Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Brumes…

lundi 15 janvier 2018

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« … – Pourtant êtes-vous si sûre, chère dame, de souhaiter être libérée de cette brume ? Ne vaut-il pas mieux que certaines choses restent cachées à nos esprits ? 

– Pour certains peut-être, mon père, mais pas pour nous. Axl et moi souhaitons retrouver les moments de bonheur que nous avons partagés. En être privés, c’est comme si un voleur était venu dans la nuit nous prendre ce que nous avons de plus précieux.

– Pourtant la brume recouvre tous les souvenirs, les bons comme les mauvais. N’en est-il pas ainsi, madame ?

– Les mauvais nous reviendront aussi, même s’ils nous font pleurer ou trembler de colère. Car n’est-ce pas la vie que nous avons vécue ensemble ?

– Vous n’avez donc pas peur des mauvais souvenirs, madame ?

– Qu’y a-t-il à craindre, mon père ? Ce que nous ressentons l’un pour l’autre au fond de notre cœur nous dit que le chemin pris ici ne peut recéler aucun danger pour nous, quand bien même la brume nous le cacherait. C’est comme une histoire qui finit bien, quand même un enfant sait qu’il n’a pas à en redouter les péripéties. Axl et moi nous rappellerons notre vie commune, quelle que soit sa forme, car c’est une chose qui nous est chère…
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… « Batelier, dit-elle. Il existe une légende que j’ai entendue autrefois, peut-être quand j’étais enfant. À propos d’une île remplie de bois accueillants et de torrents, un lieu aux étranges qualités. Beaucoup de gens s’y rendent, mais pour chacun de ceux qui y résident, c’est comme s’il se promenait seul sur l’île, car il ne voit ni n’entend ses voisins. S’agit-il de l’île qui se trouve devant nous, monsieur ? »

Je continue de casser de menues branches et de les disposer avec soin sur les flammes. « Chère dame, je connais plusieurs îles qui correspondent à cette description. Qui sait si celle-ci en est une ? »

Une réponse évasive, qui lui inspire de l’audace. « J’ai aussi appris, poursuit-elle, que, parfois, ces curieuses conditions cessent de prévaloir. Que des dispenses particulières sont accordées à certains voyageurs. Ai-je bien compris, monsieur ? »

– Chère dame, dis-je, je ne suis qu’un humble batelier. Ce n’est pas mon rôle d’aborder de pareils sujets. Mais puisqu’il n’y a personne d’autre ici, permettez-moi de vous proposer cette réponse. J’ai entendu dire que, quelquefois, peut-être pendant un orage comme celui qui vient de s’achever, ou une nuit d’été lorsque la lune est pleine, un insulaire peut avoir la sensation que d’autres personnes se déplacent à ses côtés dans le vent. C’est peut-être ce que l’on vous a raconté.

– Non, batelier, insiste-t-elle, c’est plus que cela. On m’a dit qu’un homme et une femme, après des années de vie commune, et liés par un amour d’une force inhabituelle, peuvent se rendre sur l’île sans être contraints de l’arpenter en solitaire. J’ai entendu dire qu’ils peuvent savourer le plaisir d’être ensemble comme ils l’ont fait tout au long de leur existence passée. Serait-ce la vérité batelier ?… »

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Extraits de :  « Le géant enfoui »  2015  Kazuo Ishiguro.

Illustrations : 1/« Lever de soleil sur un paysage nordique »  Eduard von Buchan    1800-1876  2/« Coucher de soleil »  Harald Sohlberg  1869-1935.

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Dissiper les brumes de notre vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Fil conducteur…

lundi 8 janvier 2018

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« … On entendra des chants d’oiseaux et le monde sera printanier et sans nuit lorsque je cesserai d’exister. Est-ce que je manquerai au monde ? Non. Sera-t-il pire sans moi ? Non plus. Continuera-t-il de tourner sans moi ? Oui. Est-il meilleur maintenant que lorsque j’y ai fait mon entrée ? Non. Qu’ai-je fait pour améliorer le monde ? Rien…

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– C’est incroyable de voir ce grand gaillard aujourd’hui et de penser à quel point il était sensible.

– Maman…

– Si on retrouvait un oiseau avec une aile cassée dans le jardin, il fondait en larmes… Un écorché vif… Toujours triste de voir les hommes si peu généreux les uns envers les autres. Il disait : « Quand je serai grand, je consolerai le monde… Parce que le monde souffre tant, parce qu’il faut qu’on en prenne soin…

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« PLUS NOUS NOUS ÉLEVONS

PLUS NOUS PARAISSONS PETITS AUX REGARDS

DE CEUX QUI NE SAVENT PAS VOLER »…

« Aurore »  Friedrich Nietzsche.

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– Savais-tu, dit-elle, que l’an dernier deux cent quarante mille milliards de couronnes ont été dépensés en armes et équipements militaires dans le monde ?

Elle avale une première gorgée et essuie la crème de sa lèvre supérieure.

– Il faut calculer , poursuit-elle, les dommages causés par les profiteurs de guerre et leur faire payer. Ils réaliseront ainsi que la guerre coûte bien plus cher que la paix. De toute façon la seule langue qu’ils comprennent, c’est l’argent, ajoute-t-elle…

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… « IL Y A TANT DE VOIX DANS LE MONDE

ET AUCUNE D’ELLES N’EST DÉPOURVUE DE SENS. »…

1°Épitre de Saint Paul aux Corinthiens.

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– Imaginez que c’est un voyage, poursuit-elle.

– Comme ça ?

– Oui, comme ça. Comme quand on marche.

– Nous sommes pareils, dis-je.

– Je sais, répond-elle, sans me regarder.

Elle sourit, semble chercher ses mots :

– Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai senti l’odeur de l’herbe.

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« IL FAUT DU TEMPS À LA LUMIÈRE DES ASTRES »

« Le gai savoir »  Friedrich Nietzsche… « 

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Extraits de :  » Ör «   2017  Audur Ava Olafsdottir.

Illustrations : 1/« Dessin de pigeon »  Jean Bernard  XVIIIème  2/« Midi »  Abbott Handerson Thayer  1884-1913.

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Retrouver le fil conducteur de sa vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Sources de vie…

vendredi 5 janvier 2018

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« … Nos vies sont toutes de sable, nos vies sont toutes des fables et c’est seulement dans la manière de les conter que se dévoilent leurs lumineuses trames.

Nos vies, comme ces toiles d’araignée, invisibles le jour, qui, au petit matin, apparaissent perlées de rosée, purs chefs-d’œuvre de symétrie.

Voilà mes élucubrations, dernière élégance de ma solitude de forçat au milieu d’un champ de pierre…

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…  Je ne le dirai jamais assez, un rien me nourrit, la moindre graine d’humanité se transforme en jardin. J’ai tellement appris à me contenter de peu. Tout est devenu festin, tout me comble, le plus petit cadeau du monde est une joie au cœur de mon silence…

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P.-S. : J’ai vu votre tristesse. Je n’en connais pas la cause et ne demande rien. Tout ce que je peux vous dire c’est de ne pas renoncer à ce que vous êtes profondément. Il y a en vous une sorte de lumière qui fait du bien au monde. Quoi qu’il arrive, n’oubliez pas : rien ni personne n’a le pouvoir de saccager l’innocence. Quoi qu’il arrive nous devons nous battre pour préserver notre aptitude à la Joie. »…

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À l’aube, il s’installe devant la meurtrière de son bureau triangulaire, et il lui semble au fond qu’il ne fait que recopier ce qu’une voix lui dicte. Moine calligraphe il couvre ainsi des pages, d’une écriture appliquée. (…) « La force, c’est cette tenace capacité d’incursion, plongée méthodique dans le labyrinthe de l’esprit. Mieux se connaître afin de mieux comprendre toute l’humanité. Nous possédons en creux, dans la matrice, toutes les caractéristiques de l’Humain.

Si chacun développe ses particularités, il demeure cependant au fond de nous un formidable ou monstrueux potentiel.

Il s’agit d’ « être », et cela en dépit du monde dans lequel nous vivons. Il est trop facile de « se laisser être » en arguant de je ne sais quel contexte.

Être, c’est choisir au-delà. Après avoir farfouillé dans l’immense bric-à-brac de nos cerveaux, il nous faut sortir, tirer, extirper les paquets de racines bouchant les sources de vraie vie…

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Notre terre est jonchée de pierres, d’arbres, de parfums, de situations et de visages, qui, lorsque nous les croisons, réveillent en un éclair la perfection de nos âmes. Plus que tout, j’aime ces bulles-parenthèses, annihilant le temps.

Ce sont d’étranges petits moments faisant chavirer la raison. Paramnésie, impressions troublantes de déjà vu, déjà vécu, vertiges délicieux, ivresse…

Apesanteur.

Quoi qu’en disent nos spécialistes du cerveau, psychiatres et autres cafouilleurs, maniaques de l’explication, je tiens ces instants comme des révélations mettant l’individu face à l’éternité dont il procède et qu’il ne cesse de vouloir retrouver.

Nous sommes sans le savoir transporteurs d’infini. Nous sommes de doux cargos fantômes, soutes pleines, perdus au beau milieu d’un océan, qui cherchent désespérément un port d’attache pour alléger nos coques… »

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Extraits d’un (encore) très beau livre : « Zoé »  2015  Alain Cadéo.

Illustrations : 1/« Madone à l’œillet »  (détail)  Léonard de Vinci  1459-1519  2/« Insectes » Dessin chinois anonyme – Collection Cooper-Hewitt – Musée Smithsonian – USA   3/« Coucher de soleil »  Félix Valotton  1865-1925.

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S’interroger pour être soi…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bulles d’enfances…

lundi 11 décembre 2017

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« … Comme nous sommes heureux lorsque nous sommes enfants. Comme la voix de la raison étouffe la lumière. Nous errons à travers la vie – une monture sans pierre. Puis un jour nous prenons un virage et elle est là, par terre, devant nous, la goutte de sang à facettes, plus réelle qu’un fantôme, qui luit. Si nous nous agitons elle risque de disparaître. Si nous tardons à agir rien ne sera retrouvé. Il existe un chemin dans cette petite devinette. Dire sa prière bien à soi. De quelle manière, cela n’a aucune importance. Car à la fin, celui qui suit ce chemin possèdera le seul joyau qui mérite d’être conservé. La seule graine qui mérite d’être disséminée.

Une petite main m’a offert une dent-de-lion.

Fais un vœu  !

Je l’ai prise. La fleur jaune vif – sauvage, insignifiante et chérie par Dieu. Elle se transforme par la grâce de notre désir en un nuage séculaire. Des bribes de manne duveteuse descendent sur le monde…

Fais un vœu, souffle…

Possédant mon souffle, que puis-je demander de plus. Tout mon être s’est élevé dans cette quête. J’avais l’avantage du ciel qui sait, en un clin d’œil, devenir tout.

J’ai fouillé les nuages en quête d’augures, de réponses. Ils se mouvaient à toute vitesse, trame délicate, en forme de dôme. Le visage de l’art, de profil. Le visage du déni, béni.

Que faisons-nous, Grand Barrymore ?

Nous titubons.

Que ferons-nous, simple moine ?

Cultiver la bonté du cœur.

Et ces conseils, prodigués avec une grâce si entière, ont empli mes membres d’une telle légèreté que j’ai été soulevée jusqu’à planer au dessus de l’herbe, même si tous me voyaient encore parmi eux, prises dans les tâches humaines, les deux pieds sur terre. »

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Extrait de : « Glaneurs de rêves » 2014  Patti Smith.

Illustrations : 1/ « La convalescente »  Hélène Schjerfbeck  1862-1946  2/ « Pissenlits et Pâquerettes » Otto Didrik Ottesen  1816-1892.

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Faire un vœu, croire en sa réalisation pour qu’elle advienne…

BVJ – Plumes d’Anges.

Belle Vie…

mardi 5 décembre 2017

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« TOUT PASSE MAIS »… ,

mon « GRAND RÊVE » serait que la « ROUE DU MONDE » tourne

afin que l’ « EXISTENCE » ne soit plus qu’un « CHANT D’OR »

 

Merci Monsieur D’Ormesson d’avoir fait de votre vie ce qu’elle fut

et d’avoir illuminé la nôtre par vos livres.

Votre joie, votre élégance, votre humour, votre culture, votre intelligence, votre charme

furent des cadeaux dont nous sommes riches à jamais,

MERCI !

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Illustrations : 1/« Oiseau mort »  Albert Pinkham Ryder  1847-1917  2/« La vague verte – près de Camaret »  Georges Lacombe Vohor 1868-1916.

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La vie sur Terre est et restera un mystère…

BVJ – Plumes d’Anges.

Balise intérieure…

mardi 28 novembre 2017

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« … Cette maison ne nous attendait pas. Elle était seule déjà, abandonnée et pourtant étrangement vivante, en retrait au bord d’une rue qu’engloutissaient de vieux jardins puis la prairie où terre et ciel s’épousaient. Comme quoi, parfois, les choses les plus éclatantes, les plus profondes n’ont l’air de rien, sont effacées alors qu’elles vibrent à l’intérieur. De l’intérieur. Elles sont en feu sans nous montrer la moindre flamme. Elles ne parlent pas haut, jamais. Elles se taisent même, préférant le silence total au moindre bruit d’une conversation. Bien des maisons n’ont jamais voix au chapitre. Leurs peuples sont silencieux. Bien qu’en bordure de rue ou en rase campagne, elles semblent dormir un peu, tout au moins somnoler paisiblement. Mais lorsque la lumière du jour les éclaire d’un seul coup, elles s’éveillent, s’ébrouent, paraissent reprendre vie. Il suffit que le soleil échappe aux nuages et leur façade, en un instant, s’illumine et l’on aperçoit alors l’ombre d’un lézard, qui grimpe au mur et cherche à vive allure l’abri d’un volet…

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… Je ne retiens d’elle qu’une image globale, une sorte de cliché pris à la va-vite, une photo du bien être sous laquelle nous savons combien notre vie était si difficile. Mais ce mot n’est pas juste : rien n’est difficile quand la vie circule, que la lumière vient frapper aux portes. Rien ne nous éclaire plus que les ténèbres…

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… Sous la neige, j’aime ainsi avancer vers la sombre façade. Toucher son mur, écouter les voix de l’intérieur, celles de tous les temps, de tous les siècles et de l’avenir. Il y a une telle puissance dans l’abandon de cette ruelle. Les choses les plus oubliées, les plus enfouies, ne sont-elles pas les plus vivantes ? …

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… La maison de l’enfance ne s’arrête pas à ses portes. Elle se prolonge dans la nature, elle va jusqu’aux fontaines, aux champs, aux forêts…

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… Vagabond, nomade, j’erre où le hasard et la chance m’entraînent mais, toujours, dans la tête, la belle architecture de la maison immobile. Vivre est courir avec les copeaux d’enfance dans le cœur… »

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Cette maison immobile peut être celle de notre enfance ou celle de nos vacances lointaines… Avez-vous remarqué comme sa silhouette, ses parfums d’antan, les paysages attenants parlent en nous une langue chaleureuse ?

Extraits de : « Les petites heures » précédé de « Au bord du monde » et suivi de « La maison immobile »  2014 Joël Vernet.

Illustrations : 1/« Paysage dans le Connecticut »  Julian Alden Weir  1852-1919  2/« Façade »  Albin Egger-Lienz   1868-1926.

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Se relier aux parcelles d’or de l’enfance…

BVJ – Plumes d’Anges.

S’interroger…

vendredi 24 novembre 2017

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« … De toi, j’ai appris que s’élancer dans les gouffres permet à nos ailes de pousser. Sans cette absolue confiance dans la vie, tout nous retient. Et l’existence n’est plus qu’un rendez-vous raté avec soi…

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… Mais la question demeure : a-t-on le droit de vivre tout ce que l’on veut et mérite d’être ? A-t-on le droit moral d’aimer la totalité de ceux que son cœur éclaire ? A-t-on le droit d’être soi, merveilleusement vivant de corps et d’esprit ?

Un esprit court te vilipenderait, trouverait salubre de te convertir à la tempérance.

Après des années d’interrogations et de jugements hâtifs, j’en arrive à mon intime et joyeuse conviction : oui, nous avons le droit d’être. C’est même là sans doute notre premier devoir moral. Notre erreur à nous, les enfants, est sans doute de n’avoir pas cru au roman parental merveilleux que tu nous proposais. Chercher l’exactitude n’aboutit à rien. l’ADN est la pire des illusions. La vérité réside toujours dans le roman que l’on se raconte pour parvenir à vivre. Le vrai réel, c’est l’histoire qui nous constitue, pas les faits. Mais l’essentiel ne rayonne-t-il pas dans la quantité de questionnements dont tu nous a fait les légataires, nous tes trois enfants ? En osant être tout ton être, à plein courage, tu nous as transmis mille questions qui perdureront au fil des générations.

S’interroger, c’est accoucher de soi.

Vivre, c’est ne pas finir de naître…

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… – Ta maman est cette femme-là. Que vas-tu en faire ?

Toujours, tu as renvoyé les autres à leur liberté de réaction. La seule chose qui t’intéresse réside dans cette interrogation : que faisons-nous tous de ce qui survient, de l’étrangeté irréductible d’autrui, de l’inattendu qui nous chambarde et détruit soudain l’idée que nous nous faisions de la vie ? Tu fais confiance à l’Autre pour s’en dépatouiller. À tes yeux, maman, protéger un être c’est le sous-estimer. Exposer, c’est croire en ses ressources insoupçonnées…

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… – Pourquoi as-tu confiance dans les êtres ?

– Ils le méritent. Je crois en leur beauté ineffable, en leur noblesse méconnue.

– Tu ne doutes jamais d’eux ?

– Qui suis-je pour douter des êtres ?

Cette phrase m’est restée. « Qui suis-je pour douter d’eux ? » Qui est-on donc pour s’accorder le droit de douter du courage des gens ?… »

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Extraits d’un TRÈS BEAU LIVRE : « Ma mère avait raison »  2017  Alexandre Jardin.

Illustrations : 1/ et 3/ Mules du XVIIIème – détails de tableaux de  François Boucher  1703-1770.  2/« Beau visage » Frank Weston Benson  1862-1951.

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Nous sommes riches de ce qui nous a construit…

BVJ – Plumes d’Anges.

Qui suis-je ?…

mardi 21 novembre 2017

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« Cher Boèce…,

En m’attardant auprès de votre géniale maïeuticienne, j’ai noté comment elle excelle à nous rediriger vers l’essentiel. Alors que nous pouvons aisément nous oublier dans la lutte, dans la lamentation, l’envie ou le regret, elle nous prie de revenir à nous. « Qui es-tu ? ». Mine de rien la question peut déconcerter car, lorsque nous avons épuisé les banalités d’usage, il reste à affronter un vide.

Une parabole tirée de la philosophie hindoue rejoint l’intuition de votre guérisseuse. N’y voyez aucun exotisme. Une femme meurt et arrive auprès du Maître de l’univers. Son divin interlocuteur lui demande : « Qui es-tu ? » Et la défunte de répondre : « Je suis la femme de l’épicier. » Dieu, fin psychologue, renchérit : « Qui es-tu ? » La fidèle épouse en vient à dire qu’elle s’est mariée avec M.Y. Dieu s’en moque et, sans relâche, poursuit son interrogation. La dame, après avoir successivement décliné sa profession, le nombre de ses enfants, son age, ses loisirs, les hauts faits de sa vie, ne parvenant guère à se définir, demeure muette. Certains esquivent souvent la question par un « J’ai trente ans d’expérience ». Et Dieu pourrait leur rétorquer que l’expérience ressemble à un peigne qui ne sert quaux chauves.

Plus sérieusement, en nous conviant à un exercice de présence, l’historiette soulève la périlleuse tentation qui nous incline à nous réduire à nos actes. Si l’identification aliène, il est fécond de s’interroger : qui suis-je aujourd’hui ? Que reste-t-il sous les rôles ? Qu’est-ce-que l’essentiel d’une personne ? Avant tout, il sied d’oser désapprendre en revisitant nos habitudes, nos modes de pensée, nos préjugés… « 

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Extrait de : « La construction de soi »  2006 Alexandre Jollien.

Illustrations : 1/« L’esprit de l’automne »  2/« Paysage avec vaches »  Albert-Pinkham-Ryder  1847-1917.

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Être plutôt que faire…

BVJ – Plumes d’Anges.

Dégustation…

vendredi 17 novembre 2017

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« … Il faut que chaque instant soit bien plein. De gestes, de surprises, de bagarres,

de gens, de rires, d’imprudences et de cris. De tout, mais plein.

L’attente est un accroc dans le droit fil de la solitude, un désert sans espace à traverser

seul. Alors il faut se peupler de l’intérieur. On croit que j’attends tristement, que

je m’ennuie à rester ainsi immobile, silencieuse. Mais non, je fais la vache. J’ai la panse

pleine de choses avalées sans précaution mais tellement serviables et nourrissantes,

toujours disposées à meubler un petit creux. Mes instants de goinfre je les verse dans

mes instants de gouffre. Alors je déguste bouche à bouche avec ma mémoire… »

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Extrait de : « Les soleils rajeunis »  1977  Anne Bragance.

Photos BVJ.

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Se délecter de nos belles mémoires…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chemin d’amour…

lundi 13 novembre 2017

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« … Mais le pigeon ne se trouvait pas bien avec les autres animaux de la décharge, de la même façon que le vieil homme ne se trouvait pas bien avec les autres êtres de son espèce dans les villes des hommes, pas plus qu’avec les autres clochards.

Alors parfois il s’éloignait, parcourait de longs trajets dans l’espace – car c’était un pigeon voyageur – et regardait en bas pour voir ce qu’il y avait dans le monde.

Et puis un jour, tandis qu’il passait de son vol bancal dans le ciel, son œil avait été attiré par une corolle bigarrée de sacs et de haillons tout autour d’un vieil homme couché sur un trottoir, comme mort.

Il avait ralenti son vol. Il était descendu. Il s’était posé à terre tout doucement, sur sa patte abîmée.

Il avait regardé le vieil homme qui semblait dormir, tournant deux ou trois fois la tête, l’œil rond.

Mais le vieil homme ne dormait pas.

Il avait entendu le léger bruit de ses ailes et il s’était alors retourné lui aussi pour regarder le pigeon.

Il s’était levé un peu sur son coude, avait farfouillé dans un sac en plastique plein de croûtes de pain sec qui tintaient comme des morceaux de bois.

Il en avait émietté une et l’avait laissée tomber près du pigeon.

Puis il avait refermé les yeux.

De ce jour-là, le pigeon l’avait élu son seul ami au monde.

Et il en avait été de même pour le vieil homme…

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… – Moi j’étais là, tout seul, dans le froid, dans la rue… Pourquoi m’as-tu cherché ?

– J’ai deviné qui tu es, je t’ai reconnu…

Il se taisait.

– Je suis née pour faire quelque chose de grand, je sens en moi la grandeur…, dit-elle encore au bout d’un moment, subitement, d’un trait, dans le noir. Ensemble nous allons faire quelque chose de grand. C’est pour ça que je suis née, c’est pour ça que je t’ai cherché et que je t’ai trouvé…

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Cette nuit-là non plus la fille merveilleuse ne comprit pas pourquoi ce pigeon était venu chez elle, ni d’où il venait, ni ce qu’il était venu lui dire avec ce long voyage entre la mort et la vie qui l’avait laissé à l’agonie sur la coursive.

Mais peut-être que, sans s’en rendre compte, elle comprit quelque chose, qui peut le dire… (…)  Ça fait combien de temps ? se demanda-t-elle. Qu’est-ce qui est arrivé à ma vie ? Pourquoi avant j’étais quelqu’un et puis je suis devenue quelqu’un d’autre ? (…) Elle éprouva alors une énorme douleur, car elle s’était rappelée tout à coup qu’il y avait, enfouie en quelque point inaccessible de sa vie, cette rencontre impossible qu’elle avait recherchée, puis qu’elle avait trahie, ce trésor perdu. Et ce n’était pas seulement lui qu’elle avait trahi, mais elle-même, y compris la partie la plus secrète et la plus haute d’elle-même…

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Ils se prirent par la main, sans parler, et se mirent à marcher en silence dans les rues de l’infinie ville des morts qui se réveillait sous un manteau de neige.

Ils n’entendaient que le bruit de la neige qui se tassait sous leurs chaussures trouées.

Au dessus de leur tête, le pigeon volait de plus en plus invisible et lointain, dieu sait vers quelle nouvelle ville ou vers quels nouveaux mondes, tout en haut dans le ciel, là où se formaient les tourbillons de neige. Puis il disparut… »

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Extraits du bel et étonnant livre : « Fable d’amour »  2015  Antonio Moresco.

Illustrations : 1/« Élevages de pigeons »  – planche 5 –  Gottlob Neumeister  XIXème  2/Carte du XVIIIème – 2 de cœur  – Edition J.S.Haymard   3/ détail d’un tableau  de Piero di Cosimo  1462-1521.

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Nous sommes tous nés pour faire quelque chose de grand…

BVJ – Plumes d’Anges.