Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Intelligence du coeur…

lundi 29 août 2016

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« … La crise actuelle nous invite et nous pousse à coopérer davantage. Nous nous inscrivons véritablement dans la mouvance des forces de l’univers. Toute la philosophie du XIXème siècle était fondée sur cette même approche de la compétition que ce soit chez Marx avec la lutte des classes ou chez les libéraux avec la concurrence pure et parfaite.

Le moment est venu d’inverser cette manière de voir, notamment dans l’éducation des enfants, et de considérer que la coopération est une force puissante qui s’exerce depuis le big bang. Le monde économique est entièrement fondé sur la compétitivité non régulée. Par conséquent, les pays qui payent mal leurs salariés sont plus compétitifs que les autres et cela va à l’encontre de toute justice sociale. Cela explique le profond déséquilibre de l’économie mondiale. Cette notion de compétitivité dans une économie globalisée ne peut être régulée par des décisions politiques dans la mesure où la politique n’est pas mondialisée. Il y a 193 États aux Nations Unies et ils sont bien loin de parler d’une seule voix pour réguler le libéralisme. Devant ce constat d’échec de la compétition en tant que modèle de fonctionnement entre les hommes, il faut prendre le problème par les racines et commencer par montrer que la coopération – ou symbiose ou mutualisme ou commensalisme – est une force puissante de l’univers et de la vie en particulier. (…) Concrètement, la coopération suppose que nous sortions du « moi d’abord » et du « moi je » ; non pas qu’il faille détester son « moi », mais il serait préférable d’unir les individualités pour en faire émerger un « nous ». Cela suppose que nous nous positionnions tout à fait différemment par rapport à nos habitudes de consommation, que nous échappions à la tyrannie du désir perpétuel menant à la frustration perpétuelle, mais aussi à la tyrannie du mimétisme et des modes si prégnantes, pour aller vers ce que Pierre Rabhi appelle une « sobriété heureuse ». En outre ceci nous amènerait à ne pas consommer avec boulimie afin que les ressources naturelles soient économisées. Le mot « économie » reprendrait alors son sens premier : être économe. Ainsi, les générations futures trouveraient encore des ressources, car nous aurions pensé à elles au lieu de cultiver notre seul égoïsme…

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… Le cœur appelle le concept d’intelligence. Pour moi, l’intelligence peut constituer une arme redoutable quand elle n’est pas couplée à l’intelligence du cœur. Si l’intelligence fonctionne de concert avec le cœur alors elle se met au service de la communauté et s’enrichit du concept de coopération. C’est pourquoi j’ai toujours considéré que la première des qualités était l’intelligence du cœur.

Pour se connecter à l’intelligence du cœur, il faut prendre beaucoup de recul par rapport aux flux des informations qui nous assaillent. Cela va de pair avec la capacité à s’entendre soi-même et à découvrir son intériorité et son cœur d’où peuvent jaillir – lorsqu’on en fait un bon usage – cordialité et bonté. Mais cela suppose de prendre ses distances avec notre société d’information et de communication qui s’avère très toxique lorsqu’elle est consommée à trop forte dose.  Il y a de « l’intelligence » dans la nature. Quand on voit comment les plantes ont « inventé » toutes sortes de stratagèmes pour s’adapter aux conditions de leur environnement, on se dit que la nature est intelligente. Comme les plantes, nous avons la capacité de trouver des modèles nouveaux pour perdurer… »

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Extraits de : Jean-Marie Pelt dans « Face à l »univers » 2015  Trinh Xuan Thuan.

Illustrations :1/ Planche 5 Calcispongiae 2/ Planche 28 Discomedusae    Ernst Haeckel 1834-1919.

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Unir nos individualités pour créer un monde nouveau

BVJ – Plumes d’Anges.

En ce monde…

lundi 22 août 2016

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« … En ce monde, l’âme ne va pas nue. Elle a revêtu une enveloppe charnelle plus ou moins épaisse et légère. Elle a pris corps, et avec lui doit collaborer, faire amitié et non soumission. Au vestiaire des âmes, avant d’entrer en scène, elle a pris un manteau, une coiffe, des chaussures, qu’elle devra quitter après la représentation ou dont elle changera au cours des actes du drame. Mais qui a choisi le tissu, la forme, la couleur des vêtements ? Qui, dans les coulisses, file, tisse, coupe et coud ? Où est le maître tailleur ?…

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… Souvent l’homme méprise et repousse ce qui ne lui ressemble pas. Il se prend pour la mesure de toutes choses et pour le roi de l’univers. Mais la vie lui rappelle que tous les êtres sont reliés et qu’entre eux le dialogue est nécessaire et les accords fructueux…

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… L’être humain ne devrait pas se plaindre ni s’en remettre toujours à l’aide d’autrui. Il a en lui toutes les ressources nécessaires, qu’il lui faut explorer et développer. La connaissance de soi requiert de l’audace et du courage, une belle persévérance, et la vie, toujours imprévisible, répond à qui lui fait confiance…

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… Bien des hommes accumulent honneurs, pouvoirs et richesses et négligent le plus précieux : la vie inimitable, toujours surprenante, et leur âme légère qui, un soir, à leur insu, s’envole. Dans la longue nuit, qui les consolera ?…

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… Plus la conscience d’un être humain s’éveille, plus il se sent responsable – non seulement de ses actes ou de ses proches, mais de l’humanité entière à travers ses errances et ses clartés…

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… Elle dérange, la beauté, parce que, venue de nulle part, elle n’appartient à personne et n’a aucune utilité. Mais sans elle on meurt, sans elle, le carcan de souffrance et d’absurdité se resserre. Serait-elle une des apparitions de l’invisible venant se poser sur la terre des hommes, éclairant le visage de toutes choses ?…

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… Écoutez, écoutez bien : derrière le brouhaha du monde, ne percevez-vous pas une fine mélodie, comme un frémissement d’astres ? Regardez, regardez bien à l’intérieur : n’y a-t-il pas un scintillement de source, une clarté qui grandit ? Depuis quand sommes-nous ici à errer, à nous perdre, depuis combien d’années portons-nous sur les épaules le poids d’un âne mort ? Avons-nous oublié notre splendeur première, n’avons-nous nul désir de déposer le fardeau de misère pour courir vers le ciel et sa brassée d’étoiles, pour nous jeter dans la lumière ?… »

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Extraits de :  « Une robe de la couleur du temps » 2014  Jacqueline Kelen.

Illustration : 1/ et 2/« Amherstia nobilis  (Arbre du paradis) » Nathaniel Wallich 1786-1854.

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Aller vers notre quintessence…

BVJ – Plumes d’Anges.

Île Fée…

jeudi 18 août 2016

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UN RÊVE ÉVEILLÉ…

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« Si vous voulez aller sur la mer,

sans aucun risque de chavirer,

alors n’achetez pas un bateau :

achetez une île ! »

( à lire, sans parler « pointu »…)

Maitre Panisse dans « Fanny » de Marcel Pagnol 1895-1974.

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Un lien avec les Îles d’or ? un clic ici  —> Ils ont aimé ces îles…

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Navigation autour de Port Cros… Photos BVJ.

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Mer veilleuse…

BVJ – Plumes d’Anges.

Prêter attention…

lundi 15 août 2016

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« Qui a fait le monde ?

Qui a fait le cygne et l’ours noir ?

Qui a fait la sauterelle ?

Je veux dire cette sauterelle-ci –

celle qui a bondi hors de l’herbe,

celle qui mange du sucre au creux de ma main,

qui bouge ses mandibules de gauche à droite, plutôt que de haut en bas –

qui regarde autour d’elle avec ses énormes yeux, compliqués.

La voilà qui lève ses pâles avant-bras et se nettoie soigneusement la tête.

La voilà qui déploie ses ailes, et s’envole au loin.

Je ne sais pas exactement ce qu’est une prière,

mais je sais comment prêter attention,

comment tomber dans l’herbe,

comment flâner et être comblée,

comment errer à travers champs,

ce que j’ai fait toute la journée.

Dis-moi, qu’aurais-je dû faire d’autre ?

Tout ne finit-il pas par mourir, trop rapidement ?

Dis-moi, qu’entends-tu faire

de ton unique, sauvage et précieuse vie ? »

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« Une journée d’été » poème de Mary Oliver (poème trouvé sur le net).

Illustration : 1/ Détail d’une « Étude d’insectes et de fleurs »  Jan van Kessel l’Ancien 1626-1679  2/« Le verger »  Elizabeth Adela Forbes 1859-1912.

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Prêter attention…

BVJ – Plumes d’Anges.

Point vermeil…

lundi 8 août 2016

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« … Petite parabole.

– Un pèlerin cheminait sur la crête rocailleuse d’une vallée. Il entendit soudain un feulement. Sur un rocher, il aperçut un tigre prêt à bondir sur lui. Affolé, le malheureux se mit à courir sur l’étroit sentier. Emporté par sa précipitation, il tomba justement dans un précipice. Heureusement, il réussit à se retenir à des branchages qui arrêtèrent sa chute. Un grondement résonna au-dessus de sa tête, il leva les yeux et vit que le fauve attendait patiemment qu’il remonta pour le dévorer. Un sinistre sifflement retentit en contrebas. Là, sur un promontoire, un immense serpent était prêt à le piquer s’il descendait. Un autre bruit parvint encore à ses oreilles : un grignotement. L’homme découvrit avec stupeur que l’arbuste qui le retenait à la vie était rongé par deux rats, l’un blanc et l’autre noir. Suspendu dans le vide, entre ciel et terre, l’infortuné acrobate eut le regard attiré par une tache rouge dans les broussailles. C’était une grosse fraise sauvage, vermeille, pulpeuse. Malgré sa position périlleuse, il la cueillit d’une main, la porta à ses lèvres, la savoura. Hum, quel délice ! –

Ne demeurez pas dans le passé, ne songez pas au futur ; le passé s’est évanoui, le futur n’est pas encore advenu.

Contemplez ici et maintenant les dons du présent… »

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Extrait de : « Contes des sages bouddhistes – Le sens de la vie » 2015 Pascal Fauliot.

Illustrations : 1/« Tigre émergeant des bambous »  Kano Tsunenobu 1636- 1713  2/« Fraises et insectes » (détail)  Jan van Kessel 1626-1679.

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Chercher la petite lumière de joie qui chante dans l’obscurité…

BVJ – Plumes d’Anges.

Diversité…

jeudi 4 août 2016

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« … Le monde est une construction transitoire. Il naît de nos actes. Nos mains, notre esprit lui confèrent, jour après jour, sa consistance et ses contours, ses permanences, son devenir.

Son sens, s’il est sujet à varier, c’est parce que, pour peu de temps, encore, nous sommes divers, tributaires d’un passé distinct, porteurs de dispositions à la fois spéciales et génériques, élaborées au creuset des États-nations qui se formèrent au seuil des Temps Modernes. Il se peut que la mondialisation engendre bientôt un homme global, hédoniste et calculateur, surinformé, cosmopolite, interchangeable, affranchi des vieilles attaches qu’on avait avec un lieu, des proches, une patrie, lavé des particularités archaïques qui faisaient la diversité de l’espèce.

L’anthropologie, bientôt, sera sans objet, l’histoire, celle des groupes industriels et financiers aux prises pour la domination du marché, le destin des peuples, un simple compte d’exploitation. Nous sommes à la veille d’une ère planétaire qui verra les standards néo-libéraux supplanter l’infinie bigarrure des civilisations accrochées, comme les plantes, les roches, les bêtes, à un repli de la terre où elles avaient fleuri et fructifié. Un style international en matière de production, d’urbanisme , de langage, de consommation est en passe de gagner l’œkoumène. L’anthropologue Marc Augé a repéré, dès le début des années quatre-vingt, l’émergence du « non-lieu » contemporain, grandes surfaces entourées de leur parking, coiffées de sigles en lettres géantes, lumineuses, clignotantes, des firmes de la bouffe et des fringues, de la bagnole et de l’électronique grand public, immeubles de bureaux en verre fumé et aluminium brossé, à moquette beige, ordinateur et plante en pot, barres et tours, voies rapides  ceinturées de glissières en acier zingué, guichets automatiques sous caméra de surveillance, éclairage permanent, musique d’ambiance, air conditionné, voix truquées d’aéroport, dépersonnalisation généralisée de la société de masse… »

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NON NON ET NON, IL NOUS FAUDRAIT DE L’ESPÉRANCE EN UN AUTRE MONDE !!!

Si, sur notre terre ne vivaient qu’une variété de plantes,

qu’une variété d’arbres,

qu’une race d’animaux…

notre vie aurait-elle encore du sens et de l’intérêt ?

Le propre de la vie n’est-il pas au contraire de créer

et de fleurir dans la plus grande diversité possible ?

Réveillons le monde, il sommeille dans un drôle de rêve…

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Extrait de : « Les restes du monde »  2010  Pierre Bergounioux et Joël Leick.

Illustrations : 1/« Cage et oiseau » 2/« L’homme volant moderne » Illustrations anonymes du XIXème siècle.

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Réveiller le monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Rame céleste…

lundi 1 août 2016

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« … SOIT UNE PLUME. Pas n’importe laquelle : une rémige, qui vient à tire-d’aile du « rameur » latin remex, remigis (…) Rémige, mince pale à ramer dans le ciel, aérien aviron. Un canal ou calame cireux en forme la hampe, translucide un peu (on devine, étagés à l’intérieur, ce qui semble de petits opercules), de la couleur et de la texture d’un ongle, allant s’amincissant à la façon d’une mèche de fouet et fonçant à mesure, sur quoi se greffe de part et d’autre, une herse oblique de lamelles étroitement solidaires, agrippées entre elles par un mécanisme (croit-on) d’infimes crochets agissant comme une sorte de velcro naturel. Bien peignées, lissées, empesées, elles se distribuent en chevrons de part et d’autre du calame selon deux vexilles inégaux, asymétriques, où s’entend un souvenir linguistique du vexillium, l’étendard des légions romaines. Une rame céleste, un mince étendard que semble avoir teint tous les gris des nuages, plombés, cendreux, ardoisés, du blanc de céruse au noir du fusain, avec des nuisances, des nacrures : voilà la rémige.

Quelque chose dans le trait de définitif, sans repentir, dessiné presque d’un seul geste, rapide, suprêmement élégant, accordé à l’espace… »

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Extrait de : « À y regarder de près » 2015  Olivier Rolin- dessins d’Erik Demazières.

Planches extraites de l’Annuaire du Musée d’histoire naturelle de Caen – 1880.

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Affûter notre regard pour mieux voyager dans la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Grande nuit…

jeudi 28 juillet 2016

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« … Jourdan, tu te souviens d’Orion-fleur-de-carotte ?

– Je me souviens.

– Le champ que tu labourais, le tabac que tu m’as donné ?

– Je me souviens.

– Tu m’as demandé : « N’as-tu jamais soigné les lépreux ? »

Je me souviens comme d’hier. Tu m’as répondu : « Non, je n’ai jamais soigné les lépreux. »

– Tu trainais une grande peine.

– Oui.

– Plus de goût.

– Non.

– Plus d’amour.

– Non.

– Rien.

– La vieillesse, dit Jourdan.

– Tu te souviens, dit Bobi, de la grande nuit ? Elle fermait la terre sur tous les bords.

– Je me souviens.

– Alors je t’ai dit. : regarde là-haut, Orion-fleur-de-carotte, un petit paquet d’étoiles.

Jourdan ne répondit pas. Il regarda Jacquou, et Randoulet, et Carle. Ils écoutaient.

– Et si je t’avais dit Orion tout seul, dit Bobi, tu aurais vu les étoiles, pas plus, et, des étoiles ce n’était pas la première fois que tu en voyais, et ça n’avait pas guéri les lépreux cependant. Et si je t’avais dit : fleur de carotte tout seul, tu aurais vu seulement la fleur de carotte comme tu l’avais déjà vue mille fois sans résultat. Mais je t’ai dit : Orion-fleur-de-carotte, et d’abord tu m’as demandé : pardon ? pour que je répète, et je l’ai répété. Alors tu as vu cette fleur de carotte dans le ciel et le ciel a été fleuri.

– Je me souviens, dit Jourdan à voix basse.

– Et tu étais déjà un peu guéri., dis la vérité.

– Oui, dit Jourdan.

Bobi laissa le silence s’allonger. Il voulait voir. Tout le monde écoutait. Personne n’avait envie de parler.

– De cet Orion-fleur-de-carotte, dit Bobi, je suis le propriétaire. Si je ne le dis pas, personne ne voit ; si je le dis, tout le monde voit. Si je ne le dis pas, je le garde. Si je le dis  je le donne. Qu’est-ce qui vaut mieux ?

Jourdan regarda droit devant lui sans répondre.

– Le monde se trompe, dit Bobi. Vous croyez que c’est ce que vous gardez qui vous fait riche. On vous l’a dit. Moi je vous dis que c’est ce que vous donnez qui vous fait riche. Qu’est-ce que j’ai moi, regardez-moi.

Il se dressa. Il se fit voir. Il n’avait rien. Rien que son maillot et, dessous, sa peau. Il releva ses grands bras, agita ses longues mains vides. Rien. Rien que ses bras et ses mains.

– Vous n’avez pas d’autre grange que cette grange-là, dit-il en frappant la poitrine. Tout ce que vous entassez en dehors de votre cœur est perdu…

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… S’il n’y avait pas de joie, il n’y aurait pas de monde. Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas de joie. Quand on dit qu’il n’y a pas de joie, on perd confiance. Il ne faut pas perdre confiance. Il faut se souvenir que la confiance c’est déjà de la joie. L’espérance que ça sera tout à l’heure, l’espérance que ça sera demain, que ça va arriver, que c’est là, que ça nous touche, que ça attend, que ça se gonfle, que ça va crever tout d’un coup, que ça va couler dans notre bouche, que ça va nous faire boire, qu’on n’aura plus soif, qu’on n’aura plus mal, qu’on va aimer… »

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Extraits de : « Que ma joie demeure »  Jean Giono 1895-1970.

Illustrations : 1/« Nuit »  Edward Burne-Jones 1833-1898  2/« Blés » John Linnell 1792-1882.

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Fleurir notre ciel…

BVJ – Plumes d’Anges.

Balcons de brume…

lundi 25 juillet 2016

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« J’écoute le vent

les grands coups d’ailes du corps invisible

mêlés à la mer, aux arbres et aux toits

à tout ce qui dans mon corps bat, ressent, respire

levant les eaux, fouillant les fonds –

brassant les feuilles de la pensée

toute cette eau amassée, pliée, rompue, précipitée

claquement de portes, la plainte étirée d’un pin

d’un très vieux pin courbé près duquel autrefois

des passants qu’on disait sages ou saints

poètes ou fous méditaient sur un balcon de brume –

entre eux et l’inimaginable

quelques battements de cœur -« 

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« Clarté pieds nus dans l’herbe du matin

pensées et mots se lavent à la rosée

des mots qui sont nerfs, qui sont chair criés

désir sans borne de creuser encore

traverser déserts et montagnes

afin d’encore et encore revenir

à une source en soi plus proche que –

la peur, la joie d’aller à découvert -« 

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« Il se tient debout

face à la mer

les yeux fermés

on dirait depuis toujours

comme s’il attendait

que telle une sève

la lumière monte

d’on ne sait quels fonds –

comme s’il avait compris

que ni les mots

ni les rayons ne suffisaient

pour voir vraiment »

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Quand l’horizon se pare d’un vêtement de brume,

dans le paysage de la vie,

nous ne savons plus que dire, que faire, que penser…

Que nous est-il demandé ?

Peut-être de mieux observer ce et ceux qui nous sont proches,

peut-être de veiller au déploiement de la bienveillance ?

Peut-être…

Poèmes extraits de : « Patmos et autres poèmes » 2001 Lorand Gaspar.

Photos P.J. – Jardin et plage de l’Almanarre – juillet 2016.

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Déployer notre bienveillance, même dans la brume…

BVJ – Plumes d’Anges.

Joyaux…

jeudi 21 juillet 2016

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« … Je me souviens, enfant, lorsque je revenais en ville après un séjour à la campagne, j’avais l’impression de perdre physiquement mes ailes. C’était comme un rétrécissement de tout mon être, un sentiment d’exil, d’isolement, de fermeture. L’exil n’est pas simplement géographique, c’est aussi l’impression intérieure d’avoir perdu quelque chose d’essentiel. Et j’avais perdu quelque chose d’essentiel. Ces ailes étaient les ailes de la joie, des ailes magiques qui s’épanouissaient dès que je me retrouvais au milieu des arbres, des lacs, des rivières, des montagnes. Habité par cette joie, la nuit, la lune et les étoiles m’apparaissaient sous leur vrai visage, comme des puissances magiques qui s’ouvraient dans le ciel nocturne, et le soleil était une divinité. Un univers vivant, un univers de joie…

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… Il n’est pas recommandé de faire des efforts pour aimer les autres. Cela entraine toujours une réaction de l’ego qui n’aime pas être contraint. Les anciens Tibétains, qui avaient beaucoup d’expérience dans ce domaine, savaient que le mental a une parenté certaine avec le chameau, dans la mesure où il fait exactement le contraire de ce que l’on veut… Ne faisons pas d’effort pour aller vers les autres. Changeons d’abord nos émotions, notre vision du monde, notre regard et nous changerons notre relation aux autres.

Nous savons qu’en ressassant une pensée de haine, elle finit par s’imposer et par générer un acte de violence. Selon un processus équivalent, en cultivant une pensée de joie ou de sérénité, en se la remémorant souvent, celle-ci finit par s’inscrire dans les couches les plus profondes de la psyché et par produire des actions ou des paroles bénéfiques pour les autres. Les pensées d’amour, de compassion, de joie, de sérénité, tracent comme des sillons dans la terre de l’âme. Elles arrivent à faire partie de notre être et à devenir des composantes de notre caractère et à modifier notre comportement.

C’est sur ce principe que sont basés les exercices proposés par le bouddhisme des origines.

Ces exercices se nomment « méditations sur les quatre joyaux » ou « les quatre sentiments illimités ». Le disciple qui désire pratiquer cette méditation commence par cultiver cette joie en lui. Il la fait naître et la développe dans le secret de son être. Pour cela, il peut se remémorer un moment de joie, le revivre de la manière la plus intense possible. Chacun de nous a un souvenir de bonheur qui demeure présent dans sa mémoire. (…) Une fois que nous avons évoqué ce souvenir, nous isolons le sentiment de joie de la représentation qui lui est associée. Seule demeure l’émotion, sans l’image qui l’accompagnait ou la provoquait. Cette dissociation est plus facile à réaliser que nous pouvons le penser.

Puis nous choisissons une personne qui nous est chère pour lui envoyer une pensée de joie bienveillante. Nous pouvons visualiser cette joie bienveillante comme une substance lumineuse qui entoure et baigne cette personne. On opère de même avec un être qui nous est indifférent ou un ennemi… Ce qui peut être plus difficile.

Finalement, nous enveloppons dans cette pensée de joie bienveillante tous les êtres, « tous ceux qui respirent, tous ceux qui existent », les êtres attachés, pris par le désir, le plaisir, la soif de vivre, mais aussi les dieux et les habitants de l’enfer disent les textes bouddhistes. Le rayonnement de cette joie-compassion s’étend progressivement dans toutes les directions, l’est, l’ouest, le nord, le sud, le zénith et le nadir… »

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Extraits de : « Petit traité de la joie » 2015  Erik Sablé.

Illustrations : 1/ « Paysage avec prairie »  Kyriak Kostandi 1852-1921  2/« La jeune fille à la rose »  Charles-Joseph Natoire 1700-1777.

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Changer notre relation au monde…

BVJ – Plumes d’Anges.