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« … La santé est un état qui ne présage rien de bon et la nature suffit souvent à guérir les maladies. Il arrive au rouge de sortir vingt fois de suite – mais le noir finira bien par s’imposer tôt ou tard. Il y a une règle qui ne souffre pas d’exception : les puissants seront abaissés, les humbles seront exaltés. Rien n’échoue comme le succès. Et, au plus profond de l’abîme, l’espérance est toujours là. Car Dieu, dans sa bonté, a donné une sœur au chagrin et il l’a appelée l’espérance…
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… À court terme, dans ce monde, il n’y a pas de justice et il n’y a pas de vérité. À long terme la marche du monde se confond avec ce que nous avons le droit d’appeler, parce que nous n’avons rien d’autre à quoi nous attacher, la justice et la vérité. Tout change. Tout se transforme. Tout s’écroule. Tout reste toujours semblable. Nous ne cessons jamais de rouler entre le bien et le mal, du chagrin à l’espoir et de l’espoir au chagrin, du désir à l’ennui et de l’ennui au désir…
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… La joie c’est autre chose. Loin de nous enfoncer dans le monde à la façon du plaisir et du bonheur, elle nous en détacherait plutôt. Elle est religieuse et rebelle. Elle est métaphysique. Elle éclate comme un tonnerre. Elle détruit tout sur son chemin. Elle se consume elle-même, elle s’oublie, elle se nie. Il y a quelque chose dans la joie qui ressemble à l’adoration. Elle nous élève au-dessus de nous. Elle nous transporte ailleurs. Elle nous ouvre les portes d’un univers inconnu et plus beau que le nôtre. Elle jaillit de notre monde et elle nous en montre un autre où règne la beauté…
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… Nous mourrons tous. Et nous vivons. Mais nous ne savons pas pourquoi.
Nous ne savons pas pourquoi nous avons été jetés dans le temps. Et nous ne savons pas ce qui nous attend après notre passage dans ce temps. Rien, peut-être ? C’est possible. Le secret est bien gardé.
La beauté nous éblouit. Nous ne la comprenons pas. Nous cherchons la vérité. Elle ne cesse de nous fuir. Nous avons le droit de croire à autre chose qu’à ce temps et à ce monde, nous avons le droit d’espérer un destin éternel. Nous ne pouvons rien en savoir.
Une phrase célèbre d’Einstein fait l’éloge du mystère. Chacun de nous se débat comme il peut contre les mystères qui l’entourent. Nous nous souvenons de temps en temps de quelques mots murmurés, d’un instant de bonheur, d’un visage, d’une souffrance, d’un tableau dans une église ou dans un musée, d’un temple sur une colline, d’un certain nombre de chiffres inutiles et d’une chanson de marin ou d’une cantate de Bach chantées par des voix disparues ou qui disparaitront…
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… J’aime rêver. La science ne rêve pas. Mais ce qu’elle découvre est la plus formidable de toutes les matières à rêver. Plus que les livres, plus que les tableaux ou les monuments, plus que les paysages, plus peut-être que l’amour. J’ai rêvé le monde et la science qui tente de le comprendre. J’ai essayé d’écrire le roman de l’univers et, dans ce roman de l’univers, le roman de la science. Je ne suis ni savant ni poète. J’aime les histoires. La plus belle histoire du monde, c’est l’histoire de ce monde qui n’existe que parce que nous le rêvons… »
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Extraits de : « Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit » 2013 Jean d’Ormesson.
Illustrations : Planches extraites d’« Éléments décoratifs » Alfons Mucha 1860-1939.
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S’inspirer de ce que murmurent nos rêves…
BVJ – Plumes d’Anges.


































