Résurrection…

9 avril 2020

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« Un poème a perdu l’image qui le fit naître.

La petite illumination qui accompagnait l’image

et qui l’avait peut-être créée,

resta là désabritée comme un vol sans oiseau.

 

La petite illumination

oublia alors le poème

et entra dans les yeux du poète

afin qu’ils voient au moins

le poème non écrit.

 

Et aussi pour attendre en eux

et s’ajouter à tout poème futur. »

..

« De façon inespérée

survient quelquefois une musique

qui palpe notre parole la plus cachée.

 

Il peut arriver alors

que cette musique la mette en lumière

ou reste avec elle

dans le candélabre le plus secret.

 

Dans tous les cas

notre solitude a rencontré

une présence indéfectible. »

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Sortons des brumes, sortons des clichés…

Petite illumination, petite musique…

Et si nous transformions nos plus belles fleurs sauvages,

celles que nous n’avons jamais osé laisser vivre en nous ?

Peut-être trouverions-nous là un remède à la bonne santé du monde…

Poèmes :« Quatorzième poésie verticale »  Roberto Juarroz  1925-1995.

Illustration : « Lys de Pâques »  Théodor Grust  1859-1919.

…..

Cueillir les fleurs de lumière pour transformer notre chemin…

BVJ – Plumes d’Anges.

Puits de forces…

6 avril 2020

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« À CŒUR VAILLANT RIEN D’IMPOSSIBLE« 

nous dit un proverbe, et si nous lui donnions raison ?

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Nous sommes tous riches d’une énergie unique,

et la somme de celles-ci peut faire de grandes choses.

Les cœurs de nos frères humains, inconnus pour la plupart,

vivent ensemble une même expérience…

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Redescendons dans nos racines,

allons puiser dans nos souvenirs, dans nos liens profonds,

guérissons nos maux intérieurs en ces temps de « silence »…

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 N’écoutons et ne relayons pas d’informations anxiogènes,

faisons confiance à nos intuitions,

éteignons nos habitudes, elles nous endorment,

enrichissons nos pensées pour que les cœurs des confinés battent à l’unisson

et qu’un bouquet de forces fleurisse…

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J’ai commencé un nouveau carnet aujourd’hui,

la première phrase que j’y ai notée :

Écouter ce silence nouveau, entendre chanter mon oiseau intérieur…

Illustrations : 1/ « Acanthe »  2/ « Chardon »  3/ « Iris »  –  Planches botaniques issues de « De historia Stirpium »   Albrecht Meyer – Illustrateur du XVIème siècle.

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Demeurer dans la confiance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lettres d’intérieur…

2 avril 2020

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Des voix s’élèvent, magnifiques, émouvantes,

des voix qui viennent des profondeurs de l’âme.

Ces Lettres d’intérieur,

lues par Augustin Trapenard  dans le 7/9 de France Inter,


lui ont été confiées par des gens connus.

Elles ont été écrites sur le sujet de leur choix et adressées à la personne de leur choix.

– il y en a d’autres, très belles elles aussi, allez les lire dès que vous le pourrez –

Ces voix témoignent de la vraie humanité,

celle que la société a égarée sur son chemin en ne pensant qu’à l’argent et aux profits.

Ces voix sont des cadeaux, des lumières pour nous aider à réfléchir,

pour nous aider à imaginer et réaliser un monde nouveau…

Merci à ces voix et à celles et ceux qui les font entendre.

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Montreuil, le 26 mars 2020

Bonjour, « beau gosse »,

Je décide de t’appeler « Beau gosse ». Je ne te connais pas. Je t’ai aperçu l’autre jour alors que, masquée, gantée, lunettée, j’allais faire des courses au pas de charge, terrifiée, dans une grande surface proche de ma maison. Sur mon chemin, je dois passer devant un terrain de foot qui dépend de la cité dans laquelle tu habites et que je peux voir de ma maison particulière pleine de pièces avec un jardin. 

Je suis abasourdie de vivre une réalité qui me semblait appartenir à la science fiction. 

À mon réveil chaque jour je prends ma température, j’aère ma maison pendant des heures au risque de tomber malade, paradoxe infernal et ridicule. La peau de mes mains ressemble à un vieux parchemin et commence à peler, je les lave avec force et savon de Marseille toutes les demie heures. Si je déglutis et que cela provoque une légère toux, mon sang se glace et je dois faire un effort sur moi-même pour ne pas appeler mon médecin. Je n’ai d’ailleurs pas fui en province pour rester proche de lui. Je deviens folle ! 

Sortir me demande une préparation  mentale intense, digne d’une sportive de haut niveau, car pour moi une fois dehors tout n’est que danger ! Et c’est dans cet angoissant état d’esprit, que je t’ai vu, loin, sur ce terrain de foot, insouciant, jouant avec tes copains, vous touchant, vous tapant dans les mains comme des chevaliers invincibles protégés par le bouclier de la jeunesse.

Vous étiez éclatants de sourire, d’arrogance, de vie mais peut-être  aussi porteurs de malheurs inconscients. 

Si vous étiez dehors, c’est qu’il n’est pas aisé d’être je ne sais combien dans un appartement toujours trop étroit, c’est invivable et parfois violent. 

Vos parents travaillent, eux, toujours, à faire le ménage dans des hôpitaux sans grande protection ou à livrer toutes sortes de denrées et de colis que nous récupérerons prudemment avec nos mains gantées après qu’ils ont été posés devant nos portes fermées. Prudence oblige. 

Bakari, je suis née dans un monde similaire au tien je n’ai eu de cesse de l’avoir toujours très présent dans mon cœur et ma mémoire, et je n’ai eu de cesse de le célébrer et d’essayer de faire changer les choses. 

Aujourd’hui je te demande pardon, à toi porteur sain certainement qui risque d’infecter l’un des tiens. 

Je te demande pardon de ne pas avoir été assez convaincante, assez entreprenante, pour que la société dans laquelle tu vis soit plus équitable et te donne le droit de penser que tu en fais partie intégrante. Tout ce que je dis aujourd’hui, tu ne l’entendras pas, car tu n’écoutes pas cette radio. 

Je voudrais juste que tu continues à exister, que ta mère, ton père, tes grands-parents continuent à exister, à rire et non pleurer. 

Je ne sais pas comment te parler pour que tu m’entendes : je suis juste une pauvre folle masquée, gantée, lunettée, qui passe non loin de toi et que tu regardes avec un petit sourire ironique car tu n’es pas méchant, tu es simplement un adolescent qui n’a pas eu la chance de mes enfants.

Ariane Ascaride

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Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts – résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.  

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » –  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux

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Que de magnifiques initiatives dans ce moment délicat,

laissons parler notre intuition…

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Illustrations : 1/ « Grands chardons et coquelicots » Franz-Xaver Gruber   1787-1863  2/« Bouquet de coquelicots près d’une fenêtre » Olga Wisinger-Florian  1844-1926.

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Revenir à l’essentiel…

BVJ – Plumes d’ Anges.

Courage et patience…

31 mars 2020

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Le Printemps des poètes avait choisi cette année le thème du COURAGE, quelle intuition !

Il me semble que le monde ne pourra plus être le même,

nous serons obligé(e)s de changer certaines de nos habitudes,

ce monde fou nous montre son inconscience et son inconsistance.

 

Il va nous en falloir du courage et de la patience aussi,

il va nous falloir réfléchir, calmement, sereinement,

–  le temps nous est donné –

à la direction que nous souhaiterions emprunter.

N’ayons pas peur de l’inconnu, élevons nos vibrations, observons, écoutons,

faisons le choix de chercher au plus profond de nous des ressources

pour donner vie à notre vision du monde.

Ne perdons pas de temps, laissons l’ancien monde et ses pantins,

mettons toute notre énergie au service d’un monde nouveau, aimant, lumineux.

Nous vivons un moment fort de notre histoire, difficile mais fort.

Ce soir j’ai regardé un film merveilleux, le voici en partage

—> LA BELLE VERTE

regardez-le, il vous fera du bien j’en suis certaine…

Illustration : « Costume »  Helene Schjerfbeck  1862-1946.

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Prendre le temps de la réflexion…

BVJ – Plumes d’Anges.

Jardinage de printemps…

26 mars 2020

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Nous sommes en ce moment privés de notre liberté d’agir et de circuler,

mais on ne pourra nous enlever celle de penser ni de créer.

Alors, aminautes de France, de Navarre ou d’ailleurs, ne l’oublions pas,

C’EST LE PRINTEMPS !

C’est la saison du renouveau, de l’exubérance.

Observons donc notre jardin intérieur,

observons-le d’un regard pur, sans nous raconter d’histoires ou de mensonges

pour bien prendre notre vie en main.

Il nous faut constater que ce jardin mérite un grand nettoyage.

Là, il nous est demandé de penser par nous-même et

non de nous laisser entrainer dans le flot de la pensée collective.

Nous qui avons la chance d’avoir un ordinateur,

renseignons-nous à plusieurs sources et

croisons bien les informations, pour ne pas abimer notre jardin.

Comprenez-bien, il nous faut inventer notre printemps à nous,

couper nos branches mortes si encombrantes,

tailler nos comportements anciens si rétrogrades,

éradiquer nos pensées toxiques,

fertiliser notre esprit par de belles images, de belles lectures, de belles relations,

  planter des idées nouvelles,

semer des graines de liberté…

Nous avons de quoi faire et ce qui est merveilleux,

c’est que l’on a du temps pour pratiquer cette activité.

Après, nous assisterons au bourgeonnement et à la floraison,

quel beau et précieux moment ce sera…

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Illustrations : 1/ « Arrangement de fleurs de printemps »  Eurilda Loomis-France  1865-1931  2/ « Rose dans un verre »  Franz Krüger  1797-1857.

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Penser par nous-même…

BVJ – Plumes d’Anges.

Solitudes…

23 mars 2020

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« … Entre deux cartes postales, elle leva les yeux pour regarder le parc et ses frondaisons prodigieuses. (…)

La vieille dame se rapprochait d’elle mais elle n’avait pas envie de parler. Pas seulement à cette vieille dame, mais à qui que ce soit. Elle avait pris de bonnes décisions à propos de la façon de mener sa nouvelle vie : elle devait se concentrer sur elle-même. C’en était fini de s’occuper des autres et avait commencé l’apprentissage de l’égoïsme. Non mais. Elle avait fait sa part. Elle reprit l’écriture de ses cartes, en allant plus lentement afin qu’au moment ou la vieille dame allait croiser la table et le banc, elle ait l’air le plus occupé possible. C’est ce qui se passa. Et elle en eut honte, immédiatement dès qu’elle eut dans son champs de vision le dos de la vieille dame claudicante. Mais pourquoi penser obligatoirement que cette vieille dame allait parler, s’asseoir, l’empêcher d’écrire ses cartes postales ou son courrier, lui demander quelque chose… Non, non, non ! On ne pouvait pas lui demander de changer à ce point, de se replier sur elle-même, de… Mais on ne lui demandait pas ça non plus… Oh, la la ! Elle ne se reconnait plus, c’est vrai… Elle aurait pu sourire à cette dame, simplement sourire…

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… Et si elle écrivait sur tous ces vieux, comme la vieille dame de la grande maison, qu’elle avait déjà rencontrés ? Elle pourrait leur donner la parole et ils témoigneraient ce que c’est que la vie quand on n’a plus de chez soi, plus d’autonomie, plus de famille, plus de santé et qu’on ne dit plus jamais plus tard… Elle ne ramènerait en arrière aucun de ceux-là, elle ne leur rendrait ni leur jeunesse, ni leur maison, ni leur mari ou leur épouse, ni leur mère ou leur père, ni leur santé, rien de rien, non, elle ne leur rendrait rien. Mais elle pourrait peut-être sortir de l’oubli des vies qui s’y enfoncent inexorablement et, le temps de quelques rencontres, briser le silence d’une journée, être une éclaircie…

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… Tout allait bien. Il faisait beau. Il faisait bon aussi pour un mois de novembre. Tout était splendide autour d’elle. Elle marchait. Elle faisait un pas puis un autre pas. Tout allait bien. Il y avait le vide, oui. Le grand vide de l’absence. Le trou béant. Sans fond. Pourtant, elle était là, à marcher sur la corniche de Tamaris un matin de novembre. Elle était vivante. Elle était encore vivante. Une miraculée avait dit le docteur. La championne des miraculées avait dit l’autre docteur… »

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Le sujet est courageux dans notre société, celui des personnes âgées et des aidants de fin de vie. La dame aux cartes postales, Marie, a donné entièrement dix ans de son existence à l’accompagnement de ses parents, jusqu’à leur dernier souffle. Une épreuve qui la marque, elle va tomber gravement malade mais courageusement va lutter, se reconstruire.

Après une lourde opération Marie va se reposer dans un joli lieu au bord d’un lac. Elle rencontre là une vieille dame qui vit dans une grande solitude.  Plus tard, Marie tentera de faire de ses épreuves une force, une ouverture à l’autre, elle décidera de donner la parole à des personnes très âgées et à leur entourage.

C’est émouvant, des mains se tendent, de petites étoiles brillent, une nouvelle vie s’amorce, pour elle comme pour celles et ceux qu’elle rencontre. La belle humanité est là dans toute sa simplicité.

C’est vraiment un sujet interpellant quand on avance en age et ce livre peut nous aider dans l’accompagnement de nos proches, il nous montre que dans toute situation, une lumière brille.

Et puis l’on sent que Marie, ayant déposé son lot d’épreuves au travers des mots, peut envisager une vie nouvelle. La note finale du roman est très belle.

En ces temps de confinement, nos pensées vont particulièrement vers ces personnes âgées- très isolées –  et les aidants…

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Tania en avait parlé –> 

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Extraits de : « Avec la vieille dame »  2020  Marie Gillet.

Illustrations : 1/ »BellagioLago di Como »   Cartolina postale  2/ « Dame et chat »  Nikolaï Iarochenko  1846-1898  3/ « Fiori » – Cartolina postale 1905.

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Aider mais se ressourcer aussi…

BVJ – Plumes d’Anges.

Écoles buissonnières…

19 mars 2020

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« … Beccafumi à Sarteano

Vous connaissez à la rigueur le peintre Domenico Beccafumi, mais sûrement pas le village de Sarteano, 5000 habitants, au sud de la Toscane et aux confins avec l’Ombrie, non loin de Panicale, dans la région de Montepulciano et de Pienza, ces joyaux de l’urbanisme Renaissance enchâssés dans un paysage de colline dont les pentes doucement inclinées sont enveloppées dans une brume que Paul Bourget a qualifiée de « violette »…

… Le corso Garibaldi se termine par la place où s’élève la modeste église S.Martino, reconstruite en style néoclassique sur l’emplacement d’un ancien édifice démoli, dont il ne subsiste que la cloche. Qui s’attendrait à y trouver, sur le mur de droite, un chef d’œuvre de la peinture du XVIème siècle ?

Le paysan Giacomo di Pace travaillait comme laboureur sur les terres du nommé Lorenzo Beccafumi, citoyen siennois, quand lui naquit, en 1486, un fils qu’il baptisa Domenico et envoya tout jeune garder les moutons. Tel Giotto, l’enfant s’amusait à dessiner sur des pierres ou dans le sable à l’aide d’un bâton appointé. Ayant remarqué les dons précoces du garçon, Lorenzo Beccafumi l’emmena à Sienne et le plaça dans l’atelier d’un peintre...

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Pierro della Francesca à Monterchi

Cette fresque si célèbre n’aurait aucun titre à être rappelée dans ce livre, si elle n’était conservée dans un village difficile d’accès, qu’on n’atteint qu’au bout de routes escarpées et sinueuses, au milieu de montagnes inhabitées. Piero l’avait peinte, vers 1450, pour servir de retable au maître-autel de la petite église Santa Maria della Momentana, située sur les pentes de la Citerna, au-dessous de l’éperon sur lequel est bâti le village fortifié de Monterchi, à quelques 25 kilomètres à l’est d’Arezzo…

… Les deux anges aux cheveux courts fixent le spectateur de leurs yeux grands ouverts, dont le regard intense est pourtant vide…

… Quant à la Madone, sereine et majestueuse, mais à la fois pensive et modeste, elle abaisse ses pupilles, vides et absentes, sous des paupières lourdes tracées d’une ligne sinueuse…

… Sur son beau front poli, avec sa bouche petite et resserrée, sa main droite posée sur son ventre pour indiquer le mystère de l’Incarnation dans son corps est le lieu, avec son port de reine, la Madone est ici et en même temps ailleurs, devant vous et très loin de vous dans un lointain inscrutable…

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En ce moment délicat du confinement, il nous faut trouver de possibles belles échappées. Nous avons une chance incroyable, celle de pouvoir voyager dans notre tête, imaginer, imaginer encore, des lieux, des situations, nous laisser envahir avec bonheur et délectation.

Plus de concerts, de théâtres et de cinémas ouverts ? Il nous reste encore les livres dont les sujets nous portent vers d’autre mondes.

Là, une balade du sud au nord de l’Italie, la balade d’un érudit qui a déniché des pépites artistiques souvent méconnues et pourtant réalisées par des peintres ou des sculpteurs célèbres. Son propos est passionnant, il resitue les œuvres dans leur contexte, raconte l’Histoire, raconte des histoires. On sent le passionné d’Italie, le discours est joyeux, jamais ennuyeux, bien au contraire, on se surprend à prendre des notes pour un voyage prochain – quand ? plus tard !

Les illustrations sont en noir et blanc, de petite taille. J’ai trouvé intéressant lors de cette lecture de faire apparaitre ces œuvres ou ces lieux sur mon écran d’ordinateur.

Ah, vous voyez, nous ne sommes pas si confinés que cela,

nous avons tous de petites réserves si nous cherchons bien, non ?…

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Extraits de : « L’Italie buissonnière » 2020  Dominique Fernandez.

Illustrations : 1/« L’Annonciation »  Domenico Beccafumi  1446-1551   2/« Madonna del Parto »   Piero della Francesca  entre 1412 et 1420-1492.

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Se fixer sur le possible et non sur l’impossible…

BVJ – Plumes d’Anges.

Eau et mains…

16 mars 2020

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Je me pince parce que je n’arrive pas vraiment à y croire,

je me pince et cela est douloureux.

Donc je vis là une réalité

ou plutôt une immense illusion de la conscience collective.

Il va falloir composer avec.

Il y a toujours mille et une façons de réagir à un évènement,

ici il faut bien sûr rester sérieux, ne pas s’en laver les mains

mais se laver les mains au sens propre du terme ! 

Pour détendre un peu l’atmosphère ambiante un tantinet morose,

voici une méthode qui me semble efficace et

qui mettra un peu de joie et de bonne humeur dans votre journée :

–> SE LAVER LES MAINS

L’important n’est-il pas d’insuffler un brin de poésie, d’être imaginatif

et d’aborder les évènements de la vie avec une certaine philosophie ?

Nos amis italiens nous montrent eux aussi un chemin :

–>  CHANT DES CONFINES

Courage aminautes de France , de Navarre et d’ailleurs,

nous vivons là une expérience inédite,

ne comptons que sur nous-même et sur notre intelligence,

n’entrons pas dans ces paniques collectives déshumanisées,

laissons ces comportements aux romans de SF …

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Illustrations : 1/« Mains »  Albrecht Dürer  1471-1528   2/« Paysage »  Albert Bierstadt  1830-1902.

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Intelligence montrer et confiance garder…

 BVJ – Plumes d’Anges.

Nuages exquis…

9 mars 2020

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« La cuisine japonaise historique a ceci de particulier qu’elle a longtemps utilisé le nuage comme un ingrédient majeur. L’impression aérienne que l’on garde souvent après un repas japonais vient du fait que le nuage est apprécié comme le summum des produits nobles. (…) 

Produit digeste, non allergène et non gras, qui ne contient ni gluten ni sucre, et qui ne pose pas de problème de bilan carbone, le nuage est bien l’ingrédient du XXI° siècle.

Il est en outre très maniable, et son goût délicat se marie avec toutes les sauces. Vous constaterez qu’il peut tout aussi bien servir d’ingrédient principal que d’accompagnement.

Nous pouvons aussi apprécier le nuage comme produit du terroir, car les formes et les goûts diffèrent selon les régions -, de quoi augmenter les plaisirs gustatifs en voyage.

Une seule mise en garde : consommez-le avec modération dans les pays qui manquent de pluie…

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… Comment choisir un bon nuage ?

Produit sauvage par excellence, le nuage est le meilleur reflet de la nature. Il va sans dire qu’il vaut mieux le choisir le moins pollué possible. Certains nuages de campagne sont réputés pour leurs saveurs rustiques. Par ailleurs chaque saison a son nuage, certains nuages disparaissent du marché au bout d’à peine deux semaines. (…) Maniez avec précaution les nuages contenant des éclairs : ils peuvent laisser une légère sensation de picotement sur la langue, ou éclater lors de la friture…

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... De quoi se nourrissent les nuages ?

Certes il est rare qu’on la trouve relatée dans les livres de cuisine historiques, mais la légende veut que le meilleur nuage soit celui qui a mangé des oiseaux. Vibrant au palais, on raconte qu’il permettrait à qui le goûte de rêver, la nuit suivante, qu’il se transforme à son tour en être ailé… »

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Ce petit opuscule des Éditions de l’Épure est une vraie merveille, œuvre à six mains de Ryoko Sekiguchi, poétesse et traductrice japonaise, passionnée de cuisine, Sugio Yamaguchi, Chef cuisinier inventif et Valentin Devos, étudiant/designer à L’ENSCI de Paris.

Tout ici n’est que délicatesse, en attendant, pas de précipitation, restez bien à l’abri pour une dégustation de pure poésie et de grains de folie, et peut-être vous lancerez-vous comme je l’ai fait aujourd’hui dans l’une ou l’autre des recettes proposées par  Sugio Yamaguchi

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– CIEL « GRIZ » –

« Comme un nuage le riz est malléable, adopte mille texture,

abrite mille nuances de gris et de blanc. Il se sale ou se sucre, commence et termine les repas.

Rincez 100 g de riz rond et faites blanchir les grains pendant 5 mn dans de l’eau bouillante. Égouttez.

Portez à ébullition 40 cl de lait et 50 g de sucre. Lorsque les bulles éclatent à la surface du liquide, versez le riz blanchi et 5 gousses de vanille fendues en deux. Baissez le feu et laissez cuire doucement environ 45 mn, en remuant souvent pour que la nacre du riz colore le lait dans son sillage.

Goûtez et vérifiez que la cuisson des grains convient. Coupez le feu, couvrez votre casserole. Laissez refroidir à température, alors que la chaleur rémanente finit de cuire le riz à cœur.

Récupérez les gousses de vanille et déposez-les dans une autre casserole avec 10 cl de crème. Laissez infuser, passez au chinois et faites refroidir la crème parfumée avant de la monter à l’aide d’un fouet. Incorporez la crème dans le riz refroidi pour obtenir une préparation onctueuse et voluptueuse. Plongez une grande louche dans ce lait grisé par le riz, coloré comme un jour maussade où le réconfort viendrait d’un secret de grand-mère.

Chuuut ! »

Extraits de : « le nuage  – dix façons de le préparer »  – 2019 –  Ryoko Sekiguchi, Sugio Yamaguchi et Valentin Devos.

Illustrations : 1/ « Mont Fuji »  Shimomura Kanzan  1873-1930  2/ et 3/  Photos BVJ.

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Se nourrir de tous les grains de poésie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Investiguer…

5 mars 2020

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« … (Le bambou)… Ah, il est intéressant de savoir aussi qu’en achetant des textiles en bambou, on risque fort de tomber sur de la viscose de bambou, synonyme de traitement chimique polluant. Car pour extraire cette viscose du bambou, il faut la dissoudre dans de la soude caustique, matière qui passera ensuite dans une solution  de sulfate de soude et d’acide sulfurique. Là aussi, ayons l’œil sur les étiquettes…

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Et enfin, enfin, nous ont-ils informés des conséquences de la consommation excessive de viande et de charcuterie sur notre santé ? Non, pas du tout. Pourtant, on pourrait croire qu’Ils s’en préoccupent, puisque, concernant le tabac, Ils y vont à fond. Est-ce donc pour notre santé ? Non, cela tient à la minimisation des coûts pour la Sécurité sociale, sans doute. Car vous aurez noté que, pour ce qui est de l’alcool, les alertes sont mille fois moindres. En France, une seule et modeste petite ligne figure en bas des publicités nous rappelant qu’il ne faut pas en abuser. Et pas d’image d’un foie endommagé ou d’une femme enceinte sur les bouteilles, comme ils le font avec les poumons sur les paquets de cigarettes. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que le vin est un des nerfs de la guerre de l’économie française et qu’il ne faut à aucun prix y toucher ! À la différence des cigarettes, qui sont américaines ou anglaises. Preuve en est cette déclaration du ministre français de l’Agriculture en janvier 2019 : « Le vin n’est pas un alcool comme un autre. »!

Et les fruits et légumes blindés de pesticides, d’herbicides et d’antifongiques ? Ont-Ils légiféré pour que les commerçants signalent par une étiquette les produits ainsi traités ? Nenni. Et ainsi de toutes choses. Quand je vous disais que nous n’étions à leurs yeux qu’une masse uniquement propre à acheter et consommer pour assurer la Croissance… »

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Un texte riche en sujets et en informations, on sent l’auteure blessée par ce monde glaçant, elle tente ici de trouver des solutions et c’est tout à fait louable. Mais j’ai trouvé cette lecture difficile, j’ai fermé ce livre en ne sachant plus que croire et vers quoi me tourner.

Les problèmes sont là, on pense en régler un mais un autre surgit, les industriels sont rusés. Le monde économique tire les ficelles comme il l’entend, les lobbies imposent leurs lois. On veut nous endormir, nous culpabiliser, certes nous avons un pouvoir en tant que consommateur mais ce n’est pas toujours aussi simple.

Il me semble important de

CROISER ET RECROISER LES INFORMATIONS,

 lire les étiquettes,

ne pas suivre ces modes qui mettent sur le marché un nouveau produit à la minute

et entrainent des excès dans de nombreux domaines,

apporter sa contribution, rester logique, 

ne pas trembler ou devenir un tyran pour les autres…

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Extraits de : « L’humanité en péril – Virons de bord, toute »  2019  Fred Vargas.

Illustrations : 1/ « Lapin »  2/ « Fleurs »   Jan Mankes  1889-1920.

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Investiguer patiemment…

BVJ – Plumes d’Anges.