Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Jour gris…

jeudi 22 février 2018

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« … il fait froid, gris, on se demande d’où jaillira l’étincelle, l’émotion, car elles viendront de manière somptueusement inattendue comme toujours.

Jour si long, depuis que des journées a disparu la lumière du jour, affaiblissement du regard porté sur les choses ? de la vue ? de la rétine ? ou, pourquoi pas, des rayons du soleil ! La nature s’affaiblirait-elle au même rythme que nous ou la devancerions-nous sur le chemin d’une perte où elle nous accompagnerait obligeamment en nous donnant le change : c’est elle qui s’exténue et rétrécit, pas nous. Pourtant, la nature en nous, rivée à nous, lorsque les bourgeons s’ouvrent, est là pour te dire, à toi l’élu et à toi seul, que tu es l’unique être capable de percevoir l’entièreté de leur poussée et de leur beauté intransigeante, généreuse, beauté de la turgescence, beauté des efflorescences, beauté de la grâce rêveuse des corolles, des étamines et des pistils différemment agencés selon les espèces et beauté transparente de leur nom : asphodèle, boule-de-neige, bouton-d’or, chrysanthème, digitale…

Qu’est-ce-que savoir, qu’est-ce-que vieillir ?…

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… Je connais un chat qui s’appelle Vladimir. Il est blanc et peureux. Son comportement n’a rien à voir avec son prénom guerrier. Il entre de biais, frôle les murs, qu’il hume, mais s’échappe prestement si on veut lui mettre la main dessus. Il n’est pas possible de le caresser. Un jour, allongée dans ma chambre, en convalescence, quelque chose a soudainement changé dans la consistance de l’air ou du silence : j’ai ouvert les yeux, Vladimir était là, beauté blanche, immobile, tel un hibou, assis sur la couette au pied du lit. Me regardant, comme s’il attendait quelque chose qui ne venait pas. Il avait profité d’une porte mal enclenchée sur le couloir. Il y a eu là comme un échange. Je ne sais plus lequel de nous deux a dit « Miaou »… »

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Mon chat à moi s’appelait Pompilius, Pompon pour les intimes, il était gris, un peu sauvage, il allait avoir 18 ans au début de l’été mais il est parti le 20 février… La maison semble incroyablement vide, le rayonnement de la présence d’un chat est immense. Dehors un petit oiseau chante, peut-être pour me rassurer? me dire que tout va bien de l’autre côté du miroir, c’est juste la vie qui s’étire et se transforme, bientôt reviendra le printemps. Plus on avance en age, plus l’on me semble fragile, pourtant la sagesse voudrait le contraire, il y a encore du travail à faire sur soi…

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Extrait de : « Au gré des jours »  Françoise Héritier  1933-2017.

Illustrations : 1/« Poussière dansant dans la lumière »  Vilhelm Hammershoi  1864-1916 (illustration déjà utilisée ici) 2/« Oiseau chanteur »  Christoph Ludwig Agricola   1667-1719.

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Au gré des jours et des nuits, la vie chante différemment, c’est sa richesse…

BVJ – Plumes d’Anges.

Petite musique…

lundi 19 février 2018

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« … Un bouquet à la main : la joie…

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… Les mains de l’espérance, tu les appelles les mains ensoleillées

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… La bonté suprême : la main qui donnerait son cœur…

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… On offre par le cœur. On tend l’offrande par la main. La main est le relais du cœur…

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… Honorer les mains qui ont du cœur…

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… Détrompe-toi, il ne s’agit pas pour toi de vivre comme eux, montre en main. Tout au contraire, va de ton pas, de ta petite musique, ne cède pas aux sirènes de la vitesse, ne te soucie ni de l’ornière ni du résultat. Laisse ta main brouiller les pistes, dessiner des ébauches, inventer son destin. Ne te soumets jamais aux gains dérisoires… »

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Extraits de : « La main de personne »  1997 Joël Vernet  .

Illustrations : 1/détail de « La madone aux œillets »  2/détail de « La madone au diadème bleu »  Raphaël  1483-1520.

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Donner et recevoir les caresses de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Fidélités…

jeudi 15 février 2018

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« Les loyautés.

Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants -, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de notre mémoire.

Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.

Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves… »

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Ainsi commence ce court roman à la fort belle écriture.

Il se lit d’un trait,

on ne peut pas le poser,

c’est un souffle,

c’est un cri,

aucun jugement n’est porté sur quiconque,

s’y mêlent conjointement douceur et douleur,

 lumière et ombre,

présence et absence,

visible et invisible… par touches impalpables.

Une lecture puissante

et une lumineuse dernière phrase  !

 

Extrait de : « Les loyautés »  2018  Delphine de Vigan.

Illustrations : 1/« Écolier »  Albert Anker  1831-1910.

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Aides ou freins, les loyautés cisèlent notre être…

BVJ – Plumes d’Anges.

Une drôle de blague, tout de même…

lundi 12 février 2018

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« … Longtemps, j’ai erré dans une forêt obscure. J’étais presque seul. Peu de voisins, pas d’amis. Pour ainsi dire pas de parents. (…) quelques lunes à peine plus tard (…) Je réfléchissais. Je parlais de plus en plus vite. Les mots m’amusaient. Le monde était beau. Et il y avait autre chose à découvrir que ma forêt primordiale et les arbres où je grimpais. Nous marchions.

Longtemps je m’étais déplacé de bas en haut et de haut en pas. Maintenant je marchais droit devant moi, la tête haute, impatient et curieux. Le soleil n’en finissait pas de se lever devant nous. Je découvrais avec ahurissement, avec admiration un monde nouveau dont je n’avais aucune idée : des peuples, des langues, des villes, des religions, des philosophes et des rois…

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Tantôt homme, tantôt femme, je suis, vous l’avez déjà deviné, je suis l’espèce humaine et son histoire dans le temps. Ma voix n’est pas ma voix, c’est la voix de chacun, la voix des milliers, des millions, des milliards de créatures qui, par un miracle sans nom, sont passés par cette vie. Je suis partout. Et je ne peux pas être partout. Je vole d’époque en époque…

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Je n’en finis pas d’alterner le bien et le mal – ou ce qui vous apparait à vous, pauvres de vous, comme le bien et le mal. Je n’en finis jamais d’enchaîner ce que vous appelez mes « grandes dates » et les incidents les plus minuscules de votre vie quotidienne qui relèvent aussi de moi. Je monte jusqu’aux étoiles, je descends jusqu’au ruisseau. Je passe des triomphes, des catastrophes, de tous les bouleversements , de la naissance et de la ruine des civilisations à vos problèmes de santé ou d’argent – qui vous occupent, je peux le comprendre, beaucoup plus que la fin de Troie ou la chute de l’Empire d’Occident – et à vos chagrins d’amour…

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Partout, l’amour est à l’œuvre pour permettre à mon règne de n’avoir pas de fin…

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Je suis le temps. Et je suis vous. Au-dessus du temps et au-dessus de vous, au-dessus de l’univers et au-dessus de moi, y-a-t-il quelque chose d’autre ?

Rien peut-être ? Ou seul Dieu peut-être ?… « 

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Extraits de : « Et moi, je vis toujours »  Jean d’Ormesson  1925-2017.

Illustrations : 1/« Hêtraie » Gustav Klimt  1862-1918   2/« Parapluies sous la pluie   »  Maurice Prendergast  1858-1924.

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La race humaine, une drôle d’histoire dont il vaudrait peut-être mieux rire ou sourire…

BVJ – Plumes d’Anges.

Élargissement…

jeudi 8 février 2018

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« Qui n’a pas ressenti que tout ce qui nous éclaire, nous ouvre à plus de vie, à une meilleure compréhension de nous-même et de l’autre, de nos désirs, de nos rapports, se traduit en fin de compte par un sentiment d’accroissement et d’élargissement ? Et je pense qu’il nous est arrivé à tous de sentir, de constater même, que la rencontre avec une œuvre d’art, l’articulation active qui se noue, immédiatement ou progressivement entre elle et nous, peut nous faire accéder à plus de force et de confiance à des moments obscurs ou opaques, nous montrer une ouverture pour l’esprit, pour tous les mouvements de la vie qui tournaient en rond ou étaient paralysés par l’adversité, par notre aveuglement. »

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Extrait de : « Apprentissage » précédé de  « Approche de la parole«    2004   Lorand Gaspard.

Illustration : « Le Grand Canyon »   Eliott Daingerfield   1859-1932.

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Aller encore et toujours vers la beauté du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Culture…

lundi 5 février 2018

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« … J’ai vu le jour à Saïgon, là où les débris des pétards éclatés en mille miettes coloraient le sol de rouge comme des pétales de cerisier, ou comme le sang des deux millions de soldats déployés, éparpillés dans les villes et les villages d’un Vietnam coupé en deux.

Je suis née à l’ombre de ces cieux ornés de feux d’artifice, décorés de guirlandes lumineuses, traversés de roquettes et de fusées. Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère…

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... L’Histoire du Vietnam, celle avec un grand H, a déjoué les plans de ma mère. Elle a jeté les accents de nos noms à l’eau quand elle nous a fait traverser le golfe du Siam, il y a trente ans. Elle a aussi dépouillé nos noms de leur sens, les réduisant à des sons à la fois étrangers et étranges dans la langue française. Elle est surtout venue rompre mon rôle de prolongement naturel de ma mère quand j’ai eu dix ans…

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Mes parents nous rappellent souvent, à mes frères et à moi, qu’ils n’auront pas d’argent à nous laisser en héritage, mais je crois qu’ils nous ont déjà légué la richesse de leur mémoire, qui nous permet de saisir la beauté d’une grappe de glycine, la fragilité d’un mot, la force de l’émerveillement. Plus encore, ils nous ont offert des pieds pour marcher jusqu’à nos rêves, jusqu’à l’infini. C’est peut-être suffisant comme bagage pour continuer notre voyage par nous-mêmes. Sinon, nous encombrerions inutilement notre trajet avec des biens à transporter, à assurer, à entretenir.

Un dicton vietnamien dit : « Seuls ce qui ont des cheveux longs ont peur, car personne ne peut tirer les cheveux de celui qui n’en a pas. » Alors, j’essaie le plus possible de n’acquérir que des choses qui ne dépassent pas les limites de mon corps… »

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Extraits de : « ru »  2009  Kim Thuy.

Illustrations : 1/« Visage de Ah-Ho »  Helen Hyde  1868-1919  2/« Azalée rose »  Leon Wyczolkowski 1852-1936.

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Cultiver notre capacité d’émerveillement…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bienheureux revers…

vendredi 26 janvier 2018

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« … En ce jour merveilleux où nous nous retrouvons pour célébrer votre réussite scolaire, j’ai décidé de vous parler des bienfaits de l’échec. Et alors que vous vous tenez à l’orée de ce qu’on appelle parfois « la vraie vie », je veux chanter les louanges de l’imagination, qui est primordiale.

Ces choix vous paraîtront peut-être chimériques ou paradoxaux, mais donnez-moi une chance de vous convaincre.

Se souvenir de la jeune fille de 21 ans que j’étais lorsqu’on m’a remis mon diplôme est une expérience plutôt inconfortable pour la femme de 42 ans qu’elle est devenue. Lorsque j’avais la moitié de mon âge actuel, je tentais de préserver un équilibre précaire entre les ambitions que j’avais pour moi-même et ce que mes proches attendaient de moi.

J’étais convaincue que la seule chose que je voudrais jamais faire était écrire des romans. Néanmoins, mes parents, qui venaient tous deux de milieux pauvres et qui n’avaient pas été à l’université, estimaient que mon imagination suractive était une excentricité amusante de mon caractère qui n’aiderait jamais à rembourser un emprunt immobilier ni à garantir une retraite.

Ils espéraient que je suivrais une filière professionnelle ; je voulais faire de la Littérature anglaise. Nous atteignîmes un compromis qui, avec le recul, ne satisfaisait personne, et j’étudiai les Langues vivantes. La voiture de mes parents avait à peine tourné au coin de la rue que je me suis empressée d’abandonner l’allemand pour me précipiter au département de Langues anciennes.

Je ne me souviens pas avoir jamais dit à mes parents que je faisais des Langues anciennes ; il est très possible qu’ils l’aient découvert le jour de la remise de diplômes. De toutes les matières sur Terre, je pense qu’aucune ne leur paraissait plus inutile que la mythologie grecque quand il s’agissait de réussir à voyager en classe affaires.

Je voudrais préciser, entre parenthèses, que je ne reproche pas leur point de vue à mes parents. Il y a une date limite au-delà de laquelle on ne peut plus reprocher à ses parents de nous avoir mis dans la mauvaise direction ; à l’instant où vous avez l’âge de vous diriger vous-mêmes, c’est vous qui êtes responsables. De plus, je ne peux pas en vouloir à mes parents d’avoir espéré que je ne vivrais jamais dans le besoin. Eux-mêmes avaient été pauvres, et je suis d’accord avec eux pour dire que ce n’est pas une expérience anoblissante. La pauvreté introduite la peur, le stress et parfois la dépression ; cela implique des milliers de petites humiliations et de difficultés. Se sortir de la pauvreté à la force de ses bras, voilà quelque chose dont on peut être fier, mais il n’y a que des imbéciles pour penser que la pauvreté elle-même est très romantique.

Ce dont j’avais le plus peur à votre âge, ce n’était pas la pauvreté. C’était l’échec.

À votre âge, malgré un clair manque de motivation à l’université – où j’avais passé bien trop longtemps à la cafétéria à écrire des histoires, et bien trop peu de temps en cours – j’avais un certain talent pour passer des examens, et depuis des années, c’était là la mesure de ma réussite dans ma vie et dans celle de mes pairs.

Je ne suis pas suffisamment bornée pour penser que parce que vous êtes jeunes, doués et avez reçu une éducation de qualité, vous n’avez pour autant jamais connu des épreuves ou du chagrin. Le talent et l’intelligence n’ont jamais vacciné personne contre les caprices des Parques, et je suis loin de m’imaginer que tous ceux présents ici ont connu une vie de privilèges et de contentement sans un pli.

Néanmoins, le fait que vous sortez de Harvard suggère que vous n’avez pas l’habitude de l’échec. Peut-être même êtes-vous poussés par la peur de l’échec autant que par le désir du succès. En fait, votre conception de l’échec n’est peut-être pas très éloignée de ce que le citoyen lambda appellerait une réussite, vues les hauteurs que vous avez déjà atteintes d’un point de vue scolaire.

En fin de compte, c’est à chacun de décider pour soi-même ce qui définit un échec, mais le monde autour de vous meurt d’envie de vous donner un ensemble de critères, si vous êtes prêt à les accepter. Alors je pense qu’on peut dire que toutes les mesures conventionnelles établiraient que seulement sept ans après ma remise de diplôme, j’avais échoué de façon monumentale. Un mariage exceptionnellement court avait implosé, j’étais sans emploi, une mère seule, et aussi pauvre qu’on peut l’être au Royaume-Uni aujourd’hui sans être SDF. Les craintes que mes parents avaient pour moi, et que j’avais moi-même, s’étaient avérées, et selon tous les critères habituels, j’étais le plus gros échec que je connaissais.

Je ne vais pas me tenir devant vous et vous dire que l’échec est une expérience amusante. Cette période de ma vie était sombre, et je n’avais aucune idée qu’il allait y avoir ce que les journaux appellent une fin en conte de fées. Je n’avais aucune idée de la longueur du tunnel, et pendant longtemps, la seule lumière au bout était plus un espoir qu’une réalité.

En ce cas, pourquoi parler des bienfaits de l’échec ? Tout simplement parce que mon échec m’a fait me séparer de tout le superflu. J’ai arrêté d’essayer de me convaincre que j’étais autre chose que ce j’étais vraiment, et j’ai commencé à concentrer toute mon énergie sur la seule œuvre qui m’importait vraiment. Si j’avais jamais réussi quoi que ce soit d’autre dans ma vie, je n’aurais jamais eu la détermination nécessaire à la réussite dans la seule arène à laquelle je pensais réellement appartenir. J’étais libérée, parce que ma plus grande crainte s’était déjà réalisée, et j’étais encore vivante, et j’avais encore une fille que j’adorais, et j’avais une vielle machine à écrire et une grande idée. J’avais touché le fond, mais le fond est devenu la fondation solide sur laquelle j’ai rebâti ma vie.

Peut-être n’échouerez-vous jamais autant que moi j’avais échoué, mais on ne peut pas éviter une certaine dose d’échec dans la vie. On ne peut pas vivre une vie sans échouer quelque part, à moins de faire tellement attention à tout qu’on aurait tout aussi bien ne pas vivre – auquel cas on échoue par défaut.

L’échec m’a donné une sécurité intérieure que je n’avais jamais atteinte en passant des examens. L’échec m’a appris des choses sur moi-même que je n’aurais jamais pu apprendre autrement. J’ai découvert que j’avais une volonté d’acier, et plus de discipline que je ne le croyais ; j’ai aussi découvert que j’avais des amis qui valaient plus que des rubis.

Savoir qu’on est sorti plus sage et plus fort d’un revers permet de se rendre compte que finalement, on est capable de survivre. Vous ne vous connaîtrez jamais vous-même, ni ne connaîtrez la force de vos relations, à moins d’avoir été mis à l’épreuve. Cette connaissance est un véritable cadeau, même si elle est douloureuse à obtenir, et à mes yeux, il vaut plus que tous les diplômes que j’ai jamais reçus.

Si j’avais une machine à remonter dans le temps, ou un Retourneur de Temps, je dirais au moi de 21 ans que pour être heureux, il faut savoir que la vie n’est pas une liste d’acquisitions ou d’accomplissements qu’il faut obtenir. Vos diplômes, votre CV ne sont pas votre vie, même si vous rencontrerez beaucoup de gens de mon âge ou plus vieux qui confondent les deux. La vie est difficile, compliquée, personne ne peut la contrôler, et avoir l’humilité de savoir cela vous permettra de surmonter ses vicissitudes…. »

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Extraits du discours de J.K.Rowling  (auteure d’Harry Potter) lors de la remise des diplômes à Harward en 2008 (MERCI M.C.).

Je vous invite à lire la traduction intégrale ici, elle est formidable, merci à ce site !

Les Éditions Grasset ont publié le 15 novembre 2017, la traduction française de ce magnifique discours sous le titre « La meilleure des vies« , une idée de cadeau à un étudiant ?

Illustrations : 1/« Anémones »  Leon Wyczolkowski  1852-1936  2/« Danseur »  Vladimir Burljuk  1886-1917.

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Concentrer son énergie sur ce que l’on veut vraiment pour soi...

BVJ – Plumes d’Anges.

Harmonieux accords…

lundi 22 janvier 2018

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MILLE ET UNIÈME BILLET…

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« … Le plus grand des grands hommes est souvent celui qui, pour les autres, ne passe pas pour tel, mais ne fait pas de bruit et traverse son existence sur la pointe des pieds ontologiques. Ses combats sont contre lui-même, ses victoires aussi. Ses champs de bataille ? Lui-même encore. Ses embuscades ou ses assauts, ses rixes et ses offensives ? Encore et toujours lui-même…

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Paradoxalement, c’est en portant son individualité à son point d’incandescence que l’homme parvient à l’universel et qu’il devient grand…

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En nos temps démocratiques, le grand homme est celui qui mène seul son chemin. En lui parle l’âme du monde…

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Il publie Walden en 1854. Il s’agit d’un authentique et grand livre de philosophie. On n’y trouve aucun concept, aucun personnage conceptuel, mais une réflexion sur les conditions de possibilités d’une expérience existentielle : comment mener une vie philosophique ? Thoreau n’invite pas à ce qu’on l’imite, mais il montre comment on peut faire, à charge pour chacun d’inventer son chemin, de trouver sa voie.

Grand et vrai livre de philosophie existentiel dis-je. En effet. Thoreau propose ce qu’il nomme une « médecine eupeptique », autrement dit une médecine pour produire du bon, du bien et écarter le mauvais, le mal. Quelle est-elle ? Se féliciter de la splendeur de chaque matin ; opposer une volonté de jouissance au mouvement naturel de la négativité qui nous tire vers le pessimisme ; désirer le bonheur qui n’est pas donné mais à construire ; se mettre ou se remettre au centre de soi ; transformer les inconvénients en avantages ; rechercher le positif dans le négatif ; vouloir faire de sa vie une fête.

Il invite également à refuser « la vie mesquine ». La vie mesquine, c’est la vie tournée vers les fausses valeurs : l’argent, les honneurs, le pouvoir, les richesses, la propriété, la réputation. C’est la vie salie par les vices de la société de consommation : convoiter, acheter, posséder, consommer, remplacer. C’est aussi une vie fausse avec autrui : une vie réduite à la surface, aux apparences, à la mondanité, aux salons, aux bavardages…

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Mener cette vie qu’on dirait aujourd’hui « décroissante », voilà une option politique. Celle qui lui permettait d’écrire dans La Désobéissance civile : « Que votre vie soit le frottement qui arrête la machine. »(…) Au nom de cette même thèse, être le frottement qui arrête la machine, on peut aussi se vouloir une force de résistance plus qu’une force d’inertie. Force d’inertie : vivre dans les bois. Force de résistance : désobéir pour réaliser ce qui nous semble juste. Non plus vivre pour soi, mais vivre contre ce qui empêche de vivre pour soi.

C’est le second temps dans la si brève vie de Thoreau. Le temps de La Désobéissance civile, un très grand petit livre. Je ne sais pas s’il a lu le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie. C’est peu vraisemblable. (…) L’un et l’autre ouvre la voie d’une pratique politique libertaire radicale – c’est celle dans laquelle je me retrouve. Pas d’appel au crime, au meurtre et au sang chez l’un et chez l’autre ; pas de têtes sur le billot ou au bout des piques pour réaliser la liberté ; pas de guillotine, de terreur, de camp de concentration au nom du bien de ceux qu’on décapite ou qu’on enferme ; pas de massacre des hommes au nom de l’humanité ; pas d’armées, de milices, de soldats tirant sur les hommes pour le bonheur futur – juste une recette extrêmement simple : le pouvoir n’existe que par le consentement de ceux sur lesquels il s’exerce, il suffit de ne plus consentir pour obtenir que le pouvoir s’effondre… »

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Extraits de : « Vivre une vie philosophique – Thoreau le sauvage »   2017  Michel Onfray.

Illustrations : 1/« Montagnes blanches dans le New-Hampshire »  Thomas Doughty  1793-1856  2/« Paysage »  Asher Brown Durand  1796-1886.

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Accorder notre vie et nos pensées…

BVJ – Plumes d’Anges.

Histoire d’Indien…

jeudi 18 janvier 2018

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« … C’est quelque chose qui m’est venu au collège et que je pratique encore. J’ai forgé des résistances et des abris. Je sais déserter le réel quand il est trop dur, je me laisse happer par mes idées, mes histoires. Je rentre en moi…

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… À trente ans, j’ai fait un rêve. Une voix me disait : il y a deux sortes d’individus dans la vie, les Classiques et les Indiens. Cette phrase a claqué dans ma nuit comme une vérité. La voix off était comme un troisième personnage qui m’indiquait ma voie.

Le Classique est un homme pétri par la norme, il n’inventera jamais rien, ne fera qu’obéir et suivre le mouvement en rêvant d’ascension sociale. C’est mon père.

L’Indien est un intuitif, un insoumis, un créatif…

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Il faudra toujours des gens qui peignent, sculptent, écrivent loin du système, sans détester le passé, la rigueur et les règles de l’art, sans renoncer à la sincérité et à l’émotion que notre époque éteint ou détourne à force de surenchère.

Les artistes sont aujourd’hui comme les alpinistes une fois l’Everest vaincu. Ils peuvent décider de monter sans cordes ni piolet, à reculons, torse nu, surenchérir toujours sur la performance. Ou au contraire mettre leurs pas dans ceux des maîtres, chercher leurs propres sensations, leurs propres vibrations sur le toit du monde… »

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Extraits de : « L’intranquille »  2009  Gérard Garouste avec Judith Perrignon.

Illustrations : 1/« Tête de cerf »  Diego Velasquez  1599-1660  2/« Vol d’oiseaux autour d’un petit hibou »  Frans Snyders  1579-1657.

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Chercher à mieux comprendre les hommes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Brumes…

lundi 15 janvier 2018

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« … – Pourtant êtes-vous si sûre, chère dame, de souhaiter être libérée de cette brume ? Ne vaut-il pas mieux que certaines choses restent cachées à nos esprits ? 

– Pour certains peut-être, mon père, mais pas pour nous. Axl et moi souhaitons retrouver les moments de bonheur que nous avons partagés. En être privés, c’est comme si un voleur était venu dans la nuit nous prendre ce que nous avons de plus précieux.

– Pourtant la brume recouvre tous les souvenirs, les bons comme les mauvais. N’en est-il pas ainsi, madame ?

– Les mauvais nous reviendront aussi, même s’ils nous font pleurer ou trembler de colère. Car n’est-ce pas la vie que nous avons vécue ensemble ?

– Vous n’avez donc pas peur des mauvais souvenirs, madame ?

– Qu’y a-t-il à craindre, mon père ? Ce que nous ressentons l’un pour l’autre au fond de notre cœur nous dit que le chemin pris ici ne peut recéler aucun danger pour nous, quand bien même la brume nous le cacherait. C’est comme une histoire qui finit bien, quand même un enfant sait qu’il n’a pas à en redouter les péripéties. Axl et moi nous rappellerons notre vie commune, quelle que soit sa forme, car c’est une chose qui nous est chère…
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… « Batelier, dit-elle. Il existe une légende que j’ai entendue autrefois, peut-être quand j’étais enfant. À propos d’une île remplie de bois accueillants et de torrents, un lieu aux étranges qualités. Beaucoup de gens s’y rendent, mais pour chacun de ceux qui y résident, c’est comme s’il se promenait seul sur l’île, car il ne voit ni n’entend ses voisins. S’agit-il de l’île qui se trouve devant nous, monsieur ? »

Je continue de casser de menues branches et de les disposer avec soin sur les flammes. « Chère dame, je connais plusieurs îles qui correspondent à cette description. Qui sait si celle-ci en est une ? »

Une réponse évasive, qui lui inspire de l’audace. « J’ai aussi appris, poursuit-elle, que, parfois, ces curieuses conditions cessent de prévaloir. Que des dispenses particulières sont accordées à certains voyageurs. Ai-je bien compris, monsieur ? »

– Chère dame, dis-je, je ne suis qu’un humble batelier. Ce n’est pas mon rôle d’aborder de pareils sujets. Mais puisqu’il n’y a personne d’autre ici, permettez-moi de vous proposer cette réponse. J’ai entendu dire que, quelquefois, peut-être pendant un orage comme celui qui vient de s’achever, ou une nuit d’été lorsque la lune est pleine, un insulaire peut avoir la sensation que d’autres personnes se déplacent à ses côtés dans le vent. C’est peut-être ce que l’on vous a raconté.

– Non, batelier, insiste-t-elle, c’est plus que cela. On m’a dit qu’un homme et une femme, après des années de vie commune, et liés par un amour d’une force inhabituelle, peuvent se rendre sur l’île sans être contraints de l’arpenter en solitaire. J’ai entendu dire qu’ils peuvent savourer le plaisir d’être ensemble comme ils l’ont fait tout au long de leur existence passée. Serait-ce la vérité batelier ?… »

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Extraits de :  « Le géant enfoui »  2015  Kazuo Ishiguro.

Illustrations : 1/« Lever de soleil sur un paysage nordique »  Eduard von Buchan    1800-1876  2/« Coucher de soleil »  Harald Sohlberg  1869-1935.

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Dissiper les brumes de notre vie…

BVJ – Plumes d’Anges.