Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Croyances…

vendredi 27 juillet 2018

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« … Depuis que l’homme est sur terre, il ne cesse d’inventer des cultures où bouillonne son besoin de spiritualité. La croyance qui se propage le plus sur la Terre aujourd’hui, c’est celle des sans-dieu qui croient que Dieu n’existe pas. Le nombre des athées ne cesse d’augmenter en Asie, en Europe et même aux États-Unis où, il n’y a pas longtemps, on voyait d’un mauvais œil celui qui osait dire qu’il n’avait pas de dieu.

En même temps que cette dilution culturelle de Dieu, le retour du religieux se fait en grand tapage. Quand on est riche, on pense moins à Dieu. Quand la justice s’affirme, on ne fait pas appel à Lui. Quand la société assume la sécurité, on a moins besoin de Sa protection. Mais quand la surpopulation et la technologie provoquent l’anomie, les structures disparaissent et le besoin de Dieu ressurgit, intensément.

La nécessité de conditions sociales d’éducation, de richesse, de justice et de sécurité est tellement difficile à obtenir qu’on peut prédire le retour de Dieu. Mais on aime Dieu comme on aime les hommes. Ceux qui ont acquis un attachement rigide se soumettront à un Dieu totalitaire, alors que ceux qui bénéficient d’un attachement sécure se sentiront suffisamment en confiance avec leur Dieu pour tolérer que d’autres en aiment un autre que Lui.

Les jeunes seraient-ils en train d’inventer une nouvelle manière d’aimer Dieu ? Ils ne vont plus vers les textes sacrés pour leur obéir, mais pour méditer et trouver un chemin de vie plus personnel. L’épanouissement de leur personnalité n’accepte plus le carcan religieux, mais s’ouvre aux textes fondateurs qui augmentent la conscience. La joie de se sentir vivant parmi ceux qu’on aime ne tient plus compte des limites qui clôturent une religion et 〈 induisent 〉 la haine de la différence. Une telle spiritualité élargit la fraternité à tous les croyants du monde, invite à la découverte des différences, et se dégage de l’immanence de la consommation insensée.

Que Dieu les entende… »

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Extrait d’une intéressante observation de notre société par un homme au regard toujours bienveillant : « Psychothérapie de Dieu »  2017  Boris Cyrulnik.

Illustrations : 1/ « Fleurs de Lotus »  et 2/ « Fleurs et oiseaux »  Satake Shozan  1748-1785.

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Élargir nos visions pour nous élever…

BVJ – Plumes d’Anges.

Une voie à tenir…

dimanche 8 juillet 2018

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« Pour gouverner les hommes et servir le ciel, rien n’est comparable à la modération.

La modération doit être le premier soin de l’homme.

Quand elle est devenue son premier soin, on peut dire qu’il accumule abondamment la vertu.

Quand il accumule abondamment la vertu, il n’y a rien dont il ne triomphe.

Quand il n’y a rien dont il ne triomphe, personne ne connaît ses limites.

Quand personne ne connaît ses limites, il peut posséder le royaume.

Celui qui possède la mère du royaume peut subsister longtemps.

C’est ce qu’on appelle avoir des racines profondes et une tige solide.

Voilà l’art de vivre longuement et de jouir d’une existence durable. »

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UN GRAND BESOIN DE ME RECENTRER…

Extrait du « Tao-te-king »  de  Lao-tseu 6ème  avant J.C.
(« Livre de la Voie et de la Vertu » – traduction de Stanislas Julien.)

Illustration : « Châtaigniers à Osny »  Camille Pissaro  1830-1903.

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Rester droit et fort, avancer dans la confiance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bavardages…

jeudi 21 juin 2018

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« … Excusez-moi, mais je vous prie de ne pas partir en abandonnant là le journal que vous venez de lire. À deux mètres à peine, vous avez une corbeille. Oui, je sais que vous ne l’aviez pas vue et que vous êtes désolé. C’est bien là le problème. Me croiriez-vous si je vous dis que je préfèrerais que vous l’ayez fait exprès ? Parce que le pire, c’est cette inconscience. Vous croyez que le mal est moindre parce que vous l’avez fait sans le vouloir ? Je ne parle pas de ça en particulier, car en fin de compte on me paie pour ramasser ce que les clients ont jeté, non, je parle du monde en général, je veux dire que nous ne voyons plus rien, comme si cela nous disculpait. Nous traversons la vie avec l’impression que les choses ne nous concernent pas en faisant ce qui nous chante et en disant ensuite avec une indiscutable sincérité : « Oh ! Excusez-moi, je ne l’ai pas fait exprès. » C’est ça le pire, faire quelque chose sans le vouloir. Je préfère un cynique et un hypocrite à un inconscient. Parce que le cynique sait où sont les limites mais décide de ne pas les respecter. L’hypocrite sait lui-aussi où est la vérité. C’est bien pour cela qu’il la cache, parce qu’il la connaît et qu’elle ne lui plaît pas. Mais l’inconscience est la pire façon d’affronter la vie. Il n’est pas possible de changer ce que l’on ne sait pas être mal. Cela prouve à quel point nous sommes devenus une société égoïste, chacun pour soi, et ce n’est même pas par désir de nuire que nous agissons ainsi… nous le faisons sans le vouloir : « Oh ! Pardon, je t’ai mis le doigt dans l’œil, mais je ne l’ai pas fait exprès. »…

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Je vais vous poser une question : si l’occasion se présentait, vous échangeriez votre vie contre une autre ? Je vous laisse réfléchir quelques secondes. C’est tout réfléchi ? Et quelle est votre réponse ? Non. Moi non plus, bien sûr. La vie est ce que nous voulons qu’elle soit. Nous la forgeons jour après jour, en choisissant les voies qui nous semblent les meilleures. Personne ne nous pointe un pistolet dans le dos. Chacun va son bonhomme de chemin.

Ce n’est pas aussi simple ? Il y a des gens qui se trompent ? Oui, oui, racontez-moi…

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Comment le temps peut-il passer si vite ? Hier je jouais au ballon dans la rue et dans quelques jours je prends ma retraite. Pourtant, je me sens le même, je vous assure. Le même gosse en culottes courtes avec les genoux écorchés. Finalement, cette histoire de grandir, c’est du pipeau. Enfant, je croyais que les adultes savaient quelque chose que je ne savais pas, que grandir c’était franchir des niveaux, monter en quelque sorte l’escalier de la vie, une marche après l’autre. Mais ce n’est pas vrai. Je n’ai pas vu de niveaux, ni de marches, ni rien. Je continue à être le même. Les années passent et seuls la taille du pantalon et le nombre de cheveux sur le crâne changent réellement. Là, à l’intérieur, je suis toujours le même jeune paumé, bavard et un peu dingue… »

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Extraits d’un roman léger et étonnant : « Le Japon n’existe pas »  2009  Alberto Torres-Blandina.

Illustrations : 1/ « Lumière du matin »    2/ « Jeune fille à la rose rose »   William MacGregor Paxton  1869-1941.

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Ouvrir nos yeux, ouvrir notre esprit à l’été nouveau…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lumineux courants…

jeudi 14 juin 2018

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« … J’ai traversé en direction de Broadway, puis marché vers le nord jusqu’à la Vingt Cinquième Rue, où se dresse la cathédrale orthodoxe serbe dédiée à Sava, le saint patron des Serbes. Je me suis arrêtée, comme je l’avais fait maintes fois auparavant, pour admirer le buste de Nicola Tesla, le saint patron du courant alternatif, placé à l’extérieur de l’église telle une sentinelle solitaire. Je suis restée là, alors qu’un camion Con Edison se garait à un jet de pierre. Aucun respect, me suis-je dit.

– Et tu crois avoir des problèmes, m’a-t-il dit.

– Tous les courants mènent à vous, monsieur Tesla.

Hvala ! En quoi puis-je t’être utile ?

– Oh, c’est juste que j’ai du mal à écrire. J’oscille entre léthargie et agitation.

– Dommage. Peut-être devrais-tu entrer et allumer un cierge à saint Sava. Il apaise la mer pour les navires.

– Ouais, peut-être. Je me sens en équilibre instable, j’ignore ce qui ne va pas.

– Tu as perdu la joie, a-t-il dit sans hésitation. Sans joie, nous sommes morts.

– Comment puis-je la retrouver ?

– Trouve ceux qui l’ont et baigne-toi dans leur perfection.

– Merci, monsieur Tesla. Est-ce qu’il y a quelque chose que je peux faire pour vous ?

– Oui, pourrais-tu te déplacer un peu sur la gauche ? Tu me caches la lumière… »

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Extrait de : « M Train » 2015  Patty Smith.

Illustrations : 1/ « Chat Angora »  Jean-Jacques Bachelier  1724-1806  2/ « Port de Gloucester »  Winslow Homer  1836-1910.

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Voler et voguer vers la lumière et la joie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Apaisante verdure…

jeudi 7 juin 2018

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« … Au printemps, selon Goethe, (…)

« L’air est calme et calme la brise,

La jeune verdure se mire dans l’opulente rive

Le printemps est à l’œuvre et il vit. »…

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La contemplation n’est pas tout, loin de là. Il nous faut en venir au parcours des prairies, source de jubilation, à la joie parfois sauvage, éprouvée en ce lieu et dite par ceux qui l’on gardée en mémoire. La prairie, contrairement au pré, autorise des marches longues, des errances, des traversées ; ce qu’à propos du XIXème siècle, Denise Le Dantec qualifie de promenades dans la « plénitude herbeuse ». Celle-ci permet d’éprouver le vent, les brises, les ondulations vertes, les effets de la pluie sur les étendues d’herbe. À l’origine se trouve l’envie de marcher longuement dans l’herbe, de la fouler, de courir à travers, de chercher ce qu’il y a dans son épaisseur ; en un mot, tout ce qui relève de l’herbe ressentie par le corps en mouvement. Distinguons le plaisir de marcher longuement sur l’herbe et le plaisir que procure cet exercice, celui de fouler l’herbe.

« En route ! s’écrie Flaubert, alors dans le voisinage de Crozon, au cours de sa promenade par les champs et les grèves, le ciel est bleu, le soleil brille, et nous sentons dans les pieds des envies de marcher sur l’herbe. »...

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… À la même époque, outre-Atlantique, Henry David Thoreau prononce une conférence intitulée : « Marcher », lui qui assure que « la santé d’un homme exige autant d’arpents de prairies à regarder que sa ferme a besoin de tombereaux de fumier. Ce sont là les nourritures où il puise ses énergies ». Pour sa part, au cours de cette conférence, il confie un souvenir : « Nous marchions dans une lumière si pure et si brillante qui dorait les herbes et les feuilles fanées, si doucement et sereinement brillante, que j’ai pensé n’avoir jamais baigné dans un tel flot d’or »…

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… « Le peuple des prés m’enchante, écrit René Char. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l’herbe, l’orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l’ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au dessus les météores hirondelles… Prairie, vous êtes le boîtier du jour. »…   »

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Extraits du livre : « La fraîcheur de l’herbe »   2018   Alain Corbin.

Illustrations : 1/ « Paysage de prairie »  Kyriak Kostandi  1852-1921  (illustration déjà utilisée –>  là  ) 2/ « Mante religieuse » Edward Julius Detmold  1883-1957  (Wikipedia-« Livre des Insectes » avec Jean-Henri Fabre)

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Gambader joyeusement dans les prairies…

BVJ – Plumes d’Anges.

Retour vers un futur…

lundi 4 juin 2018

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« … Tu pourrais écrire sur maintenant, a dit Eva, sur l’époque actuelle…

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… Nous hochons chacune la tête, nous sourions. Nous essayons chacune de nous attaquer à la difficile tâche de se remémorer le plaisir du passé sans lui accorder d’importance dans le présent…

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… Pendant longtemps rares étaient les jours durant lesquels le courant n’était pas coupé au moins une fois. À la fin, rares étaient les jours où le courant revenait. À un moment nous nous sommes rendu compte que nous avions perdu l’habitude de chercher à tâtons l’interrupteur en entrant dans une pièce…

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… Ta vie t’appartient. Lorsque l’une de nous courait vers elle pour se plaindre de l’autre – Eva refuse d’être le prince, Nell est en train de couper les cheveux de sa poupée, Eva ne veut pas ranger sa chambre – elle répondait mi-fermement, mi-fièrement, Sa vie lui appartient. Et la tienne aussi. Un jour tu comprendras…

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Le soleil était comme une main sur mes épaules, les oiseaux chantaient au bord de la clairière et un papillon s’est posé sur le sol nu à côté de moi. Il est resté immobile un instant, puis a fermé et ouvert ses ailes plates et s’est envolé. J’ai oublié de scruter la forêt pour voir s’il y avait un intrus.

Je me suis rappelé les graines. (…) L’Encyclopédie rappelle que la seule raison d’être d’une fleur, c’est de produire des graines. Toute cette couleur, ce parfum et ce nectar existent uniquement pour attirer l’attention des insectes ou profiter du vent. La raison d’être d’une fleur, ce sont ces minuscules taches et boutons anodins et inertes, ces paumes ouvertes pleines de chromosomes qui nous nourriront peut-être un jour…

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J’avais presque décidé de n’en garder aucun, quand un livre qui se trouvait toujours sur l’étagère à moitié vide a attiré mon regard. Je ne l’avais pas lu, n’avais fait rien de plus que parcourir ses mille pages, pourtant j’ai brusquement su qu’il serait le troisième livre que je prendrais. Je l’ai descendu, j’ai tracé son titre du bout du doigt : Index : A-Z.

Je ne pouvais sauver toutes les histoires, sauver toutes les informations – c’était trop vaste, trop disparate, peut-être même trop dangereux. Mais je pouvais emporter l’index de l’encyclopédie, je pouvais essayer de préserver cette liste majeure de tout ce qui avait été fait ou dit ou compris. Peut-être pourrions-nous créer de nouvelles histoires ; découvrir de nouveaux savoirs qui nous maintiendraient en vie. En attendant, j’emporterais l’Index pour ne pas oublier , afin de me rappeler – et de montrer à Burl – la carte de tout ce que nous avions dû abandonner derrière nous… »

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Extraits d’un livre très émouvant : « Dans la forêt »  2017 (en France) Jean Hegland.

Illustrations : 1/ « Fougères et roches »  et  3/ « Séquoia »   Albert Bierstadt  1830-1902   2/ « Papillon » détail d’une nature morte de Rachel Ruysch  1664-1750.

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Retrouver nos vraies richesses…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chemins de l’être……

jeudi 31 mai 2018

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« … Antoine Vitez dit ceci : « J’étais enfant, je lisais Peer Gynt, je m’interrogeais sans cesse sur ces mots-là : être soi-même. Mon père les répétait souvent. Règle d’or : Être soi-même. Je ne comprenais pas : comment creuser en soi-même pour y trouver soi-même ? Et longtemps après, m’exerçant à l’art du théâtre, jeune acteur, j’essayais de trouver au fond de moi-même l’émotion, la vérité, le sentiment, la sensation et le sens, en vain. Je creusais profond dans moi-même. Un jour, j’ai lu que Stanislavski, le vieux maître, disait au débutant : que cherchez-vous en vous-même ? Cherchez devant vous, dans l’autre qui est en face de vous, car en vous-même il n’y a rien. Alors j’ai compris que ma quête était mauvaise et qu’elle ne menait nulle part, mais je n’avais toujours pas résolu cette énigme : être soi-même. Et j’ai trouvé, à présent, ce que c’est. Échapper aux simulacres, aux représentations, s’arracher au théâtre que l’on se fait de sa propre vie, aux rôles : l’amoureux, ou le père, ou le patron, le roi, le conquérant, le pauvre, la petite fille ou la prostituée, la devineresse et la grande actrice, tout, tout ce qui nous fait tant rêver depuis notre enfance, dépouiller tout cela, déposer à terre les vêtements imaginaires et courir nu. Ôter les pelures de l’oignon. Il n’y aura rien après la dernière pelure, pas de cœur, et pourtant, le sachant, je m’y acharnerai sans cesse. »…

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… Poser les questions qui dérangent. Tout est là. Toujours. C’est l’essence de l’esprit d’enfance…

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… Le merveilleux est partout, par tous les temps, de tous les instants, disait Benjamin Peret, et nous sommes aveugles… »

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Extraits de : « Vie de ma voisine »  2017  Geneviève Brisac.

Illustrations : 1/« Portrait de femme »  Giorgione  1478-1510  2/« À la recherche du temps perdu »  Charles Amable  1860-1926.

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Devenir soi-même…

BVJ – Plumes d’Anges.

Deux mondes…

lundi 21 mai 2018

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« … Croyez-vous aux signes ?

– Aux signes ? Oui, souvent.

– Ma vie a été parsemée de signes. Mais la difficulté, c’est bien-sûr de savoir les interpréter. Ils sont presque toujours à double tranchant. Ils aident ou ils blessent, selon la manière de les prendre…

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… Que pensez-vous de ces menaces ? me dit-il. Qu’est-ce-que cela signifie ? D’où peuvent-elles venir ?

– Du marais je suppose. Probablement des bergers. J’ai mon idée là-dessus. L’autre nuit, mes trois barbouilleurs ont filé à cheval.

– Les bergers ? Mais pourquoi ?

– Sans doute une affaire de pâtures. On dit que ce sont des fanatiques. Rien ne compte pour eux que leurs bêtes.

– J’ai l’impression que c’est plus grave (…) Il me regarda surpris.

– Voulez-vous dire qu’ils pourraient vouloir continuer à vivre dans cette misère ?

– Pauvreté, plutôt.

– Dans cette pauvreté, si vous voulez. Dans cette humiliation. Cela me paraît impensable. Nous leur donnons des salaires inespérés, des garanties sociales, et ce n’est qu’un début. Il y aura une ville, un port, des routes, des emplois nouveaux. Lorsque l’attention du pays sera tournée vers le Sud, nous pourrons assécher, introduire des tracteurs…

– Ils aiment leurs marais, leurs chevaux. 

– Mais qui parle de les en priver ? Vous savez bien Marc tout ce que nous pouvons leur apporter, et que nous respecterons leurs coutumes. Nous ne sommes pas des destructeurs. ..

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… je demande à Sophie ce qu’elle pense du chantier. Les bulldozers, les scrapers, les grues, la drague : tous ces animaux grinçants et soufflants qui mangent le sable, est-ce-qu’ils ne l’amusent plus ?

– Bof, dit-elle, pas vraiment !

Elle hausse les épaules et fait la moue. Elle préfère les grenouilles, les insectes. Qu’est-ce-qu’un camion, un bulldozer, auprès d’un scarabée ? Tiens, hier, elle a regardé l’œil d’une mouche. Fantastique ! Est-ce que les hommes pourraient construire l’œil d’une mouche ? D’ailleurs les mouches pensent, elle en est sûre. Elle prétend même qu’elle les a vu rire. Est-ce que j’ai une opinion là-dessus : le rire des mouches ?

De là, elle saute dans les étoiles. Il n’y a qu’un pas ! Qu’est-ce-qui se trouve derrière les étoiles ? Le ciel. Et derrière le ciel ? Le ciel encore, et puis le ciel. Elle y a souvent pensé, jusqu’au vertige, l’après-midi surtout. Je dis Pascal, les espaces infinis… Elle sait : son père lui en a déjà parlé. Mais ça n’arrange rien. Est-ce-que je crois en Dieu ? Elle, oui, « au fond », mais elle n’arrive pas à l’imaginer. Et la mort ? Elle a regardé les bêtes, les oiseaux, son oiseau mort. On dit que les hommes deviennent des oiseaux, des scarabées, des lézards ; que les oiseaux deviennent des hommes, peut-être des arbres, des fleurs. Et les enfants ? D’où ils viennent, les enfants. « Ah, ça, tu le demanderas à ta mère ! » Ce n’est pas ce qu’elle voulait dire : ça aussi, elle sait. Mais ils viennent de plus loin : comme un petit ruisseau qui coule longtemps sous terre, qui sort de terre, et à la fin y rentre. Qui lui a raconté cela ? Personne. Elle l’a inventé. Elle y pense souvent, et surtout le soir, dans son lit, avant de s’endormir. La nuit aussi, elle rêve des choses.

– Est-ce que tu rêves, toi ?… »

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Extraits de : « L’Homme de sable »  Jean Joubert  1928-2015.

Illustrations : 1/« Enfants dans les dunes »  George Hendrik Breitner  1857-1923  2/« Projet de building »  Antonio Sant’Elia  1888-1916   3/ « Pins et sable »  Yvan Chichkine  1832-1898.

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Veiller sur la belle nature…

BVJ – Plumes d’Anges.

Vagues à l’âme…

jeudi 17 mai 2018

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« … L’orage a crevé. Des déferlantes d’eau se sont abattues sur la maison. Le visage collé à la fenêtre, j’ai essayé de voir dehors. Les lampadaires étaient éteints. Il n’y avait plus de lumière. Dans la lueur des éclairs, les rochers qui encerclaient le phare semblaient voler en éclats…

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– Il faudrait pouvoir trier dans les souvenirs, vous ne croyez pas ?Trier et ne garder que le meilleur…

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… Vous savez, les sentiments amoureux… Qu’est-ce qui fait que l’on s’éprend, comme ça, au premier regard, sans jamais s’être vus avant ? Il y a des rencontres qui se font et d’autres, toutes les autres qui nous échappent, nous sommes tellement inattentifs… Parfois nous croisons quelqu’un, il suffit de quelques mots échangés, et nous savons que nous avons à vivre quelque chose d’essentiel ensemble. Mais il suffit d’un rien pour que ces choses ne se passent pas et que chacun poursuive sa route de son côté. Alors si ces deux-là se sont aimés…

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… « Ce monastère qui devait être une étape a été l’arrivée. Je reste ici, envoûté. Bonheur de marcher au milieu de la montagne. Le vent parfois, qui se fracasse. Et les étoiles, la nuit. Le soir, je me raconte sur mon petit carnet tout ce qui m’a rempli. Tout est si présent. Je ne trouve pas de mots pour l’exprimer. Peut-être une profonde intimité… »…

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Dans cette lettre Michel parlait du pardon, longuement. Il disait que le pardon n’était pas l’oubli, qu’il fallait savoir en parcourir le chemin, et il citait une phrase de Jean-Paul II, L’homme qui pardonne comprend qu’il y a une vérité plus grande que lui… »

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Extraits de : « Les déferlantes »  2008  Claudie Gallay.

Illustrations : 1/ « Phare dans les vagues »  Hendrik Willem Mesdag  1831-1915  2/« Neige »  Pekka Halonen  1863-1933.

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Cheminer jusqu’à la paix du cœur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Parfums d’enfance…

dimanche 29 avril 2018

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« … On se réfugiait dans sa penderie, elle était imprégnée de son odeur mêlée à celle de son parfum. S’asseoir par terre, au pied de ses robes, m’apaisait davantage que des caresses.

Ce parfum n’existe plus. Ils l’ont arrêté au début des années quatre-vingt-dix. On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi d’abord qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouve l’odeur de leur mère, l’odeur d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieux encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance….

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Dans la voiture, mon père aimait glisser une cassette de Léo Ferré, il se délectait de sa propre mélancolie et des paroles d’Avec le temps, « Avec le temps, va, tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs »… Je me sentais au contraire incroyablement soulagée à l’idée que l’on s’allégeait avec le temps, qu’on pouvait faire place nette, recommencer.

Je ne le crois plus, à présent. Qu’on en souffre ou qu’on ait du plaisir à revenir en arrière, je suis sûre qu’avec le temps « tout ne s’en va pas ».

Tout reste, les voix, les lieux, les images.

Tout demeure, à portée de pensée.

Et s’éclaircit… »

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Extraits de : « Les rêveurs »  2018  Très émouvant premier roman d’Isabelle Carré.

Illustrations : 1/« Magnolia blanc »  Pal Szinyei Merse  1845-1920  2/« Le 1° mai 1851 »  – détail –  Franz Xaver Winterhalter  1805-1874   3/« Fraises »  Virginie de Sartorius  XIXème.

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Se décider riches de tout notre passé…

BVJ – Plumes d’Anges.