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La contemplation n’est pas tout, loin de là. Il nous faut en venir au parcours des prairies, source de jubilation, à la joie parfois sauvage, éprouvée en ce lieu et dite par ceux qui l’on gardée en mémoire. La prairie, contrairement au pré, autorise des marches longues, des errances, des traversées ; ce qu’à propos du XIXème siècle, Denise Le Dantec qualifie de promenades dans la « plénitude herbeuse ». Celle-ci permet d’éprouver le vent, les brises, les ondulations vertes, les effets de la pluie sur les étendues d’herbe. À l’origine se trouve l’envie de marcher longuement dans l’herbe, de la fouler, de courir à travers, de chercher ce qu’il y a dans son épaisseur ; en un mot, tout ce qui relève de l’herbe ressentie par le corps en mouvement. Distinguons le plaisir de marcher longuement sur l’herbe et le plaisir que procure cet exercice, celui de fouler l’herbe.

« En route ! s’écrie Flaubert, alors dans le voisinage de Crozon, au cours de sa promenade par les champs et les grèves, le ciel est bleu, le soleil brille, et nous sentons dans les pieds des envies de marcher sur l’herbe. »...

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… À la même époque, outre-Atlantique, Henry David Thoreau prononce une conférence intitulée : « Marcher », lui qui assure que « la santé d’un homme exige autant d’arpents de prairies à regarder que sa ferme a besoin de tombereaux de fumier. Ce sont là les nourritures où il puise ses énergies ». Pour sa part, au cours de cette conférence, il confie un souvenir : « Nous marchions dans une lumière si pure et si brillante qui dorait les herbes et les feuilles fanées, si doucement et sereinement brillante, que j’ai pensé n’avoir jamais baigné dans un tel flot d’or »…

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… « Le peuple des prés m’enchante, écrit René Char. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l’herbe, l’orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l’ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au dessus les météores hirondelles… Prairie, vous êtes le boîtier du jour. »…   »

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Extraits du livre : « La fraîcheur de l’herbe »   2018   Alain Corbin.

Illustrations : 1/ « Paysage de prairie »  Kyriak Kostandi  1852-1921  (illustration déjà utilisée –>  là  ) 2/ « Mante religieuse » Edward Julius Detmold  1883-1957  (Wikipedia-« Livre des Insectes » avec Jean-Henri Fabre)

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Gambader joyeusement dans les prairies…

BVJ – Plumes d’Anges.