Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Terra-Mater…

dimanche 21 septembre 2014

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« … « Regardez comme la création est digne d’émerveillement ! N’outrageons pas son visage, ne troublons pas l’ordre qui la gouverne. Soyons-lui reconnaissants et soyons reconnaissants à son créateur. Reconnaissons à toute créature le droit à la vie ! »…

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… Le lion dévore l’antilope et cela nous semble cruel. La vie veut se perpétuer et chacune de ses révélations s’accompagne de la mort pour l’exalter. Tout cela échappe à notre entendement, mais ne semble pas pouvoir être autrement. En donnant naissance aux êtres humains, le créateur attendait peut-être d’eux l’admiration et la contemplation des agencements qui font la création si belle et si variée de couleurs, de parfums, de bruits, de forme, de saveur. Mais au lieu de chercher leur place au sein de ce grand miracle, les êtres humains ont voulu accaparer le miracle pour l’asservir. Ils y ont répandu de nombreux poisons, corrompu le souffle, l’eau, la terre, le ciel au dessus de leur tête. L’aigle s’élevant très haut dans le ciel voit la terre en feu. Il voit les êtres humains pillards de leur propre bien. Il voit les uns dilapider, car l’abondance a tué en eux la satisfaction, et des foules de pauvres qui n’ont plus de salive ni de nourriture pour leurs enfants. La misère les berce lentement dans son sein d’agonie. Et l’aridité, comme une lèpre, s’étend sur la terre qui les nourrissait. Et l’aigle s’élevant très haut dans le ciel sait qu’en tout cela il n’est pas un juste ordonnancement…

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… Il y aussi des êtres humains que le discernement éveille au respect. Ils éduquent leur progéniture en leur disant : « Sachez que la création ne nous appartient pas, mais nous sommes ses enfants. Gardez-vous de toute arrogance, car la terre, les arbres et toutes les autres créatures sont également enfants de la création. Vivez avec légèreté sans jamais outrager l’eau, le souffle ou la lumière. Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez de la gratitude. Lorsque vous immolez un animal, sachez que c’est la vie qui se donne à la vie et que rien ne soit dilapidé de ce don. Sachez établir la mesure de toute chose. Ne faites point de bruit inutile, ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement. Sachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu’ensemble ils enfantent, et l’oiseau, porté par le souffle, est un messager du ciel et de la terre. Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers, mais lorsque la nuit vous rassemble ayez confiance en elle, , et si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage sur ses pirogues de silence jusqu’aux rives de l’aurore. Que le temps et l’age ne vous accablent pas car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos temps amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux pour ensemencer les siècles. »… »

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Extraits de : « Parole de terre-Une initiation africaine » 1996  Pierre Rabhi.

Illustrations : 1/« Livre de dessins : Dessins de  Filippino Lippi, Botticelli et Raffaellino del Garbo »  Giorgio Vasari 1511-1574  2/« Tête d’homme couronné » et  3/« Motif de brocart » issus du « Codex Vallardi »  Pisanello 1395-1455.

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Prendre soin de notre Mère…

BVJ – Plumes d Anges.

Roue du monde…

lundi 15 septembre 2014

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« … La santé est un état qui ne présage rien de bon et la nature suffit souvent à guérir les maladies. Il arrive au rouge de sortir vingt fois de suite – mais le noir finira bien par s’imposer tôt ou tard. Il y a une règle qui ne souffre pas d’exception : les puissants seront abaissés, les humbles seront exaltés. Rien n’échoue comme le succès. Et, au plus profond de l’abîme, l’espérance est toujours là. Car Dieu, dans sa bonté, a donné une sœur au chagrin et il l’a appelée l’espérance…

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… À court terme, dans ce monde, il n’y a pas de justice et il n’y a pas de vérité. À long terme la marche du monde se confond avec ce que nous avons le droit d’appeler, parce que nous n’avons rien d’autre à quoi nous attacher, la justice et la vérité. Tout change. Tout se transforme. Tout s’écroule. Tout reste toujours semblable. Nous ne cessons jamais de rouler entre le bien et le mal, du chagrin à l’espoir et de l’espoir au chagrin, du désir à l’ennui et de l’ennui au désir…

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… La joie c’est autre chose. Loin de nous enfoncer dans le monde à la façon du plaisir et du bonheur, elle nous en détacherait plutôt. Elle est religieuse et rebelle. Elle est métaphysique. Elle éclate comme un tonnerre. Elle détruit tout sur son chemin. Elle se consume elle-même, elle s’oublie, elle se nie. Il y a quelque chose dans la joie qui ressemble à l’adoration. Elle nous élève au-dessus de nous. Elle nous transporte ailleurs. Elle nous ouvre les portes d’un univers inconnu et plus beau que le nôtre. Elle jaillit de notre monde et elle nous en montre un autre où règne la beauté…

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… Nous mourrons tous. Et nous vivons. Mais nous ne savons pas pourquoi.

Nous ne savons pas pourquoi nous avons été jetés dans le temps. Et nous ne savons pas ce qui nous attend après notre passage dans ce temps. Rien, peut-être ? C’est possible. Le secret est bien gardé.

La beauté nous éblouit. Nous ne la comprenons pas. Nous cherchons la vérité. Elle ne cesse de nous fuir. Nous avons le droit de croire à autre chose qu’à ce temps et à ce monde, nous avons le droit d’espérer un destin éternel. Nous ne pouvons rien en savoir.

Une phrase célèbre d’Einstein fait l’éloge du mystère. Chacun de nous se débat comme il peut contre les mystères qui l’entourent. Nous nous souvenons de temps en temps de quelques mots murmurés, d’un instant de bonheur, d’un visage, d’une souffrance, d’un tableau dans une église ou dans un musée, d’un temple sur une colline, d’un certain nombre de chiffres inutiles et d’une chanson de marin ou d’une cantate de Bach chantées par des voix disparues ou qui disparaitront…

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… J’aime rêver. La science ne rêve pas. Mais ce qu’elle découvre est la plus formidable de toutes les matières à rêver. Plus que les livres, plus que les tableaux ou les monuments, plus que les paysages, plus peut-être que l’amour. J’ai rêvé le monde et la science qui tente de le comprendre. J’ai essayé d’écrire le roman de l’univers et, dans ce roman de l’univers, le roman de la science. Je ne suis ni savant ni poète. J’aime les histoires. La plus belle histoire du monde, c’est l’histoire de ce monde qui n’existe que parce que nous le rêvons… »

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Extraits de : « Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit » 2013  Jean d’Ormesson.

Illustrations : Planches extraites d’« Éléments décoratifs »  Alfons Mucha 1860-1939.

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S’inspirer de ce que murmurent nos rêves…

BVJ – Plumes d’Anges.

Visions du monde…

lundi 8 septembre 2014

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« … Que ce soit en Inde ou en Grèce, un certain nombre de sages affirment avoir trouvé une issue à l’impasse où se trouve l’homme qui cherche à adapter le monde à ses désirs : inversant la problématique, le sage cherche à adapter ses désirs au monde. Il vise à les maîtriser, à les limiter, voire à les neutraliser pour s’accorder au réel. Il peut ainsi être satisfait de sa vie, quels que soient les faits extérieurs qui surviennent et risquent de l’affecter. Autrement dit, le bonheur du sage ne dépend plus des évènements toujours aléatoires émanant du monde qui lui est extérieur (santé, richesse, honneurs, reconnaissance, etc…), mais de l’harmonie de son monde intérieur. C’est parce qu’il a su trouver la paix en lui-même qu’il est heureux. Plutôt que de vouloir changer le monde, le sage concentre ses efforts à se changer. Son bonheur est immanent : il se réalise ici-bas, dans le monde tel qu’il est, au plus intime de lui-même.

C’est par ce renversement que le bonheur devient possible. L’obstacle au bonheur n’est pas la réalité, mais la représentation que nous en avons. Une même réalité peut être perçue différemment par deux personnes : l’une s’en féliciter, l’autre en être malheureuse. Un individu donné peut percevoir une grave maladie comme un terrible coup du sort, alors qu’un autre, par-delà la douleur présente, y verra une occasion de se remettre en question, de changer telle ou telle chose dans sa vie, et ne se départira pas de sa paix intérieure. Face à une agression, certains ressentiront de la haine, un désir de vengeance, quand d’autres n’éprouveront aucun ressentiment : « Combien tuerais-je de méchants ? Leur nombre est infini, comme l’espace. Alors que si je tue l’esprit de haine, tous mes ennemis sont tués en même temps », écrit le sage bouddhiste Shantideva dans « La marche vers l’Éveil ». Et le sage stoïcien Epitecte d’affirmer en écho : « Souviens-toi que ce qui te cause du tort, ce n’est pas qu’on t’insulte ou te frappe, mais l’opinion que tu as qu’on te fait du tort. Donc, si quelqu’un t’a mis en colère, sache que c’est ton propre jugement le responsable de ta colère. »(…) « Devant tout ce qui t’arrive, pense à rentrer en toi-même et cherche quelle faculté tu possèdes pour y faire face. Tu aperçois un beau garçon, une belle fille ? Trouve en toi la tempérance. Tu souffres ? Trouve l’endurance. On t’insulte ? Trouve la patience. En t’exerçant ainsi, tu ne seras plus le jouet de tes représentations. »…

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… Chacun doit apprendre à se connaître pour découvrir ce qui le rend heureux ou malheureux, ce qui lui est approprié ou non, ce qui augmente sa joie et diminue sa tristesse. Spinoza utilise la métaphore du poison pour faire comprendre que tout se joue à un stade essentiellement biologique : il y a des corps, des choses, des êtres qui empoisonnent notre organisme, comme il en est d’autres qui contribuent à sa croissance et à son épanouissement. Si nous acceptons d’ingurgiter du poison, c’est que notre esprit est pollué par toutes sortes d’idées inadéquates, erronées, qui nous font croire – sous l’influence de certains affects, de notre imagination ou d’une morale extérieure – que ce qui nous empoisonne, de fait, est bon pour nous. D’où la nécessité d’accéder à une connaissance vraie de ce que nous sommes pour savoir ce qui nous convient, mais aussi de renoncer à suivre une morale extérieure, dogmatique, transcendante, prétendument valable pour tous… »

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Extraits de : « Du bonheur – un voyage philosophique » 2013  Frédéric Lenoir.

Illustrations : 1/« La musique » 2/« Étang calme » 3/« Deux jeunes filles et un Laurier rose »  Gustav Klimt 1862-1918.

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Trouver notre propre vision…

BVJ -Plumes d’Anges.

Ondes lumineuses…

jeudi 4 septembre 2014

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« Les paroles seront-elles poésie un jour ?

La poésie sera-t-elle la vie ?

Sonorités émises en syllabes de lumière,

Expressions vierges sans faille,

Fleurs sans tache, fermes sur leur tige ?


Moments illuminés et incessants

Dissiperont les erreurs, les obstacles,

Ainsi que les différences,

Immaculée ta grandeur propre

Se rendra accessible par-delà ses bornes.


De cycle en cycle ces préambules

Tout ce divin combat tant en dehors qu’en dedans,

Festin perpétuel de la purification

Éparpille ses infinies richesses.


Toute la création n’est que poésie sans macule

Émergence d’un soleil dévoilé. »

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Extrait de l’Anthologie de la poésie bengali : « Poésie sans macule »  Saumitra Shankar Dasgupta (né en 1917)

Illustrations : 1/« Nuit et sommeil » 2/« Confiance, espérance et amour »  Mary Lizzie Macomber 1861-1916.

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Se désaltérer dans le courant des ondes lumineuses…

BVJ – Plumes d’Anges.

Force de la Nature…

samedi 16 août 2014

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« … Comme le disait Dostoievski, « Il nous faut aimer la vie plutôt que le sens de la vie ». Il nous faut aimer la vie par-dessus tout, et de cet amour naîtra peut-être un sens. Mais « si cet amour de la vie disparaît, rien ne peut nous consoler »…

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… « Donnez des racines à vos enfants, laissez-les avoir des ailes »…

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… On peut se créer des racines en restant sur place. Mais ce que j’espère pour ma fille, c’est qu’il y ait une autre façon de s’ancrer profondément et joyeusement à la terre, même si l’on est en partance, une façon de se sentir chez soi dans le monde naturel, où que l’on se trouve. Un enracinement qui tienne au fait de percevoir, de se soucier, de se remémorer, d’étreindre, de prendre plaisir à l’immensité de l’horizon, de trouver un réconfort dans l’odeur familière de la pluie…

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… Le monde est-il conforme aux capacités de notre esprit, ou notre esprit limité borne-t-il notre connaissance du monde ? Peut-être l’intelligence fait-elle de son mieux en captant ce qui est lent, aisé, ordinaire, tout en laissant échapper le meilleur. À l’idée qu’il y a un au-delà de la perception humaine, j’enrage de frustration, comme un chien qui fait les cent pas devant une porte close, gratte et renifle l’air qui filtre. Que peut être cet élément lointain, invisible qui ne correspond à aucune de nos catégories ? Au-delà du spectre visible, de la gamme sonore, des nomenclatures, quel est cet élément si radieux qu’il nous aveuglerait, ferait exploser nos sens et nous précipiterait au sol ?…

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… « Aimer le Beau, c’est vouloir retrouver la patrie perdue de l’âme. » – Plotin…

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… Une artiste m’a dit un jour que pour peindre quelqu’un il faut peindre les ombres sur son visage. Regarde de près pour voir de quelle couleur sont ces zones d’ombre, m’a-t-elle dit. Les ombres ne sont jamais noires. Elles contiennent toutes les nuances de la palette : brun, bleu, gris foncé, mais aussi orange et jaune, lavande et vert. Il y a parfois du rose dans les ombres. Les couleurs des endroits sombres changent et chatoient, prends-y garde. Observe-les sur la durée. Il y a une texture dans chaque ombre, voilà ce qui importe. L’obscurité humide est luisante, mais les autres ombres sont ternes. Regarde de près : son pull projette-t-il une ombre sur son cou ? Y-a-t-il des ombres dans ses yeux ? Examine la forme des ombres, leur densité, leurs courbes et leurs angles, car une ombre définit aussi ce sur quoi elle retombe.

Si l’un de nous perd la mémoire, saurons-nous le reconnaître en observant les ombres qu’il projette ? Que deviennent les souvenirs lorsqu’ils sont chassés des lieux où ils s’étaient enracinés ? Lorsque le temps change l’ordre des mois, efface des images, raye des lieux sur une carte ? Et inversement que deviennent ces lieux quand disparaissent les souvenirs ? Quand les histoires pâlissent en se détachant d’un promontoire de granit, quand les significations s’effacent dans le remous des vagues dans les roseaux, quand la tempête déracine les idées pour les rejeter sur la grève. Lorsque les repères s’évanouissent, une forêt de pins blancs devient un talus embroussaillé où les graines migrent, évoluent, apparaissent et disparaissent, se dissimulent des jours durant pour rejaillir à un moment inattendu… ».

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Extraits de : « Petit traité de philosophie naturelle » 1999  Kathleen Dean Moore.

Illustrations :1/« Yosemite »  Thomas Hill 1829-1908  2/« Arbres »  Nicolae Grigorescu 1838-1907  3/« L’Hudson » Winslow Homer 1836-1910.

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Puiser dans ses racines pour se donner des ailes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Contempler…

dimanche 10 août 2014

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« … Tout arrive pour vous et non pas à vous…

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… La violence n’enseigne que la violence. Le stress n’enseigne que le stress. Si vous nettoyez votre environnement mental, nous purifierons notre environnement physique beaucoup plus vite. C’est ainsi que cela marche. Et si vous le faites avec authenticité, sans violence dans le cœur, ni colère, sans montrer du doigt les entreprises en les considérant comme l’ennemi, les gens se mettront à remarquer cela. Nous commencerons à vous écouter et remarquerons qu’un changement pacifique est possible. Cela doit commencer par quelqu’un. Si ce n’est pas vous, alors qui ?

Le monde vous mettra à l’épreuve de toutes les manières possibles, afin que vous preniez conscience de ce dernier petit problème que vous n’avez pas encore résolu. C’est un complot parfait. Échec et mat…

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… Essayez de vous forcer à ne rien faire. Vous ne pourrez y arriver. Vous êtes respiré, vous êtes traversé par des pensées, vous êtes bougé, vous êtes vécu. Il n’y a rien que vous puissiez faire pour ne pas manger quand il est temps de manger, rien à faire pour ne pas dormir quand il est temps de dormir. Si vous ne faites qu’observer et laisser venir tout ce qui vient et aller tout ce qui s’en va, vous pourrez réaliser à chaque instant que vous n’avez besoin de rien d’autre que ce que vous avez déjà.

Où sont vos mains en ce moment ? Qui les a mises là ? Est-ce vous qui avez fait cela ? Et puis, quelles que soient vos pensées, vousça – bouge(z) à nouveau. Peut-être que ça déplace votre pied. Peut-être que ça avale ou que ça cligne des yeux, vos yeux. Remarquez simplement. C’est ainsi que l’on entre dans le non-agir, où tout se met doucement en place…

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… On ne peut rendre les gens vertueux. Les gens sont ce qu’ils sont et ils feront ce qu’ils feront, avec nos lois ou sans elles. Vous vous souvenez de la prohibition ? En Amérique, on a amendé la constitution, en 1919, en interdisant l’alcool. On m’a dit que cet amendement avait été rédigé par des personnes bien intentionnées, morales, qui voulaient simplement nous empêcher de céder à la tentation. Bien sûr, cela a échoué, car la sobriété ne peut venir que de l’intérieur. Vous ne pouvez pas forcer les gens à ne pas boire, à être honnêtes ou gentils. Vous pouvez énoncer des commandements jusqu’à vous fâcher tout rouge et les gens feront ce qu’ils feront.

Le meilleur moyen, qui est le seul qui soit efficace, est de servir d’exemple et de ne pas imposer sa volonté…

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… L’enseignement dont vous avez besoin est en vous. Comment pourrait-on vous enseigner ce qui est déjà en vous ? Il n’y a que vous qui puissiez le réaliser. Si vous êtes disposé à aller en vous et à atteindre la vérité, votre sagesse innée viendra à la rencontre de la question et la réponse sonnera juste, comme si c’était un diapason en vous… »

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Extraits de : « Les mille visages du bonheur » 2014  Byron Katie.

Illustrations : 1/ « Chant » Edward Reginal Frampton 1872-1923  2/ « Oiseau de Paradis  – The Water-babies (Charles Kingsley) » Warwich Goble 1862-1943.

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Entendre en soi le chant de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chant d’or…

vendredi 1 août 2014

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 » … Il y a d’abord le Soleil. Il règne. Il est là. Nous ne vivons que par lui… Quand il se couche, nous nous couchons. Quand il se lève, nous revivons. Nous passons. Il demeure. Il est pour nous, mortels, l’image de l’éternité. On est en droit de se dire qu’il est là pour toujours. Et pourtant, comme vous, comme moi, comme nous tous et comme le reste, il passera, lui aussi…

… Le Soleil, en attendant, est la beauté du monde. Le monde est beau parce que le Soleil est là. Et il est beau un peu partout. Sur la mer, sur le désert, sur les montagnes, sur les fleuves et sur les rivières – et même, mais il a du mal, sur nos grandes villes et sur les usines dans leurs banlieues. Il est permis de soutenir qu’il n’y aurait pas de beauté, ni dans la nature, ni dans l’art, s’il ‘y avait pas de Soleil. Ce qu’il y a de mieux dans le Soleil, c’est la lumière…

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… Ni peintre ni sculpteur, ni musicien d’ailleurs, ni mathématicien, ni physicien, ni astronome, aussi peu doué pour les arts que pour les sciences, j’ai beaucoup aimé la lumière. La lumière du jour, le matin, m’a toujours enchanté. Je me réveillais de bonne humeur parce que, rayonnante ou couverte, la lumière était là. Sur Positano, sur Amalfi, sur Ravello et ses jardins, sur la vallée du Dragon, sur Dubrovnik, sur Korcula ou sur Hvar, sur Ithaque ou sur Kask, sur Symi ou sur Castellorizo, sur Karnak ou sur Udaipur, sur les places, les églises, les palais de Gubbio, d’Urbino de Todi, de Spolète, d’Ascoli Piceno, et même de Pitigliano ou de Borgo Pace, assez dénuées, toutes les deux, de beautés fracassantes, d’Ostuni, de Martina Franca, des petites villes de Toscane, d’Ombrie, des Pouilles, d’Andalousie ou du Tyrol, elle m’a rendu presque fou de bonheur. Plus que les paysages, plus que la plupart des personnages, pourtant souvant enchanteurs ou subtils, que j’ai eu la chance de rencontrer, plus que l’eau, ce miracle, plus que la beauté des arbres, plus que les ânes et les éléphants, plus peut-être que les livres, plus peut-être même que le ski au printemps, la mer au fond des criques ou les femmes qui m’ont donné tant de bonheur en apparaissant, en restant et parfois en s’en allant, ce que j’ai le plus aimé en ce monde où j’ai déjà passé pas mal de temps, c’est la lumière.

Presque autant que le temps, moins cruelle, plus tendre, moins secrète et moins mystérieuse, mais tout aussi répandue à travers tout l’univers, la lumière m’a toujours semblé murmurer en silence quelque chose de Dieu.

Présent partout, éternellement absent, Dieu se dissimule dans ce monde. Chacun peut pourtant dresser, comme un chant d’espérance, la liste des évènements ou des occasions où il se manifeste soudain – parfois de façon surprenante – avec une sorte d’évidence et d’éclat… »

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Extraits de : « Comme un chant d’espérance »  – 2014  –  Jean d’Ormesson.

Illustrations : 1/« Coucher de soleil à Königsberg »  Hugo Knorr 1834-1904  2/« Allégorie de la musique » Niederlandisher Meister XVIIIème.

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Entendre le chant de la lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.

Sublime légèreté…

mercredi 23 juillet 2014

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… »Le bonheur, ce n’est pas une note séparée, c’est la joie que deux notes ont à rebondir l’une contre l’autre. Le malheur c’est quand ça sonne faux, parce que notre note et celle de l’autre ne s’accordent  pas. La séparation la plus grave entre les gens, elle est là, nulle par ailleurs : dans les rythmes.

J’ai toujours reconnu d’instinct ceux qui se lèvent avec le jour, même en vacances, et ceux qui restent pour des siècles au lit. J’ai immédiatement craint les premiers. J’ai toujours craint ceux qui partent à l’assaut de leur vie comme si rien n’était plus important que de faire des choses, vite, beaucoup. Ma mère était tellement aimée que ce n’était plus la peine d’occuper toutes les heures du jour. Le monde appartient, dit-on, à ceux qui se lèvent tôt. Ils le font bien sentir que ça leur appartient, le monde, ils en sont assez fiers de leur remue-ménage. Mais quand on est aimée, on s’en fout du monde, on a beaucoup moins besoin d’y faire son tour…

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… Je n’écris pas avec de l’encre. J’écris avec ma légèreté. Je ne sais si je me fais bien entendre : l’encre, je l’achète. Mais la légèreté, il n’y a pas de magasin pour ça. Elle vient ou ne vient pas, c’est selon. Et quand elle ne vient pas, elle est quand même là. Vous comprenez ? La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches de monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d’herbe, dans la fée d’une lumière au détour d’un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnante des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer lentement les volets sur le soir, dans la fine touche de bleu, bleu pâle, bleu-violet, sur les paupières d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue, en différant une seconde l’instant de la lire, dans le bruit des châtaignes explosant sur le sol et dans la maladresse d’un chien glissant sur un étang gelé, j’arrête là, la légèreté, vous voyez bien, elle est partout donnée. Et si en même temps elle est rare, d’une rareté incroyable, c’est qu’il nous manque l’art de recevoir, simplement recevoir ce qui nous est partout donné… »

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Extraits de : « La folle allure » 1995  Christian Bobin.

Illustrations : 1/« Madonne et enfants »  Eduard Veith 1858-1925  2/« L’odalisque » (détail) François Boucher 1703-1770 .

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Apprendre à recevoir…

BVJ – Plumes d’Anges.

Dormeuse…

samedi 21 juin 2014

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« Figure de femme, sur son sommeil

fermée, on dirait qu’elle goûte

quelque bruit à nul autre pareil

qui la remplit toute.


De son corps sonore qui dort

elle tire la jouissance

d’être un murmure encor

sous le regard du silence. »

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Extrait de : « Vergers »  Rainer Maria Rilke 1875-1926.

Tableau : « Dormeuse » Jean-Baptiste Santerre 1658-1717.

PLUMES D’ANGES S’ENDORT UN PEU…

BELLE MUSIQUE INTÉRIEURE À TOUTES ET À TOUS,

À BIENTÔT !

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Se concentrer sur l’appel de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Fragilité…

lundi 9 juin 2014

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« … Nous aurions besoin d’une parole calme, rassérénée, à notre portée, qui ne se réclamerait d’aucune révélation divine ou humaine, d’aucun peuple, d’aucun parti, qui ne se réfugierait ni dans les méandres obscurs d’un jargon ni dans la jungle d’un prétendu savoir.

Une partie de notre malheur est là : ceux qui nous parlent nous disent que nous ne savons pas et qu’ils vont nous instruire, que nous nous sommes égarés et qu’ils vont nous remettre dans le seul vrai chemin, celui précisément qu’ils suivent. Des dynasties de penseurs et de philosophes se succèdent à la manière des dynasties royales, avec pour seul souci, dirait-on, de recueillir les héritages, de rappeler les références et de maintenir sur le trône la même lignée de concepts.

Or cette philosophie contemporaine, si brillante qu’elle soit quelquefois, s’est entièrement soumise à l’évènement, au lieu de continuer à le voir de loin. Notre contact avec les évènements de cette planète est aujourd’hui si obsédant, si contraignant, que c’est la réalité, l’actualité qui façonne aujourd’hui la pensée. Comme cette actualité est déconcertante, inquiétante, sujette à des sursauts, à des explosions soudaines, à des calmes lents, ainsi la pensée contemporaine est sautillante et discontinue. Elle s’efforce en vain de coller chaque jour à l’incohérence du monde, elle croit que toute action peut être analysée et classée sur-le-champ. Elle s’aventure avec imprudence sur le terrain des journalistes, ou des politiques, qui eux sont tenus d’être en permanence à l’ordre du jour.

Et elle se trompe, évidemment. Elle se fourvoie, elle s’égare. L’actualité à laquelle elle s’est soumise s’empresse de la contredire. Alors elle s’agace et se contredit à son tour. Elle fait des écarts, des ruades, qui la jette dans le discrédit. Elle se croyait maîtresse de la classe, mais toutes les mains se lèvent pour l’interrompre, toutes les voix lui crient qu’elle se trompe. À regret, nous perdons confiance en elle et nous n’écoutons plus cette parole déréglée.

Alors que nous aurions besoin d’une voix simple et tranquille qui nous dirait : « Je n’en sais pas plus que vous, je n’ai aucune lumière particulière à vous apporter, je n’ai aucune religion, aucun régime providentiel à vous offrir, mais j’ai vécu une autre vie que la vôtre, j’ai connu ceci ou cela, j’ai essayé de voir les choses sous différents angles et nous pourrions ensemble, si vous le voulez bien, faire un bout de voyage. »

Une voix qui nous dirait : « J’ai des choses à apprendre de vous. »

Une voix qui nous proposerait un échange de questions au lieu de nous vendre, au prix fort, tout un chapelet de réponses…

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… Si l’héroïsme triomphant nous éloigne les uns des autres, car il n’y a pas place pour deux sur un pavois, la fragilité que nous partageons nous rapproche. Elle peut alors devenir la source des sentiments les plus actifs et les plus louables, la compassion, le don de soi, le respect que nous éprouvons pour toutes les faiblesses de l’autre, où nous reconnaissons les nôtres…

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… Chacun de nous, à son gré, selon ses émotions, peut se donner ses propres règles, ordonner les gestes de sa vie à sa guise, au risque de passer parfois pour un original ou pour un maniaque. Il peut même se constituer un terrain « sacré », choisir un lieu où il viendra se recueillir, se retremper ou, ainsi qu’on le dit, « se changer les idées », comme dans un vestiaire de l’esprit.

Nous avons peut-être un vrai besoin de ces endroits-là. Je rends de temps en temps visite à une source dont j’écoute longuement la musique. Quelquefois, l’été, elle se tarit et je m’inquiète. Quand il pleut, je pense à elle… »

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Extraits de : « Fragilité » 2006  Jean-Claude Carrière.

Aquarelles : 1/« Garçons et chaton »  Winslow Homer 1836-1910  2/« Paysage de rivière »  Anders Zorn 1860-1920.

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Il me semble que, peut-être…

BVJ – Plumes d’Anges.