Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Renouveau…

samedi 26 mars 2016

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« … Comme cela pouvait être merveilleux, une surprise ! D’abord, c’est quelque chose comme un miracle : tout ce que l’on prévoit est aboli, tout devient possible. Et puis, c’est aussi un cadeau, quelque chose qu’un autre a préparé pour vous, en pensant à vous, en se cachant de vous…

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… Les vieilles habitudes sont comme une rigole creusée par l’eau, et qui, ensuite, en dirige le cours ; et l’on répète les mêmes erreurs…

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… Quand on veut changer, il faut changer sans retard, et trancher dans le vif…« 

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Extrait de : « Rencontre »  Jacqueline de Romilly 1913-2010.

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Du nouveau, du renouveau, de la lumière, du partage, des surprises…

C’est le souhait que j’envoie vers toutes et tous…

Illustrations : 1/« Construction de la Lettre E  »  Joris Hoefnagel 1542-1601  2/« Le souper à Emmaüs » (détail)  Jacopo Bassano 1510-1592.

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Inviter les œufs du renouveau à notre table…

BVJ – Plumes d’Anges.

Plumes de vie…

dimanche 20 mars 2016

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« De l’Être il est un Oiseau

Tout pareil au Duvet

Qu’un Vent Léger met à flot

Sur – les Cieux Universels –


Il monte – et vire – et tournoie –

Rivalise avec les Nuages

Par son vol fluide – égal – éblouissant –

Les Oiseaux n’en diffèrent pas –


Sinon qu’un Sillage de Musique

Accompagnent leurs ailes –

Comme si le Duvet émettait un Chant –

Pour l’Extase – même »

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Poème 653 – Emily Dickinson 1830-1886.

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C’est une lumineuse et incroyable semaine qui s’annonce :

aujourd’hui est le PRINTEMPS (qui ponctue celui des poètes ), l’ÉQUINOXE de printemps,

suivront une pleine LUNE avec ÉCLIPSE pénombrale,

puis la fête de PÂQUES, fête de la RENAISSANCE,

le CHANGEMENT d’heure…

Quel BEAU temps, que de magnifiques PROMESSES,

sentez-vous cette ÉNERGIE nouvelle qui nous inonde ?

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Illustrations : 1/« Coucou bleu, Cardinal, Dominicain huppé et Manackins à tête d’or et à tête blanche »  Carlo Antonio Taineri 1765-1826  2/« Branche de fleurs de pommier » (détail)  Zhao Chang XIIème siècle.

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Renaître à la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

La vie, l’amour…

lundi 14 mars 2016

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« … Guy coiffe les cheveux de Gaby. Ils sont si fins, si fragiles, il a peur de les abîmer, les effleure à peine avec la brosse, juste assez pour les lisser. Quand ils sont bien en place, il demande si elle veut mettre une barrette pour retenir sa mèche. Elle veut bien. Il cherche sa préférée, celle avec la grande fleur blanche. Un camélia, c’est ça ? Elle rouspète. Mille fois qu’elle lui répète : gar-dé-nia. Il n’arrive pas à s’en rappeler. Voilà, elle est prête. Il lui sourit. Elle voit dans ses yeux qu’il la trouve belle. Depuis son retour, il ne lui apporte plus son miroir, prend un air vague, dit qu’il l’a égaré à chaque fois qu’elle le réclame. Elle pense qu’il l’a cassé et ne veut pas l’avouer. Comme un petit garçon qui a peur de se faire gronder, il ment. Un peu. Pas trop. Enfin, juste assez. Pour le miroir, ça ne la gênerait pas d’apprendre qu’il est en mille morceaux, au contraire. Depuis quelque temps, ça ne lui plaît plus de se regarder dedans. Il a dû prendre l’eau, ou le fond s’est gondolé, en tout cas, elle ne se reconnaît pas dans son reflet. Dans les yeux de Guy, au moins, elle est toujours Gaby. Il ne s’arrête pas à la surface. Comme ce miroir de pacotille. Il plonge la chercher là où elle se cache, l’éclaire de son amour…

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… Et puis, il y a eu le moment magique. Celui où il s’est assis dans le fauteuil et où il s’est rendu compte que c’était la première fois de sa vie qu’il donnait le biberon à un bébé d’un jour. Qu’il pouvait le regarder, lui parler tout bas sans personne autour. Juste lui et l’enfant… Bonsoir, petite demoiselle… tu te rends compte, déjà ton anniversaire… un jour tout rond… mais dis donc, tu écoutes bien, toi… ah mais oui, c’est nouveau tous ces sons, ça t’intéresse… tu es drôlement mignonne, tu sais… mais oui… et voyez-vous ces p’tites mains… qu’est-ce-qu’elles sont fines, tes p’tites mains… ces longs doigts de pianiste… et ces p’tits pieds, mais comment c’est possible, d’avoir des pieds si petits, si parfaits, si mignons, dis-moi voir, comment c’est possible, ça, ma princesse…« 

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Extraits de : « Et puis, Paulette… » 2012  Barbara Constantine.

Illustrations : 1/« Femme âgée dans un châle fleuri »  Luigi Gainotti 1859-1940   2/« Vierge au Lys » – détail – William Adolphe Bouguereau 1825-1905.

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Vivre, les yeux du cœur grands ouverts…

BVJ – Plumes d’Anges.

Souffle…

jeudi 3 mars 2016

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« … Un adage tibétain dit : »Vous qui avez la chance de prendre forme humaine, ne perdez pas votre temps. » Cette formule choc peut nous faire intimement méditer sur notre destinée avec de très anciennes questions qui se révèleront d’actualité tout au long de notre vie : qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi sommes-nous ici ? Pour quelle tâche ? C’est là un mystère permanent. Nous avons endossé un vêtement de chair qui, sans le souffle qui l’anime en permanence, n’existerait pas : privés du va-et-vient d’air en nous, nous mourrons en peu de minutes. Respirer est le fondement de l’existence.

La méditation sur le souffle devrait donc être centrale dans nos vies. (…) Les sagesses orientales, qu’elles soient hindoues, bouddhistes ou taoïstes, ont remarqué par leur expérience multi-millénaire de la pratique de la méditation, que l’acte même de discipliner et rythmer sa respiration, permet de discipliner et de calmer le chaos présent en nous.

Il suffit de faire un exercice simple pour s’en rendre compte : s’asseoir sur une chaise, le dos droit, les pieds bien à plat sur le sol, les mains posées sur les cuisses. Fermer les yeux, observer et sentir sa respiration : la plupart du temps elle se trouve réduite à un fil ténu, une sorte de respiration de survie. Doucement, agrandir alors chaque inspiration et surtout, chaque expiration ; on nous a appris à gonfler nos poumons, mais pas du tout à expirer lentement tout l’air qu’ils peuvent contenir. On continue ainsi cet exercice plusieurs minutes durant. Et là, après un bref moment de calme initial, on s’aperçoit que notre mental reprend son agitation : préoccupations diverses, conversations eues ou rêvées, images multiformes… envahissent à nouveau notre cerveau et tout notre champs de conscience. Au point que nous en oublions que nous respirons ! Dès que nous reprenons en revanche, conscience de l’acte de respirer et que nous le poursuivons volontairement, cette agitation psychique obnubilante et tournoyante, se calme. Les maîtres du zen comparent d’ailleurs cette posture de méditant (car c’en est une, même s’il vaudrait mieux être assis sur un coussin le dos droit, les jambes croisées par terre), à une montagne environnée de nuages épais qui sont nos pensées, et la respiration au vent puissant qui va permettre de disloquer ce tissu nuageux et faire, petit à petit, réapparaître le ciel bleu… de la conscience… »

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Extrait d’un article de Marc de Smedt dans le numéro 3 du magazine Canopée – 2005.

Illustrations : 1/« Étude de nuages (détail) » John Constable 1776-1837 2/« Jungfrau » Albert Bierstadt 1830-1902.

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Avoir conscience du souffle de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Pensées magiques…

lundi 29 février 2016

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« … Je me plais à croire qu’il y a entre les livres et leurs lecteurs, entre les livres et les voyages qu’ils accompagnent, certaines affinités, une forme d’élection à laquelle il n’est pas superflu de se rendre sensible. Il m’a toujours semblé que ces livres-là, ceux qu’en fait on ne choisit pas, savaient venir d’eux-mêmes, qu’ils savaient choisir le moment où ils seraient le mieux lus et qu’on y trouvait le plus souvent, non pas une inspiration, ni même une nouveauté mais bien plutôt une confirmation qui devient un peu comme, à travers les lignes et selon un sens qui échappe, une exhortation à aller de l’avant… »

Extrait de : « L’écriture de l’ailleurs » – 2009 Albéric d’Harvilliers.

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Je me plais à croire qu’il y a,

dans tous les domaines de la vie,

des évènements qui viennent à nous d’eux-mêmes,

juste au meilleur moment,

ils nous donnent la foi nécessaire pour suivre notre route…

Le monde est si beau, ne nous faut-il pas être simplement observateurs et confiants ?

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Illustrations : 1/« Pauvre poète »  Carl Spitzweg 1808-1885  2/« Carte du monde (détail) »  Fra Mauro XVème siècle.

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Croire en une magie de la vie…

BVJ – Plumes d’Anges.

Gai rire…

jeudi 25 février 2016

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« Excusez-moi, je suis un peu essoufflé ! Je viens de traverser une ville où tout le monde

courait…

Je ne peux pas vous dire laquelle… je l’ai traversée en courant.

Lorsque j’y suis entré, je marchais normalement, mais quand j’ai vu que tout le monde

courait… je me suis mis à courir comme tout le monde, sans raison !

À un moment je courais au coude à coude avec un monsieur…

Je lui dis : Dites-moi, pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ? »

Il me dit : – Parce qu’ils le sont !

Il me dit : Vous êtes dans une ville de fous ici. Vous n’êtes pas au courant ?

Je lui dis : – Si, si, des bruits ont couru !

Il me dit : – Ils courent toujours !

Je lui dis : – Qu’est-ce qui fait courir tous ces fous ?

Il me dit : – Tout ! Tout ! Il y en a qui courent au plus pressé. D’autres qui courent

après les honneurs.

Celui-ci court pour la gloire… Celui-là court à sa perte !

Je lui dis : -Mais pourquoi courent-ils si vite ?

Il me dit : – Pour gagner du temps ! Comme le temps, c’est de l’argent, plus ils courent

vite, plus ils en gagnent !

Je lui dis : – Mais où courent-ils ?

Il me dit : – À la banque ! Le temps de déposer l’argent qu’ils ont gagné sur un compte

courant… et ils repartent toujours courant, en gagner d’autre !

Je lui dis : – Et le reste du temps ?

Il me dit : – Ils courent faire leurs courses… au marché !

Je lui dis : – Pourquoi font-ils leurs courses en courant ?

Il me dit : – Je vous l’ai dit… parce qu’ils sont fous !

Je lui dis : – Il pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant… tout en

restant fous !

Je lui dis : – On voit bien que vous ne les connaissez pas ! D’abord le fou n’aime pas

la marche…

Je lui dis : – Pourquoi ?

Il me dit : – Parce qu’il la rate !

Je lui dis : – Pourtant, j’en vois un qui marche !?

Il me dit : – Oui, c’est un contestataire ! Il en avait assez de courir comme un fou. Alors

il a organisé une marche de protestation !

Je lui dis : – Il n’a pas l’air d’être suivi ?

Il me dit : – Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé.

Je lui dis : – Et vous, peut-on savoir ce que vous faites dans cette ville ?

Il me dit : – Oui ! Moi j’expédie les affaires courantes. Parce que même ici, les affaires

ne marchent pas !

Je lui dis : – Et où courez-vous là ?

Il me dit : – Je cours à la banque !

Je lui dis : – Ah… pour y déposer votre argent ?

Il me dit : – Non ! Pour le retirer ! Moi je ne suis pas fou !

Je lui dis : – Mais si vous n’êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville

où tout le monde l’est ?

Il me dit : – Parce que j’y gagne un argent fou !… C’est moi le banquier !!! »

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CERTAINS JOURS, JE ME DIS QUE DE TOUT CELA, IL VAUT MIEUX EN RIRE,

RIRE D’UN GAI RIRE POUR GUÉRIR…

Extrait de : « Matière à rire »  Raymond Devos 1922-2006.

Illustrations : 1/ »Belle dame partant au bain »  James Gillray 1757-1815 2/ »Crocus »  Hans Simon Holtzbecker XVIIème.

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Chercher matière à rire pour guérir…

BVJ – Plumes d’Anges.


Rêveries…

lundi 22 février 2016

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« …Dans les heures de grandes trouvailles, une image poétique peut être le germe d’un monde, le germe d’un univers imaginé devant la rêverie d’un poète. La conscience d’émerveillement devant ce monde créé par le poète s’ouvre en toute naïveté…

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… Certaines rêveries poétiques sont des hypothèses de vies qui élargissent notre vie en nous mettant en confiance dans l’univers…

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… Quand un rêveur de rêveries a écarté toutes les « préoccupations » qui encombraient la vie quotidienne, quand il s’est détaché du souci qui lui vient du souci des autres, quand il est vraiment ainsi l’auteur de sa solitude, quand enfin il peut contempler, sans compter les heures, un bel aspect de l’univers, il sent, ce rêveur, un être qui s’ouvre en lui. Soudain, un tel rêveur est rêveur du monde. Il s’ouvre au monde et le monde s’ouvre à lui. On n’a jamais bien vu le monde si l’on a pas rêvé ce que l’on voyait. En une rêverie de solitude qui accroît la solitude du rêveur, deux profondeurs se conjuguent, se répercutent en échos qui vont de la profondeur de l’être du monde à une profondeur d’être du rêveur. Le temps est suspendu. Le temps n’a plus d’hier et n’a plus de demain. Le temps est englouti dans la double profondeur du rêveur et du monde. Le Monde est si majestueux qu’il ne s’y passe plus rien : le Monde repose en sa tranquillité. Le rêveur est tranquille devant une Eau tranquille. La rêverie ne peut s’approfondir qu’en rêvant devant un monde tranquille…

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… Le rêveur du monde ne regarde pas le monde comme un objet, il n’a que faire de l’agressivité du regard pénétrant. Il est sujet contemplant. Il semble alors que le monde contemplé parcoure une échelle de clarté quand la conscience de voir est conscience de voir grand et est conscience de voir beau. La beauté travaille activement le sensible. La beauté est à la fois un relief du monde contemplé et une élévation dans la dignité de voir…

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… Dans la rêverie cosmique, rien n’est inerte, ni le monde, ni le rêveur ; tout vit d’une vie secrète, donc tout parle sincèrement. Le poète écoute et répète. La voix du poète est une voix du monde… « 

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Extrait de : « La poétique de la rêverie »  Gaston Bachelard 1884-1962.

Illustrations : 1/« Temple Tenno-ji à Osaka » Kawase Hasui 1883-1957  2/« Fleurs de pommier »  Isen’in Hoin Eishin1775-1828.

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Se poser, contempler…

BVJ – Plumes d’Anges.

Oiseaux…

samedi 13 février 2016

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« … L’oiseau, ce funambule. L’oiseau que tu vois, par la fenêtre, rabougri sur un fil. Maintenant, un nuage chinois lui masque les collines. Il vient ici chaque jour sur le poteau où il s’attarde un peu. Histoire, peut-être, d’établir le bilan de sa vie. Oiseau, mon compagnon, combien nous sommes près l’un de l’autre, pourtant extraordinairement séparés !…

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… Le ciel appartient à l’oiseau mais l’oiseau n’appartient à personne…

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… J’avais huit ans et je regardais l’immense car j’avais traversé les millénaires. De la fenêtre de la ferme, à l’étage, je voyais les arbres, des frênes, bruisser doucement près de la fontaine où, le soir, je conduisais le troupeau. Le monde était bleu, empli de clairvoyance. Au printemps, les hirondelles dansaient longuement devant les vitres et je bénissais celui qui leur avait indiqué notre toit, je remerciais ce dieu qui n’existait pas. On s’est beaucoup moqué des oiseaux au cours des siècles, de tous ceux qui les vénéraient, trouvant mièvres leurs louanges, leurs sottes adorations. Pourtant, le jour où nous écrirons, nous parlerons comme volent et chantent les oiseaux, nous aurons atteint les sommets d’une forme de perfection. En d’autres lieux, vers l’Orient, on les aime et on les protège, on en prend un soin infini. J’avais décelé tous les nids du village, les répertoriant sur un petit carnet et l’hiver je veillais à ce que le gel ne les brise, ne les détruise, espérant qu’au printemps ils seraient à nouveau un havre pour les hirondelles. Hélas, ils partaient souvent en poussière et je compris alors qu’il est vain de penser pouvoir bâtir sa maison pour l’Éternité. Nous habitons tous un toit nomade, pourquoi donc fermer nos portes à qui vient frapper parce qu’il a faim et froid ? Pourquoi donc clore notre vie entre quatre murs ?… »

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Extraits de : « Marcher est ma plus belle façon de vivre » 2014  Joël Vernet.

Illustrations : 1/« Nid et Hirondelles »  John James Audubon 1785-1851  2/« Nid d’oiseaux dans les joncs »  Fidelia Bridges 1834-1923.

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Accueillir en soi le présent…

BVJ – Plumes d’Anges.

Nuit blanche…

samedi 6 février 2016

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« … J’attendais que revînt la neige.

Elle n’est pas tombée cette nuit. Et pourtant l’herbe est blanche. Il a fait grand froid, le ciel clair a gelé.

Cela suffit pour recommencer. Cette poudre sur le paysage. Cette gaze de givre sur les branches.

Écrire est averse de neige. Quand le silence du ciel qui ne tient plus tombe sur la campagne et la mer en essaims d’abeilles froides. Ainsi arrive-t-il en pleine nuit que le ciel tout à coup inverse sa noirceur. Une floraison de blancheur dans l’obscur, telle serait la page qui se couvre de signes. Car ce n’est pas l’encre qui noircit le papier, mais plutôt ce blanc-là qui remonte et trouve une issue, faufilé dans les interstices entre les signes sombres.

J’écris avec ce qui se tait. Avec la neige montant du sol, cherchant la bouche muette du ciel.

L’encre du poème ne dissimule pas le papier blanc. Elle en rend la blancheur lisible. Boutons de neige éclos parmi des cortèges de fourmis. Un peu de sens à l’état pur, qui se glisse entre les jambages des mots. Un peu de vérité intacte, tacite, rendue visible par défaut.

J’écris : la neige incroyable de la nuit tombe sur ton sommeil. Blanc des draps, blancheur du papier, blancheur de ta peau silencieuse.

Il ne restera de ce livre qu’une averse blanche sur la mer. Cette encre est ma nuit blanche… »

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Extrait de : « Chutes de pluie fine » 2002 Jean-Michel Maulpoix.

Tableaux : 1/« Gymnase -de l’Académie Marie-Thérèse à Vienne- sous la neige »  Carl Moll 1861-1945   2/« Jardin sous la neige »  Constant Montald 1862-1944.

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Rêver de blanc…

BVJ – Plumes d’Anges.


Rêver le monde…

dimanche 24 janvier 2016

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« … – Je me suis couchée là, dit-elle avec beaucoup de gravité, désignant les palmes sèches, pour prendre la force de la source et j’ai rêvé le monde. (…) La biche rêve le jaguar pour qu’il la tue plus vite et qu’elle ne souffre pas, et le jaguar se laisse rêver parce qu’il est juste, tu comprends ? Quand les gens sont méchants, il faut les rêver pour qu’ils changent. Tu les fais bons et beaux, tu les fabriques différents. Ainsi toutes les bêtes rêvent surtout les hommes pour les pousser à être moins mauvais. Il faut beaucoup, beaucoup de rêves pour les faire changer un peu. Et malheureusement, la plupart des hommes, eux, ne savent plus rêver…

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… – Tant qu’un véritable danger ne t’approche pas, tu n’as pas à accorder d’importance à ce qui tracasse les gens, dit Shelena en haussant les épaules. Comme ça tu ne nourris pas leur méchanceté et elle finit par s’évanouir…

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… – Il est beau l’Homme quand il nous ressemble, cria la chouette !

– Il est grand, quand il fait taire le brouhaha de son âme, répondit le jaguar !

– Mais pourquoi l’Homme est-il si fou, demandèrent la liane et le serpent enlacés, que sans réfléchir il nous brûle et nous tue ?

– Parce qu’il ne se souvient plus de vous, expliqua Shelena qui ne détachait pas ses yeux de Tonio, là-bas, magnifique et conquérant.

Mishi perché non loin souleva une paupière, mais Shelena était tranquille et le faucon se rendormit.

– Que peut-il y avoir de plus important que d’aimer ? Aimer tout ce qui est là autour de nous, murmura encore Shelena dans le langage de la forêt. Sans chercher à comprendre pourquoi. Juste aimer, sans retenue, et se sentir absorbé par l’objet de cet amour, absorbé et dissout au sein des choses.

– Rien, princesse, répondit une luciole qui passait. Mais aucun de nous n’a encore réussi à faire que l’Homme puisse se souvenir de cela !…

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… – Tasorentsi est trop immense pour être dans le ciel comme ton Dieu, même si le ciel n’a pas de limites, s’écria Shelena et elle posa délicatement sa main sur la poitrine de Tonio.

– Mais là, il y a toujours un petit morceau de Lui. Il est dans le cœur de l’arbre, dans celui de la rivière et dans le tien. C’est pourquoi il ne faut jamais blesser le cœur des êtres. Il est là, blotti dans la source d’amour de chacun, et il ne faut pas ébranler son refuge…

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… – J’aime être au jardin ! s’écria Shelena le visage éclatant de fraîcheur. C’est seulement quand on ne travaille que pour soi que l’on risque de s’épuiser jusqu’à la mort. Mon corps est une maison sacrée, bâtie pour participer à la construction du monde, je ne l’oublie pas… »

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Extraits de : « L’enfant qui rêvait le monde » 2002  Jéromine Pasteur.

Tableaux : 1/« Mare et forêt »  Lars Hertervig 1830-1902  2/« Faucon du Groënland »  Georges Stubbs 1724-1806  3/« Iris »  Maria Oakey Dewing 1845-1927.

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Se sentir un avec la Terre…

BVJ – Plumes d’Anges.