Métamorphose poétique…

23 octobre 2014

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“… Qu’ils me semblent loin, ceux d’en haut dont la tête roule et tangue à près de deux mètres du sol, loin, très loin du monde dont je suis le prince et où ils ne pourraient rentrer qu’à genoux, en pliant le dos… Loin, non pas plus forts, plus sages ni plus savants que moi, mais ayant changé d’échelle, peu à peu, sans s’en rendre compte, année après année, et troqué leur esprit d’enfance contre des affaires, des projets, des tâches et des obligations de toutes sortes, incurieux désormais de cette terre où ils marchent, des animaux, des fleurs, de la purée de carottes et des petits Gervais, accaparés par autre chose d’infiniment grave et sérieux à quoi je ne comprends rien et qui les conduit par exemple à se téléphoner sans cesse…

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… Je voudrais respirer les mots comme on respire le parfum des fleurs. Les cueillir sur le papier et les disposer en bouquets dans des vases si transparents qu’on en oublierait l’eau. Alors on se prendrait à croire que ces mots-fleurs coupés se tiennent debout tout seuls… Le livre dont je rêve, ce serait cela : un bouquet de fleurs parfumées plantées dans une eau invisible. Une sorte de miracle. Comme on en rencontre précisément dans les livres. Des fleurs sans histoire et sans ombre. Et pourquoi pas sans tiges, suspendues comme les étoiles au ciel. Ou comme des papillons…

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… Un papillon n’a jamais de peine. La flûte de son cœur voué aux passions légères ne s’affole qu’à la vue des fleurs. Il voit jaune, il voit rouge, un sang frénétique baigne sa minuscule tête d’épingle. Il s’immobilise alors en plein vol pour téter le nectar sucré, ses fausses pattes abdominales accrochées aux corolles tremblantes.

Quand ils s’aiment, deux papillons de nuit se tiennent longtemps serrés l’un contre l’autre. Dans un parc vide, au crépuscule, ils se sont rencontrés sur un banc de bois peint. Leur premier baiser a duré jusqu’à l’aube. Puis ils ont dormi tout le jour, accouplés sous leurs ailes, et ne se sont réveillés que le soir.

Le papillon vit sans papiers. Sa vie est écrite sur ses ailes. C’est une miniature peinte par un Dieu paisible. Ce vagabond fait cent fois par jour le tour du jardin.

Dans un cocon en fil de soie, il aura patienté longtemps. Puis, un jour, vient sa métamorphose. À présent, il ne changera plus : son existence est sans histoire. C’est pourquoi il se déplace si légèrement, en se riant du temps qui passe. Il boit le ciel à petites gorgées…

Il vit luxueusement, dans une espèce d’oisiveté odorante : il rend visite aux fleurs qui lui ressemblent. Sa fragilité le protège : il ne vieillit pas. Le soleil, un matin, oubliera de le réveiller…”

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Extraits de : “Journal d’un enfant sage” 2010  Jean-Michel Maulpoix.

Illustrations : “Album d’illustrations” – Planches 12, 23, 21 -Okamoto Shuki 1807-1862.

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Métamorphoser nos pensées…

BVJ – Plumes d’Anges.

Virtuosité…

20 octobre 2014

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Quand  apparaît en nous un besoin de joie , ne nous faut-il pas le nourrir au plus vite ?…

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Quand l’art, l’élégance, l’humour et la bonté du cœur  voyagent de concert…

nait la virtuosité !

Peut-être connaissez-vous déjà ce chemin de grâce,

qu’importe, il me semble qu’il est à savourer encore et encore…

Suivez donc cette flèche magique et la semaine à venir s’illuminera, vous le verrez !

—> Quatuor Salut Salon

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“Au firmament

montent à nouveau

des gerbes d’oiseaux”

Kyoshi Takahama 1874-1959.

Video YouTube – Quatuor Salut Salon.

Illustrations : Plafond Villa Faißt : Été et Hiver – Ernst Christian Bader 1860-1915.

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Rechercher et se nourrir de la virtuosité du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Petits oiseaux…

16 octobre 2014

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“… – Pourquoi ils crient comme ça ?

- Ils ne crient pas. Ils bavardent.

- Ils ont l’air en colère.

- Ils ne le sont pas.

- C’est vrai ?

- Oui. Les oiseaux ne font que répéter les mots que nous avons oubliés…

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Un chant se poursuivait sans interruption. Celui de l’oiseau qui occupait le centre du perchoir. Sa calotte était si blanche qu’elle en paraissait couverte de neige. Du fond de sa gorge débordait un chant précis de virtuosité au volume disproportionné par rapport à son petit corps. Il y avait des modulations, des variations d’intensité, des staccati, des trilles. Il y avait une introduction, une ligne mélodique, un intermède, un point culminant. Tout y était.

- Tous les chants d’oiseaux sont des chants d’amour…

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… Les oiseaux à lunettes avaient un chant encore plus pur que celui de l’eau, du cristal ou de toute autre chose au monde, ils élaboraient une dentelle de voix cristalline, dont en se concentrant on aurait presque pu voir se détacher les motifs dans la lumière…

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… Quand il parlait, l’oiseau se tournait toujours vers l’endroit d’où provenait sa voix. Jamais il ne l’ignorait, ni ne faisait semblant de ne pas l’avoir perçue, ni ne paraissait las de l’entendre. Tout dans l’attitude de l’oiseau disait que dans la mesure où quelqu’un qui donnait de la voix se trouvait là, il avait le devoir de l’écouter…

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… Lorsque le monsieur aux petits oiseaux ne pouvait s’occuper de lui, l’oiseau à lunettes s’efforçait de s’entraîner seul. Il aimait l’écouter alors. Bien sûr, c’était amusant de chanter ensemble, mais dans cet exercice solitaire, il y avait nécessité, pour le professeur, de ne pas s’immiscer, qui s’accompagnait de quelque chose de sacré, apaisant pour celui qui écoutait. Sachant parfaitement que son chant n’en était pas encore arrivé au point où il pouvait être offert à autrui, tout en mémorisant le modèle, l’oiseau gazouillait pour lui-même. Dans un coin de la boîte où ne parvenaient pas de bruits parasites, la tête légèrement plus basse que lorsqu’il s’entraînait avec son professeur, il fixait un point de la paroi de carton.

Pour ne pas le déranger, il l’observait à distance. Il le regardait discrètement, étonné de constater qu’une petite créature qui essayait de percevoir un son intérieur, et pas ceux du monde extérieur, pouvait paraître aussi intelligente…

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… Quelque part en son cœur il se demandait jusqu’où l’oiseau irait s’il le laissait chanter son content : son corps finirait peut-être par éclater en mille morceaux ? Il avait peur, alors. La beauté de ce chant le laissait pétrifié de peur. Mais l’oiseau, lui, ne craignait rien…”

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Extraits de : “Petits oiseaux” 2012 Yôko Ogawa.

Illustrations : “Nouveau recueil de planches coloriées d’oiseaux” 1/“Calliste à tête verte” 2/“Traquet à capuchon” 3/“Couturière à dos vert” 4/“Zostérops oriental” 5/“Batara gorgeret” 6/“Tyranneau à toupet” 7/“Moucherolle petit coq”

Nicolas Huet le Jeune 1770-1830 (et Jean-Gabriel Prêtre 1800-1840).

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Écouter les chants du ciel…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bâtir…

12 octobre 2014

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Observant ces tableaux, me sont venus à l’esprit quelques mots :

Se faire bâtisseur,

construire en soi un château de lumière,

un espace de paix relié à notre cœur,

un lieu rempli d’amour

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En tapisser les murs de souvenirs merveilleux,

le décorer de nos rêves profonds,

y déposer les livres de nos belles histoires,

inviter tous les oiseaux du monde…

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Trouver là repos, inspiration,

y planter des fleurs embaumantes,

transformer cet “intérieur” en un délicieux jardin

cueillir nos nourritures terrestres,…

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Le bruit du monde ne peut nous envahir :

enrichis de cette énergie renouvelée,

ressourcés, emplis de joie,

nous pouvons aller vers le monde donner vie à la vie

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L’enfant, l’amoureux, l’artiste, le poète ne font-ils pas escale sur cette île intérieure ?

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Tableaux : 1, 2 et 3/”Château de Chillon sur le Lac Léman”  Hubert Sattler 1817-1904.

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Bâtir notre havre de paix et d’inspiration…

BVJ – Plumes d’Anges.

Relier…

8 octobre 2014

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“(B.C.) … La pensée occidentale (et c’est son grand piège) a fini par croire que la partie peut être séparée du tout, alors que la partie est un élément du tout. Nos spécialistes ont fait des performances tellement bonnes que leur discours social admet que le morceau peut être séparé du tout. On fait une partie, une découpe artificielle, mais une découpe didactique. Après l’avoir manipulée expérimentalement, on oublie ou l’on refuse de la réintégrer dans le tout. Il s’agit là d’une faute de pensée…

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(E.M) … Je crois qu’on est encore loin d’avoir compris la nécessité de relier. Relier, relier, c’est sans doute le grand problème qui va se poser à l’éducation (…) On a créé des catastrophes naturelles en détournant des fleuves en Sibérie ou en faisant des barrages inconsidérés, on détruit des cultures dans une logique économique close. Il s’est développé ce que j’appellerai une intelligence aveugle aux contextes et qui devient incapable de concevoir les ensembles. Or, nous sommes dans un monde où tout est en communication, en interaction…

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(E.M) … La vie est une navigation sur un océan d’incertitude, à travers des archipels de certitude. Nous sommes dans une aventure collective inconnue, mais chacun vit son aventure…

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(B.C.) … Cet entraînement à se mette à la place d’un autre – ce que les philosophes nomment l’empathie – est un concept que je crois très utile, qu’on devrait en tous cas dépoussiérer, surtout avec les circonstances politiques qui sont en train de se dessiner. Car se mettre à la place d’un autre, c’est s’enrichir, mais c’est un effort, c’est aller à la découverte d’un nouveau continent mental, d’une nouvelle manière de penser, d’une nouvelle manière d’être homme. L’enjeu est capital, il s’agit d’un véritable quitte ou double : on s’enrichit en ouvrant son monde ou l’on fait une théorie cohérente et on le disqualifie, on l’excommunie, on l’exclut. Cette nouvelle humanité qui est en train de naître doit être une humanité de débat. Cela est très fatigant mais très passionnant, c’est la source de la vie…”

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Extraits de : “Dialogue sur la nature humaine” 2010 Entretiens de Boris Cyrulnik et Edgar Morin.

Illustrations : 1/“Iris d’Espagne, Volubilis et cerises”  Georg Flegel 1566-1638  2/“Insectes et fleurs”  Jan Van Kessel 1626-1679.

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S’élever pour mieux penser le monde…

BVJ – Plumes d’Anges.

Au fil des jours…

4 octobre 2014

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S’abriter, accéder à la paix intérieure…

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Puis se découvrir…

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Observer, se réunifier…

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S’immerger à nouveau dans les flots de la vie…

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Garder confiance malgré les orages…

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Voir la lumière qui brille quelque part, pour nous, rien que pour nous…

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Apprendre à se recentrer, pour mieux naviguer dans notre existence…

Photos BVJ – Plage de l’Almanarre dans le Var.

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Se pauser et trouver son rythme intérieur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Courants…

1 octobre 2014

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“Le monde est en lui-même la matérialisation de la frustration, et donc le chagrin, lié à

l’absence de satisfaction complète, ne peut que perdurer. C’est pourquoi on dit qu’il y a

deux sortes de courants dans la vie humaine : celui du monde dans lequel un manque

succède à un autre, et celui de l’Être authentique. La caractéristique du premier

courant, c’est qu’il ne peut jamais atteindre son but – au contraire le manque est

perpétuellement re-stimulé – alors qu’en pénétrant dans le second courant, l’homme

s’établit dans sa nature authentique et fait aboutir les efforts qui en sont l’expression.”

Mâ Anandamayi 1896-1982.

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Illustrations : 1/“Capri” 2/”Lac”  Albert Bierstadt 1830-1902.

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S’intérioriser pour mieux s’extérioriser…

BVJ – Plumes d’Anges.


Poirier magique…

28 septembre 2014

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Un villageois avait apporté au marché des poires dont il espérait tirer un bon prix,  elles étaient, en effet, merveilleusement sucrées et d’un parfum délicieux. Un prêtre taoïste aux habits déchirés, au bonnet en lambeaux, s’arrêta devant sa brouette et lui demanda l’aumône. Le paysan lui répondit par des injures, mais le prêtre ne bougea pas,  l’homme l’accabla de plus belle de ses injures, le prêtre insista :

- Je vois sur ta carriole plus de cent poires. Moi, pauvre prêtre mendiant, je te demande de me faire l’aumône d’une seule poire, cela ne fera pas un grand vide dans ton étalage, pourquoi te mettre en colère ? Cherche avec soin mon frère, tu en trouveras bien une véreuse ou gâtée, donne-la moi et je m’en irai.

Le paysan obstiné refusa, mais le bruit de cette discussion fatiguait les voisins et l’un d’eux, pour y mette fin, sortit une piécette, acheta une poire et la donna au prêtre. Celui-ci se confondit en remerciements puis, se tournant vers la foule, dit :

- Je tiens à vous montrer à tous que pour être prêtre je ne suis ni ingrat, ni avare. Moi aussi j’ai de belles poires et je vous demande la permission de vous les faire voir. Mais, me direz-vous, puisque tu as de belles poires, pourquoi ne pas nous en faire manger ? Un peu de patience vous répondrais-je. Voyez-vous ce pépin ? Je vais le semer et cette graine que je tiens en ma main, ce sont des poires dont vous allez tous pouvoir vous rassasier.

Tenant toujours son pépin avec soin, il creusa à l’aide de la bêche qu’il portait sur l’épaule un trou profond de quelques pouces, il y déposa la graine et le reboucha avec de la terre bien tassée, puis il demanda si quelqu’un pouvait lui procurer de l’eau chaude. Un spectateur complaisant courut en emprunter à une boutique voisine et remit la théière au prêtre qui versa le liquide bouillant sur la terre tassée.

Dix mille yeux étaient rivés sur ce point du sol quand ils virent soudain émerger un petit germe crochu qui se redressa, s’allongea et devint un arbre. Les branches s’étendirent couvertes de feuilles, les fleurs apparurent pour se nouer aussitôt et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il y eût là un immense poirier craquant sous le poids des fruits. Le prêtre, grimpant de branche en branche jusqu’à la cime, offrit les poires à tous les assistants. Quand enfin le poirier fut dépouillé, à grands coups de sa bêche il abattit l’arbre et mettant sur l’épaule le tronc encore garni de quelques feuilles, il partit à pas lents et disparut. Notre villageois avait fait comme les autres : oubliant brouette et marchandise, il était resté à contempler les faits et gestes du prêtre. Mais quand ce dernier fut parti, il retourna en hâte à son étalage. Plus de poires et de plus un brancard avait disparu. En regardant de plus près, il vit qu’il avait été tout fraîchement coupé. Plein de colère, il courut à la recherche de son voleur et en tournant la rue il aperçut au pied d’un mur son brancard qui gisait sur le sol. Il comprit alors que c’était le poirier du prêtre, mais où retrouver celui-ci et comment se venger ?  Le pis fut que tout le marché qui avait vu son avarice du début, éclata de rire à ses dépens !”

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Si quelques jolies petites poires croisaient votre chemin, ayez envie de les partager !

Par exemple en confectionnant cette merveilleuse recette :

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TARTE AUX POIRES ET AUX AMANDES

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Ingrédients :

Pâte brisée : 300 g de farine, 150 g de beurre, un œuf, un peu de sucre et une pincée de sel.

- 3 belles poires (à défaut, une boite de poires au sirop) – 120g de beurre mou – 120 g de sucre en poudre – 2 gros œufs – 120 g d’amandes en poudre – 2 gouttes d’extrait d’amande amère – sucre glace.

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Réalisation :

Préparer la pâte brisée et la faire un peu cuire “à sec”.

Battre le sucre en poudre et les œufs jusqu’à ce que le mélange mousse.

Ajouter délicatement le beurre, les amandes en poudre et l’extrait d’amande amère.

Verser cette crème d’amande sur le fond de tarte, disposer les quartiers de poires à la surface et enfourner environ 40 minutes à 200 degrés (220° dans mon four).

Laisser refroidir et saupoudrer d’un peu de sucre glace…

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SI SIMPLE ET SI BON DE METTRE UN PEU DE MAGIE DANS NOTRE VIE !!!

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“Le poirier magique” extrait de “Contes chinois” 1923  Traduction de J.Halphen.

Illustrations : “Fruits : poires”  Johann Hermann Knoop 1700-1769.

Photos BVJ.

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Offrir…

BVJ – Plumes d ‘Anges.

Songe d’un matin d’automne…

24 septembre 2014

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“Un jour j’irai vivre en Théorie,

car en Théorie tout se passe bien.”

Pierre Desproges

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Je me dis cela certains jours où le ciel de mon cœur se poudre de gris… ça me fait rêver !

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Illustrations : 1/“Ange de l’Annonciation”  Franciabigio 1483-1525  2/“Bruants maritimes”  John James Audubon 1785-1851.

Rêver joyeusement…

BVJ – Plumes d’Anges.

Terra-Mater…

21 septembre 2014

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“… “Regardez comme la création est digne d’émerveillement ! N’outrageons pas son visage, ne troublons pas l’ordre qui la gouverne. Soyons-lui reconnaissants et soyons reconnaissants à son créateur. Reconnaissons à toute créature le droit à la vie !”…

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… Le lion dévore l’antilope et cela nous semble cruel. La vie veut se perpétuer et chacune de ses révélations s’accompagne de la mort pour l’exalter. Tout cela échappe à notre entendement, mais ne semble pas pouvoir être autrement. En donnant naissance aux êtres humains, le créateur attendait peut-être d’eux l’admiration et la contemplation des agencements qui font la création si belle et si variée de couleurs, de parfums, de bruits, de forme, de saveur. Mais au lieu de chercher leur place au sein de ce grand miracle, les êtres humains ont voulu accaparer le miracle pour l’asservir. Ils y ont répandu de nombreux poisons, corrompu le souffle, l’eau, la terre, le ciel au dessus de leur tête. L’aigle s’élevant très haut dans le ciel voit la terre en feu. Il voit les êtres humains pillards de leur propre bien. Il voit les uns dilapider, car l’abondance a tué en eux la satisfaction, et des foules de pauvres qui n’ont plus de salive ni de nourriture pour leurs enfants. La misère les berce lentement dans son sein d’agonie. Et l’aridité, comme une lèpre, s’étend sur la terre qui les nourrissait. Et l’aigle s’élevant très haut dans le ciel sait qu’en tout cela il n’est pas un juste ordonnancement…

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… Il y aussi des êtres humains que le discernement éveille au respect. Ils éduquent leur progéniture en leur disant : “Sachez que la création ne nous appartient pas, mais nous sommes ses enfants. Gardez-vous de toute arrogance, car la terre, les arbres et toutes les autres créatures sont également enfants de la création. Vivez avec légèreté sans jamais outrager l’eau, le souffle ou la lumière. Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez de la gratitude. Lorsque vous immolez un animal, sachez que c’est la vie qui se donne à la vie et que rien ne soit dilapidé de ce don. Sachez établir la mesure de toute chose. Ne faites point de bruit inutile, ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement. Sachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu’ensemble ils enfantent, et l’oiseau, porté par le souffle, est un messager du ciel et de la terre. Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers, mais lorsque la nuit vous rassemble ayez confiance en elle, , et si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage sur ses pirogues de silence jusqu’aux rives de l’aurore. Que le temps et l’age ne vous accablent pas car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos temps amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux pour ensemencer les siècles.”…”

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Extraits de : “Parole de terre-Une initiation africaine” 1996  Pierre Rabhi.

Illustrations : 1/“Livre de dessins : Dessins de  Filippino Lippi, Botticelli et Raffaellino del Garbo”  Giorgio Vasari 1511-1574  2/“Tête d’homme couronné” et  3/“Motif de brocart” issus du “Codex Vallardi”  Pisanello 1395-1455.

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Prendre soin de notre Mère…

BVJ – Plumes d Anges.