Haut lieu…

29 mars 2022

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Perchée à 962 mètres au sommet du Mont Pirchiriano,

aperçue du fond du Val de Suse au mois de janvier, sous la neige,

la Sacra di San Michele (abbaye Saint-Michel de la Cluse)

est un vaisseau de pierre qui inspira l’écrivain Umberto Eco

pour son roman Le nom de la rose.

Le film de Jean-Jacques Annaud tiré de cette histoire y a été tourné.

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Un oratoire très ancien, dédié au culte de l’archange Saint Michel

fut reconstruit dès 980 par un ermite, Giovanni Vincenzo…

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Vers le XIème siècle , une abbaye bénédictine,

chef d’œuvre d’équilibre architectural,  vit le jour et prit de l’ampleur au fil du temps…

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Elle s’accroche véritablement aux roches présentes…

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À l’intérieur d’impressionnants escaliers de pierre se succèdent…

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Ils se terminent par « l’Escalier des morts » qui, jadis,

exposait dans ses niches, les dépouilles de certains moines…

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En haut des dernières marches, le « Portail du zodiaque » (ici un détail),

œuvre du sculpteur médiéval Nicolao

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Le portail d’entrée de l’église est en pierre grise et verte,

les arcs-boutants en serpentine sont de construction plus récente…

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L’église de style romano-gothique dont l’abside est, nous dit-on,

orientée vers le point du lever de soleil le jour de la Saint Michel, le 29 septembre…

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Plusieurs fresques – début XVIème –  éclairent les murs,

ici la plus grande : « l’Assomption » du peintre Secondo del Bosco di Poirino,

les couleurs sont remarquables…

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Précieux chef-d’œuvre de Defendente Ferrari, entièrement restauré,

en son centre une Vierge à l’enfant.

Leurs visages  sont doux et splendides, les pieds de la mère cachés sous la robe bleu

sont délicatement posés sur un croissant de lune…

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Il y a de nombreuses autres merveilles en ce lieu,

l’endroit était presque désert lors de notre visite, seul un moine s’afférait et priait.

L’abbaye est sur cette ligne droite de monastères michaéliques

formée par « le coucher du soleil le jour du solstice d’été »,

partant de l’Irlande et passant par les Cornouailles, la Normandie,

le Piémont, les Pouilles, la Grèce et se terminant sur le Mont Carmel.

L’archange Saint Michel aidé de ses anges,

symbolise la puissance des forces du bien contre les forces du mal.

Aminautes de France, de Navarre et d’ailleurs,

vous pouvez si vous le voulez, réserver une cellule dans ce lieu,

pour goûter au calme et au silence…

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« J’envoyai des lettres d’amour

aux cieux, aux vents, aux mers,

à tous les débordements

de l’univers.

Ils me répondirent

en lente

rosée d’amour

voilà pourquoi je les reposai

sur la découpe aride des sommets

comme une forêt de vents.

 

Il me naquit un fils d’océan. »

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Poème extrait de « Poco suono »  trouvé sur le net

 Lorenzo Calogero  1910-1961   (traduction de Valérie Brantôme).

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Photos BVJ et PJ – Mars 2022.

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Poser ses pas sur des lumières…

BVJ – Plumes d’Anges.

Précieuses mémoires…

21 mars 2022

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Cannes, vue de la Napoule  – André Gouirand  1855-1918.

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Un voyage ? Face au soleil ?  Pour trouver en nous l’illumination ?

Suivez-moi, je connais un chemin…

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J’aime l’idée d’un monde où les banques se transformeraient en musées pour montrer aux Hommes la beauté des paysages, où les coffres jadis très forts seraient ouverts aux quatre vents…

Figurez-vous que cela existe : la très jolie ville d’Hyères les Palmiers dans le Var créa en 1912 une succursale de la Banque de France. Deux talentueux architectes conçurent alors un bâtiment de style néo-classique auquel ils ajoutèrent un jardin à la française.

En 2021, LA BANQUE

– lieu splendide qui a conservé les mosaïques d’époque au sol et des boiseries anciennes… – 

a ouvert ses portes au public avec une vocation muséale : celle de présenter un fond permanent de 250 m² (peintures, gravures, sculptures, photographies), outils multimédias, et des expositions temporaires.

Du 27 novembre 2021 au 28 avril 2022, sont accueillies sous le titre 

FACE AU SOLEIL – 1850-1950

des œuvres célébrant la lumière du midi. Des artistes régionaux et d’autres aux noms très connus témoignent d’une époque révolue. Art figuratif et art abstrait cohabitent avec bonheur sur des murs blancs immaculés, les couleurs sont souvent époustouflantes, le voyage nous emmène très loin…

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Marseille, à Rive Neuve  – Joseph Garibaldi  1863-1941.

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Le château d’Horace Vernet à Hyères – Vincent Cordouan  1810-1893.

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Vue de la pointe du Gaou, les criques de la Lègue au Brusc – Vincent Cordouan  1810-1883.

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Détails de Panorama de la ville d’Hyères vue depuis la mer – Étienne Billet 1821-1888.

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Bord de mer – Gabriel Amoretti  1861-1947.

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La calanque de l’Oustaou de Diou à Porquerolles  – Raphaël Ponson  1835-1904.

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Au Trayas – Georges Ribemont-Dessaignes  1884-1974.

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Paysage à l’Estaque – Raoul Dufy  1877-1953.

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Pêcheuses de praires dans les marais salins à Hyères – Louis Garcin  1821-1898.

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Le Temple, jardin romain sur la Riviera  Raymond-Louis Charmaison  1876-1956.

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Si un jour vos pas empruntent les chemins du midi, n’hésitez pas un seul instant ! Ces peintures sont un précieux témoignage d’un temps où ces bords de mer n’étaient pas abimés et bétonnés comme maintenant. Je ne peux malheureusement pas vous montrer toutes les œuvres, mais il y en a d’autres,  Boudin, Chagall, Renoir, Camoin, Bonnard… un régal !

Quand vous lirez ces lignes, je serai dans un autre voyage, à très bientôt…

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« On peut répandre la lumière de deux façons : être la bougie, ou le miroir qui la reflète »

Édith Wharton

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Toujours être à l’affut de la Beauté…

BVJ – Plumes d’Anges.

Poésie…

14 mars 2022

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– Printemps des poètes –

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« Les coutures du ciel commencent à se défaire du firmament,

Le chapiteau du ciel se perce un peu partout.

Avec les points de ma poésie,

Je passe toute la journée à le repriser. »

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Gulzar « Le chant de la nature »

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« Salut à toi

Lumière du petit matin

Soleil du jour sans fin

Instant d’éternité.

L’homme dont l’espoir ne meurt jamais te salue. »

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Rabindranath Tagore « De l’aube au crépuscule »

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« La lumière qui se dégage des choses,

il faut la fixer dans les mots avant qu’elle ne soit éteinte dans l’esprit. »

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Bashô Matsuo

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La poésie, la peinture… l’art en général,

pour rêver et construire un monde, un autre monde…

Illustrations du « Bombax insigne » Maxim Gauci – 1774 – 1854.

(« Plantes asiatiques rares volume 1 – Est de l’Inde » – 1830) 

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La poésie, comme un chant d’espérance…

BVJ – Plumes d’Anges.

Beaux Arts…

6 mars 2022

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Incroyable transparence,

douceur de porcelaine,

délicatesse du trait,

tout nous transporte loin, très loin…

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Douce balade en pays d’Œuvres d’Art multiples et variées : dessins, gravures, sculptures, peintures…

L’Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence présente jusqu’à la fin du mois de mars, une partie de la Collection Giorgio Cini abritée par l’ancien monastère San Giorgio sur l’île de San Giorgio Maggiore à Venise. La fermeture saisonnière de ce lieu a permis d’organiser cette très belle exposition.

Trois œuvres m’ont particulièrement émue :

Le « Christ rédempteur « 

de Sano di Pietro, aux « mains jointes en signe d’acceptation  » et à l’étrange regard, tempera et or sur bois, ce serait sans doute la partie supérieure d’un retable.

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« La Vierge et l’enfant  »

attribuée à Piero della Francesca (ou à son élève Luca Signorelli, le mystère reste entier).

Une certaine raideur habite les deux personnages, pourtant l’œuvre est exquise, paisible, on plonge dans les yeux bleus de l’enfant, une confiance irrésistible en émane.

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L’habit est étonnant pour une Vierge, son geste est une caresse,

la peinture est énigmatique…

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Ettore Spalletti, 1940-2019,  invité de la Fondation, est tombé amoureux de ces deux tableaux. Son inspiration a donné naissance à plusieurs œuvres dont

« Inséparables, rose « ,

un dialogue entre le XVème siècle et le XXIème, sorte de triptyque en bois monochrome avec ajout d’or, en référence à la peinture de la Renaissance  italienne…

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Là est une exposition de grande qualité, la richesse du fond est évidente,

on y retrouve aussi un « Saint Thomas d’Aquin  » de Fra Angelico, des dessins de Tiepolo, des plats émaillés sur cuivre datant du XVème, des manuscrits enluminés de toute beauté…

Si vous le pouvez, courrez vite admirer ces trésors !

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« Comme un flocon léger

ou la buée bleue du matin,

ce monde de rosée »

Kawai Sora

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Pardonnez la qualité des photos,

les salles étaient un peu sombres pour mon pauvre petit téléphone…

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Retenir les belles sources…

BVJ – Plumes d’Anges.

Optimiste optimisme…

28 février 2022

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« … Ce livre porte sur une idée radicale.

C’est une idée qui angoisse les puissants depuis des siècles. Une idée contre laquelle les religions et les idéologies se sont battues. Une idée dont les médias parlent rarement et que l’histoire semble sans cesse réfuter.

En même temps c’est une idée qui trouve ses fondements dans quasiment tous les domaines de la science. Une idée démontrée par l’évolution et confirmée par la vie quotidienne. Une idée si intimement liée à la nature humaine qu’on n’y fait souvent même plus attention.

Si nous avions le courage de la prendre au sérieux, cela nous sauterait aux yeux : cette idée peut déclencher une révolution. Elle peut mettre la société sens dessus dessous. Si elle imprègne véritablement notre cerveau, elle peut même devenir un remède qui change la vie, qui fait qu’on ne regardera plus jamais le monde de la même façon.

L’idée en question ?

La plupart des gens sont des gens bien…

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Le 29 août 2005, les digues de la Nouvelle-Orléans rompirent. L’ouragan Katrina se déchaîna sur la ville, laissant dans son sillage 80% de maisons sous l’eau. Il s’agissait de la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire des États- Unis. Au moins 1836 personnes perdirent la vie.

Cette semaine-là, les journaux regorgèrent de récits de viols et de fusillades dans la ville. Des histoires sordides circulèrent sur des gangsters errant de pillage en pillage, ou sur un tireur d’élite qui ouvrait le feu sur les hélicoptères des secours.(…) Le chef de la police déclara que la ville sombrait dans l’anarchie, et la gouverneure de la Louisiane craignait la même chose. « Ce qui me met le plus en colère, déclara-t-elle, c’est que des désastres comme celui-ci font souvent ressortir ce qu’il y a de pire chez les gens. »(…) Ce n’est que plusieurs mois plus tard – une fois que les journalistes eurent disparu, que l’eau eut été pompée et que les chroniqueurs eurent trouvé d’autres sujets – que les scientifiques découvrirent ce qui s’était réellement passé à la Nouvelle-Orléans.

Il s’avéra que les sifflements des balles provenaient de la soupape d’un réservoir à essence. Dans le stade de Superdome, six personnes avaient perdu la vie : quatre de mort naturelle, une par overdose et une par suicide. Le chef de la police dut admettre qu’il n’avait pas reçu le moindre rapport officiel de meurtre ou de viol. Et certes, de nombreux pillages avaient eu lieu, mais principalement du fait de groupes qui collaboraient pour survivre, parfois avec l’aide de la police elle-même. Les chercheurs du Disaster Research Center de l’université du Delaware conclurent que « la réaction majoritaire avait été de loin, une attitude prosociale »(…) Bref, la ville n’avait pas été submergée par l’égoïsme et l’anarchie. Elle avait été submergée par le courage et l’amour de son prochain.(…)

Dans les situations d’urgence, c’est ce que les gens ont de meilleur qui remonte à la surface. Je ne connais aucune notion sociologique qui soit à la fois aussi solidement étayée et aussi superbement ignorée. L’image dépeinte par les médias est invariablement l’inverse de ce qui se produit réellement après une catastrophe.(…)

« Ma propre impression, écrit Rebecca Solnit, qui a décortiqué l’ouragan Katrina  dans le magistral A Paradise Built in Helle (2009), c’est que la « panique de l’élite » est le fait de puissants qui se représentent le genre humain à leur propre image. » Rois et dictateurs, gouverneurs et généraux pensent que le commun des mortels est égoïste, car bien souvent, ils le sont eux-mêmes. Ils font usage de la force parce qu’ils veulent éviter quelque chose qui ne se produit que dans leur imagination… »

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Rutger Bregman, écrivain, journaliste et historien néerlandais nous offre là un essai des plus intéressant et bien sourcé : il a enquêté sur de très nombreux sujets et sa conclusion est que l’homme est bon par nature.  Il s’est rendu compte que les sinistres informations véhiculées au moment des tragédies sont des exceptions, très souvent erronées. Médias, réseaux sociaux… s’empressent de commenter, des faits sont relayés qui s’avèrent parfois être des inventions. Certains aiment appuyer sur de tristes touches pour attirer les curieux en tous genres.

Il y a pourtant chaque jour dans le monde de magnifiques et émouvantes histoires, de nobles comportements qui nous inspireraient tous plutôt que de nous anéantir psychologiquement. Certaines institutions prenant conscience de ce fait, ont changé de regard, ont transformé leurs règlements. Nous le voyons par exemple dans ce chapitre relatant une expérience étonnante :

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« … Dans une forêt de Norvège, à environ 100 kilomètres au sud d’Oslo, se trouve l’une des prisons les plus bizarres au monde.

Il n’y a pas de cellules, ni de barreaux. Il n’y a pas de surveillants trimballant des pistolets ou des menottes. Par contre, il y a une forêt de bouleaux et de pins, un paysage de collines ondulantes parcouru de sentiers et, tout autour, un haut mur d’acier – l’un des rares éléments rappelant que des personnes se trouvent tout de même enfermées ici.

Les habitants de la prison de Halden – c’est son nom – ont chacun leur propre chambre. Avec chauffage au sol, écran plat, salle de bain attenante. Il y a des cuisines où les détenus peuvent cuisiner eux-mêmes, avec des assiettes de porcelaine et des couteaux en inox. Halden dispose aussi d’une bibliothèque, d’un mur d’escalade et d’un authentique studio d’enregistrement, où les habitants peuvent enregistrer leurs propres disques… »

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Le taux de récidive des prisonniers y est très faible.

En règle générale – il y a toujours quelques exceptions ou dérapages –

bienveillance, intelligence, compassion sont les « moteurs » qui animent les hommes,

mais qui en parle ?

Ne l’oublions pas, ne passons pas à côté de la réalité,

ce serait dommage,

recherchons la pensée la plus juste possible,

forgeons notre propre idée sur les évènements,

là est le propos de ce livre dont je vous conseille la lecture.

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Extraits de « Humanité – Une histoire optimiste »  2020  Rutger Bregmam.

Illustrations : 1/ « Magnolia »  2/ « Roses japonaises et cynorrhodons »  Charles Walter Stetson  1858-1911.

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Aiguiser notre regard…

BVJ – Plumes d Anges.

Temps paisible…

23 février 2022

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« … Cette année encore, les lucioles sont apparues. Innombrables. L’année dernière, j’ignorais que c’étaient des lucioles miniatures. En comparaison des autres, lucioles genji ou heike, elles sont infiniment plus petites. À peine cinq millimètres sur le doigt qui s’en empare délicatement. À la différence des autres lucioles qui ne peuvent naître que près des eaux claires, les princesses sortent de terre. Elles pondent leurs œufs sur l’humus, les feuilles mortes ou les branches d’arbre tombées, elles vivent aussi dans les bois. Est-ce à cause de l’intensité de leur activité, non seulement près de l’eau de source, mais aussi dans la forêt profonde, elles brillent de leur belle lumière phosphorescente. Les lucioles qui s’étaient posées sur le blanc immaculé des fleurs m’ont donné l’impression d’une illumination féerique d’un vert merveilleux. Les mâles ne peuvent pas voler, mais ils ont le pouvoir d’émettre de la lumière, et ils se déplacent sur les arbres, sur les feuilles. Cette lumière vive clignotait un peu partout sur le marais…

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Dans le calme de la péninsule, on s’aperçoit bien vite à quel point la télévision est vulgaire et gênante. Contrairement à la musique que je peux choisir selon mes goûts, j’ai beau changer de chaîne, je ne tombe que sur des émissions abrutissantes. Alors, j’éteins le poste et je sors sur la véranda.

Est-ce Buson qui a chanté l’« aveuglante lumière de la lune sur les rochers d’hiver » ? On croit entendre le craquement de la lumière sur les branches, sur la moindre pierre. Les ombres noires dans la forêt, la rangée des petits arbres devant l’entrée, la route qui passe devant la maison en plan incliné, tout déborde du crépitement silencieux des éclats tranchants du clair de lune. Moi, je me penche sur la profondeur des ténèbres silencieuses où ni voiture ni âme ne passe, et mon oreille savoure l’ineffable plaisir d’être absorbée par la densité du silence…

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Les Kawahara sont allés tous les deux au jardin et ils ont coupé pour moi une branche de pêcher qui commençait à fleurir. J’hésitais, me demandant comment j’allais pouvoir l’emporter. Kawahara, qui ne parle pas beaucoup, a dit : « Qu’est-ce-que ça peut faire, si les fleurs se fanent ? Il suffit qu’elles tiennent aujourd’hui. »… »

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Faire une pause dans sa vie, qui n’en n’a pas rêvé ?

La narratrice qui vit et travaille à Tokyo, possède une cabane entre forêt et falaises. Elle y vient régulièrement, pour de courts séjours. Arrivée à un âge mûr, elle s’éloigne de la ville et vient s’immerger dans ce lieu de beauté avec son chat, pour un temps indéterminé. Elle a besoin de se retrouver, de faire un point.

Ici, elle vit au jour le jour, cultive ardemment son jardin, se promène sur les chemins, pénètre dans la forêt avoisinante, fait plus ample connaissance avec de rares voisins. C’est un retour aux sources, elle observe, écoute, se nourrit de tous les trésors offerts par la nature, les jours s’égrainent sans jamais se ressembler. Elle vit au rythme du calendrier traditionnel japonais qui divise l’année en 24 saisons. Elle guette les signes, travaille la terre, débroussaille, sème, plante, récolte… La vie est calme, sa présence au monde lui fait faire des découvertes. Elle réfléchit à ce qu’elle ne veut plus et petit à petit définit ce qu’elle veut… C’est un très joli moment de lecture, d’une incroyable douceur, les descriptions nous emportent dans des tableaux, nous sommes nous-aussi sur cette péninsule…

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Extraits de : « La péninsule aux 24 saisons »  Inaba Mayumi  1950-2014.

Illustrations : 1/ « Oiseaux et kakis »  Kobayashi Kiyochika   1847-1915   2/ « Chutes de Yuhi à Shiobara »  Hasui Kawase  1883-1957.

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Faire une pause dans un lieu paisible…

BVJ – Plumes d’Anges.

Monde sublunaire…

16 février 2022

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« Pourra-t-on un jour vivre sur la terre

Sans colère, sans mépris,

Sans chercher ailleurs qu’au fond de son cœur

La réponse au mystère de la vie ?

 

Dans le ventre de l’univers

Des milliards d’étoiles

Naissent et meurent à chaque instant

Où l’homme apprend la guerre à ses enfants.

 

J’suis trop petit pour me prendre au sérieux

Trop sérieux pour faire le jeu des grands

Assez grand pour affronter la vie

Trop petit pour être malheureux.

 

Verra-t-on enfin les êtres humains

Rire aux larmes de leurs peurs

Enterrer les armes, écouter leur cœur

Qui se bat, qui se bat pour la vie ?

 

Trop petit

Pour les grands

Assez grand

Pour la vie.

 

J’suis trop petit pour me prendre au sérieux

Trop sérieux pour faire le jeu des grands

Assez grand pour affronter la vie

Trop petit pour être malheureux.

 

J’suis trop petit pour me prendre au sérieux

Trop sérieux pour faire le jeu des grands

Assez grand pour affronter la vie

Trop petit pour être malheureux.

 

J’suis trop petit pour me prendre au sérieux

Trop sérieux pour faire le jeu des grands

Assez grand pour affronter la vie

Trop petit pour être malheureux.« 

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Jacques Higelin  1940-2018  « La croisade des enfants » à écouter –> ICI

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Je m’informe, je recherche, j’écoute, je regarde, je croise… comme vous certainement.

Nous sommes entrés en France dans une période pré-électorale et quand je vois la « profondeur » des programmes qui commencent à apparaître, je me sens d’un autre monde, ni supérieure ni inférieure aux autres mais simplement d’un autre monde. Ces programmes ressemblent à des catalogues de vente par correspondance, il y a de longues listes de promesses, à aucun moment d’ailleurs on ne parle du coût, de la mise en œuvre, du comment seront subventionnées ces réalisations et dans quels délais.

Je tremble à l’avance sur de nombreux sujets, par exemple lorsque des candidats annoncent calmement la construction de nouvelles centrales nucléaires, cela me semble fou, souvenons-nous de Tchernobyl et de Fukushima, plaies sur la terre qui ne cessent de saigner et saigneront longtemps encore… Où est la VISION de ces gens, quelle est-elle, briguent-ils un mandat présidentiel pour eux, pour leur ego ou pour améliorer la vie des hommes et le mieux vivre ensemble ?

Je vous livre là « mon indignation du jour »,

je tente de faire confiance au ciel qui organise tout

et repars écouter l’ami Higelin, il me fait du bien à l’âme.

Je n’oublie pas de noter sur mon petit carnet :

– Penser à s’entourer de poètes, penser à s’entourer d’enfants –

il n’y en aura jamais trop !

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Illustrations : 1/ et 2/ « Atlas du monde céleste : Carte de l’hémisphère nord et

Carte de l’hémisphère sud »  Johan Gabriel Doppelmayr  1677-1750.

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Alléger son cœur auprès des funambules…

BVJ – Plumes d’Anges.

Déploiement d’un monde…

11 février 2022

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Je ne sais si vous partagerez ce que j’observe, je crois aux signes…

Imaginez un livre qui tombe d’une étagère

et qui « git »sur le sol ouvert à une page…

En voici plusieurs lignes, il s’agit d’un conte amazonien…

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« … « Un homme chuchote : Dieu, parle-moi :

Un oiseau se met à chanter

Mais l’homme ne l’entend pas.

L’homme répète :

Dieu, parle-moi.

Une cigale cachée sous l’herbe lance un trille

Mais l’homme ne l’écoute pas.

L’homme regarde autour de lui :

Dieu, laisse-moi te voir.

Une étoile brille dans les cieux

Mais l’homme ne la remarque pas.

L’homme se met à crier :

Dieu, montre-moi un miracle.

Un enfant naît,

Mais l’homme ne comprend pas la force de la vie.

Alors l’homme se met à pleurer et se désespère :

Dieu, touche-moi.

Laisse-moi sentir que tu es là,

Avec moi.

Et un papillon se pose sur son épaule.

D’un geste machinal

L’homme chasse

Le papillon de sa main

Et déçu

Poursuit son chemin

Seul et triste,

Le cœur plein de peur. »

Tout est là, à chaque instant autour de nous, mais nous ne voyons rien. Nous savons ce que nous voulons voir, et nous négligeons le reste. Alors nous passons à côté de tout, de l’amour, de la beauté, de la merveille et de la vie même.

Écoutez ! un rire, un sanglot, une parole, le chant du vent dans les pins. Regardez ! une goutte de pluie qui brille dans le soleil, des yeux attentifs, la trace des saisons sur un visage.

Ne nous laissons pas enfermer en nous-mêmes, ne verrouillons pas les portes et les fenêtres, mais laissons entrer l’air et le soleil et la pluie, toute l’Amazonie, ici même, et le monde entier, et tout l’univers.

Notre cœur est assez grand pour tout contenir… »

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Tout cela me questionne et m’enchante.

Ne pensez-vous pas qu’il est important :

de croire aux miracles pour que ceux-ci adviennent ? 

de croire en soi pour trouver sa vraie place dans la vie ? 

de croire en sa chance pour que celle-ci apparaisse ?

de croire en la beauté du monde pour l’attirer à nous ? …

Le reste n’est peut-être que bavardage,

aérons notre esprit, ouvrons notre cœur,

les trésors se cachent souvent dans un certain silence,

les signes attrapent la lumière …

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Extrait de : « Journal de mon jardin zen – Le papillon sur notre épaule » 2009  Joshin Luce Bachoux.

(Un autre extrait –>  ICI )

Photos BVJ – Plage de l’Almanarre dans le Var – 29/01/22.

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Observer le monde qui nous est offert…

BVJ – Plumes d’Anges.

Céleste jardin…

5 février 2022

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Quand un être cher vient à disparaître, une multitude de souvenirs remonte à la surface. Le temps n’existe plus pour ces bulles de mémoire, passé lointain ou proche se mêlent.

La mère de mon époux vient de nous quitter, c’est une lourde peine, toute « disparition » est un chagrin. Elle est partie dignement, en quelques jours, sans souffrance excessive, merci à elle d’avoir eu cette élégance.

Elle a aimé la vie, elle aimait particulièrement la nature, à l’automne dans la forêt des Maures, elle débusquait girolles et safranés… Au printemps, sur les criques du Brusc, les oursins la ravissaient…

Je me souviens, au début des années 70, une découverte m’avait émue, celle d’un joli partage dans une famille très nombreuse : mes beaux-parents habitaient une maison ancienne avec un jardin séparé en deux : au fond, le potager de monsieur T., admirablement entretenu, avec pour proche voisin, un grand prunier Reine-Claude, généreux en fruits. T. avait plaisir à nous offrir ses légumes de belle taille, joufflus, brillants, à la chair sublime. Il ne manquait jamais, étant d’origine polonaise, de planter un rang d’« Ogorki »,  cornichons/concombres… hommage aux ancêtres !

Devant la maison était le jardin de fleurs de madame R. Elle adorait ses fleurs, chaque année elle réinventait son monde, agençait diverses essences, réfléchissait aux couleurs ou semait un gazon japonais qui offrait ses surprises. Elle  aimait particulièrement les rosiers. Elle les nommaient par leur nom, ainsi Grâce de Monaco papotait avec Sarah Bernhard ou la Baronne de Rothschild… R. nous invitait à nous approcher pour sentir ces parfums sublimes, nous vantait la palette des tonalités, la qualité des pétales veloutés, arrachait une herbe sauvage. Elle glissait dans un autre monde, celui de la poésie. Sa grande douleur, ces dernières années, fut de ne plus pouvoir s’occuper de son « pré carré », la terre devenant trop basse.

J’exprime un seul vœu, que le ciel soit son nouveau jardin de roses !

Vos chers disparus ont dû, eux-aussi, vous laisser riches de beaux souvenirs ?

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« Une fleur tombée

Remonte à sa branche

Non, c’est un papillon »

Takahashi Mutsuo

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Illustrations : 1/ « Femme et fleurs »  2/ « La palme »  Pastels d’Odilon Redon  1840-1916.

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Les beaux souvenirs nous fortifient…

BVJ – Plumes d’Anges.

Dire OUI à la vie…

28 janvier 2022

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« Sous mes yeux près de mon pinceau

Une libellule rouge s’est posée

Quelle âme accompagnait-elle ? »

Natsume Soseki

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« Il était une fois un vieil homme assis à l’entrée d’une ville.

Un étranger s’approche et lui demande : « Je ne suis jamais venu dans cette cité, comment sont les gens qui vivent ici ? »

Le vieil homme lui répond par une question : « Comment étaient les gens dans la ville d’où tu viens ?

– Égoïstes et méchants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis parti. » dit l’étranger.

Le vieil homme répond : « Tu trouveras les mêmes ici. »

Un peu plus tard, un autre étranger s’approche et demande au vieil homme : « Je viens d’arriver, dis-moi comment sont les gens qui vivent dans cette ville. »

Le vieil homme répond : « Dis-moi, mon ami, comment étaient les gens dans la cité d’où tu viens ?

– Ils étaient bons et accueillants. J’y avais de nombreux amis. J’ai eu de la peine à les quitter.

– Tu trouveras les mêmes ici. » répondit le vieil homme.

Un marchand qui faisait boire son chameau non loin de là a entendu les deux conversations. À peine le deuxième étranger s’est-il éloigné qu’il s’adresse au vieillard sur un ton de reproche : « Comment peux-tu donner deux réponses complètement différentes à la même question ?

– Parce que chacun porte son univers dans son cœur. » lui répond le vieillard. »

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De la naissance au souffle dernier,

nos pensées construisent notre monde,

ne perdons pas de temps,

attirons à nous les belles et bonnes personnes,

les belles et bonnes situations,

racontons-nous de belles et bonnes histoires, le cœur ouvert et joyeux,

les jolis liens sont éternels…

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« Je suis vivant

Mes yeux se lèvent vers le ciel si haut

Où vole une libellule rouge »

Natsume Soseki

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Conte soufi (extrait du livre « Du bonheur. Un voyage philosophique »  2013  Frédéric Lenoir)

 

Illustrations : 1/ « Canard blanc »  Joseph Crawhall  1861-1913  2/ « Au soleil du soir »  Alexander Koester  1864-1932.

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Dire oui à la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.