Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Joie parfaite…

mercredi 12 février 2014

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« … – L’enfant partit avec l’ange et le chien suivit derrière : Phrase du livre de Tobie dans la Bible –

Cette phrase convient merveilleusement à François d’Assise. On sait de lui peu de choses et c’est tant mieux. Ce qu’on sait de quelqu’un empêche de le connaître. Ce qu’on en dit, en croyant savoir ce qu’on dit, rend difficile de le voir…

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… Et si toute beauté pure procède de l’amour, d’où vient l’amour, de quelle matière est sa matière, de quelle nature sa surnature ? La beauté vient de l’amour. L’amour vient de l’attention. L’attention simple au simple, l’attention humble aux humbles, l’attention vive à toutes vies, et déjà à celle du petit chiot  dans son berceau, incapable de se nourrir, incapable de tout, sauf de larmes…

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… Et l’enfant grandit. Il grandit comme grandissent les enfants : comme un arbre, plongeant les racines de ses bras dans la terre maternelle, puisant sa nourriture dans les sous-bois d’une parole, multipliant les attaches, élevant les branches des pensées dans la lumière du dehors. L’enfance est ce qui nourrit la vie. Qu’est-ce qui nourrit l’enfance ? Les parents et l’entourage, pour une part. Les lieux, la magie des lieux pour une autre part…

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… Si l’on veut connaître un homme, il faut chercher celui vers lequel sa vie est secrètement tournée, celui à qui, de préférence à tout autre, il parle, même quand, apparemment, il s’adresse à nous. Tout dépend de cet autre, qu’il s’est choisi. Tout dépend de celui auquel il s’adresse en silence, pour la considération duquel il a accumulé faits et preuves, pour l’amour duquel il a fait de sa vie ce qu’elle est… »

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Extraits de : « Le Très-Bas » 1992 Christian Bobin.

Illustrations : 1/« Rosemary, fille de John Noble »  Alexander Fisher 1864-1936  2/« Tom »  Charles Sprague Pearce 1851-1914.

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Se nourrir des douceurs de notre enfance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Splendeur…

lundi 10 février 2014

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« … Selon la mythologie de l’ancienne Égypte, l’arbre représente les trois mondes : souterrain par ses racines, visible par son tronc et ses branches, invisible grâce au mystère  de son enseignement. Dans les traditions, un des secrets de l’arbre est constitué par sa sève. Elle demeure présente dans le tronc, lors du dépouillement du feuillage. Ainsi la mort hivernale n’est qu’une apparence et non une réalité. Elle indique un changement de vie. À tous les moments de son existence, l’arbre est considéré tel un pont aérien entre la Terre et le Ciel…

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Le tronc et les feuillages – pour les arbres fruitiers, les fleurs et les fruits – offrent une écriture. Les branches, tels des bras, s’équilibrent en se répartissant à droite et à gauche du tronc. Elles soulignent des gestes définitifs car immobiles…

À l’égard de la connaissance de soi en rapport avec l’Arbre, un texte contemporain apparaît particulièrement précieux. Dans un dialogue entre Jean Biès et Jacques Brosse, ce dernier dira : « Je suis né sous le signe des Arbres. » Son premier souvenir remonte à sa petite enfance. Dans un landau, il est quotidiennement mené, à Paris, au Jardin des plantes, afin de prendre l’air. Un jour de printemps, sa voiture d’enfant est arrêtée au pied d’un Arbre. Il écrira : avoir pris conscience de sa propre « existence  face à l’univers immense, le bleu du ciel entre les feuilles à peine écloses, encore translucides, à travers lesquelles filtrent les rayons du soleil. Je sais dit-il, qu’alors, je fus ravi, transporté, je jubilais. Cela, je n’ai pu l’oublier ; aujourd’hui encore, il suffit que je m’allonge au pied d’un arbre au printemps pour retrouver cet état, tel que je le vécus alors. » Ce contact avec l’Arbre provoqua son éveil

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… L’arbre est à la fois « une demeure, une sorte de château du rêve* ». Le nid dissimulé dans les feuillages ne convient pas qu’à l’oiseau. Les jeunes gens peuvent escalader les branches, s’installer dans les frondaisons, se laisser bercer au gré du vent entre terre et ciel. « L’arbre est une réserve d’envolées » écrit Bachelard, « un nid immense balancé par les vents* ».

Le cosmos souffre. L’arbre aussi. »L’arbre tourmenté, l’arbre agité, l’arbre passionné peut donner des images à toutes les passions humaines. » Ainsi « l’arbre souffrant met un comble à l’universelle douleur* ». La tragédie manifeste une des faces de l’existence humaine. Au printemps l’arbre est magnifié. Une joyeuse fécondité survient. Renouvellement. Après avoir bourgeonné, les feuillages apparaissent. L’homme, loin d’être jaloux, doit pouvoir communier avec l’arbre en partageant sa splendeur… »

*  » L’Air et les Songes. Essai sur l’imagination du mouvement. »  Gaston Bachelard

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Extrait de : « L’arbre – Les symboles » 1997  Charles Hirsch et Marie-Madeleine Davy.

Photos BVJ.

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Honorer la splendeur du renouveau…

BVJ – Plumes d’Anges.


Grands espaces…

mercredi 5 février 2014

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« … Ce qu’il me faut avant tout en ce moment, c’est de l’espace, un grand espace de vie pour la méditation ultime…

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… Le sens du monde tout grand ouvert. Le sens de la matière brute. Le sens de l’espace américain. Les sens. On ne les approfondit jamais assez. Mais auparavant, il faut les ouvrir, tous. Peut-être, à la fin, un seul sens, immense. Cependant il ne faut pas non plus trop se hâter de créer des unités. Mieux vaut garder tout pluriel et en mouvement. Une cohérence ouverte… Nous ne voulons pas que Dieu, ou l’Un, s’immisce à nouveau en nous. Même si nous retournons à l’Un, ce ne sera pas le même…

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… La chose à faire aujourd’hui serait-elle de construire une bibliothèque atlantique, quelque part à la lisière du monde, un foyer d’énergie qui transcenderait tous les bavardages ? Ou bien, au-delà de toutes les bibliothèques devrions-nous essayer de mettre le doigt sur le pouls de notre terre vivante et laisser parler, même de façon fragmentaire, le monde primordial ?

Les deux, sans doute…

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… Ce n’est qu’une fois sortis du système que nous commençons à voir les choses dans une claire lumière. Le monde brille d’un éclat qui semble surnaturel simplement parce que, pour une fois, il est entièrement naturel, c’est à dire non sophistiqué, non corrompu par les notions scientifiques, philosophiques et utilitaires à l’aide desquelles nous recréons habituellement le monde à notre triste image…

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… Chaque fois qu’un espace vide se présente quelque part dans notre civilisation, au lieu d’y voir une occasion d’approfondir notre sens de la vie, nous nous empressons de le remplir de bruit, de jouets et de « culture ».

C’est pourquoi nous avons besoin de lieux comme le lac des Huttes Sauvages.

Des lieux où nous pouvons écouter le monde…

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Peut-être pouvons-nous apprendre à écouter le monde à nouveau. Qui sait quel secret se révèlerait alors à nous ?

Écouter le monde…

Je pense à la grande vision d’Élan Noir :

« Tout d’un coup il n’y avait rien qu’un monde de nuages, et nous étions seuls au milieu d’une immense plaine blanche, et de hautes montagnes couvertes de neige nous dévisageaient. Un grand silence régnait, mais il y avait des chuchotements. »

Et je pense à ce poème :

Écoutez vieil homme écoutez

écoutez sans bouger

longtemps longtemps écoutez

sur les chemins où se ruent les vents écoutez

au cœur des vents où vous êtes assis écoutez

soyez très vieux et écoutez.

Le yoga du lac des Huttes Sauvages.

Je reconnais que le mot yoga me gène. J’aimerais trouver une formule plus ordinaire.

Disons simplement : rester tranquille, attentif, s’ouvrir à l’univers.

Tout l’après-midi, je reste là à écouter.

Quand le soir tombe, je murmure ces mots :

Je vis aujourd’hui, mais je ne vivrai pas toujours

Soleil rouge, toi seul tu demeures

Lune blanche, toi seule tu demeures

Terre merveilleuse, toi seule tu demeures…

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Tout en déambulant, j’imagine un groupe d’hommes et de femmes venus de toutes les parties du monde, formant un archipel d’esprits ouverts. Non pas tant artistes qu’explorateurs de l’être et du néant. Erratiques et extravagants, à la recherche de nouvelles configurations, à l’écart du champs de la culture ordinaire.

Nouvelles énergies mentales. De l’air frais qui soufflerait sur le monde !… »

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Extraits de :  « La route bleue »  1983  Kenneth White.

Tableaux : 1/« Moine devant la mer » Caspard David Friedrich 1774-1840  2/ « Sommet des Sierras »  Thomas Moran 1837-1926  3/« Mont Hood »  William Samuel Parrott 1844-1915  4/« Femme indienne »  Cornelius Krieghoff 1815-1872.

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Se re-lier à la belle énergie du monde…

BVJ – Plumes d’Anges.


Autre monde…

lundi 3 février 2014

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« Il n’est pas nécessaire de réfléchir longuement pour constater que tous les êtres, spontanément, recherchent le bonheur et détestent souffrir. Vous ne trouverez pas même un insecte qui ne fasse pas tout pour fuir la souffrance et se sentir bien.  Les humains ont en plus la capacité de réfléchir. Mon premier conseil est d’en faire bon usage.

Le plaisir et la souffrance reposent sur les perceptions sensorielles et la satisfaction intérieure. Pour nous, le plus important est la satisfaction intérieure. Elle est propre aux humains. Les animaux, à quelques exceptions près, en sont incapables.

Cette satisfaction est caractérisée par la paix. Elle prend sa source dans la générosité, l’honnêteté et ce que j’appelle le comportement moral, c’est-à-dire un comportement qui respecte le droit des autres au bonheur.

Une grande partie de nos souffrances vient de ce que nous avons trop de pensées. En même temps, nous ne pensons pas de manière saine. Nous ne prêtons intérêt qu’à notre satisfaction immédiate, sans mesurer à long terme les avantages et les inconvénients pour nous-même ou pour les autres. Or cette attitude finit toujours par se retourner contre nous. Il est sûr et certain qu’en changeant simplement notre façon de voir les choses nous pourrions réduire nos difficultés actuelles et éviter d’en créer de nouvelles.

Certaines souffrances, comme celles de la naissance, de la maladie, de la vieillesse et de la mort, sont inévitables. La seule chose que nous pouvons faire, c’est réduire la peur qu’elles provoquent  en nous. Mais nombre de problèmes dans le monde, depuis les disputes conjugales jusqu’aux guerres les plus dévastatrices, pourraient être évités en adoptant tout bonnement une attitude saine. Si nous ne réfléchissons pas correctement, si notre vue est trop courte, nos méthodes sans profondeur, et si nous ne considérons pas les choses l’esprit ouvert et détendu, nous transformons en difficultés majeures ce qui n’était au départ que des problèmes insignifiants. En d’autres termes, nous fabriquons un grand nombre de nos propres souffrances… »

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Propos du Dalaï lama recueillis dans Bouddha Bouddhisme Enseignements par Lobsang Palde-2011.

Illustrations : 1/« Nymphe ailée soufflant parmi les roseaux » 2/ »Nymphe ailée au soleil levant »  Alexandre de Riquer 1856-1920.

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Penser de façon différente…

BVJ – Plumes d’Anges.

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Surprises…

lundi 27 janvier 2014

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 » Tout ce qui est beau et vrai arrive toujours par surprise. Alors, laissez-vous surprendre. C’est l’une des plus grandes bénédictions de la vie.


Quand vous perdez la capacité de vous étonner, vous êtes mort. Si les choses peuvent vous surprendre, vous êtes encore vivant. Et plus les choses vous surprennent, plus vous êtes vivant. C’est la vitalité des enfants ; ils sont étonnés par des vétilles. On a de la peine à croire à leur étonnement – un arbre ordinaire, un oiseau, un chien, un chat ou un caillou sur la plage. Si vous découvriez un Koh-i Noor, un diamant magnifique, cela ne vous étonnerait même pas. Les enfants s’étonnent plus que vous, pour eux, chaque galet devient un diamant, car ils ont la capacité de s’émerveiller. Si vous ne vous émerveillez pas, même un diamant devient un vulgaire caillou.

Le sens de la vie dépend de votre capacité de vous étonner, de vous émerveiller. Aussi, restez toujours ouvert. Rappelez-vous sans cesse que la vie est infinie. C’est un processus continuel ; il n’y a jamais de fin. C’est un voyage éternel et chaque instant est neuf, chaque instant est originel. Quand je dis que chaque instant est originel, j’entends par là que chaque instant vous renvoie à votre origine, chaque instant fait de vous un enfant à nouveau. »

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Extrait de : « La surprise”  – Méditation 293 – Osho 1931-1990.

Illustrations : 1/« Ecouter les oiseaux »  Winslow Homer 1836-1910  2/ »Oiseau sur son perchoir »  Fyodor Petrovitch Tolstoy 1783-1873.

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S’étonner et s’émerveiller…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chemin de vie…

samedi 25 janvier 2014

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« Tout comme un nuage blanc d’été,

en harmonie avec le ciel et la terre,

flotte librement dans le ciel bleu,

d’horizon en horizon et suivant le souffle de l’atmosphère –

de même le pèlerin s’ouvre au souffle d’une vie puissante

qui monte des profondeurs de son être

et le guide « au delà des nuages »,

au delà des plus lointains horizons,

vers un but qui est DÉJÀ présent en lui, quoique voilé à ses yeux »


Anagarika Govinda 1898-1985

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Illustrations : 1/« Madone aux Lis »  Alfons Mucha 1860-1939  2/« Étude de nuages »  Johan Christian Dahl 1788-1857.

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Retrouver le sens de notre vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Chambre intérieure…

jeudi 23 janvier 2014

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« Il te faut de la pauvreté

dans ton domaine.


C’est comme ce besoin qu’on peut avoir

d’un mur blanchi à la chaux.


Une richesse, une profusion

de mots, de phrases, d’idées


t’empêcheraient de te centrer,

d’aller, de rester


là où tu veux

où tu dois aller


pour ouvrir

pour recueillir.


Ta chambre intérieure

est un lieu de pauvreté. »

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Extrait de : « Art poétique »  Eugène Guillevic 1907-1997.

Illustrations : 1/« Grains de poussière dansant dans la lumière »  Vilhelm Hammershoi 1864-1916  2/« Oiseau sur branche fleurie »  Watanabe Shôtei 1851-1918.

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Laisser murir en nous un chant de floraison…

BVJ – Plumes d’Anges.

Indulgence…

lundi 20 janvier 2014

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« Si tu t’affliges pour une cause extérieure, ce n’est pas elle qui t’importune, c’est le jugement que tu portes sur elle. Or, ce jugement, il dépend de toi de l’effacer à l’instant. Mais si tu t’affliges pour une cause émanant de ta disposition personnelle, qui t’empêche de rectifier ta pensée ? De même, si tu t’affliges parce que tu ne fais pas une action qui te paraît saine, pourquoi ne la fais-tu pas plutôt que de t’affliger ?

– Mais quelque obstacle insurmontable m’empêche.

– Ne t’afflige donc pas, puisque ce n’est point par ta faute que tu ne la fais point.

– Mais il est indigne de vivre, si je ne l’exécute pas .

– Sors donc de la vie, l’âme bienveillante, à la façon de celui qui meurt en exécutant ce qu’il veut, mais sois en même temps indulgent aux obstacles. »

« Pensées pour moi-même-VIII-XLVII »  Marc Aurèle.

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« Végétation du bonheur. Tout près de la douleur du monde et souvent sur son sol volcanique, l’homme a aménagé son petit jardin de bonheur. Que l’on considère la vie avec l’œil de l’homme qui ne veut que la connaissance de son être, ou de celui qui s’abandonne et se résigne, ou de celui qui prend son plaisir à la difficulté vaincue – partout on trouve quelque bonheur poussé à côté de l’infortune – et d’autant plus de bonheur que le sol est plus volcanique, il serait simplement ridicule de dire que par ce bonheur la souffrance elle-même est justifiée. »

« Humain, trop humain-1-591 » Frederic Nietzsche.

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Extraits de : « Le bonheur » 2003 Olivia Benhamou.

Illustrations : 1/« Nuages à la dérive »  Caspar David Friedrich 1774-1840  2/« Printemps »  William Kennedy 1559-1918.

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Entretenir notre jardin de petits bonheurs…

BVJ – Plumes d’Anges.

Ailes tendres…

mercredi 15 janvier 2014

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« … Alors, du feuillage d’un prunier tout blanc qui étend ses branches fleuries au-dessus de sa tête, un oiseau s’envola… D’un seul battement d’ailes, l’oiseau vola jusque sous l’appui de la fenêtre. Il resta un moment sur la fine branche d’un grenadier, mais on le sentait apeuré. Deux ou trois fois, il changea de position ; dans le mouvement qu’il fit, il m’aperçut accoudé à la balustrade, et s’envola soudain. J’eus à peine le temps de me dire que le haut de la branche avait bougé, légère comme de la fumée, que l’oiseau avait posé ses pattes délicates sur un des barreaux de la balustrade.

Je voyais cet oiseau pour la première fois, et naturellement j’étais incapable de lui donner un nom, mais la couleur de son plumage m’émut étrangement. Comme le rossignol, il avait des ailes d’une sobre élégance, et la gorge était rouge foncé, de la couleur des briques ; si délicat qu’au moindre souffle, il s’envolerait. De temps en temps, l’air autour de lui ondulait avec légèreté, et il restait sagement immobile. Pensant que ce serait un crime de l’effaroucher, je demeurai quelque temps accoudé à la balustrade, sans oser seulement remuer le petit doigt, et j’attendis patiemment ; mais contrairement à ce que je pensais, l’oiseau n’avait pas l’air inquiet le moins du monde, et j’ai fini par m’éloigner doucement à reculons. En même temps l’oiseau se retrouva d’un bond sur la balustrade, juste devant moi. À peine une trentaine de centimètres nous séparaient. Presque malgré moi, j’ai tendu la main vers cet oiseau si beau. Celui-ci, comme s’il m’abandonnait sa destinée, accepta la main qui s’avançait vers lui et vint tranquillement mettre dans le creux de ma main ses ailes tendres, ses pattes délicates, sa gorge frémissante. J’ai regardé alors sa petite tête arrondie et j’ai pensé : »Cet oiseau… » Mais je n’arrivais pas à continuer. La suite restait enfouie au fond de mon cœur, comme si l’ensemble était légèrement brouillé. S’il était possible, à l’aide d’un pouvoir mystérieux, de rassembler au même endroit tout ce qui recouvre le fond du cœur, et d’en distinguer nettement les contours, cette forme… eh bien, je crois que ce serait quelque chose de la même couleur que l’oiseau que je tenais à présent, là, dans le creux de ma main, oui, la même chose. Je mis immédiatement l’oiseau dans une cage et me perdis dans sa contemplation, jusqu’à ce que l’ombre du soleil printanier fût devenue oblique. Je me demandais quels sentiments animaient l’oiseau pendant qu’il me regardait… »

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Extrait de : « Petits contes de printemps – Les replis du cœur »  Sôseki.

Illustrations : 1/« Pigeon et fleurs de pêcher » Isen’in Hoin Eushin   (peinture inspirée par Zhao Ji  –> ICI ) 1775-1828  2/« Orchidées et colibris »  Martin Johnson Heade 1819-1904.

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Maitriser notre sauvagerie pour nourrir de belles relations…

BVJ – Plumes d’Anges.

Tort ou raison…

lundi 13 janvier 2014

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« On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort.

C’est difficile de juger. Moi, j’ai longtemps donné raison à tout le monde.

Jusqu’au jour où je me suis aperçu que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort !

Donc, j’avais raison !

Par conséquent, j’avais tort !

Tort de donner raison à des gens qui avaient le tort de croire qu’ils avaient raison.

C’est à dire que moi qui n’avais pas tort,

je n’avais aucune raison de ne pas donner tort à des gens qui prétendaient avoir raison,

alors qu’ils avaient tort !

J’ai raison, non ? Puisqu’ils avaient tort !

Et sans raison, encore ! là, j’insiste, parce que…

moi-aussi, il arrive que j’aie tort.

Mais quand j’ai tort, j’ai mes raisons, que je ne donne pas.

Ce serait reconnaître mes torts !!!

J’ai raison, non ? Remarquez, il m’arrive aussi de donner raison à des gens qui ont raison.

Mais là aussi, c’est un tort.

C’est comme si je donnais tort à des gens qui ont tort.

Il n’y a pas de raison !

En résumé,

je crois qu’on a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort ! »

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« À tort ou à raison » Sketch de Raymond Devos 1922-2006.

Illustrations : 1/« Colombe diamant-Geopelia cuneata » Aquarelle non signée – XVIIIème siècle (musée de la Hague)  2/« Le retour de la colombe dans l’Arche de Noé »  Aegidius de Roya 1415-1478.

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Emprunter les chemins de tolérance et de paix…

BVJ – Plumes d’Anges.