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… » – D’où parlez-vous, de quelle position partez-vous ? De quelle légitimité vous réclamez-vous ?
À ces questions, je réponds en toute simplicité que je n’ai pas de qualification particulière. Une seule règle me guide : ne rien négliger de ce que la vie comporte ; ne jamais se dispenser d’écouter les autres et de penser par soi-même…
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… La beauté est quelque chose de virtuellement là, depuis toujours là, un désir qui jaillit de l’intérieur des êtres ou de l’Être, telle une fontaine inépuisable qui, plus que figure anonyme et isolée, se manifeste comme présence rayonnante et reliante, laquelle incite à l’acquiescement, à l’interaction, à la transfiguration…
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… La vraie beauté est élan de l’Être vers la beauté et le renouvellement de cet élan ; la vraie vie est élan de l’Être vers la vie et le renouvellement de cet élan…
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… « A thing of beauty is a joy for ever » (« Toute beauté est cause de joie pour toujours » John Keats – Endymion – Livre 1). Car on prend conscience que la beauté peut être un don durable, si l’on se rappelle qu’elle est une promesse tenue dès l’origine. C’est pourquoi le désir de beauté ne se limite plus à un objet de beauté ; il aspire à rejoindre le désir originel de beauté qui a présidé à l’avènement de l’univers, à l’aventure de la vie. Chaque expérience de beauté si brève dans le temps, tout en transcendant le temps, nous restitue chaque fois la fraîcheur du matin du monde…
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… En bon Chinois, je crois au souffle… Je lui sais gré d’avoir suscité cette chose merveilleuse qu’est la montagne qui porte haut la vie et où peuvent mieux s’échanger les souffles de la terre et ceux du ciel. Du sein de la montagne jaillit la source, laquelle, coulant vers le bas et s’élargissant, devient le fleuve. Depuis lors, montagnes et fleuves incarnent par excellence les deux principes vitaux Yang et Yin. Le fleuve coule, féconde les plaines fertiles ; il symbolise aussi l’écoulement du temps, apparemment en ligne droite et sans retour. Apparemment seulement, car le vrai temps en réalité, est circulaire et non linéaire : l’eau du fleuve, tout en coulant, s’évapore à mesure ; ses vapeurs montent dans le ciel, se transforment en nuages et retombent en pluie sur la montagne pour réalimenter le fleuve à la source. Ainsi, au dessus de l’écoulement « terre à terre » et en sens unique, s’effectue ce mouvement circulaire entre terre et ciel. La montagne lance son appel vers la mer, la mer répond à la montagne, il y a là une beauté dans cette loi de la vie… »… »
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Extraits de « Cinq méditations sur la beauté » 2006 François Cheng.
Illustrations : 1/ »Angelo » Roberto Bompiani 1821 – 1908 2/ »Les chutes de Terni » Jakob Philipp Hackert 1737 – 1807.
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S’abreuver à la source de la beauté…
BVJ – Plumes d’Anges.





































