Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Regard intérieur…

lundi 4 mai 2015

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« … Chaque maladie est un récit. Ce qui compte, c’est la version que vous vous racontez…

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… N’était-elle pas bizarre, en fait, cette façon que nous avions tous de penser que lorsqu’on est malade il suffit d’aller voir un médecin et de se faire prescrire un médicament ? D’où cela vient-il ?…

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… Déplacées, malvenues, les pensées passaient à tire-d’aile dans mon espace mental, allaient et venaient, çà et là, comme des oiseaux se poursuivant les uns les autres dans le ciel vespéral, se perdant et se retrouvant, faisant la course, tournoyant, se dispersant, se rassemblant, planant un moment puis battant des ailes dans un vol âpre, toujours en mouvement, se traversant et se chevauchant, à des altitudes différentes, des vitesses différentes, tandis que la lumière décline, que le vent se lève et que la pluie crépite sur des feuilles qui bruissent. Alors un par un, finalement, ils commencent à se poser, et disparaissent. Dans un dernier battement d’ailes, une pensée se pose sur son perchoir et se tait. Sur un toit peut-être, ou dans votre poignet, dans votre gorge. Une autre rejoint la première, puis une autre encore. Des pensées qui font bouffer leurs plumes avant de s’immobiliser. Une dernière croasse… puis c’est le silence. Jusqu’à ce que, blotties les unes contre les autres sur leur fil, entre vos oreilles, elles perdent leurs délimitations, se fondent les unes aux autres, deviennent une simple flaque d’ombre duveteuse, d’ombre profonde dans l’obscurité, une couche sous une autre, sous d’autres, tandis que les yeux se ferment derrière des paupières closes, surveillés par des yeux situés plus profond encore, et que l’esprit se découvre enfin transparent ; l’esprit est finalement immobile et clair comme de l’eau claire, et de la tête aux pieds le corps est plein à ras bord d’esprit transparent et sans mots…

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… Il me semblait savoir de quoi il parlait quand il disait que tout circulait, esprit et matière se dissolvant pour se muer en énergie. Il n’était pas non plus impensable que les douleurs étranges que j’avais ressenties aient eu, d’une certaine façon, quelque chose à voir avec toutes ces années passées assis, dans un état de tension, à me creuser la cervelle devant la feuille blanche, à échafauder des espoirs, à me réjouir de petites réussites, à réagir de manière excessive face aux échecs et aux déceptions. Et il était vrai que si l’on se plaçait soi-même, ou que l’on plaçait son attention, en quelque sorte à côté de ces douleurs, si on demeurait en leur compagnie et les laissait tranquilles, sans réagir ni vouloir qu’elles s’en aillent, elles finissaient par s’apaiser. De même pour les pensées : si on les laissait monter à la surface en bouillonnant, sans les juger ni les attaquer d’aucune façon, petit à petit elles tournaient court. En outre on avait la sensation qu’une certaine sérénité avait été gagnée au cours de ce processus, on comprenait qu’une grande part de la douleur que nous ressentons vient de notre réaction à la douleur, une grande part de notre agitation de notre frénésie d’agitation…

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… « Voilà, ai-je fini par dire, on me demande de considérer la vie comme un malheur, une source de souffrance, et d’apprendre à ne pas en vouloir, alors qu’en vérité je la trouve très belle. La vie. Ces collines, les gens ici. Je suis très attaché à tout cela… »… »

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Extraits de : « Le calme retrouvé » 2010  Tim Parks.

Tableaux : 1/« Chants d’oiseaux dans un arbre » et 3/ »Oiseaux au nid »   Michelangelo Meucci 1840-1890   2/« Oiseaux »  Aart Schouman 1710-1790.

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Apaiser nos pensées…

BVJ – Plumes d’Anges.


Des marches…

mercredi 22 avril 2015

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« … En ville, la ronde des pensées d’Harold s’était figée. Mais maintenant qu’il était revenu en plein air, les images naviguaient de nouveau librement dans son esprit. En marchant, il libérait le passé qu’il cherchait à éviter depuis vingt ans, et ce passé bavardait et folâtrait comme un fou dans sa tête avec son énergie propre.

Harold n’envisageait plus la distance en termes de kilomètres. Il la mesurait avec ses souvenirs…

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… Harold était persuadé que son voyage débutait pour de bon. Il croyait l’avoir entamé au moment où il avait décidé de gagner Berwick à pied, mais il comprenait maintenant qu’il s’était montré naïf. Les départs pouvaient avoir lieu plus d’une fois, ou prendre des formes différentes. On pouvait se croire en train de recommencer alors qu’en réalité ce qu’on faisait continuait comme avant. Il avait affronté ses insuffisances, il les avait surmontées et donc c’était seulement maintenant que les choses sérieuses commençaient pour la marche…

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… Il visita la cathédrale et s’assit dans la lumière froide qui se déversait sur lui. Il se souvenait que des siècles auparavant, des hommes avaient construit des églises, des ponts et des navires qui, à bien y réfléchir, étaient autant d’actes de foi et de folie. Discrètement, il se mit à genoux et sollicita une protection pour ceux qu’il avait laissés derrière lui et ceux qu’il allait rencontrer. Il demanda qu’on lui donne la volonté de poursuivre sa route. Et il s’excusa de ne pas être croyant…

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… Harold fit un bout de chemin avec ces inconnus tout en les écoutant. Il ne portait de jugement sur personne (…) il avait un peu de mal à se souvenir si l’inspecteur des impôts était dépourvu de chaussures ou s’il portait un perroquet sur l’épaule. Tout cela n’avait désormais plus d’importance. Il avait appris que chez les autres, c’était cette petitesse qui l’émerveillait et l’attendrissait, et aussi la solitude que cela impliquait. Le monde était constitué de gens qui mettaient un pied devant l’autre ; et une existence pourrait paraître ordinaire simplement parce qu’il en était ainsi depuis longtemps. Désormais Harold ne pouvait plus croiser un inconnu sans reconnaître que tous étaient pareils et que chacun était unique ; et que c’était cela le dilemme de la condition humaine.

Il marchait d’un pas si sûr que c’était comme s’il avait attendu toute sa vie le moment de se lever de sa chaise…

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… « …Ce rétablissement est quelque choses d’inhabituel. Je ne sais comment vous avez fait. Mais c’est peut-être de cela que le monde a besoin. Moins de raison et plus de foi… »…

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… De nouveau, il ressentit profondément l’impression d’être en même temps à l’intérieur et à l’extérieur de ce qu’il voyait ; d’être à la fois connecté et de passage. Il commença à comprendre que c’était également vrai de sa marche. Il faisait et il ne faisait pas partie des choses (…) Il s’apercevait que lorsque quelqu’un se mettait à l’écart de ce qu’il connaissait et n’était plus qu’un passant, les choses inconnues prenaient un sens nouveau. Dans cette optique, il était important qu’il accepte de suivre son instinct et non pas l’avis des autres…

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… « … Quand on s’arrête et qu’on écoute, on n’a pas de raison d’avoir peur de quoi que ce soit… »… »

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Extraits de : « La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry » 2012  Rachel Joyce.

Tableaux : 1/ »Plage près de Trouville »  2/ »Forêt de Fontainebleau »  3/ »Bord de mer à Palavas »  Gustave Courbet 1819-1877.

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Suivre son intuition…

BVJ – Plumes d’Anges.

Invisibles liens…

jeudi 16 avril 2015

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« … Le secret qui donne accès à la compréhension profonde de soi-même, des autres et des phénomènes est d’une grande simplicité. Il consiste à comprendre que tout est relié. Tout est interdépendant. Tout est unifié. Je rencontre bien des personnes dont la vie est douloureuse parce qu’elles n’ont pas compris cela. Elles souffrent de se sentir séparées – faute de réaliser que le monde extérieur et leur monde intérieur sont nés ensemble. Depuis toujours je sais que la vie universelle vit à travers moi. Mes souvenirs les plus anciens sont éclairés de joie – la joie du grand corps du monde s’animant dans mon corps d’enfant…

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… J’ai eu la chance de grandir dans un monde où l’on célébrait le don de la vie, dans une communion des hommes et de la nature. Depuis, la pollution des éléments s’est étendue à la terre nourricière, à l’eau des fleuves et des océans, à l’air que nous respirons. Cela, sur les cinq continents. Il en résulte un sentiment de profonde insécurité. Grande est la difficulté de trouver la paix intérieure, quand on a perdu l’ancrage instinctif dans l’unité du vivant.

J’ai grandi avec une sensation de vitalité, à la fois centrée en moi et ouverte. C’était une énergie partant de mon esprit vers l’infini et me revenant sous forme d’une vibration d’amour universel. En y repensant, je me dis que, sur le Toit du monde de mon enfance, la notion de limites n’existait pas…

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… Je n’ai parlé à personne de l’expérience de la prison. Ni à mes proches. Ni à mes maîtres. Lorsque j’ai rencontré le Dalaï-lama après mon évasion, je n’ai pas eu besoin de lui décrire mon supplice. Il ne sait que trop ce qui se passe dans les prisons du Toit du monde. Sans me poser aucune question, il m’a serré contre lui, dans une étreinte silencieuse. Puis il a simplement dit  » Trois mois d’emprisonnement et de torture ! C’est une épreuve terrible ! Mais pour d’autres, ça dure dix ans, vingt ans ! Certains en meurent ! »

J’ai compris à quel point il est important de relativiser ses souffrances et de ne pas s’enfermer dans un passé douloureux, ce qui prolonge indéfiniment le calvaire subi. On devient alors son propre bourreau…

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… Avec bienveillance, Geshe Ake Gyupa me mettait en garde contre les fausses interprétations préjudiciables à ma pratique. Il insistait sur un point en particulier : « On traduit tsa par « canal » mais n’oublie pas que, littéralement, ce mot signifie « racine ». La racine, sous terre, est invisible. Mais c’est elle qui transforme l’énergie de la terre mère en sève nourricière. De même, dans notre corps, les canaux restent invisibles. Ils n’apparaissent pas à la manière des vaisseaux sanguins, des nerfs ou des tendons. Car ils sont immatériels, de la nature de l’esprit. Pourtant c’est dans ces canaux subtils que le corps puise son énergie et que la vie circule. Seuls des êtres clairvoyants, qui ont développé la vision interne, peuvent voir le réseau de canaux éclairant de l’intérieur le corps physique. La terre des canaux est ton esprit. Tu peux les animer et les contrôler en méditation, par l’esprit. »…

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… La compassion est une énergie de guérison car elle purifie les poisons mentaux et rend ainsi possible l’accès au niveau subtil de l’esprit… »

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« La méditation m’a sauvé »  2014  Phakyab Rinpoche.

Photos BVJ

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Sentir en soi les battements de l’univers…

BVJ – Plumes d’Anges.


Brins de pensées…

lundi 13 avril 2015

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« … Dès l’instant où je l’ai vu, j’ai su qu’il m’était destiné, dis-je à Perla.

-Oui, les êtres destinés à s’aimer se reconnaissent tout de suite…

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… Les gens ne correspondent pas toujours à leur apparence, constate-t-il enfin. On a tous un secret quelque part…

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… De temps à autre, je disais à ma mère que ça m’attristait d’attendre en vain qu’une bonne camarade vienne sonner à la porte pour demander si je voulais sortir jouer. Elle répliquait que la vie se résume à attendre et qu’on sous estimait la valeur de l’ennui dans la société contemporaine. Le vide de l’ennui recélait d’innombrables possibilités et engendrait des créations remarquables. Les plus grandes œuvres de l’esprit humain étaient précisément issues de l’ennui – crois-tu peut-être que Brahms ne s’est jamais ennuyé ? me grondait-elle. Si je lui avais répondu que je souffrais, elle m’aurait rétorqué que la souffrance alliée au désir était précisément à la base de toute créativité. Et elle n’aurait sans doute pas manqué d’ajouter : On se souvient de la souffrance l’espace d’une demi-journée ; c’est le poète qui lui confère sens et durée. Car l’homme tourmenté est en quête de beauté…

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… Il faut multiplier les expériences pour grandir et s’ouvrir au monde…

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… La vie bifurque constamment. Il n’est pas de personne plus mûre que celle qui change sept fois par semaine sa façon de penser… »

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Extraits de : « L’exception » 2012   Audur Ava Olafsdottir.

Tableaux : 1/« Jeune femme en bleu arrangeant un bouquet » 2/« Autoportrait »  Frederick Carl Frieseke 1874-1939.

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De brin en brin, se fait et se défait le bouquet de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Sève…

vendredi 10 avril 2015

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« … Au printemps, la neige fond sur les collines, et la terre la boit. Le soleil est encore si pâle, comment croire que c’est lui qui fait fondre l’hiver ? Les arbres gouttent et battent de sève, les torrents s’agitent et craquent et les pierres éclatent dans la mousse. La neige et la glace s’en vont par plaques. Couvertures, draps arrachés aux matelas bosselés. Les glaciers fondent, cerveaux de la montagne, ils sourdent de leur vallée, coulent lentement, retenus par leur gélatine plissée qui finit par lâcher : rien ni personne ne peut les arrêter…

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… Avec Joseph, je travaille pour de vrai, je plonge et replonge mes jeunes mains dans la terre, jambes pliées, dos courbé. Ensemble, nous semons, et les pousses vert clair sortent de la terre. Nous traçons des parcelles, nous les ensemençons et elles produisent. Les légumes poussent, ils fleurissent, les fleurs deviennent des fruits que nous regardons grossir, se colorer, et les framboises, et les groseilles, les herbes aromatiques, le fumier, la pluie, le soleil, l’engrais vert, les influences lunaires…

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… « Raconte-moi les oiseaux, Jeff.

– C’était des animaux qui volaient. Comme quand on nage, tu vois ? mais dans l’air. Ils n’agitaient leurs bras qui s’appelaient des ailes que pour atterrir ou pour décoller. Le reste du temps, ils planaient. Comme on fait la planche, mais eux, dans le ciel. Et leur chant, le bruit qu’ils faisaient, comment te le décrire… »

Il fait grincer la porte, tourne un doigt mouillé sur le haut d’un verre en cristal ou souffle dans la conque de ses mains refermées. (…)

« Qu’est-ce qu’ils mangeaient, les oiseaux ?

– À l’origine, du grain, des insectes, des baies. Ensuite, n’importe quoi. C’est ça qui les a tués. Un genre de farine, du mouton en poudre, je crois. Nous aussi, on les mangeait.



– Pour pouvoir voler ?

– Non, parce que c’était bon. (…)

J’ai du mal à y croire. Des animaux qui nageaient dans le ciel sans tomber. Dix mille fois plus gros que n’importe quel insecte. De leurs plumes, on bourrait les couettes et les oreillers, il paraît.

– « Des canards, des hiboux, des aigles…

– Encore.

– Des moineaux, des pintades, des corbeaux, des hirondelles… »…

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… La douleur est peut-être un organisme vivant, invisible mais réel, qui habite à l’intérieur de notre corps. Parfois, il se réveille, s’agite violemment, mais le reste du temps, il dort…

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… Les jours rallongent. L’air est si doux qu’on s’appuit sur nos bêches, pour respirer. L’heure dorée nous illumine. Jeff sent la terre, la tige de tomates, le vert, et il m’embrasse moi qui sens la ville, la poussière et le gasoil du bac. Jeff me prend dans ses bras, me serre fort et danse avec moi.

« Attention, les salades ! » je ris.

On enjambe la frontière de paille de cheveux coupés, on sort du potager et on danse, sans musique, tous les deux, sur l’herbe vert vif en train de repousser. On tournoie dans la lumière dorée, l’air est tendre, on se presse l’un contre l’autre, des figures que je croyais oubliées, on se croise, on se retrouve, on danse à en perdre le souffle… »

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Extraits de : « Monde sans oiseaux » 2013 Karin Serres.

Illustrations : 1/« Oiseau mécanique » 1688  Photothèque allemande 2/« Marécages » Denis Miller Bunker 1861-1890   3/Etude pour une illustration de Dante Gabriel Rossetti 1828-1882.

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S’enrichir de la sève ardente de l’univers…

BVJ – Plumes d’Anges.

Règles d’or…

mardi 31 mars 2015

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« … Le Qi-Kong l’aurait-il vraiment sauvée ?

Un jour, en visitant le temple de Tao, j’appris par hasard qu’un moine pratiquait cette magie. Alors je demandais un entretien et lui posais une question assez agressive : De quelle façon votre Qi-Kong prétend-il soigner le corps humain ? Le moine taoïste ne fut pas du tout vexé, il me sourit avant de m’expliquer avec patience : Tout objet dans l’univers, comme l’univers lui-même, se maintient dans un équilibre complet, le Yin et le Yang doivent être rigoureusement égaux, un rien de plus ou de moins dans la balance du positif-négatif, et l’objet se détruit et se transforme en un autre. Dans le corps humain, le Yin et le Yang sont représentés par deux Qi qui s’entretiennent, qui s’alimentent, et qui bien sûr perdurent. L’un est le positif l’autre le négatif, l’un le chaud l’autre le froid, l’un la joie l’autre la tristesse, l’un la bonté l’autre la méchanceté, l’un la force l’autre la tendresse, l’un l’amour l’autre la haine, l’un la beauté l’autre la laideur, l’un le mouvement l’autre l’immobilité… Ces deux Qi tourbillonnent ainsi chaque seconde dans notre être et nous font agir selon le côté fort de l’instant. C’est pourquoi une même personne peut paraître méchante ou bonne à des moments différents, et tombe malade ou recouvre la santé selon les circonstances. La maladie de quelqu’un revient ainsi à un agissement incorrect de ses Qi…

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… « L’homme et le ciel ne font qu’un, notre corps est un univers en petit, chacune de nos cellules est un amas d’étoiles. »…

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… « Est-ce facile d’apprendre à canoter ? demandai-je un jour à ma mère.

– Oui, c’est facile lorsqu’on sait déjà nager.

– Mais je veux dire faire de la barque, insistai-je, quel rapport avec nager ? »

Ma mère eut un sourire presque moqueur avant de me répondre :

« Parce que, sachant nager, tu ne te soucieras plus de l’eau. Comme on dit : un bon nageur oublie l’eau. Alors tu canoteras comme si tu marchais sur le sol… »…

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…  » Devant mon temple, dans la montagne de Jio-Hua, une vieille femme qui vend des bougies pleure tous les jours. On la surnomme la Dame aux sanglots. Un jour, je lui ai posé une question :

« Pourquoi pleures-tu ?

– J’ai deux filles, me répondit-elle, l’aînée a épousé un marchand de chaussures, et la cadette un vendeur de parapluies. Quand il fait beau, je pense que personne n’achète les parapluies de ma pauvre petite fille et lorsqu’il pleut, je m’inquiète pour ma fille aînée qui ne vendra sûrement pas ses chaussures. Voilà pourquoi je pleure. »

« Alors je lui ai dit qu’elle devait inverser l’ordre de ses filles, penser à sa fille marchande de parapluies quand il pleut et à sa fille aînée qui vend bien ses chaussures quand il fait beau. C’est ce qu’elle a fait, et la joie ne la quitte plus. »…

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… La connaissance de l’Univers ne réside pas dans la quantité ni dans la qualité des concepts que nous faisons sur Lui, mais dans la profondeur et dans la finesse de ce que nous sentons de Lui… »

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Extraits de : « Le cercle du petit ciel » 1992  Ya Ding.

Illustrations : 1/« Mes enfants »  Abbott Handerson Thayer 1849-1921   2/« Soleil »  Mikalojus Konstantinas Ciurlionis 1875-1911.

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Affiner nos perceptions…

BVJ – Plumes d’Anges.

Miraculeuse circulation…

lundi 23 mars 2015

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« … la pivoine : jour après jour, elle nous étonne et nous émerveille par son épanouissement insolent. À un moment donné, nous croyons que le point culminant est atteint. Et bien non. Le lendemain et les jours suivants, encore et encore, quelque chose au cœur du calice continue à jaillir, telle une fontaine inépuisable, faisant frémir les pétales, déborder la coupe déjà trop pleine. Rilke, dans un des sonnets à Orphée, a écrit que lorsque la fleur s’apprête à s’ouvrir, c’est avec une telle volonté que, malgré son apparente fragilité, aucune force extérieure ne pourra l’en détourner. L’éclosion d’une fleur a beau être éphémère, elle est triomphante, comme si de toute éternité son irrépressible attention était enracinée dans la terre, comme si la terre ne pouvait pas ne pas donner une pivoine ou une rose, comme si la beauté d’une rose était suffisante pour justifier l’aventure de la Vie…

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… Entre source et nuage demeure cet espace intermédiaire où vivent les hommes, où se joue leur destin. Conscients de leur condition de mortel, ils sont aux prises avec le drame du temps irréversible.

En Chine certains sages ou poètes tels que Wang Wei tentent d’éclairer ce mystère, en partant du couple source-nuage. Dans presque toutes les cultures, le fleuve qui suit son cours symbolise le temps qui s’écoule sans retour. Les eaux du fleuve paraissent s’en aller en ligne droite, en pure perte.

En réalité, au fur et à mesure de leur écoulement, certaines eaux s’évaporent vers la hauteur, se transformant en nuages, et plus tard retombent en pluie pour réalimenter le fleuve à sa source. Entre ciel et terre s’établit alors cette miraculeuse circulation qui assure la marche réelle de la vie. Il en va de même pour ce qui est du temps. À l’image du fleuve, l’irréversibilité n’est pas la nature profonde du temps, qui lui se régénère. La reprise n’est pas la répétition : elle est voie ouverte à des transformations qualitatives… »

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Extrait de : « Et le souffle devient signe » 2001  François Cheng.

Illustrations livresques : 1/ »Pivoine à odeur de rose » Planche botanique extraite de « Les fleurs du jardin »  Jules Eudes 1856-1938  2/« Etude comparative des principales cascades, iles, rivières, montagnes de l‘hémisphère occidental » Planche extraite de l’« Atlas de Tallis »  John Rapkin 1815-1876.

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Se laisser transformer au fil des pages du livre de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.


Flamme…

vendredi 20 mars 2015

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« Interroge

Pénètre la

Terre


Écorce

Glacis sur l’écran nocturne

Magma percé d’ondes

Battements

Fureur

Métal


Corps en travail

Veines à nu


Interroge

Traduis

Traduis en langage intime

Traduis à mots ouverts

Ce fond des fonds qui secrète la pierre d’angle

Ce noyau où persiste la cible

Ce grain sans résidu


Interroge

Relie

L’homme à ses montagnes

fleurs géantes aux troncs solaires s’étreignant dans la fournaise abrupte

L’homme à ses continents

radeaux doublés d’espace   greffés sur la simple racine


L’homme aux hommes

annexés   tant qu’ils sont à la mort


Interroge la

Terre

Interroge-toi


Les sursauts de la braise


Le mouvement qui nous attelle aux flammes   à l’onde  à nulle part

à partout


Interroge l’image  écho intarissable

L’incision des sols

Les cadences qui mobilisent

Le souffle qui surprend  distance ou bouscule le jour

Ce souffle à gorge d’oiseau

à ventre de lumière

qui transperce nos écrans


Interromps

Fais silence

Apaise en toi ce toi


Avec ses dehors

ses allées  ses venues

Tissant

on ne sait quel sommeil

Égarant

en reflets  en replis

en façades

Ton chiffre

Traduis


Pénètre toujours

Gagne le centre


Affronte ces cratères  ces crevasses

ces morsures de la lave


Sonde  traverse

ces violences démantelées


Vis l’éclat

qui consume  qui renaît


Vis ce qui a nom de feu  de sables et d’étincelle   qui a nom d’insomnie   d’absence et d’avenirs


Écoute

En deçà des mots en chaîne

des paroles empaillées

des brindilles de l’heure

du cirque de nos ombres

des larmes bues à pleine bouche

des refuges qui séparent

Écoute la turbulence de l’arbre bâillonné


En chacun

partout


Reconnais

le grain

la pierre première

le cri de l’être  l’inflexible lueur


Et chante ! »

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Aujourd’hui, cette grande dame aurait fêté son anniversaire…

Aujourd’hui, est le printemps…

Aujourd’hui, est l’équinoxe de printemps…

Aujourd’hui, est un jour d’éclipse de soleil…

Aujourd’hui, est vraiment un grand jour,

bon grand jour à tous et à toutes,

éveillons-nous et chantons ensemble !

« Le feu du dedans ( Parenté de l’Homme et de la Terre) » Andrée Chédid 20 Mars 1920-06 Février 2011.

Illustrations : 1/ « Pèlerin » (détail) 2/ « Hero » Edward Burne-Jones 1833-1898.

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Retrouver la flamme de notre mer intérieure…

BVJ – Plumes d’Anges.

Baume…

lundi 16 mars 2015

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« … La compassion commence par un seul geste, celui de se pencher, de regarder, d’écouter autrui. Elle est discrète et attentive, elle ne fait pas d’éclat, mais offre toute la chaleur dont un individu est capable. Elle est d’abord un élan qui porte vers l’autre – le fameux prochain -, quel qu’il soit, à la façon dont on pratiquait l’hospitalité dans l’Antiquité grecque : on accueillait l’étranger sans même lui demander son nom ni les raisons de son passage. C’est l’élan premier – la voix du cœur – qui fait spontanément tendre la main à une personne âgée, qui relève quelqu’un qui vient de tomber. Au fond, un seul geste compte et c’est celui qui coûte le plus : prendre l’autre dans ses bras, le serrer sur son cœur. Cela suffit souvent à apaiser de grandes douleurs, cela dépasse toutes les thérapies savantes et bavardes. (…) On n’a pas les bras suffisamment ouverts, on n’a pas le cœur assez vaste pour serrer contre soi tout ce qui vit, souffre ou se plaint. C’est une déchirure de ne pouvoir héberger l’autre en soi, de n’être ni le Samaritain qui le recueille et le panse, ni l’aubergiste qui lui offre un toit et de quoi se sustenter. On ne se prend pas pour un sauveur, pour un baume seulement, on sait que la personne tombée, couverte de plaies, n’est pas guérie, mais qu’au moins elle se repose un peu, qu’elle se refait des forces avant de continuer sa route. Et, surtout, elle aura rencontré sur son chemin un visage de bonté ou, tout simplement, un visage humain. On voudrait être ce visage…

La charité est sans frontières parce que le cœur brisé est sans limites. L’animal, l’arbre, l’océan, tout mérite soins et attentions… »

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Extrait de : « Divine blessure » 2005  Jacqueline Kelen.

Dessins : 1/« Codex Vallardi – Tête de chien »  Pisanello 1395-1455  2/« Ange ailé »  Marie Ellenrieder 1791-1863 .

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Panser le monde avec bienveillance…

BVJ – Plumes d’Anges.


Itinérance…

mercredi 11 mars 2015

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« … La grâce, c’est oser un pas vers l’autre, aller au-delà de sa peur de ne pas être aimé parce qu’on porte en soi la plénitude d’un amour qui n’attend rien en retour…

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… Chacun raconte son histoire, il n’y a pas de faits ; seulement des interprétations ! L’histoire est un choix parmi ces interprétations

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… Quand tu as trouvé ta note juste, me disait-il, tout t’est accordé…

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… Toi, dans ce que tu diras certains trouveront une nourriture et une inspiration, d’autres y trouveront de quoi t’humilier, ça te gardera en équilibre…

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… La deuxième parole qui me revient en mémoire est un proverbe du Zaïre : « L’arbre tombe à grand bruit, mais on n’entend pas la forêt qui pousse. » C’est pour nous une invitation à ne pas avoir peur (…) Puissions-nous entendre, au-delà de nos langueurs et de nos plaintes individuelles, « la forêt qui pousse », le chant de la sève, la brise légère de notre espérance commune…

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… Chaque homme dans sa nuit est accompagné d’une invisible étoile…

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… Ni un itinéraire ni une errance, la vie intérieure est itinérance. Le chemin n’est pas tracé à l’avance, nos points de repères, nos bornes et nos balises souvent s’effacent ou sont emportés par le vent. Pourtant le chemin a un sens, une orientation. Dans le désert, plus important qu’une carte, est une boussole, pour ne pas perdre le nord. Quel que soit le désert à traverser, tu n’es jamais vraiment perdu si dans ce désert tu as un cœur.

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Étrange paradoxe : il y a des moments de vide, de néant qui nous étouffent et des moments de présence qui nous ouvrent, nous espacent… »

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Extraits de : « L’absurde et la grâce » 1991  Jean-Yves Leloup.

Illustrations : 1/« Nuit d’été »  Eilif Peterssen 1852-1928  2/« Lune d’argent »  Eero Järnefelt 1863-1937.

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Suivre sa lumière intérieure…

BVJ – Plumes d’Anges.