Entente fraternelle…

23 avril 2022

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Drôle de songe, nous pourrions presque imaginer un éléphant dans le jardin…

Il n’en est rien, il s’agit du tronc d’un figuier qui a poussé tout seul il y a plus de 25 ans…

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Sa particularité est qu’il abrite en son cœur un autre arbre, légèrement plus jeune,

un pamplemoussier, ils cohabitent paisiblement, la vie n’est-elle pas étonnante ?

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Dans la nature, tout est magique,

ces deux arbres s’aiment d’amour tendre,

ils se sont accueillis l’un l’autre

et bientôt des fruits apparaitront.

Que de leçons à apprendre, cette sagesse me fait rêver, pas vous ?

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« Tant de mains pour transformer le monde et si peu de regards pour le contempler »

Julien Gracq

Photos BVJ – 22 Avril 2022.

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Entrer en contemplation…

BVJ – Plumes d’Anges.

Apparition…

15 avril 2022

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« … Quand la flèche tomba, aux alentours de 20 heures, le lundi 15 avril 2019, nous fûmes quelques uns à penser : cette flèche en feu était-elle la conséquence de notre arrogance ? Pourquoi les flèches demeureraient-elles dressées devant des hommes qui méprisent leur présence magique ? Et si la chute était un exil ? Et si nous méritions ce grand effondrement ? Que peut produire d’autre une époque qui a décidé de tout démonter ?

Les flèches, les tours, les entrelacs réticulés et les croix ouvragées sont sentinelles de mystère. Peut-être ont-ils raison de se retirer du carnaval du XXIème siècle. Peut-être sont-ils lassés par le bruit et la laideur ?… »

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Extrait de : « NOTRE DAME DE PARIS – Ô REINE DE DOULEUR »  2019  Sylvain Tesson.

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« C’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore. » 

Anatole France

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Et soudain apparut un monde nouveau, riche d’humanité, de paix et de bienveillance.

D’où venait-il ?

De nous uniquement, dans le grand effondrement,

nous ne pûmes compter sur personne d’autre.

Ce nouveau monde songeait à éclore depuis longtemps,

il nous fallut un moment pour le comprendre.

Nos intentions lumineuses, nos pensées profondes durent le guider, pas à pas,

l’aider à prendre forme harmonieusement…

Il fleurit en son temps, comme la rose…

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Joyeux week end de Pâques à toutes et à tous !

Illustrations : 1/ « Notre-Dame de Paris »  Edwin Deakin  1838-1923  2/ « Fleurs et nid » – détail – Georg Frederic Ziezel  1755-1809.

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Se tenir en éveil…

BVJ – Plumes d’Anges.

L’ARBRE…

9 avril 2022

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« … les plantes ont leur volonté propre, de l’astuce et un but, tout comme les gens. Il lui parle, lors de leurs virées, de tous les miracles tortueux que la verdure peut concevoir. Les gens n’ont pas le monopole de l’étrangeté. D’autres créatures – plus grosses, plus lentes, plus anciennes, plus durables – mènent le jeu, fixent le climat, nourrissent la création et créent l’air même qu’on respire.

« C’est une idée géniale, les arbres. Si géniale que l’évolution ne cesse de la réinventer, à l’infini. »…

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« Nous savons si peu de choses sur la façon dont les arbres poussent. Presque rien sur la façon dont ils fleurissent, fourchent, se renouvellent et guérissent tout seuls. Nous en avons appris un peu sur quelques-uns, pris isolément. Mais rien n’est moins isolé, plus sociable qu’un arbre. »…

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C’est incroyable comme les choses paraissent folles dès qu’on se met à les regarder. »…

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Les champignons puisent dans la pierre des minéraux pour leurs arbres. Ils chassent les podures, qu’ils servent à leurs hôtes. Les arbres de leur côté, stockent un supplément de sucre dans les synapses de leurs champignons, à administrer aux malades, aux ombragés, aux blessés. Une forêt prend soin d’elle-même, tout en construisant le microclimat dont elle a besoin pour survivre.

Avant de mourir, un sapin de Douglas vieux de cinq cents ans renvoie son stock de composés chimiques dans ses racines et, via ses partenaires fongiques, lègue en testament sa fortune au pot commun. Nous pourrions appeler ces vénérables bienfaiteurs des arbres donateurs

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… Mais l’espoir et la vérité importent peu aux humains sans l’utilité. Dans son barbouillage de mots gauche et godiche, elle cherche l’utilité  du Vieux Tjikko, sur sa crête aride, qui sans fin meurt et ressuscite à chaque changement de climat. Son utilité, c’est de montrer que le monde n’est pas fait pour notre usage. En quoi sommes-nous utiles aux arbres ? Elle se remémore les paroles du Bouddha : Un arbre est une créature miraculeuse qui abrite, nourrit et protège tous les êtres vivants. Il offre même de l’ombre aux bourreaux qui l’abattent…

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Des messages sourds émanent de l’écorce contre laquelle elle s’appuie. (…)

Les signaux disent : Une bonne réponse mérite d’être inventée de zéro, encore et encore.

Ils disent : L’air est un mélange que nous devons continuer à produire.

Ils disent : Il y a autant sous terre qu’au-dessus.

Ils lui enseignent : N’espère ni ne désespère ni ne prédis ni ne te laisse surprendre. Ne capitule jamais, mais divise, multiplie, transforme, unis, agis et endure comme tu l’as fait tout au long du long jour de la vie.

Il est des graines qui ont besoin du feu. Des graines qui ont besoin du gel. Des graines qui doivent être avalées, gravées à l’acide digestif, expulsées comme déchets. Des graines qui doivent être écrasées pour s’ouvrir et germer. Un être peut voyager partout, à force même d’être immobile…« 

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Étonnante lecture, on entre dans ce livre comme on entre dans une forêt, le parfum est puissant, les bois craquent, les feuillages bruissent, les oiseaux chantent…

Au départ, neuf histoires – très différentes – se racontent, elles sont l’origine d’un présent qui se trame, se dessine, chaque histoire rencontre son arbre – le châtaignier, le murier, l’érable, le chêne et le tilleul, le pin douglas, le figuier, le ginkgo, le hêtre – petit à petit, des drames se nouent, quelquefois se dénouent.

Il y a Patty, la botaniste jadis collectionneuse de brindilles ; dans son enfance elle a montré des problèmes de langage,  son père l’a initiée à l’observation de la nature. Son arbre,  le hêtre s’élève dans une verticalité étonnante, il contemple et étudie les transformations du monde. Elle découvre et veut révéler que les arbres communiquent entre eux, leurs racines sont l’origine, elles se nourrissent à des sources multiples, parfois lointaines, elles sont des traces, une musique sans fin. Elles s’adaptent aux rencontres rocheuses, elles les contournent, elles sont la vie qui galope, la vie qui coure inexorablement pour le bien-être de tous. Mais quand on pense différemment, tout devient très difficile. Il y a huit autres destins qui se rencontrent, huit autres façons de vivre les arbres…

Richard Powers signe un roman palpitant, il explore différentes possibilités. Il prête des sentiments aux arbres, ceux-ci collaborent mais jamais ne cherchent à se détruire, la leçon est splendide ! L’homme s’égare dans le monde virtuel et ne sait plus admirer la magnificence de la Nature, il est mené par la cupidité….

C’est une fort belle lecture, parfois on se perd un peu, n’est-ce-pas le propre de la forêt, non ? À nous de noter quelques repaires, quelques indices. Le vocabulaire et le savoir de l’auteur sont époustouflants, la poésie omniprésente…

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Extraits de : « L’ARBRE MONDE »  2018  Richard Powers.

Illustrations : 1/« Ferme »  2/ « Le Haut Outaouiais »  3/« Automne »  Franklin Carmichael  1890-1945.

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Palpiter avec les mots et la Nature…

BVJ – Plumes d’Anges.

Passeurs de mots…

2 avril 2022

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« … Toute sa vie passée à écouter les autres. Il n’écoute plus personne. Il y a là une paix profonde et une tristesse. Aussi profonde l’une que l’autre. Il vient de déposer l’habit. Pas défroqué non, parce que sur sa route il n’y a ni dieu ni vœu éternel. Il s’éloigne simplement et il se sent de plus en plus nu. Parfois une question le saisit. Écouter et parler n’est-ce pas ce qui rend humain chaque être ? Est-ce qu’il n’est pas en train de trop s’éloigner ?…

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Il y a de longues plaintes tenues parfois longtemps dans nos poitrines. Un jour elles trouvent le chemin et montent jusqu’à nos lèvres.(…) Cette fois, la raie Manta est là, puissante et souple. Elle l’attendait ? Il la suit comme on s’abandonne à un présage. Elle a détecté sa présence, il en est sûr. Et elle le laisse faire. Il ne pense plus à rien. Il la suit jusqu’aux coraux.

Alors lentement, par des mouvements d’une grâce infinie, elle se défait entre les coraux de tout ce qui s’est accroché à elle. Combien de temps Simon reste-t-il ainsi à observer ce qu’elle lui montre, reprenant son souffle hors de l’eau puis replongeant. Quant elle repart, délivrée de ce qui entravait ses mouvements, il la remercie silencieusement…

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Chaque objet ici est couturé de lignes d’or. Elles dessinent des courbes, des zébrures, parfois juste quelques points comme si on avait cousu les bords ouverts d’une blessure. Et c’est beau. Étrangement beau.

Les tissus cousus.

La céramique cousue.

 Et lui, la bouche cousue ? Où est le fil d’or ?

Daisuke parle. À sa façon lente. Entre chaque phrase, un temps. Le silence dans lequel Simon marche. À pas comptés. S’il comprenait ce que dit Daisuke, il saurait que tout se répare. On ne cherche pas à cacher la réparation. Au contraire, on la recouvre de laque d’or. On est heureux de redonner vie à ce qui était voué à l’anéantissement. On marque l’empreinte de la brisure. On la montre. C’est la nouvelle vie qui commence…

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Mais toutes ces années lui ont appris que ce qui se passe dans le cœur et la tête de chacun n’appartient qu’à celui dont le souffle anime et ce cœur et cette tête. C’est le cœur de la plante. On n’est maître de rien. On peut juste accepter et mettre tout son art, toute sa vie, à comprendre ce qu’est le fil de l’eau, le sens du bois, le rythme des choses sans nous. Et c’est un travail et c’est une paix que de s’y accorder enfin. La seule vraie liberté…

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Trouver l’élan qui fait prendre le risque de quitter son eau.

L’élan qui rassemble tout… »

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Simon Lhumain, psychanalyste, homme secret qui n’a plus qu’un ami, se lie doucement d’amitié avec Mathilde, elle lui parle de poésie et d’un livre sur les textiles anciens japonais…

Un matin, sans le vouloir,  il casse en deux un vieux bol bleu à la longue histoire. Cette fracture est un déclic, des émotions affluent, des souvenirs font surface. Il sent qu’il ne peut plus se dérober, il doit se confronter à lui-même, à ses peurs, ses doutes, ses souffrances, ses désirs…

Depuis des années Simon écoute mais ne s’écoute plus, il étouffe, il a besoin de respirer la lumière, il partira au Japon. Son ami Hervé, fin connaisseur de voyages lointains,  lui trouve une maison d’hôtes dans un endroit préservé, les îles Yaeyama. Là s’opère une lente et belle transformation, grâce aux maîtres des lieux, Akiko, collectionneuse de tissus anciens et Daisuke, céramiste talentueux. Le fil d’or d’une histoire se tisse patiemment, les traces suivent les traces…

L’écriture de Jeanne Bénameur est toujours délicieuse, les images évoquées sont fortes et délicates : les rituels, l’eau, la chaleur, la nature, les couleurs, la douceur des rencontres, le féminin, on se prend à rêver d’un semblable voyage au pays du soleil levant…

Laissez-vous porter par ce livre, ai-je envie de vous dire.

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Extraits de : « La patience des traces »  2022  Jeanne Bénameur.

Illustrations : 1/« Bouquet »  Anna Gumlich-Kemp
1860-1940  2/« Paysage côtier »  Kawase Hasui  1883-1957.

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Porter un regard neuf…

BVJ – Plumes d’Anges.

Haut lieu…

29 mars 2022

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Perchée à 962 mètres au sommet du Mont Pirchiriano,

aperçue du fond du Val de Suse au mois de janvier, sous la neige,

la Sacra di San Michele (abbaye Saint-Michel de la Cluse)

est un vaisseau de pierre qui inspira l’écrivain Umberto Eco

pour son roman Le nom de la rose.

Le film de Jean-Jacques Annaud tiré de cette histoire y a été tourné.

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Un oratoire très ancien, dédié au culte de l’archange Saint Michel

fut reconstruit dès 980 par un ermite, Giovanni Vincenzo…

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Vers le XIème siècle , une abbaye bénédictine,

chef d’œuvre d’équilibre architectural,  vit le jour et prit de l’ampleur au fil du temps…

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Elle s’accroche véritablement aux roches présentes…

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À l’intérieur d’impressionnants escaliers de pierre se succèdent…

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Ils se terminent par « l’Escalier des morts » qui, jadis,

exposait dans ses niches, les dépouilles de certains moines…

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En haut des dernières marches, le « Portail du zodiaque » (ici un détail),

œuvre du sculpteur médiéval Nicolao

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Le portail d’entrée de l’église est en pierre grise et verte,

les arcs-boutants en serpentine sont de construction plus récente…

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L’église de style romano-gothique dont l’abside est, nous dit-on,

orientée vers le point du lever de soleil le jour de la Saint Michel, le 29 septembre…

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Plusieurs fresques – début XVIème –  éclairent les murs,

ici la plus grande : « l’Assomption » du peintre Secondo del Bosco di Poirino,

les couleurs sont remarquables…

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Précieux chef-d’œuvre de Defendente Ferrari, entièrement restauré,

en son centre une Vierge à l’enfant.

Leurs visages  sont doux et splendides, les pieds de la mère cachés sous la robe bleu

sont délicatement posés sur un croissant de lune…

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Il y a de nombreuses autres merveilles en ce lieu,

l’endroit était presque désert lors de notre visite, seul un moine s’afférait et priait.

L’abbaye est sur cette ligne droite de monastères michaéliques

formée par « le coucher du soleil le jour du solstice d’été »,

partant de l’Irlande et passant par les Cornouailles, la Normandie,

le Piémont, les Pouilles, la Grèce et se terminant sur le Mont Carmel.

L’archange Saint Michel aidé de ses anges,

symbolise la puissance des forces du bien contre les forces du mal.

Aminautes de France, de Navarre et d’ailleurs,

vous pouvez si vous le voulez, réserver une cellule dans ce lieu,

pour goûter au calme et au silence…

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« J’envoyai des lettres d’amour

aux cieux, aux vents, aux mers,

à tous les débordements

de l’univers.

Ils me répondirent

en lente

rosée d’amour

voilà pourquoi je les reposai

sur la découpe aride des sommets

comme une forêt de vents.

 

Il me naquit un fils d’océan. »

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Poème extrait de « Poco suono »  trouvé sur le net

 Lorenzo Calogero  1910-1961   (traduction de Valérie Brantôme).

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Photos BVJ et PJ – Mars 2022.

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Poser ses pas sur des lumières…

BVJ – Plumes d’Anges.

Précieuses mémoires…

21 mars 2022

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Cannes, vue de la Napoule  – André Gouirand  1855-1918.

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Un voyage ? Face au soleil ?  Pour trouver en nous l’illumination ?

Suivez-moi, je connais un chemin…

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J’aime l’idée d’un monde où les banques se transformeraient en musées pour montrer aux Hommes la beauté des paysages, où les coffres jadis très forts seraient ouverts aux quatre vents…

Figurez-vous que cela existe : la très jolie ville d’Hyères les Palmiers dans le Var créa en 1912 une succursale de la Banque de France. Deux talentueux architectes conçurent alors un bâtiment de style néo-classique auquel ils ajoutèrent un jardin à la française.

En 2021, LA BANQUE

– lieu splendide qui a conservé les mosaïques d’époque au sol et des boiseries anciennes… – 

a ouvert ses portes au public avec une vocation muséale : celle de présenter un fond permanent de 250 m² (peintures, gravures, sculptures, photographies), outils multimédias, et des expositions temporaires.

Du 27 novembre 2021 au 28 avril 2022, sont accueillies sous le titre 

FACE AU SOLEIL – 1850-1950

des œuvres célébrant la lumière du midi. Des artistes régionaux et d’autres aux noms très connus témoignent d’une époque révolue. Art figuratif et art abstrait cohabitent avec bonheur sur des murs blancs immaculés, les couleurs sont souvent époustouflantes, le voyage nous emmène très loin…

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Marseille, à Rive Neuve  – Joseph Garibaldi  1863-1941.

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Le château d’Horace Vernet à Hyères – Vincent Cordouan  1810-1893.

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Vue de la pointe du Gaou, les criques de la Lègue au Brusc – Vincent Cordouan  1810-1883.

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Détails de Panorama de la ville d’Hyères vue depuis la mer – Étienne Billet 1821-1888.

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Bord de mer – Gabriel Amoretti  1861-1947.

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La calanque de l’Oustaou de Diou à Porquerolles  – Raphaël Ponson  1835-1904.

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Au Trayas – Georges Ribemont-Dessaignes  1884-1974.

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Paysage à l’Estaque – Raoul Dufy  1877-1953.

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Pêcheuses de praires dans les marais salins à Hyères – Louis Garcin  1821-1898.

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Le Temple, jardin romain sur la Riviera  Raymond-Louis Charmaison  1876-1956.

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Si un jour vos pas empruntent les chemins du midi, n’hésitez pas un seul instant ! Ces peintures sont un précieux témoignage d’un temps où ces bords de mer n’étaient pas abimés et bétonnés comme maintenant. Je ne peux malheureusement pas vous montrer toutes les œuvres, mais il y en a d’autres,  Boudin, Chagall, Renoir, Camoin, Bonnard… un régal !

Quand vous lirez ces lignes, je serai dans un autre voyage, à très bientôt…

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« On peut répandre la lumière de deux façons : être la bougie, ou le miroir qui la reflète »

Édith Wharton

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Toujours être à l’affut de la Beauté…

BVJ – Plumes d’Anges.

Poésie…

14 mars 2022

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– Printemps des poètes –

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« Les coutures du ciel commencent à se défaire du firmament,

Le chapiteau du ciel se perce un peu partout.

Avec les points de ma poésie,

Je passe toute la journée à le repriser. »

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Gulzar « Le chant de la nature »

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« Salut à toi

Lumière du petit matin

Soleil du jour sans fin

Instant d’éternité.

L’homme dont l’espoir ne meurt jamais te salue. »

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Rabindranath Tagore « De l’aube au crépuscule »

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« La lumière qui se dégage des choses,

il faut la fixer dans les mots avant qu’elle ne soit éteinte dans l’esprit. »

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Bashô Matsuo

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La poésie, la peinture… l’art en général,

pour rêver et construire un monde, un autre monde…

Illustrations du « Bombax insigne » Maxim Gauci – 1774 – 1854.

(« Plantes asiatiques rares volume 1 – Est de l’Inde » – 1830) 

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La poésie, comme un chant d’espérance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Beaux Arts…

6 mars 2022

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Incroyable transparence,

douceur de porcelaine,

délicatesse du trait,

tout nous transporte loin, très loin…

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Douce balade en pays d’Œuvres d’Art multiples et variées : dessins, gravures, sculptures, peintures…

L’Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence présente jusqu’à la fin du mois de mars, une partie de la Collection Giorgio Cini abritée par l’ancien monastère San Giorgio sur l’île de San Giorgio Maggiore à Venise. La fermeture saisonnière de ce lieu a permis d’organiser cette très belle exposition.

Trois œuvres m’ont particulièrement émue :

Le « Christ rédempteur « 

de Sano di Pietro, aux « mains jointes en signe d’acceptation  » et à l’étrange regard, tempera et or sur bois, ce serait sans doute la partie supérieure d’un retable.

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« La Vierge et l’enfant  »

attribuée à Piero della Francesca (ou à son élève Luca Signorelli, le mystère reste entier).

Une certaine raideur habite les deux personnages, pourtant l’œuvre est exquise, paisible, on plonge dans les yeux bleus de l’enfant, une confiance irrésistible en émane.

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L’habit est étonnant pour une Vierge, son geste est une caresse,

la peinture est énigmatique…

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Ettore Spalletti, 1940-2019,  invité de la Fondation, est tombé amoureux de ces deux tableaux. Son inspiration a donné naissance à plusieurs œuvres dont

« Inséparables, rose « ,

un dialogue entre le XVème siècle et le XXIème, sorte de triptyque en bois monochrome avec ajout d’or, en référence à la peinture de la Renaissance  italienne…

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Là est une exposition de grande qualité, la richesse du fond est évidente,

on y retrouve aussi un « Saint Thomas d’Aquin  » de Fra Angelico, des dessins de Tiepolo, des plats émaillés sur cuivre datant du XVème, des manuscrits enluminés de toute beauté…

Si vous le pouvez, courrez vite admirer ces trésors !

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« Comme un flocon léger

ou la buée bleue du matin,

ce monde de rosée »

Kawai Sora

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Pardonnez la qualité des photos,

les salles étaient un peu sombres pour mon pauvre petit téléphone…

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Retenir les belles sources…

BVJ – Plumes d’Anges.

Optimiste optimisme…

28 février 2022

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« … Ce livre porte sur une idée radicale.

C’est une idée qui angoisse les puissants depuis des siècles. Une idée contre laquelle les religions et les idéologies se sont battues. Une idée dont les médias parlent rarement et que l’histoire semble sans cesse réfuter.

En même temps c’est une idée qui trouve ses fondements dans quasiment tous les domaines de la science. Une idée démontrée par l’évolution et confirmée par la vie quotidienne. Une idée si intimement liée à la nature humaine qu’on n’y fait souvent même plus attention.

Si nous avions le courage de la prendre au sérieux, cela nous sauterait aux yeux : cette idée peut déclencher une révolution. Elle peut mettre la société sens dessus dessous. Si elle imprègne véritablement notre cerveau, elle peut même devenir un remède qui change la vie, qui fait qu’on ne regardera plus jamais le monde de la même façon.

L’idée en question ?

La plupart des gens sont des gens bien…

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Le 29 août 2005, les digues de la Nouvelle-Orléans rompirent. L’ouragan Katrina se déchaîna sur la ville, laissant dans son sillage 80% de maisons sous l’eau. Il s’agissait de la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire des États- Unis. Au moins 1836 personnes perdirent la vie.

Cette semaine-là, les journaux regorgèrent de récits de viols et de fusillades dans la ville. Des histoires sordides circulèrent sur des gangsters errant de pillage en pillage, ou sur un tireur d’élite qui ouvrait le feu sur les hélicoptères des secours.(…) Le chef de la police déclara que la ville sombrait dans l’anarchie, et la gouverneure de la Louisiane craignait la même chose. « Ce qui me met le plus en colère, déclara-t-elle, c’est que des désastres comme celui-ci font souvent ressortir ce qu’il y a de pire chez les gens. »(…) Ce n’est que plusieurs mois plus tard – une fois que les journalistes eurent disparu, que l’eau eut été pompée et que les chroniqueurs eurent trouvé d’autres sujets – que les scientifiques découvrirent ce qui s’était réellement passé à la Nouvelle-Orléans.

Il s’avéra que les sifflements des balles provenaient de la soupape d’un réservoir à essence. Dans le stade de Superdome, six personnes avaient perdu la vie : quatre de mort naturelle, une par overdose et une par suicide. Le chef de la police dut admettre qu’il n’avait pas reçu le moindre rapport officiel de meurtre ou de viol. Et certes, de nombreux pillages avaient eu lieu, mais principalement du fait de groupes qui collaboraient pour survivre, parfois avec l’aide de la police elle-même. Les chercheurs du Disaster Research Center de l’université du Delaware conclurent que « la réaction majoritaire avait été de loin, une attitude prosociale »(…) Bref, la ville n’avait pas été submergée par l’égoïsme et l’anarchie. Elle avait été submergée par le courage et l’amour de son prochain.(…)

Dans les situations d’urgence, c’est ce que les gens ont de meilleur qui remonte à la surface. Je ne connais aucune notion sociologique qui soit à la fois aussi solidement étayée et aussi superbement ignorée. L’image dépeinte par les médias est invariablement l’inverse de ce qui se produit réellement après une catastrophe.(…)

« Ma propre impression, écrit Rebecca Solnit, qui a décortiqué l’ouragan Katrina  dans le magistral A Paradise Built in Helle (2009), c’est que la « panique de l’élite » est le fait de puissants qui se représentent le genre humain à leur propre image. » Rois et dictateurs, gouverneurs et généraux pensent que le commun des mortels est égoïste, car bien souvent, ils le sont eux-mêmes. Ils font usage de la force parce qu’ils veulent éviter quelque chose qui ne se produit que dans leur imagination… »

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Rutger Bregman, écrivain, journaliste et historien néerlandais nous offre là un essai des plus intéressant et bien sourcé : il a enquêté sur de très nombreux sujets et sa conclusion est que l’homme est bon par nature.  Il s’est rendu compte que les sinistres informations véhiculées au moment des tragédies sont des exceptions, très souvent erronées. Médias, réseaux sociaux… s’empressent de commenter, des faits sont relayés qui s’avèrent parfois être des inventions. Certains aiment appuyer sur de tristes touches pour attirer les curieux en tous genres.

Il y a pourtant chaque jour dans le monde de magnifiques et émouvantes histoires, de nobles comportements qui nous inspireraient tous plutôt que de nous anéantir psychologiquement. Certaines institutions prenant conscience de ce fait, ont changé de regard, ont transformé leurs règlements. Nous le voyons par exemple dans ce chapitre relatant une expérience étonnante :

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« … Dans une forêt de Norvège, à environ 100 kilomètres au sud d’Oslo, se trouve l’une des prisons les plus bizarres au monde.

Il n’y a pas de cellules, ni de barreaux. Il n’y a pas de surveillants trimballant des pistolets ou des menottes. Par contre, il y a une forêt de bouleaux et de pins, un paysage de collines ondulantes parcouru de sentiers et, tout autour, un haut mur d’acier – l’un des rares éléments rappelant que des personnes se trouvent tout de même enfermées ici.

Les habitants de la prison de Halden – c’est son nom – ont chacun leur propre chambre. Avec chauffage au sol, écran plat, salle de bain attenante. Il y a des cuisines où les détenus peuvent cuisiner eux-mêmes, avec des assiettes de porcelaine et des couteaux en inox. Halden dispose aussi d’une bibliothèque, d’un mur d’escalade et d’un authentique studio d’enregistrement, où les habitants peuvent enregistrer leurs propres disques… »

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Le taux de récidive des prisonniers y est très faible.

En règle générale – il y a toujours quelques exceptions ou dérapages –

bienveillance, intelligence, compassion sont les « moteurs » qui animent les hommes,

mais qui en parle ?

Ne l’oublions pas, ne passons pas à côté de la réalité,

ce serait dommage,

recherchons la pensée la plus juste possible,

forgeons notre propre idée sur les évènements,

là est le propos de ce livre dont je vous conseille la lecture.

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Extraits de « Humanité – Une histoire optimiste »  2020  Rutger Bregmam.

Illustrations : 1/ « Magnolia »  2/ « Roses japonaises et cynorrhodons »  Charles Walter Stetson  1858-1911.

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Aiguiser notre regard…

BVJ – Plumes d Anges.

Temps paisible…

23 février 2022

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« … Cette année encore, les lucioles sont apparues. Innombrables. L’année dernière, j’ignorais que c’étaient des lucioles miniatures. En comparaison des autres, lucioles genji ou heike, elles sont infiniment plus petites. À peine cinq millimètres sur le doigt qui s’en empare délicatement. À la différence des autres lucioles qui ne peuvent naître que près des eaux claires, les princesses sortent de terre. Elles pondent leurs œufs sur l’humus, les feuilles mortes ou les branches d’arbre tombées, elles vivent aussi dans les bois. Est-ce à cause de l’intensité de leur activité, non seulement près de l’eau de source, mais aussi dans la forêt profonde, elles brillent de leur belle lumière phosphorescente. Les lucioles qui s’étaient posées sur le blanc immaculé des fleurs m’ont donné l’impression d’une illumination féerique d’un vert merveilleux. Les mâles ne peuvent pas voler, mais ils ont le pouvoir d’émettre de la lumière, et ils se déplacent sur les arbres, sur les feuilles. Cette lumière vive clignotait un peu partout sur le marais…

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Dans le calme de la péninsule, on s’aperçoit bien vite à quel point la télévision est vulgaire et gênante. Contrairement à la musique que je peux choisir selon mes goûts, j’ai beau changer de chaîne, je ne tombe que sur des émissions abrutissantes. Alors, j’éteins le poste et je sors sur la véranda.

Est-ce Buson qui a chanté l’« aveuglante lumière de la lune sur les rochers d’hiver » ? On croit entendre le craquement de la lumière sur les branches, sur la moindre pierre. Les ombres noires dans la forêt, la rangée des petits arbres devant l’entrée, la route qui passe devant la maison en plan incliné, tout déborde du crépitement silencieux des éclats tranchants du clair de lune. Moi, je me penche sur la profondeur des ténèbres silencieuses où ni voiture ni âme ne passe, et mon oreille savoure l’ineffable plaisir d’être absorbée par la densité du silence…

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Les Kawahara sont allés tous les deux au jardin et ils ont coupé pour moi une branche de pêcher qui commençait à fleurir. J’hésitais, me demandant comment j’allais pouvoir l’emporter. Kawahara, qui ne parle pas beaucoup, a dit : « Qu’est-ce-que ça peut faire, si les fleurs se fanent ? Il suffit qu’elles tiennent aujourd’hui. »… »

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Faire une pause dans sa vie, qui n’en n’a pas rêvé ?

La narratrice qui vit et travaille à Tokyo, possède une cabane entre forêt et falaises. Elle y vient régulièrement, pour de courts séjours. Arrivée à un âge mûr, elle s’éloigne de la ville et vient s’immerger dans ce lieu de beauté avec son chat, pour un temps indéterminé. Elle a besoin de se retrouver, de faire un point.

Ici, elle vit au jour le jour, cultive ardemment son jardin, se promène sur les chemins, pénètre dans la forêt avoisinante, fait plus ample connaissance avec de rares voisins. C’est un retour aux sources, elle observe, écoute, se nourrit de tous les trésors offerts par la nature, les jours s’égrainent sans jamais se ressembler. Elle vit au rythme du calendrier traditionnel japonais qui divise l’année en 24 saisons. Elle guette les signes, travaille la terre, débroussaille, sème, plante, récolte… La vie est calme, sa présence au monde lui fait faire des découvertes. Elle réfléchit à ce qu’elle ne veut plus et petit à petit définit ce qu’elle veut… C’est un très joli moment de lecture, d’une incroyable douceur, les descriptions nous emportent dans des tableaux, nous sommes nous-aussi sur cette péninsule…

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Extraits de : « La péninsule aux 24 saisons »  Inaba Mayumi  1950-2014.

Illustrations : 1/ « Oiseaux et kakis »  Kobayashi Kiyochika   1847-1915   2/ « Chutes de Yuhi à Shiobara »  Hasui Kawase  1883-1957.

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Faire une pause dans un lieu paisible…

BVJ – Plumes d’Anges.