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« … Les gens ordinaires sont préoccupés par le haut et par le bas, l’endroit et l’envers, le commencement et la fin des choses. Quelles que soient ces choses, ils s’assurent instantanément de les positionner correctement, et si leur orientation n’est pas bonne ils perdent sur-le-champ leur quiétude et se sentent mal. Si vous accrochez au mur une peinture de Vincent Van Gogh la tête en bas, on se moque de vous, si une chaise se renverse on la replace aussitôt comme elle était. Quand une chaussette est à l’envers on la remet à l’endroit. Les nerfs sont ainsi faits qu’on ne peut faire autrement. Vous le savez sans doute déjà, mais les enfants nés par le siège sont différents. Ils sont doués de la capacité d’examiner l’opposé des choses. La chaise peut bien tomber tête la première ou les chaussettes se retrouver à l’envers, leur cœur n’en est pas troublé pour autant : ils restent sereins et peuvent saisir toutes sortes de secrets cachés dans le monde opposé. Les secrets dissimulés en cachette par Dieu. Dans les pièces de Shakespeare, comme dans les symphonies de Mozart ou bien sûr les tableaux de Vincent Van Gogh, les mondes inversés sont présents. De même que pour les fleurs, les étoiles et les oiseaux. Par exemple, lire Le Songe d’une nuit d’été en commençant par la fin. Écouter un enregistrement de pépiements d’oiseaux à l’envers. Il y a dans ces univers des choses surprenantes que l’on ne peut apprécier que de cette manière. Cela ressemble peut-être à l’existence de scènes qui ne se révèlent que lorsque qu’elles sont interrompues par un battement de cil… »
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Un roman étrange, à la lisière entre deux mondes. L’histoire se passe dans un univers clos et lumineux, les enfants sont soumis à la loi d’une mère aimante mais névrosée suite au décès d’une petite fille. Ils s’inventent alors un monde incroyablement poétique pour éloigner leur peur, on vogue dans la douceur et le surnaturel, la nature et ses éléments plantent un décor d’une grande beauté. La lecture de ce livre est parfois un peu déroutante, on perd le fil puis on le retrouve, comme dans les rêves et leurs invraisemblances…
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Extrait de : « Instantanés d’Ambre » 2018 Yôko Ogawa.
Illustration : « Fillette au kimono blanc » George Hendrik Breitner 1857-1923.
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Éloigner les peurs…
BVJ – Plumes d’Anges.



























