Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Devenir soi…

jeudi 2 juin 2016

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« … Il avait pour principe de traiter les hommes qui nous approchaient comme autant de rares trouvailles découvertes au fil d’un long voyage. Il aimait aussi nommer les hommes les optimates, signifiant par là que tous autant qu’ils sont, ils forment l’aristocratie naturelle de ce monde et que chacun d’eux peut nous apporter l’excellent. Il les concevait comme des réceptacles du merveilleux, et, créatures suprêmes, il leur accordait des droits princiers. Et réellement, je voyais tous ceux qui l’approchaient s’épanouir comme des plantes qui s’éveillent du sommeil hivernal, non point qu’ils devinssent meilleurs, mais parce qu’ils devenaient davantage eux-mêmes…

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… La parole est à la fois reine et magicienne… »

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REGARDER LA LUMIÈRE EN L’AUTRE L’AIDE À DEVENIR CE QU’IL EST…

Extrait de : « Sur les falaises de marbre »   Ernst Jünger 1895-1998.

Tableau : « Et le roi a dit »  Mikalojus Konstantinas Ciurlionis 1875-1911.

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Devenir soi…

BVJ – Plumes d’Anges.

Ainsi va…

jeudi 26 mai 2016

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« … Ainsi, il s’élevait toujours, devenant de nouveau petit et de plus en plus petit, là-haut, dans le silence ; et il a été vu contre la neige, puis il a été vu contre le ciel, ayant atteint l’entaille ; debout alors là, dans cette fenêtre, quand tout à coup ce qu’il y a de l’autre côté de la chaîne vous saute contre, et une moitié de monde pas connue est connue, venant à nous d’une seule fois. Là sont rangés autour de vous à nouveau des milliers de tours, de dents et d’aiguilles, et, à cause de l’éloignement, il semble qu’on soit au-dessus d’elles, bien qu’elles soient blanches, toutes blanches et, quand le soleil vient les frapper, dorées ou roses : en marbre rose, ou en métal, en or, en acier, en argent ; faisant tout autour de vous comme une couronne de pierreries… »

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Extrait de : « La grande peur dans la montagne »   Ferdinand Ramuz 1878-1947.

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Ainsi va la vie…

Ne nous faut-il pas, souvent, marcher sur de plats chemins

puis suivre des sentiers escarpés,

avancer, avancer toujours,

avec comme seule compagne, une destination inconnue ?

Ne nous faut-il pas, plus souvent, oser les sentiers de traverse,

ou tout simplement OSER vivre ?

Parfois, approchant une crête,

l’inconnu fait place à une féérie,

la vie se fait cadeau…

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Tableaux : 1/« Matin dans la Sierra Nevada »  Thomas Moran 1837-1926   2/« Dessin pour une couronne d’Archiduc »  Richard Fallenböck 1859-1891.

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Oser vivre la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lettres d’or…

lundi 23 mai 2016

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« … Reconnaître l’autre en tant que sujet, c’est accepter de le perdre en tant qu’objet…

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… Lorsque dans une famille, aucun adulte ne tient sa place, l’enfance s’en trouve abîmée, voire détruite. Il en est de même dans le monde. Alors, c’est la poésie qui est en ruine…

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… Quand un obstacle se présente, une délivrance est à l’approche. Celle dont l’obstacle nous barre justement le chemin et qu’il nous est demandé de dépasser…

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… Dans les choix qui sont les nôtres, deux voies seulement sont possibles. Servir la lumière ou l’ombre. Il n’y a pas d’entre-deux en la matière. Ceux qui ne se déterminent pas, dans leur inconscience, collaborent. Et en effet, « il y a des vies où personne n’est là ». Affamer le pire en soi, c’est refuser de collaborer…

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… C’est le divin qui frappe. Et il me semble que je l’entends enfin. Enfin, je comprends dans quel sens s’ouvre la porte. Je poussais alors qu’il suffisait de laisser entrer. Cela cesse doucement de vouloir en moi pour accueillir…

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… L’état de grâce que j’ai connu me manque par moments, mais il me semble pouvoir le toucher de nouveau, lorsque, au milieu de mon jardin, j’éprouve toute chose comme étant à sa place, sans volonté de puissance ni de rejet…

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… Aimer, c’est se retirer pour laisser être…

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… Il faut aller plus loin encore : aimer sans le désir de sauver.

Aimer pour rien. Sans aucune volonté d’amener vers la lumière.

Que l’amour à l’égard d’autrui soi la lumière elle-même.

Aimer sans intention. Même pas celle d’éclairer.

Il n’y a personne à emmener. Personne à emmener nulle part excepté soi-même…

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… Oui, la vie nous rabote. Jamais pour rien. Jamais pour blesser, mais pour nous façonner au plus parfait, et ainsi nous contraindre à la joie… »

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Extraits de : « Lorette » 2016 Laurence Nobécourt.

Tableau : « Portrait d’Anna Rosina Marquart »  Michaël Conrad Hirt 1613-1671.

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Vivre le trésor que nous sommes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Luminaire…

lundi 2 mai 2016

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« J’aime les bougies

qui creusent lentement

profondément


le lit de leur aura


c’est si difficile

de maintenir l’équilibre

entre l’ardeur de la flamme

et la froideur de la cire.


Je voudrais

un jour

vivre jusqu’à son terme

annoncé


la lumière. »

Extrait de : « Anthologie de la poésie chinoise » – Poème de la dynastie Tang VIIIème siècle.

Tableau : « Femme devant une bougie se consumant »  Alfons Mucha 1860-1939.

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Trouver en soi ce beau chemin de lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.

BAL…

jeudi 28 avril 2016

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« … elle a une sacrée plume. Elle nie toute ambition littéraire, mais je connais beaucoup de collègues qui ne lui arrivent pas à la cheville. Elle écrit avec simplicité, sans recherche d’effets, et ça me plaît beaucoup, un peu comme ces femmes qui sont belles et qui ont l’air de ne pas le savoir, tu vois ? Il lui arrive de déraper bien-sûr, elle est capable de lâcher des : il me semble que la matière première de l’écriture est là : dans ces trous de l’âme d’où s’écoulent nos souffrances, ou des balourdises de ce tonneau. Mais c’est un contre-exemple. Elle peut aussi dire : … devant ma fenêtre il n’y a que de méchantes gouttes de pluie qui viennent casser les tiges de mes premières jonquilles. Les idiotes ont cru au printemps, et les voilà bien punies. C’est joliment troussé, non ?…

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… Oh, Pierre-Marie, comme je suis triste pour vous ! Vous voyez, je ne prends même pas le temps d’un « cher ami », je saute sur mon clavier pour répondre à votre message d’hier soir. Il est bouleversant, ce message. Il est déchirant. Il me troue. Il me fracasse. Il me donne envie de vous serrer dans mes grands et gros bras pour recueillir cette douleur qui sourd de vos mots comme l’eau d’une grotte, une eau millénaire et longtemps retenue dans les strates de la roche, mais qui finit par perler, plic, ploc. Pleurez Pierre-Marie ! Explosez ! Criez ! Tapez ! Videz ce cœur qui enfle depuis trop longtemps d’un chagrin immense !

Je crois que vous avez touché quelque chose de vibrant, une vérité. Il faut beaucoup de temps et beaucoup de courage pour oser regarder la vérité en face et j’ai l’impression que vous êtes en train de le faire…

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… Cher Pierre-Marie,

À l’époque où j’exerçais encore mon métier de consultante, toutes sortes de gens passaient le seuil de mon cabinet (…)

La plupart de ceux qui venaient chez moi étaient souffrants, douloureux, perdus, et à la recherche d’un réconfort qu’ils ne trouvaient nulle part. Pour des raisons variées, ils n’arrivaient pas à faire coïncider les différents aspects de leurs personnalités, et il en résultait une cacophonie de gestes, de mimiques, de tics, et autres bégaiements. Leur corps, à leur insu, s’exprimait dans un langage limpide, et mon travail consistait en grande partie à rétablir la communication entre les parties pour qu’elles cessent d’être adverses. Et puis, il arrivait qu’un patient pénètre dans mon cabinet à cloche-pied, avec des béquilles, un plâtre ou une attelle. Je disais : « Tiens donc. Vous êtes tombé ? » On me racontait alors des marches loupées, des baignoires glissantes, des jouets d’enfants mal rangés, des précipitations pour sauter dans un bus, toutes sortes de coups du sort qui n’en étaient pas. Chuter, choir, flancher, trébucher, n’arrivait pas par hasard mais pratiquement toujours à un moment où les gens se trouvaient privés de leurs repères, et déséquilibrés… »

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Extraits de : « Et je danse aussi » 2016  Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Moulevat.

Illustrations : 1/« Bengali rouge » 2/« Padda de Java » 3/« Jasmin étoilé »   Kawahara Keiga 1786-1860.

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Dire, écrire, créer, chanter, danser…

BVJ – Plumes d’Anges.

Explorer…

lundi 25 avril 2016

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« … Un jour, posséder les mots, savoir dire ce que tu éprouves, savoir parler aussi bien qu’il parle. Semaine après semaine, tu t’éloignes de l’enfant que tu fus, de ce temps où vivre n’était qu’insouciance, crédulité, confiance, bonheur d’appartenir sans réserve à l’instant…

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… Toujours en toi cette nostalgie de tu ne sais quoi, ce besoin incoercible d’une vie dégagée de toute entrave, une vie libre et riche, vaste, intense, une vie où ne règneraient que bonté, compréhension et lumière.

Ce que balbutie ta voix intérieure et qui, dans ce profond silence, prend un tel relief et une telle autorité, tu le consignes dans un cahier, et ainsi passes-tu des heures à aligner des phrases, réfléchir sur un mot, sonder ces énigmes que sont la vie et la mort. En fin d’après-midi, quand tu as écrit une ou deux pages, tu te sens pacifiée, et ce qui initialement te paraissait placé sous le signe du négatif se présente sous un tout autre aspect… »

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Extraits de : « Lambeaux » 1995 Charles Juliet.

Tableaux : 1/« Nocturne en bleu et or-Southampton »  James Abott Whistler 1834-1903  2/« Scène de ballet »  Ernst Oppler 1867-1929.

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Tempérer l’extérieur, épurer l’intérieur de notre être…

BVJ – Plumes d’Anges.

Semaisons…

jeudi 21 avril 2016

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« … Elle lève les yeux vers les branches au-dessus d’elles. Elle se lève tout à coup. Elle tend les mains vers les branches. Elle secoue une branche. Elle fait tomber les vieux fruits et les graines. Elle sort son mouchoir de la poche de sa veste, le déplie, y dépose les graines. Elle les rapportera chez madame Ladon, dans le jardin de Saint-Enogat. Elle les enterrera à son retour dans le jardin. Quand le printemps reviendra elles germeront.

Puis elle en plante en secret sur la lande. C’est ainsi qu’elle se passionne pour les fleurs et les buissons et que toute la lande devient son jardin. Toutes ses randonnées poussent  autour d’elle. « Je passerai par ici. Je passerai par là. Je penserai à ici. Je penserai à là. Je possèderai un peu de la beauté d’ici. Je possèderai aussi un peu de la beauté de là. » Toutes ces beautés seront vivantes. Toutes les choses belles vivent. Elle se disait : « Les choses vivantes sont toujours des souvenirs. Nous sommes tous des souvenirs vivants de choses qui étaient belles. La vie est le souvenir le plus touchant du temps qui a produit ce monde. »… »

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Extrait de : « Les solidarités mystérieuses » 2011 Pascal Quignard.

Illustrations : 1/« Jeune femme et buisson fleuri » 2/« Jeune fille et marguerites » Winslow Homer 1836-1910.

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Ensemencer notre quotidien de belles graines de vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Drôle de monde……

jeudi 14 avril 2016

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« … Partons de l’équation du nénuphar telle que l’expose Albert : « On plante un nénuphar dans un grand lac. Ce nénuphar a la propriété héréditaire de produire chaque jour un autre nénuphar. Il se trouve qu’au bout de trente jours, la totalité du lac est recouverte par les descendants du premier nénuphar et que l’espèce entière meurt étouffée, privée d’espace et de nourriture.

Question : Après combien de jours les nénuphars ne couvraient-ils que la moitié du lac ?

Réponse : Non pas quinze jours, comme pourraient le penser un peu hâtivement l’élève distrait et l’énarque arrogant, mais bien vingt-neuf jours, c’est-à-dire la veille de l’échéance fatale, puisque la surface envahie double à chaque jour. Ce qui veut dire que l’apocalypse peut être plus proche qu’on ne l’imagine. »

Cette petite fable illustre le phénomène de la croissance dans un milieu fermé et a pour objet de bien mettre en évidence qu’une croissance de la production et de la consommation, souvent souhaitée par nos gouvernants, si elle venait à se perpétuer, constituerait un danger pour nous compte tenu de la limitation des ressources de la planète et de sa capacité à absorber nos déchets.

« Si nous étions l’un de ces nénuphars, à quel moment aurions-nous conscience que l’on s’apprête à manquer d’espace, sachant qu’au bout du vingt-cinquième jour le nénuphar ne couvre que 3,12% de la surface de l’étang ? » demande encore Albert Jacquard. « Pourquoi nous inquiéter, alors que nous avons ce comportement depuis plus de trois semaines et que 97% de la surface du lac est encore disponible ? » répondent en chœur les élèves de CM2 et les princes qui nous gouvernent. Nous n’imaginons probablement pas la catastrophe qui se prépare et pourtant nous sommes à moins d’une semaine de l’extinction de l’espèce… Si l’on s’en inquiète le matin du trentième jour, on s’entendra sans doute répondre par le destin, comme le met en scène Dario Fo dans une pièce sur le changement climatique* : « Trop tard, bande d’imbéciles ! » Et même si un nénuphar particulièrement vigilant commençait à s’en préoccuper le vingt-septième jour et lançait un programme de recherche de nouveaux espaces, et que le vingt-neuvième jour, trois nouveaux lacs étaient découverts, quadruplant ainsi l’espace disponible ? Eh bien, l’espèce disparaîtrait au bout du… trente-deuxième jour ! On aurait fait que du développement durable alors qu’il fallait faire de la décroissance !… »

* L’Apocalisse rimandata, overro Benvenuta catastrofe, Guanta, 2008.

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Extrait de : « Réinventons l’humanité » 2013  Albert Jacquard (1925-2013) -Hélène Amblard- Postface de Serge Latouche.

Illustrations : 1/« Nymphéa tetragona »  Kawahara Keiga 1786-1860  2/« Planche des nénuphars-La plante et ses applications ornementales » (détail)  Maurice Pillard Verneuil 1869-1912.

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Réfléchir et vivre le monde autrement…

BVJ – Plumes d’Anges.

Félicité…

jeudi 7 avril 2016

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« Je sais par avance qu’il se moque de ce que je vais écrire. Ces choses ne le concernent pas : l’encre, sa fourrure en est imprégnée ; le papier, il le froisse en marchant ; quant à la plume d’or, sa double lame étincelle dans ses yeux. Les mots, il les connaît par cœur, son ronronnement les récite. Sa mémoire est vaste et ténébreuse, et son regard parfois devient insoutenable à force de fixité et de précision : il sait voir l’infini de face. Tandis que nous autres, intelligents bipèdes tourmentés, allons maladroitement sur la terre, en nous demandant ce que nous sommes venus y faire, en étudiant le mouvement des astres et en nous inquiétant de quelque souterraine patrie perdue, lui trouve sa place tout de suite : il se met en boule près de la cuisinière, s’allonge sur le lit, ou prend ses aises entre les fleurs dans le jardin. Il sait des choses et se tient là, tranquille, impénétrable : il a compris, sans doute, au cours d’une autre vie plus vaine, que ce monde-ci vaut la peine d’être vécu, avec ses papillons, ses souris, ses petites filles qui rentrent de l’école et ses pelotes de ficelle ; rien ne sert de se casser la tête ni de se plaindre. Cette conviction lui est si intime que sa personne entière la répète ; de la griffe à l’oreille, il ne dit qu’une seule chose : le mystère chatoyant d’être là. »

« Le mystère d’être là »   Jean-Michel Maulpoix – Texte inédit extrait de « Chat Plume » 1985  Marcel Bidiaux et Catherine Jajolet.

Illustration : « Chat »  Kishida Ryusei 1891-1929.

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Être soi…

BVJ – Plumes d’Anges.

Cosmos…

lundi 4 avril 2016

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« … Une géorgique de l’être contemporaine, autrement dit une culture de soi qui emprunte ses modèles à l’agriculture, permettrait d’envisager un genre de construction de soi tel un beau jardin – Francis Bacon raconte dans l’un de ses Essais combien il tient le jardin en haute estime philosophique. Un genre de jardin épicurien où l’on trouve nourriture spirituelle, matérielle, corporelle, esthétique, où le potager, le coin des simples, celui des fleurs, offrent de quoi manger, se soigner, prévenir la maladie et se réjouir l’âme du spectacle et du parfum des roses ou des œillets. (…) Un rapport sain, apaisé, joyeux, courtois avec soi, les autres et le monde. Voilà vers quoi devrait tendre toute culture. Autrement dit : sortir de la nature qui nous arraisonne à la brutalité, à l’instinct, aux pulsions, mais toutefois conserver autant que possible la vitalité, la santé, le mouvement de toute nature en nous. Dompter l’animal sauvage sans le détruire, le conduire vers la sublimation de ses forces primitives. Sortir du monde des puissances aveugles de la bête et entrer dans l’univers policé des humains sans oublier notre fond commun avec le primate…

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… On jardine l’âme comme on nettoie son jardin et ce qui se remarque dans l’un comme dans l’autre s’y trouvera volontairement ou par défaut. Si l’on n’y prend garde, et qu’on ne travaille pas, les mauvaises herbes poussent, puis envahissent la parcelle – de terre ou d’âme…

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…  Nous sommes dans un temps qui nous fait être ce que nous sommes et contre lequel nous ne pouvons donc rien. Il faut en faire son deuil et vivre avec – il faut, comme le dit la sagesse populaire, être philosophe. En revanche, ce sur quoi on a du pouvoir, il faut le vouloir. Il existe donc ds possibilités de construire un contre-temps comme antidote au temps mort dans lequel beaucoup survivent. Un temps où il faut être philosophe, mais au second sens du terme, autrement dit, non pas en supposant avec dignité ce qui advient et contre lequel on ne peut rien, mais en voulant ce qu’on fait advenir et qui nous crée. Obéir au cosmos quand on ne peut lui désobéir ; et agir sans lui, mais pas contre, quand on peut, selon les mots de Nietsche, se créer liberté

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… La vérité du monde se trouve moins dans le livre* qui dit le monde que dans le monde – qui peut dire dieu, certes, mais un dieu qui est soit l’autre nom de la nature, soit la force qui la rend possible…

* la Bible

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… La vraie religion est celle qui nous ramène aux éléments, la véritable prière, celle qui nous restitue notre liaison à la nature, la véritable expérience mystique , celle qui, païenne, nous remet à notre place authentique : non pas le centre, mais le fragment, non pas l’axe du monde, mais la partie infime, non pas l’ego, mais le cosmos. Cette toile fonctionne comme un manifeste pour cette religion païenne qui fait de la nature non pas une création de Dieu, mais la divinité elle-même, une divinité immanente, matérielle, concrète…

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… Se remettre au centre de soi pour y trouver la puissance d’exister afin de la sublimer… »

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Extraits de : « Cosmos » 2015  Michel Onfray.

Illustrations : 1/Fleurs et eau”  Sakai Hoitsu 1761 – 1828  2/« Panier de fleurs » Peinture anonyme de la période Edo.

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Rechercher sa vraie place en harmonie avec le cosmos…

BVJ – Plumes d’Anges.