Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Cheminer…

vendredi 2 août 2013

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« … Le Chemin est une alchimie du temps sur l’âme.

C’est un processus qui ne peut être immédiat ni même rapide. Le pèlerin qui enchaîne les semaines à pied en fait l’expérience…

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… Une étrange douceur s’était emparée de moi. Je n’avais plus mal nulle part, entraîné que j’étais par les centaines de kilomètres parcourus. Mes désirs avaient maigri plus vite que moi : ils se réduisaient à quelques ambitions, certaines faciles à satisfaire, manger, boire, une autre assez inaccessible, mais j’en avais pris mon parti : dormir. Je commençais à percevoir en moi la présence d’un délicieux compagnon : le vide. Mon esprit ne formait plus d’image, aucune pensée, encore moins de projet. Mes connaissances, si j’en avais eues, avaient disparu dans les profondeurs et je n’éprouvais aucun besoin d’y faire appel. En découvrant un paysage, il ne me venait pas à l’esprit qu’il pût ressembler à la Corse, ni à nul autre lieu que j’aurais connu. Je voyais tout avec une fraîcheur éblouissante et j’accueillais la complexité du monde dans un cerveau redevenu aussi simple que celui d’un reptile ou d’un étourneau. J’étais un être nouveau, allégé de sa mémoire, de ses désirs et de ses ambitions, un Homo erectus mais d’une variété particulière : celle qui marche. Minuscule dans l’immensité du Chemin, je n’étais ni moi-même ni un autre, mais seulement une machine à avancer, la plus simple qui se pût concevoir et dont la fin ultime autant que l’existence éphémère consistaient à mettre un pied devant l’autre.

Alors, devant mes yeux dessillés, les Asturies déployèrent tous leurs charmes. Ce fut, pendant ces jours merveilleux, une pavane interminable de vallées sauvages et de côtes somptueuses, de villages inviolés et de chemins tracés comme des caresses divines au flanc des montagnes. Ce furent des heures vertes comme les pâturages d’altitude et des nuits bleues comme le ciel d’acier qui recouvrait ces paysages. La pureté des sources qui désaltèrent au moment où l’on a soif, le moelleux blond des pains de villages, la douceur troublante du vent qui glisse ses doigts dans la chevelure raidie de poussière du marcheur, tout est entré en moi avec force, sans la médiation d’une pensée, sans l’ombre d’un sentiment, d’une impatience ou d’un regret…

Et dans ces splendeurs, le Chemin m’a confié son secret. Il m’a glissé sa vérité qui est tout aussitôt devenue la mienne… »

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Extraits de : « Immortelle randonnée » 2013  Jean-Christophe Ruffin.

Tableaux : 1/« Los Picos de Europa »  Carlos de Haes 1826-1898  2/« Lys »  Jaime Morera Galicia 1854-1927.

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À chacun, son Chemin…

BVJ – Plumes d’Anges.

Route…

lundi 1 juillet 2013

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« … « Depuis le temps que j’en rêvais », voilà ce qu’elle a dit. C’est drôle comme on connaît peu les rêves de ses parents…

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… Poser mes doigts sur les reliures en veau patiné, les dorures à l’or fin.

Le sentiment d’avoir droit enfin, d’un coup, à ce qui est rare, à ce qui est beau. Tout simplement…

J’étais bouleversé. De ces livres à moi quelque chose se communiquait. Un pouvoir. Étrange.

Celui de la rareté, de la beauté…

C’est quoi la richesse ?

C’est ce sentiment de devenir précieux soi-même parce qu’on a le droit de toucher les choses précieuses ?…

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… Moi j’avais besoin de gens qui cherchent, pas de ceux qui ont l’air d’avoir déjà tout trouvé. Les phrases bien rodées me faisaient tourner les talons…

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… Je pouvais m’inclure parmi les autres en marchant simplement dans les rues. Ça, c’était une émotion nouvelle.

J’ai continué à marcher, sans chercher à comprendre ce que j’éprouvais. C’était à vivre, c’est tout.

Et après tous mes jours et toutes mes nuits inquiètes, c’était bon à vivre.

Mon visage s’offrait aussi au regard des autres. Un partage. Simple. Et ça me suffisait. Je me foutais bien de la mondialisation. Ce que j’avais cherché, ce qu’on cherchait tous, c’était ça, ce sentiment d’être chez soi sur terre, c’est tout, non ? Avec les autres, tous les autres…

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… Mon père, qu’as-tu fait de tout ce temps ? As-tu été heureux ? Est-ce-que nourrir sa famille suffit à remplir une vie d’homme ? Comme c’est étrange de penser que pour être une famille « normale » il faut être séparés toute la journée, le père à l’usine, nous à l’école, la mère à la maison. Une famille normale ne regarde jamais le soleil se lever, parents et enfants ensemble, en silence. Est-ce qu’on ne pourrait pas avoir un peu plus de temps ensemble chaque jour pour se promener ou contempler le vol des oiseaux ou chanter une chanson ? Je suis sûr que tu aurais aimé, papa, nous embarquer sur ton bateau et faire voile. La force qui m’a poussé loin de vous, elle était en toi aussi ? En chacun de nous ?…

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… Je marchais.  Je sentais qu’un nouvel ordre de vie était en train de réagencer toutes mes perceptions.

C’est ça une révolution ?

J’ai posé la question à Marcel un soir. Il a hoché la tête.

– Pendant longtemps tu sais, Antoine, j’ai cru que la révolution, c’était tout le monde ensemble, à la même heure, au même endroit. Le grand soir ou le grand matin. Et puis j’ai compris que c’était solitaire, ce qui se passait vraiment. À l’intérieur de chacun. Et ça, ça ne peut pas se faire tous ensemble, à la même heure. C’est dans chaque vie quelque chose du possible, on y va ou on n’y va pas. Après, si on peut, on se rassemble avec les autres… Toi, c’est ici que ça se passe mais ça avait commencé déjà. Au marché déjà…

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… Impossible Thaïs ! vous êtes sur votre route ! ça se voit ! personne ne peut plus vous arrêter avec des balivernes. C’est difficile une route, et douter c’est pas mal non plus. Ils me fatiguent les gens trop sûrs d’eux… mais vous, vous êtes assez intelligente pour douter.  Ne vous laissez pas tirer en arrière, mon petit. On n’a pas l’éternité devant nous. Juste la vie… »

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Extraits de : « Les insurrections singulières » 2011  Jeanne Benameur.

Illustrations : 1/« Livres »  Jacques Bizet 1872-1922  2/« Hauts fourneaux »  Joseph Pennel 1860-1926  3/« Anna Obolenskaya »  Carolus Duran 1861-1917.

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Suivre la route de nos rêves…

BVJ – Plumes d’Anges.

Premier matin du monde…

vendredi 28 juin 2013

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« C’est le premier matin du monde.

Comme une fleur confuse exhalée de la nuit,


Au souffle nouveau qui se lève des ondes,

Un jardin bleu s’épanouit.


Tout s’y confond encore et tout s’y mêle,

Frissons de feuilles et chants d’oiseaux,


Glissements d’ailes,

Sources qui sourdent, voix des airs, voix des eaux,


Murmure immense,

Et qui pourtant est du silence… »

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Vous arrive-t-il,  quelquefois, de ressentir une émotion si forte que vous vous imaginez vivre le premier matin du monde ?

Extrait du poème « C’est le premier matin du monde »  Charles Van Lerberghe 1861-1907.

Photos BVJ.

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Vivre la musique du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.


Force…

lundi 24 juin 2013

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« … Ce que vous demandez, c’est cela même que vous obtenez…

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… Il y a des choses que vous voudriez changer. Pour qu’il y ait changement, vous devez voir ces choses comme vous aimeriez qu’elles soient plutôt que de continuer à les voir telles qu’elles sont…

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… L’orientation délibérée de vos pensées est la clef d’une vie joyeuse, mais le désir d’éprouver la joie est le meilleur des plans d’action, car dans cette aspiration à la félicité, vous découvrez les pensées qui attirent à vous la vie merveilleuse que vous désirez…

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… Le plus grand cadeau que vous puissiez faire à autrui est de croire à son succès…

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… Quand vous observez le monde autour de vous, sélectionnez les aspects de la vie qui vous plaisent et réfléchissez-y… Prenez note, mentalement ou par écrit, des choses auxquelles vous prenez plaisir dans ce monde, puis mélangez-en les composant dans votre esprit, pour créer des scénarios et des versions de votre vie qui vous enchantent…

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… Vous n’êtes pas là pour prouver votre valeur. Vous en avez ! Vous êtes là pour connaître une expansion joyeuse…

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… L’action qui résulte de pensées harmonieuses est joyeuse. Celle qui fait suite à des pensées contradictoires requiert de gros efforts, elle n’est pas satisfaisante et produit peu de résultats…

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… Plutôt que de vouloir faire en sorte que le monde entier  fasse la même chose ou du moins les choses que vous aimez, il est largement préférable d’adopter la posture d’accepter que chacun a le droit d’être, de faire et d’avoir ce qu’il veut, en sachant que, grâce au pouvoir de vos pensées, vous allez vous-même n’attirer à vous que ce qui est en harmonie avec vous…

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… Si vous voulez quelque chose et que vous vous attendez à le recevoir, c’est cela qui arrivera. Mais si vous ne prenez pas le temps de déterminer ce que vous voulez, alors, soumis à l’influence d’autrui ou à celle de vos vieilles habitudes, vous allez attirer toutes sortes de choses, tant désirables qu’indésirables…

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… Soustraire votre regard de ce qui est source de conflit, pour le reporter sur l’essence de ce que vous voulez…

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Aujourd’hui, où que j’aille et quoi que je fasse, mon intention  première sera de voir seulement ce que je veux voir. Rien n’est plus important que de me sentir bien… »

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Extraits de : « La loi de l’attraction » 2008  Esther et Jerry Hicks.

Illustrations : 1/« Bronte beach » 2/ »La couleur fatale » 4/« Jour d’été » Charles Conder 1868-1909  3/« Dans le champ de foin » Joseph Krachkovsky 1854-1914.

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Bien se sentir…

BVJ – Plumes d’Anges.

Abondance…

lundi 17 juin 2013

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« … Son sourire enlève à la glace son opacité, son sourire enlève au monde entier son opacité… Ils se regardent longtemps… Les deux sourires bavardent. Très, très longtemps…

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… Non, je n’ai pas envie d’une piscine. Est-ce que j’ai seulement envie de quelque chose ? J’ai tout. Chaque matin j’ouvre les yeux et je me découvre milliardaire : la vie est là, discrète, bruyante, colorée, petite, immense. Le chaos, les siècles et les étoiles ont bâti cette merveille pour moi, pas que pour moi, bien sûr, mais est-ce ma faute si je sais reconnaître un cadeau, si je ne fais pas grise mine devant ce trésor, est-ce ma faute si je n’ai pas le goût de faire le tri et si tout me vient comme une chance, même les migraines, même cette douleur au gros orteil du pied gauche ? Je n’aurais pas dû entrer dans ce champs pour cueillir des coquelicots. Je le savais pourtant : les coquelicots, il faut les aimer avec les yeux, pas avec les mains. Dans les yeux, ils flambent. Au bout des doigts, ils fanent… Vraiment, j’ai tout. Pourquoi aurais-je envie de quelque chose de plus ? Y a-t-il quelque chose de plus que tout ?…

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… Il a trouvé mieux. Il a trouvé ce qui était sous ses yeux, au réveil, après l’ouverture des fenêtres de sa chambre. Un marronnier. Un marronnier gigantesque, respirant, bourdonnant. Albain a pris son petit déjeuner devant l’arbre. Le petit déjeuner a duré une dizaine d’heures. Mon Dieu, comme cette vie est belle et comme elle est bien faite : en nous, quelque chose a faim. Au-dehors, une quantité infinie de nourriture, plus que de raison.

Albain était arrivé de nuit à l’hôtel. Les arbres dans la nuit sont comme des gens râleurs dans une foule. On ne comprend pas ce qu’ils disent. On ne distingue aucun détail, on passe sans s’attarder. Les arbres dans le noir ressemblent à des enfants boudeurs, peu attachants. Mais dans le jour, quelle splendeur ! Le marronnier devant lequel Albain mange son croissant au beurre est un chef indien, un maître international des échecs, un génie de la musique, un chef-d’œuvre de la littérature. Corpulent, agile, il danse sur place, joue, fredonne, écrit. Ce marronnier est dans le sein de Dieu. Il tutoie les plus grands de la hiérarchie céleste… »

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Extraits de : « Geai » 1998  Christian Bobin.

Tableaux : 1/ »Lac de montagne » Fritz Chwala 1872-1936  2/« Le châtaignier des cent chevaux sur les pentes de l’Etna »  Jean-Pierre Houël 1735-1813.

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Savourer le festin de la nature…

BVJ – Plumes d’Anges.


Vie en or…

vendredi 14 juin 2013

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« Elle aimait la pluie comme le soleil. Ses moindres pensées avaient une couleur réjouissante comme de belles fleurs bien saines, qui plaisent toutes. »

Alain

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« … Un matin, je regardais un arbre avec quelques fleurs rouges et une douzaine de moineaux. Tout ce que je voyais produisait en moi un sentiment de jubilation intérieure et de perception de la pureté infinie des phénomènes. Puis je me suis imaginé une situation d’ « échec », suscitant toutes sortes de sentiments négatifs. Brusquement, l’arbre m’apparut poussiéreux, les fleurs étiolées et le pépiement des moineaux agaçant. Je me suis demandé quelle était la façon correcte de voir les choses. La raison qui me fit penser que la première était plus juste tient au fait qu’elle engendre une attitude ouverte, créatrice et libératrice, et se traduit par une plus grande satisfaction. Cette attitude permet d’embrasser spontanément l’univers et les êtres et d’abolir toute séparation égocentrique entre soi-même et le monde. En revanche, lorsqu’on s’en tient à une perception « impure » des phénomènes, il y a quelque chose qui cloche : on se sent « déconnecté » de l’univers, qui apparait alors comme une image terne, étrangère, lointaine et artificielle.

Il y a deux nombreuses façons de faire l’expérience du monde. Voir la vie en or, c’est essentiellement se rendre compte que tous les êtres, y compris nous-même, ont en eux un extraordinaire potentiel de transformation intérieure et d’action. C’est absorber le monde et les êtres avec confiance, ouverture et altruisme. Mais cela ne signifie pas qu’il faille voir la vie en rose, se voiler la face devant la réalité et déclarer avec une naïveté béate que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. À quoi bon se raconter des histoires ? … »

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Extrait de : « Plaidoyer pour le bonheur » 2003  Matthieu Ricard.

Tableaux : 1/ Femme japonaise »  Szekely Bertalan 1835-1910  2/« Fleurs et fruits »  Estevao Silva 1844-1891.

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Transformer notre vision du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Être heureux…

mercredi 12 juin 2013

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« … Si les bonheurs d’enfance permettaient d’accéder plus tard à toutes les formes de bonheurs adultes ?…

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… Le bonheur n’est pas une chance mais une intelligence. Qui peut s’apprendre et se développer…

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…Le bonheur ne souffre jamais de se sentir en dette vis à vis d’autrui ; il souffrirait plutôt de ne pas reconnaître ni assumer cette dette. Il grandit lorsqu’il se nourrit de cette gratitude, ce « sentiment heureux d’une dette infinie », selon les mots du philosophe Vladimir Jankélévitch… Cette gratitude quasi universelle n’est possible qu’avec un minimum d’humilité : nous devons reconnaître tout ce que notre bonheur doit aux autres. Mais cette humilité nous ouvre à une infinité d’autres bonheurs : se sentir héritier de toute l’intelligence humaine, de l’altruisme de ceux qui ont pensé, construit, agi avant nous, et finalement pour nous…

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… Le bonheur ne vit, ne respire et ne grandit que s’il est partagé et transmis. Comme l’a dit un jour un sage : »Ce que tu donnes, tu le gagnes. Ce que tu gardes, tu le perds »…

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… Que tout bonheur soit condamné à disparaître est certes une idée douloureuse. Mais lorsque le compte à rebours a commencé, que faire ?

Rien d’autre qu’apprendre à admirer et à aimer ces bonheurs finissants. À comprendre leurs apparitions et leurs disparitions comme une immense et interminable respiration du bonheur de notre vie terrestre…

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… L’intelligence de la vie appartient à ceux qui acceptent le temps qui passe, et continuent de se réjouir du temps qui est là. Cette intelligence-là, c’est aussi celle du bonheur…

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… Pour cultiver notre bonheur, nous avons à tourner tous nos efforts vers le présent. L’enrichir de notre passé, et non pas l’en alourdir ou l’en entraver. Faire la paix avec soi-même : une des clefs du bonheur…

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… La pratique du bonheur s’apparente ainsi à un patient jardinage de notre âme. Ou à l’apprentissage d’un instrument de musique : tous les jours faire des efforts, brefs et légers. Pour de temps en temps sentir l’apesanteur des moments de grâce…

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… Juste accepter ce qui vient, et revenir doucement au moment présent à chaque fois que notre esprit « s’en va »ailleurs… »

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Extraits de : « De l’art du bonheur » 2006  Christophe André.

Tableaux : 1/Le Lac d’Uri » 2/« Torrent de montagne par temps orageux » 3/« Paysage suisse »  Alexandre Calame 1810-1864.

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Décider d’être heureux…

BVJ – Plumes d’Anges.

Art de la Navigation…

jeudi 6 juin 2013

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« Lorsque nos mots se gercent

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Que nos rêves se plombent

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Que nos yeux s’emmurent

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La

Poésie

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À l’envers des talus

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Ramifie le sens   Élargit le secret

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Entraine dans un souffle

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Les poussières du jour  les maillons nocturnes  merveilles et détresses

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Vers un autre littoral »

Andrée Chédid


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« Débusque ce battement-de-nous gravé dans l’énigme

Explore cette trame-de-nous où l’univers s’avive

Le cœur percé de lucarnes

Reconnais la rencontre

Sacre l’éphémère »

Andrée Chédid

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Heureux habitants de Marseille

ou heureux « estivants » navigant dans les parages…

VENDREDI  7 JUIN 2013

CLAP d’ouverture au public

du

MuCEM

« Un bâtiment d’air, d’eau et de vent… »

—>  ICI

Photos BVJ :  1 à 8 : Intérieur de la Cathédrale de la Major 9 : Extérieur du Mucem – Marseille

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Naviguer poétiquement dans l’espace et le temps…

BVJ – Plumes d’Anges.


Traversée de désert…

lundi 3 juin 2013

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« … Debout avec le soleil et couché sous les étoiles, on prend part à la marche du monde, on bénéficie de ses beautés, d’instants de plénitude ; on pâtit de ses humeurs, ploie sous l’averse, peste dans la bourrasque. Le voyageur est ouvert à toutes les occasions ; disponible, il est le vagabond qui inquiète et qui fascine : il est libre…

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… « Ce qui caractérise la vie des nomades, ce n’est pas la dureté ni le dénuement, mais l’harmonie. C’est leur connaissance et leur maîtrise de la terre qui les portent, c’est-à-dire l’estimation exacte de leurs propres limites. »

J.M.G.Le Clézio

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… Ces bergers ont apprivoisé des univers particulièrement difficiles, afin de vivre en symbiose, en équilibre avec la nature. Ils n’affrontent pas les éléments, ils composent avec ces derniers…

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… L’itinérance est une école de volonté et d’opiniâtreté ; le voyageur, tel le nomade, doit faire preuve de ténacité, d’obstination sereine face à l’imprévu qui régulièrement obstrue son chemin…

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… Il faut supporter d’avancer avec l’impression de piétiner… Notre monde fini est entièrement balisé, nous sommes habitués à des couloirs qui canalisent. Le moindre chemin, le plus infime des sentiers est désigné par un panneau ou un trait de couleur. Composer avec l’infini n’est pas donné à tout le monde, d’où la nécessité d’un guide expérimenté et solide. Peu de zones, hors les océans, ressemblent à cette mer de sable jaune, vaguement ondulée. L’acrophobie horizontale guette le novice, l’engagement est énorme et fabuleux. Tout est plat, mais le ciel est terriblement haut, avec tous ces astres qui glissent inexorablement au-dessus des têtes. Le désert, telle la haute montagne ou la pleine mer, confronte l’homme aux éléments vitaux, permet de prendre conscience de son insignifiance face aux courbes ici palpables de notre planète. L’avance métronomique de la caravane mène pas après pas vers l’invisible but. Toute la cohorte des hommes est tendue vers cette ultime direction…

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… La patience est une notion fondamentale, indispensable à celui qui souhaite atteindre le désert…

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… Il faut savoir un instant courber l’échine pour mieux se redresser, affronter sans peur le danger de l’inconnu pour progresser… »

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Extraits de : « Le murmure des dunes » 2013  Jean-Pierre Valentin.

Illustrations : 1/« Traversée du désert »  Carl Haag 1820-1923  2/« Dromadaires »  Walter Heubach 1865-1923.

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Faire corps avec la vie et avancer…

BVJ – Plumes d’Anges.

Émotion…

mercredi 29 mai 2013

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« … Si vous avez une lunette de nuit un peu forte, comme celles où l’on regarde quelquefois pour dix sous, braquez-là sur l’étoile bleuâtre. Et je vous jure que cela vous saisira autant qu’un Blériot volant.

C’est Saturne. C’est le bijou du ciel. Vous le voyez flotter dans un noir sans fond, et vous montrant autour de son globe son brillant anneau, assez incliné vers vous pour que vous aperceviez à droite et à gauche, deux petits creux d’ombre qui le détachent du globe, et font voir qu’il trace en ce pays-là un pont lumineux d’un côté du ciel à l’autre, quelque chose comme la trajectoire solidifiée de plusieurs centaines de lunes. Astre et anneau étincellent par le feu du soleil caché. On regarde de nouveau avec ses yeux ; c’est toujours la petite étoile bleuâtre ; on revient à la lunette ; on se prouve, non sans peine, que ce bijou existe ; on prend pied dans le ciel. J’ai entendu dire qu’un homme, illustre depuis, devint astronome du jour où il vit Saturne et son anneau. Comment s’en étonner ?

Mais je veux vous conter une histoire de lunette. Il y avait un château ; au-dessus du château il y avait le ciel ; dans le château il y avait des gens fort cultivés ; il y avait aussi un trépied dans un coin et une grande boîte sous le billard. On disait : « Il y a dans cette boîte une lunette qui vient d’un oncle » ; et l’on racontait l’histoire de l’oncle. Historiens grands et petits, on n’entend que cela. Saturne fait ses tours au ciel ; mais ils ne s’en souciaient point, parce qu’ils avaient appris au collège tout ce qu’un homme cultivé doit savoir là-dessus.

Il fallut qu’il vînt là un grand jeune homme à raquette, qui n’avait guère écouté ses maîtres, et qui flânait par le monde, grâce à l’argent qu’il avait. Cet ignorant savait qu’il y a un vrai ciel, et des lunettes pour les choses du ciel. Il tombe sur la boîte, l’ouvre, monte la lunette, tâtonne d’étoile en étoile, et dit finalement : « Il est là. » Sa voix tremblait un peu. Tous y coururent ; et ce jour comptera dans leur vie. Car l’habitude nous cache les choses  mais, quand on a vu cet anneau penché autour d’un globe, il faut qu’on revienne aux merveilles qui sont autour de nous, à nos pieds. Comment ne pas penser à cette vieille terre qui flotte, elle aussi, enveloppée de nuages, toute humide de ses océans ? Et comment n’y pas aller, je veux dire comment ne pas s’éveiller aux choses terrestres ? Quand on découvre Saturne au bout d’une lunette, c’est tout l’Univers qu’on découvre. »

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Extrait de :  » Propos sur la nature  (propos du 25 octobre 1909) »  Alain (Emile-Auguste Chartier 1868-1951.

Illustrations : 1/« Jeunes femmes regardant dans une lunette » 1882  Auteur inconnu 2/ « Saturne »  Paul Philippoteaux 1846-1923.

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Cultiver la curiosité, tout est là, à nos pieds…

BVJ – Plumes d’Anges.