Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Origines…

lundi 12 juillet 2021

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« … Selon qu’elle s’applique à un phénomène, à un individu ou à un groupe de personnes, la notion d’origine prend un sens différent, et sa connaissance – ou son ignorance – n’a pas la même portée.

Parce qu’elle désigne la première apparition d’un phénomène, mais aussi sa cause, son explication, les circonstances de sa manifestation, ainsi que sa nature, l’origine est au cœur de la quête scientifique. Sa découverte la fait entrer dans le champ du savoir, et son absence la retient pour inconnue. Sans cause, elle devient inexpliquée. Sans date, elle flotte au-dessus du temps. Candidate au mystère, elle est source de fantasmes et, sujette aux spéculations, elle se nourrit de théories qui alimentent les controverses.

Pour un individu, elle quitte curieusement le singulier pour se parer d’un pluriel : nous parlons de nos origines. Elles sont ce lien qui nous rattache au néant comme la ficelle d’un ballon ou la traîne d’un roi. Sans cette bride, livrés à nous-mêmes, nous nous égarerions dans l’immensité du ciel où nous perdrions toute souveraineté sur notre existence. Nos origines racontent ce qui nous a précédés, d’où nous venons et qui nous sommes. En nous amarrant au néant par la ficelle ou par la traîne, elles nous protègent de l’abîme et le mettent à distance. Connaître nos origines structure notre être et donne une direction à notre vie. Ne pas les connaître peut agir comme une catastrophe. Une dévoration. C’est alors que nous partons à leur recherche à corps perdu…

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… Je suis le Vivant, le dernier qui, au bout des autres, roulera la pierre en dedans afin que la tâche soit accomplie. Mais avant je veux m’accorder du répit, reprendre mon souffle, écouter le bruit du vent qui flûte son air par les trous de la roche. Je veux être pour un peu le lambin de l’affaire, prendre le temps de me retourner et emporter avec moi le reste de ce que nous quittons… »

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C’est une lecture captivante, un roman très construit qui à partir d’un seul fait raconte des histoires où l’imaginaire se mêle à des réalités.

Une unique secousse sismique provoque un glissement de terrain, une montagne s’effondre, fait disparaître tout un village sur l’ile d’Hokkaido. Apparait alors un tombeau très très ancien, il daterait d’une époque où l’homme n’existait pas d’après nos croyances…

Passé, présent et futur se mêlent, un rythme mathématique, six chapitres, dans chacun d’eux cinq sous-chapitres, toujours dans le même ordre, qui portent cinq voix et tracent cinq voies. Les chiffres 5 et 6 ne sont certainement pas choisis au hasard, ils expriment l’union, l’équilibre et l’harmonie, un rêve ? Des étoiles s’allument ici et là, on voit que toute lumière projette une ombre et toute ombre fait surgir la lumière. Le monde obéit à des lois, l’homme cherche une fois encore à comprendre mais tout peut être remis en question et changer en un instant. On apprend beaucoup au fil des pages, on veut en savoir plus et le « merveilleux » net donne des pistes (à croiser, bien évidemment !).

L’écriture est très belle, totalement poétique dans le Dit du Vivant où les fils qui tissent le récit sont teintés d’or. L’auteur nous emmène dans un mystérieux voyage, il partage son érudition avec humilité, par petites touches comme un peintre. L’œuvre créée me semble encore plus importante dans le contexte actuel, faire appel à son imagination, parler de science, de philosophie, de poésie, de rapports bienveillants entre les humains fait un bien fou. Ce livre est un véritable coup de cœur !

Dominique en avait parlé merci à elle.

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Extraits de : « Le Dit du Vivant »  2021  Denis Drummond.

Illustrations : 1/« Paysage »  Maeda Tekison   1895- 1947  2/« Nuit sur Ushibori »  Kawase Hasui   1883-1957.

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Ne pas avoir de certitudes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chef d’œuvre…

jeudi 10 juin 2021

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« … Le mot impossible n’existe plus… »

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… J’avais alors dépassé depuis 3 ans ce grand équinoxe de la vie qu’on appelle quarantaine. Cet age n’est plus celui des folles entreprises et des Châteaux en Espagne. Or au moment où mon Rêve sombrait peu à peu dans les brouillards de l’oubli, un incident le raviva soudain, mon pied heurta une pierre qui faillit me faire tomber. Je voulus voir de près, ma pierre d’achoppement ; elle était de forme si bizarre que je la ramassais et l’emportais ; je retournais le lendemain au même endroit et j’en trouvais de plus belles qui rassemblées sur place faisaient un joli effet, cela m’enthousiasma ; c’est alors que je me dis , : « Puisque la nature fournit les sculptures, je me ferai architecte et maçon (… )

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… C’est alors que le long charroi commença il dura 27 ans parcourant pendant tout ce laps de temps des dizaines de kilomètres en plus de ma tournée quotidienne, je remplissais mes poches de pierres puis ensuite, j’employais des paniers ce qui accrut ma peine, car j’avais une tournée de 32 kilomètres à effectuer chaque jour…

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… L’hiver comme l’été

Nuit et jour j’ai marché

J’ai parcouru la plaine les coteaux

De même que le ruisseau

Pour apporter la pierre dure

Ciselée par la nature

C’est mon dos qui a payé l’écot

J’ai tout bravé même la mort (… ) 

En cherchant j’ai trouvé

Quarante ans j’ai pioché

Pour faire jaillir de terre ce palais de fées… »

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« … Le soir à la nuit close

Quand le genre humain repose,

Je travaille à mon Palais.

De mes peines nul ne saura jamais… »

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C’est le travail d’un seul homme qui a traversé moult épreuves, son cœur a saigné, le destin s’est abattu sur lui mais il a résisté, il a transformé sa douleur en un chef d’œuvre d’amour.

Son courage, sa ténacité ont bâti un palais, il a laissé vivre et courir son imagination, lui qui parlait peu s’est exprimé dans une poésie totale et un siècle plus tard on vient toujours se substanter à sa source.

C’est une œuvre émouvante, une œuvre « habitée »,

qui nous transporte sur une haute rive,

c’est un rêve qui a vu le jour qui à son tour nous fait rêver…

Quand la terre et le ciel se rejoignent, quand modestie et humilité se donnent la main,

le grand Art advient et c’est nous qui sommes sans voix,

tout à notre admiration !

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Et un kilomètre plus loin, un autre petit édifice :

« … J’ai eu le bonheur d’avoir la santé pour achever ce tombeau appelé

« Le tombeau du silence et du repos sans fin »

à l’age de 86 ans… »

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Propos de Ferdinand Cheval extraits du cahier numéro 3

– Photos BVJ –

 Hauterives dans la Drôme – Le PALAIS IDÉAL du FACTEUR CHEVAL

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Faire preuve de résilience…

BVJ – Plumes d’Anges.

De l’aurore à la brune…

vendredi 28 mai 2021

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« … Tu collais aux parois du présent, peur d’être en retard sur ce qui se passe. Tu ne sais plus choisir. Tu veux. Tu veux tout. Toujours plus. Même les choses s’affolent d’être tellement appelées. Ces caillots de voitures dans nos villes. Ces objets rapaces, bouchant l’horizon. La matière que l’on traite en nouveau riche, qu’on triture, amalgame, émiette, juxtapose sans chercher ce qui l’articule, ce qui la lie. Ce qui t’articule, ce qui te lie. Tu veux, tout, trop, embrasser, prendre. Ah ! ouvrir les mains, les ouvrir !… Ce qu’on aime ne se possède pas. L’avenir ne se possède pas, il se détache, plus loin, plus libre. Garder, garder le souffle, l’écho, à travers tout, cette chaleur… Des mégalopoles dévoreront nos rives. Nous serons six milliards et demi d’habitants en l’an 2000, le double d’à présent. Garder, garder cela, la voix de l’autre, la vague, la pulsion… Trente cinq penseurs, professionnels du futur, sont réunis à Tappan Zee, c’est le « Think Tank« , réservoir à réflexion. Qu’ils n’oublient pas ce qui nous fait vivre, et dont le nom est sans doute très simple. Qu’ils n’oublient pas cet instant, ce noyau, cette seconde où nous sommes , vraiment , entre mort et vie. Qu’ils n’oublient pas d’éveiller en l’homme-caméléon ce qui nous rejoint, apaise, accorde. Panoplie nucléaire, merveilles électroniques, effaceurs de mémoire qui supprimeront les souvenirs douloureux, moyenne de vie 90 ans, hibernation, surordinateur réglant notre existence, collectivités dévorant l’individu, contrôle, surveillance, téléphonie, matériaux résistant à toutes températures, transports à propulsion, cargos submersibles, navires containers, fusées transocéaniques, médicaments contrôlant nos humeurs, nos tendances politiques, métaphysiques, détermination du sexe des enfants, synthèse des aliments, pigmentation des Blancs, dépigmentation des Noirs, décèlement des intentions criminelles par la seule voix, entente des supergrands, guerres limitées, bâclées, laissées aux sous-développés… Maelström !… Où, comment tenir debout ? Corps encore étrangers à cette tornade, nous restons cramponnés au radeau d’hier. Se chercher d’abord un regard, un regard !… Ces jours-ci, je n’ai pas eu besoin de mes yeux, Ben me prêtait les siens…

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Tout à l’heure, il le dira à Jeph. Il lui communiquera tout cela : la terre et ses tendresses, la mer qui n’en finit pas… Malgré le peu de mots à sa disposition, il faudra que Simm dise : le sel, l’air, l’arbre, le vent, le bleu, l’eau qui porte. Malgré le peu de mots, malgré l’épaisseur qui les sépare ; il faudra qu’il trouve comment traduire tout cela. Le goût des choses, de l’instant. Il faudra qu’il parle, qu’il parle encore, jusqu’à la trouée béante, jusqu’à ce que l’emmuré surgisse, et tienne de nouveau debout sur ses deux jambes. Il faudra, à neuf, lavé, débarrassé d’écorces, faire naître en mots, sur la langue : ce sel, cette vie, ce partout…

– Je saurai tout dire. Je saurai à présent. Je saurai !… « 

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Simm et son chien Bic traverse un village du sud au petit matin. Simm rencontre des amis et confie à l’un d’eux sa lassitude, il s’ennuie dans ce monde. À la sortie  du village, la fenêtre d’un hôtel s’ouvre, un jeune homme apparait, s’étire et admire le paysage. Son regard est neuf, vivant, dans son œil brille avec ferveur une petite flamme. Il prononce quelques mots bienveillants, Simm  se sent comme illuminé par une énergie de jeunesse.

Tout à coup une immense secousse… et tout s’écroule.

La vie de Simm ne peut plus être la même, il est comme habité par le souffle du jeune homme, il le sent sous les décombres, il persuade les autorités d’entreprendre des recherches à un endroit précis… Le temps passe, Simm veille jour et nuit, réussit à établir un contact avec la victime, il devient Jeph qui parle à Ben, les secours sont lents, ils abandonnent, Simm les rappelle… Vous découvrirez la suite…

Ce souffle porte le lecteur jusqu’à la dernière page, l’émotion est grande. C’est une magnifique histoire qui nous interroge, elle nous parle de la solitude du grand age, de ce brin de jeunesse toujours présent au fond de soi qui aimerait vibrer et s’exprimer encore, de cette fin de vie qui retient l’essentiel et n’a plus besoin des honneurs et de la reconnaissance, il lui faut simplement se sentir en lien, dans le courant, dans le flot de la vie.

Il faut cesser de s’égarer et retrouver le fil de notre humanité, l’épreuve est peut-être là pour nous le faire comprendre, à nous d’ouvrir nos yeux et nos cœurs..

C’est un texte puissant, un riche échange entre deux hommes, sous la plume d’Andrée Chédid qui était vraiment une grande dame !!!

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Extrait de : « L’autre »  Andrée Chédid  1920-2011.

Illustrations : 1/« Côte italienne »  Thomas Fearley  1802-1842  2/« Figuiers de Barbarie près de Taormine »  Peter-Severin Kroyer  1851-1909.

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Goûter au sel de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Non violence…

samedi 22 mai 2021

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« … Il est dans notre nature d’aimer donner et recevoir du fond du cœur. Nous avons cependant appris plusieurs formes de « langage aliénant » qui nous conduisent à nous exprimer ou à nous comporter de manière blessante vis à vis des autres et de nous-mêmes. L’une de ces formes de communication aliénante consiste à utiliser des jugements moralisants qui impliquent que ceux dont le comportement ne correspond pas à nos valeurs ont tort ou sont mauvais. Une autre repose sur les comparaisons qui peuvent entraver la bienveillance envers nous-mêmes comme à l’égard d’autrui. La communication aliénante nous empêche aussi de prendre pleinement conscience que chacun est responsable de ses pensées, de ses sentiments ou de ses actes. Une autre caractéristique de ce type de communication consiste à communiquer ses désirs sous forme d’exigences…

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… Selon le philosophe indien J.Krishnamrti, observer sans évaluer est la plus haute forme de l’intelligence humaine. « C’est stupide », ai-je pensé en lisant cette phrase, mais je me suis presque aussitôt rendu compte que je venais de porter un jugement. Nous avons presque tous du mal à observer les gens et leur comportement sans y mêler un jugement, une critique ou une forme d’analyse…

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… Quand l’une des parties entend dans les paroles de l’autre un reproche, un diagnostic ou une interprétation, il est probable que les énergies en présence seront orientées vers l’autodéfense et la contre-attaque que vers la sortie du conflit… »

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Dans l’époque difficile que nous traversons,

les discussions me paraissent très délicates,

deux monolithes semblent « s’affronter »,

le monde se rigidifie, l’humanité s’envole…

Au théâtre de la vie, rien ne va plus !

Je viens de lire un livre passionnant qui serait à mettre entre toutes les mains.

Il traite d’une autre forme de communication, la communication non violente.

Celle-ci nous demande d’observer sans évaluer,

d’employer des mots sans jugements contenus,

d’établir une relation de cœur à cœur,

d’exprimer nos sentiments réels,

bien différents de nos pensées et  interprétations,

de formuler nos besoins de manière claire,

de demander ce que l’on veut et non ce que l’on ne veut pas…

Je vous laisse découvrir cette lecture au fil de laquelle de

nombreux exemples nous montrent une voie pour mieux vivre ensemble,

la route est longue et le « travail » de chaque instant,

la vie est devant nous, peut-être pouvons-vous

tenter d’en faire bon usage, non ?.

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Extraits de : « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » 

Marshall B. Rosenberg  1934-2015.

Illustrations : 1/« Pensive »  2/« Pivoines »  Wladyslaw Slewinski  1856-1918.

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Choisir une voie qui enrichit l’humain…

BVJ – Plumes d’Anges.

Moment de grâce…

dimanche 2 mai 2021

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« … Oui, il y a un bonheur plus haut où le bonheur paraît futile. À Florence, je montais tout en haut du jardin Boboli, jusqu’à une terrasse d’où on découvrait le Monte Oliveto et les hauteurs de la ville jusqu’à l’horizon. Sur chacune de ces collines, les oliviers étaient pâles comme de petites fumées et dans le brouillard léger qu’ils faisaient se détachaient les jets plus durs des cyprès, les plus proches verts et ceux du lointain noirs. Dans le ciel dont on voyait le bleu profond, de gros nuages mettaient des taches. Avec la fin de l’après-midi, tombait une lumière argentée où tout devenait silence. Le sommet des collines était d’abord dans les nuages. Mais une brise s’était levée dont je sentais le souffle sur mon visage. Avec elle, et derrière les collines, les nuages se séparèrent comme un rideau qui s’ouvre. Du même coup, les cyprès du sommet semblèrent grandir d’un seul jet dans le bleu soudain découvert. Avec eux, toute la colline et le paysage d’oliviers et de pierres remontèrent avec lenteur. D’autres nuages vinrent. Le rideau se ferma. Et la colline redescendit avec ses cyprès et ses maisons. Puis à nouveau – et dans le lointain sur d’autres collines de plus en plus effacées – la même brise qui ouvrait ici les plis épais des nuages les refermait là-bas. Dans cette grande respiration du monde, le même souffle s’accomplissait à quelques secondes de distance et reprenait de loin en loin le thème de pierre et d’air d’une fugue à l’échelle du monde. Chaque fois, le thème diminuait d’un ton : à le suivre un peu plus loin, je me calmais un peu plus. Et parvenu au terme de cette perspective sensible au cœur, j’embrassais d’un coup d’œil cette fuite de collines toutes ensemble respirant et avec elle comme le chant de la terre entière.

Des millions d’yeux, je le savais, ont contemplé ce paysage et, pour moi, il était comme le premier sourire du ciel. Il me mettait hors de moi au sens profond du terme. Il m’assurait que sans mon amour et ce beau cri de pierre, tout était inutile… »

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Un voyage en pays de lumière, l’Algérie, l’Italie… lieux sublimes et éblouissants.

Voyager au fil de ces pages fut pour moi un moment de grâce.

Ce livre est un ensemble de textes, de réflexions,

de méditations, écrits par Albert Camus dans sa jeunesse.

L’Homme et la nature ne font plus qu’un, la sensualité ruisselle à chaque phrase.

Nul ne peut rester insensible à cet art de la description,

à cette ferveur omniprésente, à ces mots qui nous enveloppent,

nous réchauffent et nous transportent au sein de la beauté,

c’est un hymne à la vie.

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Extrait de : « Noces  suivi de l’été »  Albert Camus 1913-1960.

Illustrations : 1/« Cité de Florence »  Jan van der Straet  1523-1605

2/ « Autel de Gand »  – détail –  œuvre commencée par Hubert van Eyck

et terminée par son frère Jan van Eyck 1390-1441.

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Prendre de la hauteur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Passages…

dimanche 18 avril 2021

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« … SI JE FERME LES YEUX, je peux revoir Baba avec sa pipe, le soir, auprès du feu. Elle attendait que je sois couchée pour sortir la boîte en épicéa pleine de karja. Apa la lui avait fabriquée avant qu’il ne se transforme en tas de feuilles mortes. Elle remplissait le foyer d’un mélange de tabac et de graines pilées au mortier. Avec un long bâton dont elle gardait le bout enflammé, elle allumait la pipe. La cabane se peuplait alors de nuages bleus et d’odeurs de falaise. Baba était assise dans son fauteuil à bascule , la tête en arrière, cela durait des heures. J’aimais la regarder depuis mon petit lit fabriquer ces volutes, telle une cheminée de chair un peu passée.

Les mots sortaient de sa bouche doucement. Les histoires d’un autre temps s’égrainaient en ronds de fumée. (…)

Un soir, Baba m’avait parlé de l’ancien monde. D’habitude, ceux qui l’avaient connu se taisaient… Un soir pourtant, Baba avait parlé. Ses mots étaient pleins d’épines et s’épuisaient à sortir de sa bouche. À cette époque elle était proche du Grand-Sommeil. Je m’occupais d’elle comme on s’occupe d’un enfant, car elle avait commencé à se dérégler – sans cela, elle serait sans doute partie avec son secret. Les mots étaient tombés dans mon oreille avec la douleur du poison…

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… Les jours se répétaient, les gestes aussi. Mais le soleil levait chaque matin son rideau sur une nature différente. La lumière ruisselait dans les branches cristallisées par la glace. Les myriades de teintes allaient du rose au bleu pâle, projetant des flaques colorées sur la surface du lac en banquise. L’hiver révélait des grâces de jeune fille. Le ramage des branches, prisonnières de leur robe de cristal, devenait dentelle, piquetée par endroits de boutons vernis là où les corneilles arrêtaient leur vol. On crissait à chaque pas et c’était délicat, un froissement de tissus précieux…

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… Nous sommes tous de passage. Simplement de passage… »

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La traversée à bord de ce livre est sombre mais le voyageur-lecteur est le témoin oculaire de l’émergence de lumières d’une rare puissance. Les images sont très fortes, la nature omniprésente s’étire dans ses extrêmes.

Les personnages rencontrés au fil des lignes sont singuliers, l’animal est humain, l’humain est animal. On sent qu’un grand chaos a pulvérisé bien des choses et bien des êtres, mais des cœurs battent encore à l’unisson et se battent pour témoigner de la force de la vie. Chacun accepte ce que lui offre ou lui impose l’existence.

C’est une histoire intense, un retour en arrière dans le temps, un mélange de réalités et de légendes, de couleurs, d’eau, de roches, de froid brûlant, de mots rares échangés, d’entraide, d’amour, de trahison… c’est un sillon creusé dans la terre-mère qui témoigne de la tragédie et de l’espérance, c’est un magnifique premier roman !

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Extraits de : « Une immense sensation de calme »  2018  Laurine Roux.

Illustrations : 1/« Chutes d’eau (Geltenbach dans la vallée de de Lauenen) »  Caspar Wolf  1735-1783   2/« Mer »  Volodymyr Orlovsky  1842-1914.

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Faire de notre passage un moment de lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.

Viaggio, viaggio…

samedi 3 avril 2021

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« … Léonard de Vinci et la table…

1495 – LA CÈNE – 1498

Sur cette célèbre fresque (réalisée pour le réfectoire de l’église Santa Maria delle Grazie, à Milan), où l’on peine à distinguer certains détails, Léonard a choisi de ne pas mettre d’agneau (pascal) au menu, mais beaucoup de pain, des poissons et des grenades. Plus remarquable, des anguilles grillées avec des quartiers d’orange sont également servies ; il s’agissait d’une association alors en vogue en Italie… »

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« … Le zucchine a scapece

Fleuron de la cuisine napolitaine,

la courgette en escabèche est peut-être la version

la plus pratiquée de cette marinade.

Couper six courgettes en tranches épaisses et les faire frire dans l’huile d’olive,

puis assaisonner avec quatre cuillerées à soupe de vinaigre de vin blanc,

un filet d’huile d’olive, trois gousses d’ail frais,

du sel et beaucoup de menthe fraîche.

Bien mélanger. Réserver 2 heures avant de déguster.

On peut préparer des aubergines de la même manière… »

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Prêtes et prêts pour un décollage en fanfare ?

Nous partons en voyage, plus de « confinamento », ni de « mascherina »,

juste les parfums du plaisir et de la liberté,

juste l’imagination, la créativité et la connaissance,

juste la convivialité et le partage,

juste la fête dont nous sommes privés depuis si longtemps,

il faut savoir dire STOP avant que toute la vie ne s’écroule !

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Soufflons sur les brumes enténébrées,

soyons désireux d’une belle existence joyeuse et responsable,

nous avons le droit d’être intelligents,

d’échanger, de parler, de savourer,

de nous extraire des débats stériles entre les « pros » et les « anti »,

la vraie vie est faite de nuances subtiles,

la palette des couleurs et des parfums est infinie…

Je vous invite sur les terres d’Italie, à travers un livre magique,

vous y croiserez des recettes bien-sûr mais aussi

des personnages, des lieux, des produits,

mille et un secrets vous seront révélés sur la cucina italiana

À vous Guiseppe Verdi, le Panettonne, le Minestrone, la Commedia Dell’Arte…

BELLE RÉSURRECTION ET BUON VIAGGIO A TUTTI !

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Extraits de : « On va déguster l’ITALIE«   2020  François Régis Gaudry et ses amis.

Illustrations : 1/ « Le dernier souper »  Léonard de Vinci  1452-1519  2/ « Baie de Naples »  Edward Gennys Fanshawe  1814-1906  3/ « Nature morte avec légumes et œuf »  George Washington Lambert  1873-1930.

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Libérer notre esprit pour qu’il revienne à la vie…

BVJ – Plumes d Anges.

Poètes, votre printemps…

lundi 15 mars 2021

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« Ô, combien perméables sont les frontières humaines !

Voyez tous ces nuages qui passent, impunément,

ces sables du désert filant d’un pays à l’autre,

ces cailloux des montagnes pénétrant chez l’ennemi

en d’insolents sursauts !

 

Est-il besoin de prendre un à un les oiseaux

qui volent ou qui se posent sur la barrière baissée ?

Ne serait-ce qu’un moineau, et voilà que déjà

sa queue est limitrophe, et son bec indigène.

Et puis, qu’est-ce qu’il gigote !

 

Parmi les innombrables insectes je m’en tiendrai à la fourmi

qui, entre le pied droit et le pied gauche du douanier,

ne se sent pas tenue d’avouer ses vadrouilles.

 

Oh, saisir d’un regard cette immense confusion,

sur tous les continents !

N’est-ce pas là le troène qui, de l’autre côté du fleuve

infiltre illégalement sa cent millième feuille ?

Et qui d’autre, pensez-vous, que la pieuvre aux longs bras

viole les sacro-saintes eaux territoriales ?

 

Comment peut-on parler de l’ordre dans tout cela,

s’il n’est même pas possible d’écarter les étoiles

pour que l’on sache enfin laquelle brille pour qui ?

Et que dire de l’insubordination du brouillard !

Et des poussières des steppes sur toute leur étendue,

comme si l’on n’avait pas tracé une ligne en son milieu !

 

Et ces voix qui résonnent sur les ondes serviables :

pépiements séducteurs et allusifs glouglous !

 

Seul ce qui est humain peut nous être étranger

Le reste c’est forêts mixtes, travail de sape et de vent. »

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Tout bouge, tout circule, tout se transforme,

c’est la vie, sous toutes ses facettes, qui s’exprime,

depuis la nuit des temps jusqu’à la nuit des temps.

Alors pourquoi et de quel droit

certains Hommes veulent-ils s’ériger en maîtres, blessant les uns ou les autres ?

La vie est belle de par sa respiration,

il nous faut nous abreuver auprès de sources claires et limpides,

celles qui chantent harmonieusement dans le cœur du monde…

Rien n’est plus doux que de suivre les méandres de l’existence,

l’observation du poète est là, c’est une parole libre,

une pensée inspirée, un flot irrépressible qui se fait lumière,

il vient à lui comme une évidence, il ne le cherche pas, il le trouve…

Suivons les poètes pour vivre ce printemps, vous venez ?

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Poème « Psaume » extrait de « De la mort Sans Exagérer » 

–  Wislawa  Szymborska  1923-2012  –

Prix Nobel de littérature 1996.

Illustrations : 1/ « Ancien aqueduc romain »  Ettore Roesler-Franz  1845-1907   2/ « Bol chinois, oiseau, figues et cerises »  Giovanna Garzonni  1600-1670.

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Suivre les doux chemins de la poétique nature…

BVJ – Plumes d’Anges.

D’hier à demain…

samedi 6 mars 2021

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« … Hier

Tu tenais ma main bien serrée dans la tienne

Pour traverser les rues de mon enfance

Qui conduisaient joyeusement et en toute confiance

Vers des chemins cent fois parcourus.

Ah ! La complicité de nos fous rires contagieux…

 

Aujourd’hui

C’est moi qui tiens doucement ta main

Pour t’accompagner sur cette route inconnue

Qui s’ouvre

Telle la bouche d’un géant sur un gouffre-paysage

Semé de mystérieuses confusions

 

Tu souris faiblement pour ne pas nous faire de chagrin…

 .

Elle est toujours là

La lumière

Qui illumine à travers le voile de nos faiblesses

Les purs jours de l’enfance.

Ici,

Vivante,

Elle irradie en réveillant des souvenirs flous et mouvants.

Ta peine s’embrasera

Peu à peu.

Ne restera que la part intime de nos feux de joie,

Préservée,

Sauvegardée,

Sublimée…

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Un faible frémissement

Fait imperceptiblement frissonner

Les ors délicats de ton visage.

Tu dors

Et ton rêve te renvoie

Ailleurs

Vers l’alchimie d’un souvenir ancien

Qu’à ton réveil en sursaut

Tu ne saurais dévoiler.

 

Dans ton sommeil de plomb, tu as appelé

« Maman ! »…

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Que n’aurais-je donné

Pendant l’ultime bataille

Pour alléger le brûlant fardeau

Qui pesait sur tes épaules ?

 

Que n’aurais-je donné

Pour étancher cette soif infinie

Qui mordait ta langue ?

 

Que n’aurais-je donné

Pour nourrir de douceur et de miel

Ta faim dévorante

De nourritures célestes ?… »

 .

Accompagner, aimer, se tenir la main jusqu’au dernier jour, et au-delà…

Entrer dans le bleu de la nuit, bleu encre de la voûte céleste

où se reposent les étoiles dans une paix bien méritée.

Bleus à l’âme dissouts dans l’océan du passé, on ne garde que la lumière

des beaux souvenirs qui se fait bleu saphir, elle est si précieuse !

Réminiscences d’instants révolus, l’avant est un pré où de sauvages fleurettes

resplendissent pendant que d’autres fanent et tombent dans l’oubli.

On se surprend à sourire, comme autrefois.

Et puis une date se grave à jamais sur la pierre, le papier, au cœur d’un cœur battant,

date du passage d’un monde à un autre,

du visible à l’invisible mais on se tient la main éternellement,

on s’aime et on s’aimera,

on sème et on sèmera, se disent-elles en silence

Ce livre est un très bel hommage rendu par l’auteure à sa mère,

elle l’a accompagnée deux années durant, jusqu’à son dernier souffle.

Mots, collages, encres et aquarelles nous montrent la lumière radieuse

d’une relation cultivée avec tendresse, courage, patience et grâce,

elles seront riches à jamais de cet amour partagé.

C’est lumineux, c’est un cadeau d’humanité qui donne envie

de se dépasser soi-même tant qu’il est encore temps…

Je leur dis MERCI !

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Extraits de : « Transpositions hasardeuses »  2020  eMmA MessanA.

Illustrations : 1/« Constellation de la Balance »  2/« Couronne Boréale »   Johann Bayer  1572-1625.

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Se tenir la main, éternellement…

BVJ – Plumes d Anges.

Réveil de l’éveil…

mardi 2 février 2021

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« … Je suis entrée dans le salon de thé le 16 octobre de l’an dernier. Je consigne tout dans un carnet, comme une sorte d’almanach qui tient dans ma poche et dessine un rythme à ma vie et au peu d’évènements qui la ponctuent.  Je me serais souvenue de ce jour sans en avoir rien écrit. Mais je l’ai fait. Sous cette date, il est indiqué le nom du lieu : « Ukiyo » et j’ai glissé la carte de visite du salon de thé pour être certaine de le retrouver. Je sais maintenant que le mot Ukiyo n’existe pas dans mon langage, qu’il veut dire profiter de l’instant, hors du déroulement de la vie, comme une bulle de joie. Il ordonne de savourer le moment, détaché de nos préoccupations à venir et du poids de notre passé…

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… « Le bruit de la pluie

Mes pas qui rient aussi

 Réveiller le destin »…

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Je suis seule, si vous saviez. Plus il y a de gens autour de moi, plus je m’enfonce dans la certitude de ne pas appartenir à ce tout. J’ai besoin de vos mains sur ma peau, de guérir sous vos paumes chaudes et qu’enfin vous enleviez ce tissu qui nous sépare pour être complètement à vous et découvrir le gout de la vie douce. Je ne veux pas garder notre rencontre comme un bel objet que l’on range dans une boîte. J’ai fait cela toute mon existence et cette fois je veux vivre…

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De cette année où nous n’avons échangé que quelques mots. Vos mains ont parlé à mon corps qui, lui, répondait, je retiendrai que nous parlons tous la même langue mais que nous avons peur de nous écouter. « Qui entend l’arbre qui tombe dans la forêt ? » Je pense que si personne ne l’entend, tout le monde le sent tomber. Peu de gens veulent se soucier des arbres qui s’effondrent loin d’eux, et on refuse d’accepter que nos cœurs entendent tout. Que notre humanité est la somme de forêts décimées, et d’arbres qui tombent en nous, de sources qui bruissent et d’oiseaux et de cris de douleur et d’abeilles qui bourdonnent… »

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Alice, 50 ans, ancienne professeure de français,

a traversé la vie comme anesthésiée, sans jamais y trouver sa place.

Mère très jeune, elle a voyagé dans les livres et leurs histoires.

Un hasard heureux lui fait rencontrer un masseur japonais, Akifumi.

Les doigts délicats de celui-ci éveillent son corps, en fait remonter moult souvenirs,

les bons comme les mauvais,

ils lui donnent un élan, un souffle nouveau.

Portée par le désir, elle s’inscrit à un cours de japonais,

apprend sa langue et sa culture pour se rapprocher de lui.

Ce livre est la lettre magnifique qu’elle lui adresse,

lettre pleine de sensualité, de douceur et de poésie,

elle s’y raconte et le questionne avec respect et pudeur.

Se réveiller, s’éveiller,

sortir du carcan des peurs et des souvenirs malheureux,

décider d’être soi et oser le dire.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, 

j’en parle pour que la vie circule sous nos doigts aussi,

en ces temps où le toucher semble proscrit…

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Extraits de : « Lettre d’amour sans le dire »  2020  Amanda Sthers.

Illustrations : 1/ « Femme sans vie » – Étude –  Bela Cikos Sesija  1864-1931   2/ « Temple de Nikko »  Robert Weir Allan  1851-1942.

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Faire circuler le souffle de la vie sous nos doigts…

BVJ – Plumes d’Anges.