Brumes…

15 janvier 2018

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« … – Pourtant êtes-vous si sûre, chère dame, de souhaiter être libérée de cette brume ? Ne vaut-il pas mieux que certaines choses restent cachées à nos esprits ? 

– Pour certains peut-être, mon père, mais pas pour nous. Axl et moi souhaitons retrouver les moments de bonheur que nous avons partagés. En être privés, c’est comme si un voleur était venu dans la nuit nous prendre ce que nous avons de plus précieux.

– Pourtant la brume recouvre tous les souvenirs, les bons comme les mauvais. N’en est-il pas ainsi, madame ?

– Les mauvais nous reviendront aussi, même s’ils nous font pleurer ou trembler de colère. Car n’est-ce pas la vie que nous avons vécue ensemble ?

– Vous n’avez donc pas peur des mauvais souvenirs, madame ?

– Qu’y a-t-il à craindre, mon père ? Ce que nous ressentons l’un pour l’autre au fond de notre cœur nous dit que le chemin pris ici ne peut recéler aucun danger pour nous, quand bien même la brume nous le cacherait. C’est comme une histoire qui finit bien, quand même un enfant sait qu’il n’a pas à en redouter les péripéties. Axl et moi nous rappellerons notre vie commune, quelle que soit sa forme, car c’est une chose qui nous est chère…
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… « Batelier, dit-elle. Il existe une légende que j’ai entendue autrefois, peut-être quand j’étais enfant. À propos d’une île remplie de bois accueillants et de torrents, un lieu aux étranges qualités. Beaucoup de gens s’y rendent, mais pour chacun de ceux qui y résident, c’est comme s’il se promenait seul sur l’île, car il ne voit ni n’entend ses voisins. S’agit-il de l’île qui se trouve devant nous, monsieur ? »

Je continue de casser de menues branches et de les disposer avec soin sur les flammes. « Chère dame, je connais plusieurs îles qui correspondent à cette description. Qui sait si celle-ci en est une ? »

Une réponse évasive, qui lui inspire de l’audace. « J’ai aussi appris, poursuit-elle, que, parfois, ces curieuses conditions cessent de prévaloir. Que des dispenses particulières sont accordées à certains voyageurs. Ai-je bien compris, monsieur ? »

– Chère dame, dis-je, je ne suis qu’un humble batelier. Ce n’est pas mon rôle d’aborder de pareils sujets. Mais puisqu’il n’y a personne d’autre ici, permettez-moi de vous proposer cette réponse. J’ai entendu dire que, quelquefois, peut-être pendant un orage comme celui qui vient de s’achever, ou une nuit d’été lorsque la lune est pleine, un insulaire peut avoir la sensation que d’autres personnes se déplacent à ses côtés dans le vent. C’est peut-être ce que l’on vous a raconté.

– Non, batelier, insiste-t-elle, c’est plus que cela. On m’a dit qu’un homme et une femme, après des années de vie commune, et liés par un amour d’une force inhabituelle, peuvent se rendre sur l’île sans être contraints de l’arpenter en solitaire. J’ai entendu dire qu’ils peuvent savourer le plaisir d’être ensemble comme ils l’ont fait tout au long de leur existence passée. Serait-ce la vérité batelier ?… »

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Extraits de :  « Le géant enfoui »  2015  Kazuo Ishiguro.

Illustrations : 1/« Lever de soleil sur un paysage nordique »  Eduard von Buchan    1800-1876  2/« Coucher de soleil »  Harald Sohlberg  1869-1935.

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Dissiper les brumes de notre vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Virus…

12 janvier 2018

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Aminautes de France, de Navarre et d’Ailleurs, pardonnez mon silence.

Je suis blottie au fond de ma maison, affligée par un virus.

Ma tête bat la chamade, je tousse, j’éternue, mon cerveau est plein de brumes,

la fièvre m’a quittée mais je me sens bien lasse…

Je continue à prendre des capsules et des gélules de plantes et d’arbres mystérieux,

j’inhale des huiles que l’on dit essentielles…

je sens que je vais me transformer en un printanier jardin.

À tout bientôt sur les chemins de vos blogs, prenez soin de vous,

avez-vous vu que déjà, les jours rallongent ?

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Illustrations : 1/« Le turban jaune »  Julian Alden Weir  1852-1919  2/« Paysage près de Cherbourg » Jean-François-Millet  1814-1875.

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Soigner ses maux en douceur…

BVJ – Plumes d’Anges.

Fil conducteur…

8 janvier 2018

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« … On entendra des chants d’oiseaux et le monde sera printanier et sans nuit lorsque je cesserai d’exister. Est-ce que je manquerai au monde ? Non. Sera-t-il pire sans moi ? Non plus. Continuera-t-il de tourner sans moi ? Oui. Est-il meilleur maintenant que lorsque j’y ai fait mon entrée ? Non. Qu’ai-je fait pour améliorer le monde ? Rien…

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– C’est incroyable de voir ce grand gaillard aujourd’hui et de penser à quel point il était sensible.

– Maman…

– Si on retrouvait un oiseau avec une aile cassée dans le jardin, il fondait en larmes… Un écorché vif… Toujours triste de voir les hommes si peu généreux les uns envers les autres. Il disait : « Quand je serai grand, je consolerai le monde… Parce que le monde souffre tant, parce qu’il faut qu’on en prenne soin…

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« PLUS NOUS NOUS ÉLEVONS

PLUS NOUS PARAISSONS PETITS AUX REGARDS

DE CEUX QUI NE SAVENT PAS VOLER »…

« Aurore »  Friedrich Nietzsche.

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– Savais-tu, dit-elle, que l’an dernier deux cent quarante mille milliards de couronnes ont été dépensés en armes et équipements militaires dans le monde ?

Elle avale une première gorgée et essuie la crème de sa lèvre supérieure.

– Il faut calculer , poursuit-elle, les dommages causés par les profiteurs de guerre et leur faire payer. Ils réaliseront ainsi que la guerre coûte bien plus cher que la paix. De toute façon la seule langue qu’ils comprennent, c’est l’argent, ajoute-t-elle…

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… « IL Y A TANT DE VOIX DANS LE MONDE

ET AUCUNE D’ELLES N’EST DÉPOURVUE DE SENS. »…

1°Épitre de Saint Paul aux Corinthiens.

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– Imaginez que c’est un voyage, poursuit-elle.

– Comme ça ?

– Oui, comme ça. Comme quand on marche.

– Nous sommes pareils, dis-je.

– Je sais, répond-elle, sans me regarder.

Elle sourit, semble chercher ses mots :

– Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai senti l’odeur de l’herbe.

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« IL FAUT DU TEMPS À LA LUMIÈRE DES ASTRES »

« Le gai savoir »  Friedrich Nietzsche… « 

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Extraits de :  » Ör «   2017  Audur Ava Olafsdottir.

Illustrations : 1/« Dessin de pigeon »  Jean Bernard  XVIIIème  2/« Midi »  Abbott Handerson Thayer  1884-1913.

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Retrouver le fil conducteur de sa vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Sources de vie…

5 janvier 2018

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« … Nos vies sont toutes de sable, nos vies sont toutes des fables et c’est seulement dans la manière de les conter que se dévoilent leurs lumineuses trames.

Nos vies, comme ces toiles d’araignée, invisibles le jour, qui, au petit matin, apparaissent perlées de rosée, purs chefs-d’œuvre de symétrie.

Voilà mes élucubrations, dernière élégance de ma solitude de forçat au milieu d’un champ de pierre…

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…  Je ne le dirai jamais assez, un rien me nourrit, la moindre graine d’humanité se transforme en jardin. J’ai tellement appris à me contenter de peu. Tout est devenu festin, tout me comble, le plus petit cadeau du monde est une joie au cœur de mon silence…

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P.-S. : J’ai vu votre tristesse. Je n’en connais pas la cause et ne demande rien. Tout ce que je peux vous dire c’est de ne pas renoncer à ce que vous êtes profondément. Il y a en vous une sorte de lumière qui fait du bien au monde. Quoi qu’il arrive, n’oubliez pas : rien ni personne n’a le pouvoir de saccager l’innocence. Quoi qu’il arrive nous devons nous battre pour préserver notre aptitude à la Joie. »…

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À l’aube, il s’installe devant la meurtrière de son bureau triangulaire, et il lui semble au fond qu’il ne fait que recopier ce qu’une voix lui dicte. Moine calligraphe il couvre ainsi des pages, d’une écriture appliquée. (…) « La force, c’est cette tenace capacité d’incursion, plongée méthodique dans le labyrinthe de l’esprit. Mieux se connaître afin de mieux comprendre toute l’humanité. Nous possédons en creux, dans la matrice, toutes les caractéristiques de l’Humain.

Si chacun développe ses particularités, il demeure cependant au fond de nous un formidable ou monstrueux potentiel.

Il s’agit d’ « être », et cela en dépit du monde dans lequel nous vivons. Il est trop facile de « se laisser être » en arguant de je ne sais quel contexte.

Être, c’est choisir au-delà. Après avoir farfouillé dans l’immense bric-à-brac de nos cerveaux, il nous faut sortir, tirer, extirper les paquets de racines bouchant les sources de vraie vie…

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Notre terre est jonchée de pierres, d’arbres, de parfums, de situations et de visages, qui, lorsque nous les croisons, réveillent en un éclair la perfection de nos âmes. Plus que tout, j’aime ces bulles-parenthèses, annihilant le temps.

Ce sont d’étranges petits moments faisant chavirer la raison. Paramnésie, impressions troublantes de déjà vu, déjà vécu, vertiges délicieux, ivresse…

Apesanteur.

Quoi qu’en disent nos spécialistes du cerveau, psychiatres et autres cafouilleurs, maniaques de l’explication, je tiens ces instants comme des révélations mettant l’individu face à l’éternité dont il procède et qu’il ne cesse de vouloir retrouver.

Nous sommes sans le savoir transporteurs d’infini. Nous sommes de doux cargos fantômes, soutes pleines, perdus au beau milieu d’un océan, qui cherchent désespérément un port d’attache pour alléger nos coques… »

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Extraits d’un (encore) très beau livre : « Zoé »  2015  Alain Cadéo.

Illustrations : 1/« Madone à l’œillet »  (détail)  Léonard de Vinci  1459-1519  2/« Insectes » Dessin chinois anonyme – Collection Cooper-Hewitt – Musée Smithsonian – USA   3/« Coucher de soleil »  Félix Valotton  1865-1925.

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S’interroger pour être soi…

BVJ – Plumes d’Anges.

Premier matin et autres jours…

1 janvier 2018

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Que nos plus belles plumes enchantent cette nouvelle année,

que la légèreté des oiseaux inspire notre vie,

que 2018 soit un chemin parsemé d’étoiles !

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Personnellement, je rêve à plus de bienveillance et de gratitude,

ces deux valeurs pourraient, il me semble, réenchanter le monde.

On y ajoute une flamboyante santé,

l’amour, l’amitié, la compassion, la beauté, la délicatesse, l’élégance…

d’une année sur l’autre bien-sûr on tend à se répéter

mais les souhaits il nous faut en avoir pour progresser vers plus de lumière…

Et vous, quel vœu déposeriez-vous sur le dessus de la corbeille ?

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Illustrations : 1/ »Oiseaux »  Petr Ivanovitch Borisov   1800-1854  2/ »Étude de plumes »  Dirk Salm  1803-1838.

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Souhaiter…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lumineuse fin d’année…

21 décembre 2017

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Même si d’électriques guirlandes remplacent les bougies de Noël,

la magie est présente.

Souhaitons-nous à tous une lumineuse fin d’année,

ayons le cœur joyeux,

ouvrons-nous sur l’authenticité et la beauté de la vie,

partageons de doux moments en acceptant les autres tels qu’ils sont… le grand travail de la vie !

BELLES FÊTES à TOUTES ET à TOUS !

Illustration : Réclame du « Pacific Gas & Electric » 1909.

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Saupoudrer quelques paillettes pour enchanter les cœurs…

BVJ – Plumes d’Anges.

Blanche page…

18 décembre 2017

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18 décembre 2017, jour de nouvelle lune dans le ciel de la vie…

La Reine de la nuit se cache entre la Terre et le Soleil,

une page blanche nous est offerte, la dernière de l’année…

Elle nous invite à évacuer notre encombrant passé,

à écrire nos désirs et nos rêves profonds,

ceux qui nous concernent…

Nous-seuls avons le pouvoir de nous transformer

pour que l’existence se transforme à son tour,

notre vie est notre miroir alors semons quelques étoiles d’or,

la lune illuminée par le soleil viendra les éclairer…

Certains penseront :

« Lune claire

Si je renais je voudrais être

un pin sur un pic « 

Et vous, qu’auriez-vous envie d’écrire aujourd’hui ?

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Haiku de Ôshima Ryôta  1718-1787.

Illustrations : 1/« Nuit étoilée »  Jozeph Marian Chelmonski  1849-1914   2/« Nuit »  Jean-Léon Gérôme 1824-1904.

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Savoir ce que l’on veut…

BVJ – Plumes d’Anges.

Faites de la lumière !…

13 décembre 2017

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« Il y a une faille en toutes choses,

c’est ainsi qu’entre la lumière »

Phrase extraite de la chanson « Anthem »  Léonard Cohen  1934-2016.

Illustration : Aurores boréales – Meyer’s Great conversation Lexicon. 6ème édition.

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S’ouvrir pour laisser passer la lumière…

BVJ – Plumes d’Anges.

Bulles d’enfances…

11 décembre 2017

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« … Comme nous sommes heureux lorsque nous sommes enfants. Comme la voix de la raison étouffe la lumière. Nous errons à travers la vie – une monture sans pierre. Puis un jour nous prenons un virage et elle est là, par terre, devant nous, la goutte de sang à facettes, plus réelle qu’un fantôme, qui luit. Si nous nous agitons elle risque de disparaître. Si nous tardons à agir rien ne sera retrouvé. Il existe un chemin dans cette petite devinette. Dire sa prière bien à soi. De quelle manière, cela n’a aucune importance. Car à la fin, celui qui suit ce chemin possèdera le seul joyau qui mérite d’être conservé. La seule graine qui mérite d’être disséminée.

Une petite main m’a offert une dent-de-lion.

Fais un vœu  !

Je l’ai prise. La fleur jaune vif – sauvage, insignifiante et chérie par Dieu. Elle se transforme par la grâce de notre désir en un nuage séculaire. Des bribes de manne duveteuse descendent sur le monde…

Fais un vœu, souffle…

Possédant mon souffle, que puis-je demander de plus. Tout mon être s’est élevé dans cette quête. J’avais l’avantage du ciel qui sait, en un clin d’œil, devenir tout.

J’ai fouillé les nuages en quête d’augures, de réponses. Ils se mouvaient à toute vitesse, trame délicate, en forme de dôme. Le visage de l’art, de profil. Le visage du déni, béni.

Que faisons-nous, Grand Barrymore ?

Nous titubons.

Que ferons-nous, simple moine ?

Cultiver la bonté du cœur.

Et ces conseils, prodigués avec une grâce si entière, ont empli mes membres d’une telle légèreté que j’ai été soulevée jusqu’à planer au dessus de l’herbe, même si tous me voyaient encore parmi eux, prises dans les tâches humaines, les deux pieds sur terre. »

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Extrait de : « Glaneurs de rêves » 2014  Patti Smith.

Illustrations : 1/ « La convalescente »  Hélène Schjerfbeck  1862-1946  2/ « Pissenlits et Pâquerettes » Otto Didrik Ottesen  1816-1892.

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Faire un vœu, croire en sa réalisation pour qu’elle advienne…

BVJ – Plumes d’Anges.

Belle Vie…

5 décembre 2017

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« TOUT PASSE MAIS »… ,

mon « GRAND RÊVE » serait que la « ROUE DU MONDE » tourne

afin que l’ « EXISTENCE » ne soit plus qu’un « CHANT D’OR »

 

Merci Monsieur D’Ormesson d’avoir fait de votre vie ce qu’elle fut

et d’avoir illuminé la nôtre par vos livres.

Votre joie, votre élégance, votre humour, votre culture, votre intelligence, votre charme

furent des cadeaux dont nous sommes riches à jamais,

MERCI !

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Illustrations : 1/« Oiseau mort »  Albert Pinkham Ryder  1847-1917  2/« La vague verte – près de Camaret »  Georges Lacombe Vohor 1868-1916.

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La vie sur Terre est et restera un mystère…

BVJ – Plumes d’Anges.