Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Traits de plume…

dimanche 1 janvier 2017

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« … Trois balles de fourrures de zibeline et de martre, cent douze panni de laine, neuf rouleaux de satin de Bergame, autant de velours florentin doré, cinq barils de nitre, deux caisses de miroirs et un petit coffre à bijoux : voilà ce qui débarque après Michelangelo Buonarroti dans le port de Constantinople le jeudi 13 mai 1506…

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… Cela commence par des proportions. L’architecture est l’art de l’équilibre ; tout comme le corps est régi par des lois précises, longueur des bras, des jambes, position des muscles, un édifice obéit à des règles qui en garantissent l’harmonie. L’ordonnancement est la clé d’une façade, la beauté d’un temple provient de l’ordre, de l’articulation des éléments entre eux. Un pont, ce sera la cadence des arches, leur courbe, l’élégance des piles, des ailes, du tablier. Des niches, des gorges, des ornements pour les transitions, certes, mais déjà, dans le rapport entre voûtes et piliers, tout sera dit…

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… Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l’amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s’accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, de rois, d’éléphants et d’êtres merveilleux ; en leur racontant le bonheur qu’il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l’amour, l’amour, cette promesse d’oubli et de satiété. Parle-leur de tout cela, et ils t’aimeront ; ils feront de toi l’égal d’un dieu…

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… En retraversant la Corne d’Or, Michel Ange a la vision de son pont, flottant dans le soleil du matin, si vrai qu’il en a les larmes aux yeux. L’édifice sera colossal sans être imposant, fin et puissant. Comme si la soirée lui avait décillé les paupières et transmis sa certitude, le dessin lui apparait enfin.

Il rentre presqu’en courant poser cette idée sur le papier, traits de plume, ombre au blanc, rehauts de rouge.

Un pont surgit de la nuit, pétri de la matière de la ville…

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Le seul objet qu’il a emporté, c’est son carnet sur lequel il note quelques derniers mots, alors que le navire passe la pointe du Sérail.

Apparaître, poindre, briller.

Consteller, scintiller, s’éteindre… »

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Apparaître, poindre, briller, consteller, scintiller

dans la joie et la légèreté,

c’est ce que je vous souhaite au seuil de 2017.

BELLE NOUVELLE ANNÉE  À TOUTES ET À TOUS !

Extraits de : « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. » 2010 Mathias Enard.

Illustrations : 1/« Constantinople la mosquée de Top-Kahné »  Yvan Aïvazovski 1817-1900  2/« Phare d’Ahirkapi à la pointe du Sérail »  Michael Zeno Diemer 1867-1939.

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Lancer des ponts avec légèreté…

BVJ – Plumes d’Anges.

Des rêves, ayons !…

mardi 20 décembre 2016

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« Un jour, tandis que je guettais, debout, à la première lueur de l’aurore, que le soleil envoyât ses rayons de derrière les arbres, il me sembla soudain qu’une ancienne brume se dissipait devant mes yeux, en un instant, et que la lumière du matin révélait sur la face du monde une splendeur de joie. »

Extrait de « La religion du poète » Rabindranath Tagore. Passage cité par Erik Sablé dans « Petit traité de la joie ».

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CRÉONS DEVANT NOUS, UN TEMPS DE RENAISSANCE !

De petits RÊVES et de grands rêves,

en nous,

pour nous,

pour le monde,

pour la Terre…

qu’ils soient JOYEUX et LUMINEUX !

Plumes d’Anges se met en PAUSE,

belles FÊTES de fin d’année à toutes et à tous,

des fêtes pleines pleines d’AMOUR…

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Photos BVJ

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Faire le choix de la lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.


Blanche neige…

jeudi 15 décembre 2016

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« … Ce que nous cherchons en vain

depuis des siècles de quêtes

c’est une autre humanité

ayant connu nos problèmes

et les ayant résolus

mais la narquoise Nature

veut que nous trouvions tout seuls. »

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Extrait de : « D’infinis paysages »  Michel Butor pour Anne Walker – 2011 – Printemps des Poètes.

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C’est bien connu, nos pensées sont créatrices.

Ayant admiré le monde polaire de Lorenzo Papace,

mes yeux sont attirés par une autre merveille :

un univers enchanteur et enchanté,

et du talent, encore du talent…

Un monde parfait ?

pour le découvrir, il suffit d’un clic

—> ICI

et pour mieux connaître l’univers de ces créateurs, c’est

—>

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Dans cette cruelle actualité,

il y a aussi le chemin de la beauté et la poésie,

il peut nous aider à vivifier la vie…


Estampe  « Paysage enneigé »  de  Kawase Hasui  (1883-1957)

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S’exercer à distinguer la présence de la lumière…


BVJ – Plumes d’Anges.

Questions ouvertes…

jeudi 1 décembre 2016

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« … Tu sais, ce qui m’intéresse, ai-je poursuivi, c’est de comprendre de quoi nous sommes constitués, fabriqués. Par quelle opération nous parvenons à assimiler certains évènements, certains souvenirs, qui se mélangent à notre propre salive, se diffusent dans notre chair, quand d’autres restent comme des cailloux coupants au fond de nos chaussures. Comment déchiffrer les traces de l’enfant sur la peau des adultes que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ces tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons appris à dissimuler ?… »


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Extrait de : « D’après une histoire vraie » 2015 Delphine de Vigan.

Illustrations : 1/« Cachemire » 2/« Chardons »  John Singer Sargent 1856-1925.

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Tenter de comprendre pour mieux accepter…

BVJ – Plumes d’Anges.

Singularité…

lundi 28 novembre 2016

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« … Que fera de sa vie celui à qui nul n’a appris à demeurer seul avec soi ? Quelle sorte de son rendra-t-elle, si la musique n’éveille en lui qu’un vague tressaillement ? Quelle intelligence, si nulle question ne lui est plus posée ? Quel signe saura-t-il tracer, s’il n’aime ni la langue ni la terre ? Quelle parole s’il ne connait rien du silence ? Quelle clef s’il n’a aucune porte à ouvrir ?…


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… Il fut un temps où je poussais dans mes racines de par ici, ne connaissant des lointains que la rêverie et de la langue des mots les plus approximatifs. Mais j’ai quitté l’allée de buis et le petit jardin. Je ne m’alimente plus en eau par les racines mais par le ciel… »

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Extraits de : « Une histoire de bleu » suivi de « L’instinct du ciel » 2005  Jean-Michel Maulpoix.

Illustrations : 1/« Forêt à l’automne »  2/ »Hortensias »  Hishida Shunso 1874-1911.

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Faire fleurir notre singularité…

BVJ – Plumes d’Anges.

Souplesse…

jeudi 24 novembre 2016

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« …  pour jouir d’une vie heureuse et accomplie, la clé est l’état d’esprit. C’est là l’essentiel…

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… Si la compassion, la gentillesse et l’affection vous animent, du même coup cela vous donne la clé de votre serrure intérieure et vous communiquez bien plus facilement avec les autres. La chaleur humaine permet l’ouverture. Vous découvrez que tous les êtres humains sont comme vous, tout simplement. Et il vous est bien plus facile d’instaurer une relation. Tout cela vous met dans des dispositions amicales. Vous avez moins besoin de vous cacher. Spontanément, la peur, le doute et l’insécurité se dissipent…

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… La compassion se définit sommairement comme un état d’esprit non violent, non offensif, non agressif. C’est une posture mentale fondée sur le souhait de voir les autres se libérer de leur souffrance, et qui va de pair avec le sens de l’engagement, de la responsabilité et du respect d’autrui…

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… L’essentiel, c’est que chacun consente un effort sincère pour développer sa capacité compassionnelle. Jusqu’à quel point en est-on réellement capable ? Qui peut le dire ? Cela dépend de tant de choses. Mais si chacun déploie tous ses efforts de bonté, si chacun cultive la compassion pour aller vers un monde meilleur, alors il pourra se dire : « Au moins, j’ai fait de mon mieux. »…

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… C’est la souplesse d’esprit qui nourrit la faculté de changer de perspective, de « varier les angles ». Le suprême avantage de cette souplesse d’esprit, c’est qu’elle permet d’embrasser toute l’existence – de se montrer pleinement humain, d’être pleinement en vie…

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… Être souple, malléable, savoir s’adapter ne signifie pas qu’il nous faille tous devenir des caméléons, nous imprégner du premier système de pensée qui se présente, changer d’identité, absorber passivement toutes les nouvelles idées auxquelles nous sommes exposés. Les étapes supérieures de la maturité et du développement dépendent du système de valeurs qui nous guide, qui confère à l’existence sa continuité et sa cohérence, et permet de prendre l’exacte mesure de ce que l’on vit. Ce système de valeurs aide à décider quels objectifs en valent vraiment la peine et si ce que l’on cherche a un sens ou n’en a pas. Toute la question est de savoir si nous sommes capables de nous y tenir avec constance et fermeté, sans rien perdre de notre souplesse.

Le dalaï-lama semble y être parvenu en ramenant son système de pensée à quelques données fondamentales : 1/ Je suis un être humain. 2/ Je veux être heureux et je refuse de souffrir. 3/ D’autres êtres humains, tout comme moi, veulent aussi être heureux et refusent de souffrir. En mettant l’accent sur les points communs plutôt que sur les différences, il finit par se sentir lié avec tous les êtres humains et cela le conduit à croire fondamentalement en la valeur de la compassion et de l’altruisme… »

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Extraits de : « L’art du bonheur » 1999  Sa Sainteté le DALAÏ-LAMA et Howard Cutler.

Illustrations : 1/« Fleurs et boutons de tulipes » Anonyme indien du XVIIIème   2/« Fleurs et scarabées »  Hans Hofmann 1530-1591.

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S’assouplir…

BVJ – Plumes d’Anges.

Eaux douces…

vendredi 18 novembre 2016

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« Je cherche une goutte de pluie

Qui vient de tomber dans la mer.

Dans sa rapide verticale

Elle luisait plus que les autres

Car seule entre les autres gouttes

Elle eut la force de comprendre

Que, très douce dans l’eau salée,

Elle allait se perdre à jamais.

Alors je cherche dans la mer

Et sur les vagues, alertées,

Je cherche pour faire plaisir

À ce fragile souvenir

Dont je suis seul dépositaire.

Mais j’ai beau faire, il est des choses

Où Dieu même ne peut plus rien

Malgré sa bonne volonté

Et l’assistance sans paroles

Du ciel, des vagues et de l’air. »

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« La goutte de pluie » poème extrait de « La Fable du monde »  Jules Supervielle 1884-1960.

Illustrations : 1/« Vent du nord à la villa Narcisse à Capri »  Charles Caryl Coleman 1840-1928  2/« Mes yeux au moment des apparitions »  August Natterer 1863-1933.

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Entretenir nos douces pensées pour fortifier leur vie, même si…

BVJ – Plumes d’Anges.

Emotions…

lundi 14 novembre 2016

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« … Aimer, c’est être un instrument aux cordes bien tendues. Une brise, un effleurement font chanter cette infinie palette. Alors d’instinct, on sait ce que l’autre contient, ce que l’autre déverse, on est à la source de l’humaine complainte.

Immensité de l’émotion.

« S’immerger. Faire silence. S’immerger. S’oublier. Faire silence. »…

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… Un jour, j’ai entendu un chant de femme. Je ne sais plus où, je ne sais plus quand. Mais j’écoutais, j’écoutais et cette voix montait.

Je pensais : « Va plus loin, va plus loin, plus haut… »

Je savais qu’elle pouvait atteindre ce point qui éclate le monde.

Et elle s’est arrêtée. Et j’ai été plein d’amertume.

Depuis, j’ai entendu beaucoup de timbres. J’aimais le chant. Chaque fois, c’était la même histoire. J’accompagnais silencieusement ces voix en leur soufflant :  » tu peux, tu peux. » Elles se taisaient toujours à la limite des fractures. Tout retombait.

Pourtant, je sais que l’homme peut retourner le monde comme un gant. Je sais qu’il peut crever les parois qui nous séparent de la perfection…

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… Comment peut-on résister au clin d’œil, aux formes soulignées, à la chaleur d’une mélodie, à un mot, à un bout de peau, à un moment de tiédeur, à l’ourlet d’une lèvre, rien quoi !

Mais moi avec ce rien, j’en faisais une histoire, un coin de la mosaïque de ma vie. Aujourd’hui, ce sont des milliers de petits carreaux épars qui voltigent autour de moi. J’en attrape parfois quelques uns. C’est étrange, tous ont une relation entre eux et rien n’est un hasard. Ce sont de merveilleuses ébauches. Mais là où je vais tout cela sans doute est inutile. C’est autre choses qu’on réclamera de moi.

On me dira : « Qu’as-tu fait de tes dons ? »

Et je répondrai : « J’en ai fait du mortier, du raphia, des soudures pour rassembler ce qui était dans l’air, ce qui passait, ce qui me frôlait, ce qui me croisait. »

À l’emporte-pièce, c’est vrai, mais avec amour.

À tire-d’aile, c’est vrai, mais avec amour…

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… « C’est ainsi qu’un jour, en plein combat, je découvris le métier à tisser. C’était dans la pénombre d’une misérable échoppe. Un vieil homme tissait (…) :

Mais que fais-tu vieillard ? Tu devrais fuir ou te cacher sinon tu vas mourir.

Il me répondit en souriant :

« Vois et ne t’inquiète pas. Je réécris le Monde. »

Je vis alors devant lui un merveilleux tapis, comme une grande page inachevée, un tableau frémissant de couleurs, un ruisseau de sérénité bordé d’un semis de signes paradisiaques, se frayant un passage au beau milieu du sang, de la fumée et des hurlements.

C’était comme un écran, une barrière d’étoiles et de fleurs de lumières. Des flammes, des feuilles, des arbres protégeaient le vieil homme et son antre du monde. (…) Je demeurais figé dans l’irréalité de ce nouveau silence rouge et lourd qui montait de la trame. L’étincelle bleue de la navette poursuivait son obsédante trajectoire.

Je voyais se construire un cyprès.

« Il pousse vers le ciel » me dit le vieillard.

« Regarde, il emporte l’humain vers le haut. Il boit dans son feuillage nos erreurs et nos fautes et s’élance vers le divin. La source et la flamme. Tu me crois maintenant ? Tu voudrais essayer ? »…

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… Si seulement les vivants connaissaient la valeur du verbe ! Ils ne perdraient plus un instant à gaspiller les mots.

Prononcés avec exactitude, ils ont chacun la force d’un éclatement solaire.

Et nous qui écoutons, nous sommes des vitraux, des filtres transparents recueillant les liqueurs d’éblouissantes vies.

Les sons de nos voix se répercutent dans l’espace et lui donnent matière à respirer.

Ce qui contracte l’univers, le bloque au point de l’étouffer, ce sont les refus, les incessants besoins de juger. L’homme n’a toujours pas pris possession de sa géographie.

Tourner en rond dans un tiède et sombre bourbier lui tient lieu de terre. Il est aveugle, bavard par couardise et tue par lâcheté.

Qui oserait, s’il pouvait l’éprouver en lui-même, détruire la perfection ?… »

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Extraits du texte : « FIN » 1999  Alain Cadéo.

Illustrations : 1/« Pommier aux fruits rouges » 2/« Digitales » 3/« Arums et Iris »  Paul-Elie Ranson 1861-1909.

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Faire vibrer nos plus belles cordes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Vers une autre vie…

lundi 7 novembre 2016

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« … Alors elle avait parlé des chevaux, des montagnes, d’une autre vie ; elle avait parlé de cet amour des chevaux qu’elle avait toujours eu et que Samuel aussi avait eu si longtemps en partage avec elle, même si depuis un an ou deux c’était un peu passé, c’est vrai. Mais les chevaux pourraient l’aider à reprendre goût à la vie, à comprendre des choses qui semblaient ne plus le toucher ou le concerner. Elle voulait qu’il sache prendre le temps de regarder un ciel de nuit, de s’émerveiller devant une montagne, elle voulait qu’il sache respirer et souffler, parce qu’elle voulait qu’il entende comment on pense par le souffle et que c’est par lui que la vie circule en nous…

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… Ils se parlent peu, ils économisent leurs forces et se concentrent sur ce qu’ils ont à faire, ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent, ce qu’ils ressentent. Les mots sont ici comme tous ces poids morts dont on se débarrasse parce qu’ils ne servent qu’à alourdir les bagages…

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… Elle voudrait reprendre ses esprits, retrouver le calme. Ou pouvoir simplement reprendre un à un tous les éléments de la soirée et les remettre chacun à sa place, en faire un beau jardin à la française, bien ordonné, comme si tout pouvait sortir de la confusion, de l’agitation et trouver une place où tout, à la fin,  participerait de la même organisation, de la même planification logique et rassurante, comme une cosmogonie tracée, ordonnée simplement, sans efflorescence ni chaos, sans accident ni profusion ni rhizomes. Mais la vérité c’est que le monde part totalement en vrille, il se déploie en lianes, en racines, il défonce les pavés et l’ordre des idées, il est comme une tumeur, organique, viscéral – elle veut juste arrêter de penser, calmer son esprit, ça suffit ; elle essaie de souffler lentement, comme quelqu’un qui vient de courir veut retrouver sa respiration. Elle marche et même si elle a froid, le froid n’est pas un ennemi, il lui fait du bien, la redresse. La blessure qu’il lui inflige est bonne, vivifiante…

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… Si on a peur des autres, on est foutu. Aller vers les autres, si on ne le fait pas un peu, même un peu, de temps en temps, tu comprends, je crois qu’on peut en crever. Les gens, mais les pays aussi en crèvent, tu comprends, tous, si on croit qu’on n’a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. Aller vers les autres, c’est pas renoncer à soi… »

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Extraits de : « Continuer » 2016  Laurent Mauvignier.

Illustrations : 1/« Lever de soleil » 2/« Arc en ciel »  Arkhip Kuindzhi 1842-1910.

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Retrouver le  fil de notre histoire…

BVJ – Plumes d’Anges.

S’élever…

lundi 24 octobre 2016

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« … En cours d’islandais, le professeur, un homme qui ne croyait pas aux rêves, donna pour sujet de rédaction à ses élèves : Réaliser ses rêves ; avec en sous-titre : Mes objectifs principaux dans la vie…

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… Comme l’a dit un sage : Le seul vrai voyage consiste à surmonter ses propres obstacles, à atteindre la cime de sa propre montagne…

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… Le monde réside dans l’œil de celui qui regarde. (…) Oui, c’est ça, sa dissertation traiterait de l’île vue d’en haut. Une fois atteinte l’altitude suffisante, tout se déploierait à ses pieds, en gravissant quelques mètres de plus, les choses rétréciraient deviendraient minuscules, et encore plus haut, tout finirait par se confondre, chaque élément s’enfoncerait dans l’autre pour s’y inclure, le monde formerait un ensemble harmonieux : prés verdoyants, champs de lave violette, landes et cratères de-ci de-là – et les deux lacs des plateaux pleins de truites grasses – et la Montagne – tout ne ferait plus qu’un, mer et terre seraient confondues, mer et ciel également, et rien n’aurait plus d’importance, car là-haut régnerait la stabilité de la certitude. Comme une évidence…

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… Ce qu’il y a de bien dans l’ascension d’une montagne, c’est qu’il n’y a qu’une seule voie, une seule option. Monter. Aucun risque de perdre sa route, de s’égarer dans des déviations ou de tourner en rond : elle suit d’un pas chancelant une piste étroite tracée par les moutons, jonchée de crottes et d’herbes mouillées écrasées, alchémille et saxifrage. Elle avance avec peine le long de la piste, place un pied devant l’autre pour gravir la côte à pic. Ça fait travailler les biceps.

La pente accompagne fidèlement chacun de ses pas ; rien qui puisse troubler ou égarer l’esprit à cette altitude…

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… Tout commence désormais à rapetisser ; plus haut, tout deviendra si minuscule que rien n’aura plus d’importance. Délivrée des petites misères du quotidien, elle connaîtrait bientôt la jouissance d’être au-dessus de tout ce qui traîne en bas, riche d’une vue d’ensemble perpétuelle, en long et en large, des vastitudes de la nature inhabitée… »

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Extraits de : « Le rouge vif de la rhubarbe » 2016 (en France)  Audur Ava Olafsdottir.

Illustrations : 1/« Maison de pêcheur » 2/ »Montagnes en hiver » Harald Sohlberg 1865-1935.

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S’élever au-delà de soi-même…

BVJ – Plumes d’Anges.