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« … De toi, j’ai appris que s’élancer dans les gouffres permet à nos ailes de pousser. Sans cette absolue confiance dans la vie, tout nous retient. Et l’existence n’est plus qu’un rendez-vous raté avec soi…
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… Mais la question demeure : a-t-on le droit de vivre tout ce que l’on veut et mérite d’être ? A-t-on le droit moral d’aimer la totalité de ceux que son cœur éclaire ? A-t-on le droit d’être soi, merveilleusement vivant de corps et d’esprit ?
Un esprit court te vilipenderait, trouverait salubre de te convertir à la tempérance.
Après des années d’interrogations et de jugements hâtifs, j’en arrive à mon intime et joyeuse conviction : oui, nous avons le droit d’être. C’est même là sans doute notre premier devoir moral. Notre erreur à nous, les enfants, est sans doute de n’avoir pas cru au roman parental merveilleux que tu nous proposais. Chercher l’exactitude n’aboutit à rien. l’ADN est la pire des illusions. La vérité réside toujours dans le roman que l’on se raconte pour parvenir à vivre. Le vrai réel, c’est l’histoire qui nous constitue, pas les faits. Mais l’essentiel ne rayonne-t-il pas dans la quantité de questionnements dont tu nous a fait les légataires, nous tes trois enfants ? En osant être tout ton être, à plein courage, tu nous as transmis mille questions qui perdureront au fil des générations.
S’interroger, c’est accoucher de soi.
Vivre, c’est ne pas finir de naître…
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… – Ta maman est cette femme-là. Que vas-tu en faire ?
Toujours, tu as renvoyé les autres à leur liberté de réaction. La seule chose qui t’intéresse réside dans cette interrogation : que faisons-nous tous de ce qui survient, de l’étrangeté irréductible d’autrui, de l’inattendu qui nous chambarde et détruit soudain l’idée que nous nous faisions de la vie ? Tu fais confiance à l’Autre pour s’en dépatouiller. À tes yeux, maman, protéger un être c’est le sous-estimer. Exposer, c’est croire en ses ressources insoupçonnées…
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… – Pourquoi as-tu confiance dans les êtres ?
– Ils le méritent. Je crois en leur beauté ineffable, en leur noblesse méconnue.
– Tu ne doutes jamais d’eux ?
– Qui suis-je pour douter des êtres ?
Cette phrase m’est restée. « Qui suis-je pour douter d’eux ? » Qui est-on donc pour s’accorder le droit de douter du courage des gens ?… »
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Extraits d’un TRÈS BEAU LIVRE : « Ma mère avait raison » 2017 Alexandre Jardin.
Illustrations : 1/ et 3/ Mules du XVIIIème – détails de tableaux de François Boucher 1703-1770. 2/« Beau visage » Frank Weston Benson 1862-1951.
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Nous sommes riches de ce qui nous a construit…
BVJ – Plumes d’Anges.




























