Archive pour la catégorie ‘plumes à rêver’

Ultimes questions…

jeudi 22 novembre 2018

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« … PERSONNE NE NOUS A DEMANDÉ, ni à vous, ni à moi, ni à aucun être vivant, si nous souhaitions passer quelque chose comme un long week end sur une des huit planètes qui tournent autour de notre Soleil. Vous m’avouerez que c’est violent. Notre vie ne nous appartient pas. Nous ne l’avons ni voulue, ni choisie, ni même acceptée. Elle nous est donnée – ou plutôt prêtée – de force. Elle nous est fourguée en usufruit. Ou peut-être imposée.

Tout est réglé et décidé sans nous. Charmant. Nous ne sommes pour rien dans notre entrée sur la scène de la vie…

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À NOS REGARDS DU MOINS, Dieu est un mystère. Dieu n’a pas d’autre existence que celle que nous nous efforçons de lui prêter. Personne ne l’a jamais vu. Chacun peut s’en passer. Dieu est assez peu probable. Dieu a toutes les apparences d’une illusion consolatrice. Dieu est invraisemblable.

C’est là que se dissimule peut-être une des clés de l’affaire. Dieu est invraisemblable – mais pas beaucoup plus que tous les miracles que nous avons vu défiler sous nos yeux écarquillés : la goutte d’eau, le grain de sable, la poussière minuscule d’où sort tout ce qui existe, la lumière, l’expansion continuelle de l’espèce, le temps dont nous ne savons rien, l’histoire, cette stupeur, la vie, une nécessité peuplée de hasards, pas beaucoup plus invraisemblable que le monde étrange où nous vivons tous les jours et qui nous paraît si évident… »

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Jusqu’à son dernier souffle, Jean d’Ormesson s’est questionné avec joie,

fantaisie et espièglerie.

Ce livre, après « Comme un chant d’espérance » et « Guide des égarés« ,

ferme une trilogie.

Cet homme en perpétuelle effervescence tente une fois encore d’allumer des étoiles

dans le ciel de l’existence.

J’ai senti son œil bleu pétillant d’intelligence et son sourire malicieux m’accompagner

tout au long de cette lecture,  merci à ce grand Monsieur,

pour ce dernier cadeau,

un très beau cadeau, une belle plume !

Extraits de : « Un hosanna sans fin »  2018  Jean d’Ormesson.

Illustration :  « Constellations et signes du zodiaque »     Francesco Bottucini  1446-1498.

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Allumer des étoiles jusqu’à notre dernière heure…

BVJ – Plumes d’Anges.

Nous le pouvons…

lundi 19 novembre 2018

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« … Si vous pensez que vous ne le pouvez pas, c’est que vous ne le pouvez pas. Si vous pensez que vous le pouvez , vous vous en sortirez toujours. Quand on réfléchit ainsi, le monde est tout simple. Quand j’ai ouvert mon cours de calligraphie occidentale, pensez-vous qu’il y avait des gens pour apprendre ? Ils n’arrivaient même pas à prononcer le mot. J’ai tout entendu : cauliflower, Gulliver, calcium, vous savez. Et vingt ans plus tard, c’est cette même calligraphie qui me permet de vivre. Personne ne me fait de reproches, je ne dérange personne et je me nourris. Et j’ai commencé en faisant venir une plume et une bouteille d’encre de l’étranger. En continuant ainsi comme un prolongement de votre passe-temps et un moyen d’avoir de l’argent de poche, vous aurez beau continuer longtemps, vous ne progresserez pas. Vous n’avez pas envie de creuser un peu plus le monde des lettres ? Vous avez vu n’est-ce-pas les magnifiques manuscrits du Moyen Age au British Museum ? Qu’il s’agisse de poèmes, de drames ou d’écrits religieux, il y a des tas d’univers à fouiller. Vous n’avez pas de temps à perdre. On n’est conscient que d’une infime partie de ses propres capacités. Tout au fond se cache en réalité une capacité démultipliée, vous savez. Alors il faut être courageux et se dresser devant le champ de l’inconscient… »

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Un livre qui parle de solitude, de musique, de poésie, de belle nature, de rêve… Un passage de vie, un passage mélancolique, un passage de rencontres qui aident à passer un moment d’épreuve. Il nous faut avancer, évoluer, créer, pour cela nous devons croire en nous et en nos richesses intérieures. Une grande beauté dans ce roman même si ce n’est pas mon préféré chez cette auteure.

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Extrait de : « Les tendres plaintes » 2010  Yôko Ogawa.

Illustrations : 1/« La cage »  Berthe Morisot  1841-1895  2/« Nénuphar au soleil »  John La Farge  1835-1910.

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Faire croître nos richesses intérieures…

BVJ – Plumes d’Anges.

Liberté d’expression…

jeudi 15 novembre 2018

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« … si tu devais donner juste une raison, intuitivement, de pourquoi Charlie ; tu dirais laquelle ? Pourquoi ça concernait tout le monde ? Oui. Liberté d’expression. C’est n’importe quoi je dis, il y a eu dix cas précédents qui auraient du être beaucoup plus fédérateurs. Par exemple ? Hrank Dink. Qui ? Je n’arrive même pas à prononcer correctement son nom. Hrank Dink, le créateur du premier journal bilingue turc-arménien Agos, charismatique et infatigable promoteur de la paix, assassiné par un nationaliste en pleine rue à Istanbul en 2007. Tout le monde connait Hrank ici, on l’appelle simplement par ce prénom qui m’est si difficilement articulable. Il aurait pu devenir un symbole universel, non ? Pourquoi à ce moment-là, le monde entier ne s’est-il pas levé pour la liberté d’expression…

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j’en profite pour poser des questions basiques ; que signifie le nom du journal, Agos. Jean fait le geste de semer des graines par poignées. Agos, c’est Le Sillon. C’était un mot partagé par les Turcs et les Arméniens ; en tous cas par les paysans, à l’époque où ils cohabitaient…

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… D’après la traductrice Dominique Eddé, Hrank aborde son lecteur non comme une personne qu’il lui faut convaincre, mais comme deux personnes en désaccord qu’il cherche à rapprocher…

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… Même si bien sûr nous sommes solidaires de nos confrères qui sont dans le viseur me dit prudemment Danzikyan, sans aller plus loin. Je sais que Hrank n’aurait pas eu cette prudence, lui qui disait que « la présence et l’initiative sont d’autant plus nécessaires qu’il y a absence de dialogue ; si nous existons, c’est aujourd’hui qu’il nous faut être là » – mais Hrank est mort et personne ne veut plus mourir à sa place. 

« Le sacro-saint dialogue promu ces dix dernières années est extrêmement sournois, corrige Ece Temelkuran, qui a retenu la leçon. » (…) » J’essaie d’être celle qui raconte l’histoire, sans prendre partie, mais dans son intégralité. Car si vous la racontez d’un seul point de vue, vous n’entendez plus l’autre et, plus grave, il ne vous entend plus. »… »

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C’est un livre très fort, qui pose de vrais questions, l’auteure me semble avoir une belle personnalité ainsi qu’une grande maturité. Dans cette histoire, on navigue entre deux rives, l’Europe et l’Asie et entre deux genres, le roman et l’enquête journalistique. Valérie Manteau nous fait prendre conscience de notre ignorance quant à ce qui se passe dès les portes de l’Europe. Il nous faut aller chercher l’information, prendre du recul, la croiser avec d’autres sources et ne pas se satisfaire de ce que la plupart des journaux, radios et télévisions nous servent…

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Extraits de : « Le Sillon »  2018  Valérie Manteau.

Illustrations :1/ »Colombe  » Joseph Grawhall  1861-1913  2/ « Plantes »  – détail du tableau Saint Jérome à l’étude – Antonello da Messina  1430-1479.

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Préserver la si importante et si fragile liberté d’expression…

BVJ – Plumes d’Anges.

Coïncidences…

jeudi 8 novembre 2018

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« … Le moineau de Chine a les yeux tout noirs. Les paupières sont bordées d’une fine ligne d’un rose tendre, comme si on avait cousu un fil de soie. À chaque battement de paupières, les deux fils se rejoignent aussitôt pour n’en former qu’un. Mais déjà, l’œil s’arrondit de nouveau. À peine avais-je sorti la cage, l’oiseau a mis la tête de côté et ses yeux noirs se sont tournés vers moi pour la première fois. Puis, il a pépié doucement…

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… L’oiseau a remué deux ou trois fois sa tête ronde. Peu après, la petite masse blanche a quitté le perchoir. À peine un battement d’ailes, et les ongles de ses pattes délicates se sont accrochés au rebord de la mangeoire. Le minuscule récipient qui pourtant semblait près de se renverser sous mon petit doigt était aussi immobile que la cloche d’un temple, c’est dire à quel point le moineau de Chine est léger. J’ai cru voir voltiger devant moi l’âme d’un flocon de neige…

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Un jour, tandis que j’étais dans mon bureau, occupé comme d’habitude à confier au papier des choses mélancoliques, un bruit étrange est parvenu à mon oreille. La véranda bruissait. On aurait d’abord pu croire qu’une femme avançait en retenant le bas de son kimono de soie, mais le froissement de l’étoffe sur le plancher était par trop vif pour un simple bas de robe. J’ai alors comparé ce bruit au crissement des plis de l’ample pantalon que porte le chambellan, lors de la fête des Poupées, évoquant le glissement de la soie sur les marches du palais fictif. Laissant mon roman, je suis sorti sous la véranda, le stylo entre les doigts : le moineau de Chine prenait son bain.

L’eau venait d’être changée. L’oiseau avait plongé ses fines pattes délicates au milieu de la petite baignoire et il enfonçait son plumage dans l’eau jusqu’au jabot. De temps à autre, il déployait ses ailes blanches, se penchait légèrement comme pour s’accroupir, appuyait son ventre sur l’eau, et il secouait d’un seul mouvement son plumage. Puis, il s’est posé avec douceur sur le bord du récipient. Au bout d’un moment, il a de nouveau plongé. Le diamètre du bassin ne dépassait pas deux pouces. Quand il avait plongé, sa queue dépassait, sa tête dépassait, son dos aussi naturellement. Seules les pattes et la poitrine étaient dans l’eau, ce qui ne l’empêchait pas de faire ses ablutions, méticuleusement… ».

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Dehors le temps était à la pluie… ces nouvelles de Sôseki m’ont enchantée,

j’ai particulièrement apprécié les lignes concernant ce moineau à la triste destinée…

Quel ne fut pas mon étonnement le lendemain quand un ami m’envoya ce petit film,

ce —> bain d’oiseau,

quelle coïncidence tout de même !

Remarquez-vous, vous aussi, dans votre vie, ces étonnants hasards ?

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Extraits de : « Une journée de début d’automne »  Natsume Sôseki  1865 – 1915.

Illustrations : 1/ »Rose »  2/« Moineau friquet »  Kawahara Keiga  1786-1860.

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Noter les coïncidences, elles ont peut-être quelque chose à nous apprendre…

BVJ – Plumes d’Anges.

Temps des métamorphoses…

lundi 5 novembre 2018

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« … Notre corps, comme les états de conscience ou les différents climats qui l’habitent, peut être une idole ou un icône.

Le corps idole, c’est le corps dans lequel la Vie est arrêtée, identifiée aux organes et à la forme dans laquelle elle se manifeste. Elle devient alors un « objectif », un objet de consommation, de séduction et de possession.

Le corps icône, c’est le corps dans lequel la Vie n’est pas arrêtée, enfermée dans sa représentation ; elle se donne à travers cette forme, mais cette forme n’est jamais considérée comme étant le but du désir, de la dévotion ou de l’intellection. C’est la Vie elle-même qui est désirée, connue et aimée à travers ce corps ou cet univers…

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… Étudie, pense, réfléchis, médite, toi qui as un cerveau aux multiples facettes et facultés, la conscience est Une, ne te contente pas de compter, d’analyser et de faire des synthèses, prends le temps de méditer, de contempler le Réel qui est là, présent. La Conscience dans laquelle mille et une choses t’apparaissent. « Ephata, ouvre-toi », ne t’arrête pas dans le connu, ne te satisfais pas de tes petits repères ou explications, laisse-toi porter par la question toujours plus loin, toujours plus proche de la Conscience qui anime ton cerveau et par qui toutes choses sont…

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Viens, vois, écoute, va… »

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Un petit livre lumineux, qui demande peut-être plusieurs lectures pour en saisir le sens profond.

S’appuyant sur des écrits anciens, l’auteur tente d’éclairer notre chemin sous d’autres angles. Je ne me sens pas « religieuse » du tout, les religions sont, il me semble, des histoires d’hommes et de pouvoir. En revanche certains textes interpellent, ils parlent de spiritualité et nous interrogent sur de belles questions existentielles. J’aime infiniment ce « Viens, vois, écoute, va… »…

Extraits de : « Les portes de la transfiguration «   2018  Jean-Yves Leloup.

Illustrations : 1/« Soucis »   Koloman Moser 1868-1918   2/« Coucher de soleil sur un lac »  J.M.William Turner  1775-1851.

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Ne pas rester dans le connu…

BVJ – Plumes d’Anges.

Autres jardins…

jeudi 1 novembre 2018

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« Je suis las des lieux

Où l’homme se donne en spectacle

J’ai assez vu le théâtre humain

Les gesticulations de ses pantins

Toutes leurs petites histoires

Ce qui m’intéresse à présent

Ce sont les champs silencieux

Qui s’étendent alentour

Les mouvements de la mer

Le ciel semé d’étoiles

Le rapport entre mon corps et l’univers

Entre les nébuleuses et mon cerveau. »

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Que la poésie est puissante, elle efface les bleus de l’âme et les petits désagréments,

les médias sont de plus en plus fatigants et

initient des grandes fêtes d’une qualité douteuse.

Nous avons eu aujourd’hui , mon mari et moi,

la très mauvaise idée d’aller faire un marché alimentaire

dans un temple de la consommation…

Nous en sommes sortis épuisés,

il y avait des animations autour Halloween,

c’était terrifiant !!!

Ce soir je me dis :

On ne changera ni rien ni personne,

c’est à nous de nous questionner,

à nous de nous adapter,

à nous de prendre du recul,

à nous d’explorer les possibles,

à nous d’enrichir notre esprit,

à nous de choisir nos chemins,

à nous de créer,

à nous de suivre les troupeaux ou d’en sortir,

à nous de nous ouvrir à un autre monde…

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MERCI AU POÈTE qui nous offre sa lumière.

Extrait de :   « Un monde ouvert » Anthologie personnelle – 2007 –  DU MERVEILLEUX Kenneth White.

Illustrations : 1/« Étude de fleurs »  Abbott Handerson Thayer  1849-1921   2/« L’adieu »  Mikhail Clodt  1832-1902.

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Emprunter d’autres chemins, découvrir d’autres jardins…

 BVJ – Plumes d’Anges.

Riche traversée…

lundi 15 octobre 2018

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« …  (M.G.) – N’avez-vous pas l’impression d’être surtout une intermédiaire,

un médium, enfin quelqu’un à travers qui est passé quelque chose ?

(M.Y.) Absolument. Et c’est pourquoi je n’ai au fond qu’un intérêt limité pour moi-même. J’ai l’impression d’être un instrument à travers lequel des courants, des vibrations sont passés. Et cela vaut pour tous mes livres, et je dirais même pour toute ma vie. Peut-être pour toute vie ; et les meilleurs d’entre nous ne sont peut-être eux aussi que des cristaux traversés. Ainsi, à propos de mes amis, vivants ou morts, je me répète souvent l’admirable phrase qu’on m’a dit être de Saint-Martin, « le philosophe inconnu » du XVIII° siècle, si inconnu de moi que je n’en ai jamais lu une seule ligne et n’ai jamais vérifié la citation : « Il y a des êtres à travers qui Dieu m’a aimé. » Tout vient de plus loin et va plus loin que nous. Autrement dit, tout nous dépasse et on se sent humble et émerveillé d’avoir été ainsi traversé et dépassé… »

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Ces entretiens passionnants nous montrent tout l’humanisme de cette grande dame. Elle s’exprime sur des sujets divers avec bonté, intelligence et lucidité, elle est lumineuse.

Extrait de : « Les yeux ouverts » 1980 –

Entretiens de Marguerite Yourcenar (1903-1987) avec Matthieu Galey (1934-1986).

Photos BVJ

(Pierres d’une digue protégeant le port d’Hyères dans le Var ; si j’étais plus jeune, j’entreprendrais volontiers des études de géologie pour décrypter le langages des roches…)

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Nous laisser traverser par nos richesses profondes…

BVJ – Plumes d’Anges.

Fatigue…

jeudi 11 octobre 2018

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« …Il me semble qu’une des causes fréquentes de la fatigue chronique réside dans le fait de vivre constamment en désaccord avec son propre rythme. Tout être humain a un rythme biologique. Si on le contrarie de manière systématique, il finit par s’affaiblir et se fatiguer.

Carl Gustav Jung a établi que celui qui travaille dans le respect du rythme de la nature et de son propre rythme est plus performant que celui qui les néglige. Travailler contre son propre rythme revient en fin de compte à faire violence à sa propre nature. C’est usant. Le rythme de la nature nous régénère. En respectant le rythme de notre âme et de notre corps , nous nous maintenons en relation avec la source d’où nous tirons notre force créative. Travailler contre son rythme, c’est se couper de sa source intérieure. Bien des gens prétendent ne pouvoir vivre que l’œil fixé sur la montre. Ils veulent travailler, encore et toujours, quelle que soit l’heure. Ce faisant, ils se violentent eux-mêmes…

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… Le recherche sur le cerveau a établi que l’individu s’affaiblit quand il ne trouve plus en lui d’image qui le motive et suscite de nouvelles associations d’idées. Il est donc essentiel de se pencher sur ses propres représentations, de voir si elles sont paralysantes ou motivantes, si elles encouragent la vitalité ou la fatigue. De ces représentations dépend notre capacité à affronter les défis de l’existence. Si nous n’arrivons pas à y répondre activement, nous nous vidons de notre énergie… »

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J’ai apprécié dans cette lecture plusieurs observations de l’auteur qui nous amènent à une belle réflexion. Il nous faut avoir une vision pour donner du sens à notre vie, c’est elle qui nous donnera l’énergie nécessaire pour avancer…

Extraits de : « Retrouver le goût de la vie »   2013  Ansel Grün.

Illustrations : 1/« Danseuses en rose »   Edgar Degas  1837-1917   2/« Mésange sur une branche »  Christoph Ludwig Agricola  1667-1719.

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Respecter notre propre rythme…

BVJ – Plumes d’Anges.

L’humanité, simplement…

lundi 10 septembre 2018

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« … Maman, je souhaitais simplement te dire que je t’aime. (…) Dans mon lit d’hôpital, je me réfugie dans nos souvenirs. Ils m’apaisent. Je me figure main dans la main avec toi, dévalant les prairies, entourés de Gust et de la chèvre Blanquette, tes deux amis encore plus fous, plus joyeux, plus enthousiastes que nous, tous les quatre grisés par le bonheur de nous dégourdir les jambes, d’aspirer l’air ensoleillé, de saluer le printemps. Comme nous avions raison de nous réjouir d’un rien. Car ce rien, c’était tout. Inspirer, expirer, s’en rendre compte, s’en émerveiller. Quelle sagesse ! Moi qui ai fréquenté tant de gens éminents, financiers, politiciens, idéologues, savants, je découvre que toi, Gust et Blanquette, vous me délivriez d’irremplaçables leçons. S’étonner d’exister. Remercier. Cultiver la joie, à toute force.

Vous avez été mes meilleurs professeurs de vie, voire de philosophie, même si je ne me suis pas comporté à la hauteur de ce que vous m’enseigniez. Plus tard, je me suis un peu égaré dans les labyrinthes de la sophistication, j’ai tenté de ressembler aux esprits chagrins, ceux qui préfèrent l’écœurement à la jubilation, le pessimisme à l’optimisme, la mort à la vie. Quand je livrais une observation morose, cynique, nihiliste ou désespérée, ils m’applaudissaient en m’octroyant un diplôme de clairvoyance. Pourtant, dans mon actuel état de faiblesse, ce qu’ils m’ont appris se réduit à un tas de poussière, et je n’atteins vigueur et lumière qu’en pensant à vous trois.

Gust… Blanquette… Crois-tu que nous retrouvons, là-haut, les animaux que nous avons aimés ? Je l’espère tant… Eux, je suis certain qu’ils auront fait l’impossible pour me revoir, qu’ils auront patienté fidèlement des années, bravant le froid, l’inconnu, la solitude, le découragement, afin de se précipiter vers moi, la truffe chaude, la queue hilare, les yeux plissés. Nous nous étreindrons sans fin. Si c’est ainsi, ce sera beau, l’éternité… »

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Quatre nouvelles, quatre histoires qui nous interrogent, j’ai été particulièrement touchée par celle-ci « Mademoiselle Butterfly », et puis, qui ne rêverait d’écrire une telle lettre à sa mère ?…

Extrait de : « La vengeance du pardon »  2017  Eric-Emmanuel Schmitt.

Illustrations : 1/ « L’attente »   2/ « Chien »   Winslow Homer   1836-1910.

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Nous relier à notre part d’humanité…

BVJ – Plumes d’Anges.

Lucarnes…

jeudi 6 septembre 2018

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« …À l’heure où j’écris, en repensant à tout ce qui me passait par la tête, parfois, pendant ces jours de solitude, je médite sur le mystère de la vie et sur ce que nous en savons. Du regard, je fais le tour de cette immensité. Je me dis que la terre est un astre. Et qu’en ce moment même, je peux contempler un fragment de cet astre. . Et moi, je suis un point sur cet astre qui doit étinceler de loin comme toutes les autres étincelles d’argent scintillant dans le ciel.  Il peut même devenir étoile filante et aller s’enfouir dans quelque coquillage, comme le dit Angela, devenir un minuscule caillou blanc, pas plus gros qu’un gravier. Qui peut, en vérité, discerner ce qu’il y a de vrai dans ce que nous appelons, grand, petit… qui peut savoir lequel est juste ? Pourtant, en cet instant, je suis sur une miette du ciel. Je suis un rien, un rien microscopique, insignifiant, en train d’admirer cette miette, d’être pris de vertige devant cette goutte d’eau que j’appelle mer, océan… Ainsi, sur cet astre infinitésimal, simple particule dans la poussière des astres se trouve un autre particule, ma seigneurie, abîmée en de profondes cogitations sur des choses qu’elle ne peut comprendre…

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Je l’écoutais et la légende prenait racine en moi, profondément, sans qu’il me vienne une seconde à l’esprit qu’elle pût plaisanter ou se moquer de moi. Ce qu’elle me racontait était si merveilleux que cela n’avait nul besoin d’être également logique. Et puis, après tout, qui croit sérieusement  que nous sommes vraiment ce que nous semblons être ? Car s’il fallait en croire notre logique, l’infiniment petit et l’infiniment grand ne devraient pas exister non plus. Qui peut nous certifier que nous faisons bien partie de ce monde, que nous ne sommes pas le produit de l’imagination de quelque artisan fou et puissant, façonnant avec ses chimères une œuvre encore invisible ?…

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Le gouvernail creusait son sillage dans l’eau, faisant à sa surface de petits tourbillons qui semblaient vouloir se visser jusqu’à ce qu’ils se remplissent d’eau et s’évanouissent. Tant de choses se passent, même dans le plus lointain désert ! Il suffit que l’œil humain sache observer le monde jusqu’au plus profond de son cœur pour qu’alors l’homme se sente lié à ce qui l’entoure, qu’il devienne vent avec le vent, prairie avec la prairie, onde avec la mer, qu’il se promène avec le nuage et regarde d’en haut son ombre projetée sur la terre. Ces petits tourbillons d’eau, ces petits cônes sont autant de lucarnes s’entrouvrant pour vous permettre de regarder jusqu’au fond des abysses. Bien sûr, on ne voit jamais jusqu’au fond des abysses mais cela n’a pas d’importance car il suffit de s’être ainsi penché sur les profondeurs de la mer pour que votre âme rêve aux précipices du monde sous-marin, aux algues, aux hippocampes, aux méduses. Des myriades de splendeurs surgissent dans votre esprit vous donnant l’illusion d’avoir détaillé cet univers aux visages innombrables… »

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Extraits d’une splendide histoire, préfacée par Jacques Lacarrière, histoire puissante  qui nous emmène loin, dans un monde où rêve et réalité se mêlent et où l’homme est confronté à ses démons intérieurs:

« Une jeune fille nue »  Nikos Athanassiadis
1904-1990.

Illustrations : 1/ « Falaise dans la mer Égée »  3/ « Champ de bataille de Marathon »   Carl Rottmann  1797-1850  2/ « Étude de sirènes »  Henry Luyten  1859-1945.

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Dominer nos démons…

BVJ – Plumes d’Anges.