Au-delà…

24 septembre 2015

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« … Par-dessus mon épaule, sa voix résonna à mon oreille : « Ne sois pas accablé par la tristesse. Songe que cette lumière née de la nuit est dispensée partout et à tous. Elle ne cloisonne pas, elle élève ; elle ne sépare pas, elle réunit. » Et de m’inviter à voir plus loin que le ciel étoilé, à déceler la Présence des présences qui nous donne à boire un lait autre que celui versé par la Voie-lactée, le lait de compassion et de tendresse… »

Extrait d’« Assise » 2014 François Cheng.

Illustration : « Signe zodiacale du Capricorne »  Mikalojus Konstantinas Ciurlionis 1875-1911.

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Voir plus haut, plus loin…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lumière de brume…

21 septembre 2015

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 » Monsieur Pou était un homme riche et heureux. Il passait des journées sereines à contempler ses trésors, à caresser ses vases, à déguster à petites gorgées le thé parfumé dans une tasse à la transparence de glacier.

Monsieur Pou était aussi généreux qu’il était riche : ses amis lui rendaient souvent visite et repartaient, qui avec une gravure, qui avec un bijou… Il avait coutume de dire : « Les objets ne nous appartiennent vraiment qu’au moment  où nous les donnons ; nous en séparer nous en rend vraiment propriétaire. »

C’était un homme paisible ; aussi bien au début ne s’émut-il pas lorsqu’il entendit parler de collections brisées et de livres brûlés. « Nul ne peut vivre sans beauté », c’était là une autre de ses phrases favorites. Il se sentait protégé par cette certitude jusqu’au soir où, porte défoncée à coups de bottes, ils entrèrent chez lui, le tirèrent de son fauteuil par les cheveux et mirent à sac la maison. Piétiné le tendre jade, écrasé le céladon couleur de nuage, déchirés les paysages de brume et d’eau ; tout fut consciencieusement réduit en miettes ou en échardes. Pour finir, la maison brûla et monsieur Pou trouva refuge dans la bicoque du gardien.

Allongé sur le plancher rugueux, il regrettait ses biens disparus ; mais c’était la haine dans les regards de ses tortionnaires qui faisait le plus souffrir Monsieur Pou.

Puisqu’il était devenu impossible de ne rien acheter d’autre en ville que des bols de terre mal façonnés ou des vêtements rapiécés, il décida de créer lui-même la beauté.

Retrouvant pinceaux et encre grâce à ses amis, il prit goût à tracer des signes, des nuages d’encre, des lignes dansantes. Il se mit à dire en souriant à nouveau : « La joie naît du contentement. Le contentement naît du peu  » – réconfort qu’il n’avait eu que peu, il faut le dire, l’occasion de mettre en pratique jusque-là. Jusqu’au soir où ils revinrent, traînèrent Monsieur Pou par les oreilles avant de faire disparaître dans le feu papiers, encre, murs grossiers et toit fuyant.

Monsieur Pou passa plusieurs jours sur le ciment de la cour, hagard, sans la moindre maxime à se mettre sous la dent. Inquiets, ses amis l’emmenèrent hors de la ville.

Monsieur Pou s’assit au bord d’un ruisseau le regard rêveur : il ne connaissait les arbres et les fleurs qu’à travers les peintures délicates et les rouleaux de soie.

Mais après quelques semaines, œil vif, mine éclatante, Monsieur Pou remerciait tous les dieux : il avait découvert la brume au parfum plus léger que l’encens, l’éclat du soleil plus brillant que l’or, la caresse du vent qui fait onduler les herbes, mieux que les traits du plus subtil des calligraphes…

Oh, il n’avait pas perdu tous ses réflexes de collectionneur : il essayait de décrocher la toile d’araignée plus fine que la soie, il cueillait les fleurs bleues et s’étonnait de les voir dépérir, il voulait garder la rivière dans ses mains closes. Mais il apprenait, et petit à petit, le vert de la prairie emplissait son corps et il n’était nul besoin de musique puisque le vent dans les pins chantait dans sa tête.

Lorsqu’ils revinrent, ils eurent beau chercher partout, ils furent incapables de voir Monsieur Pou : il n’y avait plus que le grand ciel bleu et toute la beauté du monde. »

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« La vraie vie de Monsieur Pou » extrait de « Journal de mon jardin zen » 2009  Joshin Luce Bachoux.

Tableaux : 1/« Paravent argenté » Frank Weston Benson 1862-1951  2/« Ruisseau »  François-Louis Français 1814-1897.

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Aller vers l’essentiel…

BVJ – Plumes d’Anges.

Merveilleuse réminiscence…

19 septembre 2015

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Petite divagation à cœur ouvert…

Cet été, protégée par le magique Sorbier,

mon esprit vagabondait et jouait avec les mots…

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Au cœur de la journée…

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j’ouvre mon cœur…

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et tant que le cœur me battra…

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de gaieté de cœur…

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je laisserai parler mon cœur !

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« Toute chose est un arrêt du souffle, provisoire, un repos d’un instant pour la divinité perpétuellement respirante. L’univers entier comme un souffle suspendu. Ainsi quand le vent tombe dans le jardin ; puis il reprend, et les choses changent ; mais rien n’est perdu ; la divinité respire éternellement.

La puissance invisible, le cœur du monde un instant reprend son souffle : naissent les arbres, les montagnes ; mais au regard attentif, apparaissent leur précarité, leur mouvement, leur nature de suspens et de passage. »


« La promenade de fin d’été » Philippe Jacottet.

Photos et divagation BVJ

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Écouter son cœur…

BVJ – Plumes d’Anges.


Trésor des choses simples…

15 septembre 2015

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« … Ils tiennent les rênes – ou tout au moins le croient-ils – de la culture, de la politique, de l’industrie, de la finance, de je ne sais trop quoi. Ils ont propension à s’afficher, à pérorer, à trahir, à commander, à soumettre. Mais le plus important, ils l’ont oublié. La mort rôde autour d’eux comme une guêpe.

À leur conversation monstrueuse, je préfère celle des bois, des nuages, des enfants. J’y vois plus de clarté et, surtout, plus de bonté. Ce monde est mort car ils ont piétiné tout amour. Je préfère de loin l’amour de ma grand-mère pour ce Dieu auquel je ne crois pas, que toutes les paroles des hommes qui suscitent les guerres, la haine et le combat. La parole de la lumière sur le mur de la grange est chargée d’amour, cela suffit à la vie invisible que je mène. Mon esprit ne réclame aucune autre nourriture que celle des choses simples, bienfaisantes. C’est une leçon de cette femme du bout du monde.

Combien les Grandes choses ont raison de se tenir aux lisières, dans la belle lumière des sous-bois. Ce qui est grand ne se montre pas. Ce qui ne se montre pas est éternel…

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… Comme tout un chacun, j’aurai passé ma vie à chasser la souffrance. La souffrance est une sotte chose qui vous prend à la gorge et ne vous lâche pas. Si j’ai écrit des livres, quelques poèmes, c’est pour qu’elle s’en aille très loin de moi, qu’elle laisse enfin la place à cette vie paisible que nous n’atteignons jamais. La vie paisible n’est pas la monotonie. Elle est la très haute clairvoyance…

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… Une passante me visite chaque jour, frappant doucement à la fenêtre sans s’arrêter jamais. Elle ne cesse d’être là, de s’absenter aussi, d’aller infiniment. Son nom est lumière. Elle est une mendiante qui ne réclame rien mais donne tout. Je lui suis redevable des trésors que la vie m’apporte. Mon bien est maigre : un étroit jardin sous un pan de ciel, quelques arbres, des essaims d’oiseaux, une solitude inépuisable. Il conviendrait de jouir de plusieurs vies pour venir à bout de cette immense chose qui ne s’attarde pas : la grâce, la grâce est une épée de lumière.

Souvent, je m’en vais très loin, emportant son visage avec moi… »

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Extraits de : « Rumeurs du silence » 2012  Joël Vernet.

Tableaux : 1/ « Nuit d’été »  Kitty Lange Kielland 1843-1914   2/ »Portrait d’enfant »  Lilla Cabot Perry 1848-1933.

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Emprunter des chemins de lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lumière intérieure…

13 septembre 2015

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Dans le brouhaha ambiant,

faire le calme à l’intérieur de soi,

cultiver cette vibration comme une fleur rare…

Être de plus en plus nombreux à désirer vivre cet état,

ainsi cette onde bénéfique opèrera un changement de monde…

Laisser tomber les vieilles querelles et les vieilles chimères,

regarder plus loin, plus haut,

être vivant,

se souvenir,

créer en nous une lumière nouvelle qui illuminera,

une source nouvelle qui abreuvera…

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Illustrations : 1/« Éclipse totale de soleil observée au Wyoming le 29 juillet 1878 » dessin d’ Etienne Léopold Trouvelot 1827-1895   2/« La jeune fille aux cygnes » conte d’Elena Nyblom illustré par John Bauer 1882-1918.

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Calmer l’esprit, créer une nouvelle résonance…

BVJ – Plumes d’Anges.

S’unifier…

9 septembre 2015

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« … Je ne m’étais pas trompé. Il se passe quelque chose d’énorme dans le ciel, dans ces petits cerveaux de quelques grammes qui traversent l’espace comme des flèches, dans tout ce grouillement d’ailes qui ébouriffent l’atmosphère.

Les hirondelles se préparent à migrer.

En apparence, elles continuent à mener leur vie habituelle. (…) C’est encore l’été. Mais, le jour suivant, tout cet incroyable affolement reprend de plus belle. De nouveaux vols, plus grands, se recomposent, en formations effilochées dans le ciel, pour attirer les autres hirondelles encore isolées. Mais aussitôt après ils se disloquent à nouveau, en quelques instants chacune prend une direction différente. Mais plus haut, encore plus haut, d’autres vols se forment. Et puis d’autres encore. Jusqu’à ce que l’on voie soudainement les premiers grands nuages démesurés grouillant d’hirondelles trissantes qui se lancent dans ce voyage fou dont elles ne connaissent même pas la destination.

Elles l’ont compris bien avant tout le monde, là-haut, que quelque chose avait changé sur la terre, qu’il se passe quelque chose d’énorme, que l’été se termine, que d’ici peu le ciel et la terre ne seront plus les mêmes, que commenceront l’automne, l’hiver…

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… « Comment savoir si au-dessus du ciel il y a un autre ciel ? je suis en train de me demander, assis devant le précipice. Du moins celui qu’on voit d’ici, de cette gorge, au dessus de cet agglomérat de maisons et de ruines abandonnées. Comment savoir si la lumière n’est pas elle-aussi à l’intérieur d’une autre lumière ? Et quelle lumière ça peut bien être, si c’est une lumière qu’on ne peut pas voir ? Si on ne peut même pas voir la lumière, qu’est-ce qu’on peut voir d’autre ? Comment savoir si la matière dont se compose l’univers, tout du moins le peu qu’on réussit à percevoir dans l’océan de la matière et de l’énergie noire, n’est pas à l’intérieur d’une autre matière infiniment plus grande, et si la matière et l’énergie noire ne sont pas à leur tour à l’intérieur d’une obscurité infiniment plus grande ? Comment savoir si la courbure de l’espace et du temps, si courbure il y a, si espace il y a, si temps il y a, ne sont pas eux-aussi à l’intérieur d’une courbure plus grande, un espace plus grand, un temps plus grand, qui vient avant, qui n’est pas encore venu ? Comment savoir pourquoi ça s’est arrangé comme ça, dans ce monde ? (…) Parfois je pense qu’il y n’a plus de vivants dans le reste du monde. Mais il y en a. Parce que, aujourd’hui après midi, quand il faisait encore jour, levant tout à coup les yeux, j’ai vu que le bleu limpide était traversé de bout en bout par une bande blanche parfaitement droite qui s’étendait dans le ciel, que traçait un avion si loin qu’on ne l’entendait même pas vrombir dans la vastitude de l’espace…

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… »Et puis un jour une autre petite lumière s’allumera juste à côté… », je me surprends à penser. « Il y aura alors deux petites lumières et non plus une seule. Et je les regarderai d’ici et je me dirai : voilà, cette terrible solitude est terminée. L’expiation est terminée! »… « 

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Extraits de : « La petite lumière » 2009  Antonio Moresco.

Illustrations : 1/ et 3/  d’un Conte d’Hans Andersen 2/ du conte « Bill the Minder » William Heath Robinson 1872-1944.

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Retrouver et laisser briller toutes nos facettes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Derniers instants…

7 septembre 2015

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Princes et princesses baillent et s’étirent…

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D’autres expositions se préparent…

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Les rideaux vont se fermer…

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La musique fut fort belle…

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L’artiste tire sa révérence…

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Derniers instants… MAIS  bonne nouvelle :

l’exposition Canaletto  à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence

joue les prolongations jusqu’au 20 septembre,

si vous passez par là, précipitez-vous vers ce lieu magique,

je vous l’avais présenté —> ICI !!!

Photos BVJ

Tableau : « Le retour du Bucentaure à la jetée du Palais Ducal » (détail)  Giovanni Antonio Canal dit Canaletto 1697-1768.

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Profiter de chaque instant…

BVJ – Plumes d’Anges.


Secrète splendeur…

4 septembre 2015

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« … Là le ciel s’emplit de musique.

Là il pleut du nectar.

Là les cordes de la harpe vibrent et les tambours battent.

Quelle secrète splendeur est là dans ce château du Ciel.

Là il n’est plus question ni du lever ni du coucher du soleil.

Dans l’océan des révélations qu’est la lumière de l’amour, le jour et la nuit ne font qu’un.

Joie à jamais : ni douleurs, ni luttes.

Là j’ai bu, remplie jusqu’au bord, la coupe de la joie, de la joie parfaite… »


Extrait de : « Poèmes de Kabir »  Rabîndranâth Tagore 1861-1941.

Illustration : « Glacier des Alpes autrichiennes » 1900 Alois Hans Hubner.

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Communier avec la nature…

BVJ – Plumes d’Anges.

Etrangetés…

1 septembre 2015

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Quand deux cerveaux se rencontrent…

– « Ce que j’admire le plus dans votre art » dit Albert Einstein, « c’est votre universalité. Vous ne dites pas un mot, et pourtant, le monde entier vous comprend. »

– « C’est vrai », réplique Chaplin, « mais votre gloire est plus grande encore : le monde entier vous admire, alors que personne ne vous comprend ! »

Illustration : « Figure des corps célestes » Enluminure extraite du livre « Cosmographia »  Bartolomeu Velho XVIème.

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S’interroger…

BVJ – Plumes d’Anges.



Réaliser…

28 août 2015

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« … Je n’aime pas Fouquet du début de son existence jusqu’à son emprisonnement. Cet « honnête homme malhonnête » me déplaît dans ses outrances, ses manigances, ses orgueils, ses mondanités et son désir de paraître. Mais le ciel avait un plan pour lui et Fouquet l’a compris : il a dû faire tout cela, le château de Vaux-le-Vicomte, les intrigues à déjouer, les après-dîners secrets, les pots-de-vin à toute heure, les jets d’eau et les feux d’artifice nocturnes, les tapis de Turquie, les cuirs de Cordoue et les lits de brocart parsementés d’or, pour aller tout droit vers sa fin. Il a dû traverser les splendeurs illusoires pour toucher à la vérité profonde. Il a dû vouloir les plaisirs corsetés pour connaître la souffrance qui libère. Il a dû être un géant pour n’être plus rien. D’autres que lui font ce chemin à l’envers et perdent ce qu’ils avaient gagné au début…

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… Ceux qui se sentent étrangers sur terre en sont les vrais habitants…

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… L’étrangeté de la vie est pour moi un moins grand mystère que le mystère de ceux qui ne s’étonnent pas de l’étrangeté de la vie…

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… Soudain, papa s’agenouille devant un landau dans lequel s’est redressé un bébé joyeux. La maman n’est pas étonnée de voir papa, le visage rempli de bonheur, babiller quelques mots à l’enfant qu’il interroge d’un sourire de lumière. Le poupon lui répond d’un sourire plus lumineux encore. La maman dit merci, comme si le bon Dieu en personne la visitait. Et moi, je regarde cela furieux, piétinant sur place comme un diable authentique, tellement en colère de voir ce que je n’ai pas eu de ma vie, ce que je n’ai jamais vécu, ce que mon père ne m’a jamais donné. L’enfant s’en va et ses petits yeux soyeux dardent des rayons multicolores. Papa se retourne vers moi. Il lui reste sur le visage un peu de son sourire de lumière et je comprends soudain. Sans rien me dire, il m’a montré devant ce bébé joyeux comment il m’a aimé, avant, au début, et comment il regardait le petit garçon que je fus et qui ne peut s’en souvenir. Je me dis alors qu’il m’offre du passé perdu, papa. Je me dis qu’il ouvre une fenêtre du temps pour que j’inspire tout l’oxygène dont la suite de ma vie aura besoin. Mon père irréversible m’offre le plus beau des cadeaux et je me souviens qu’à cet instant-là, quand je comprends cela, l’émotion me coupe l’âme en deux parties égales, nuit noire et éblouissement.

Montreurs d’exemples, faiseurs de miracles, retournez vite au ras de mon enfance, allez me le chercher tout en bas, ce petit papa que je n’ai pas fini de serrer contre moi… »

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Extraits de : « Devance tous les adieux » 2015 Ivy Edelstein.

Illustrations : 1/« Le triomphe de la Loyauté – Chambre des Muses – Château de Vaux-le-Vicomte »  Charles Le Brun 1619-1690  2/« L’artiste danois Pietro Krohn et son fils Mario »  Albert Edelfelt 1854-1905.

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Nous sommes tous « accompagnés »…

BVJ – Plumes d’Anges.