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« … Tout le monde mène une double vie. Tout le monde partage sa vie entre l’obscurité et la lumière, nuit et jour, vie privée et vie publique.
Entre rêves et veilles.
Entre dépossession interne, heureuse, évasée, détendue, ensommeillante, soudain abandonnée, et vie externe, qui se met debout, extatique,
inquiète, chauvissante, carencée, sur-le-champ menacée et aussitôt méfiante.
Enfin, en s’élimant, en se trouant, arrivent les jours mêlés de nuit persistante. Ces sommeils décousus, tapissés de promptes insomnies et de
songeries extrêmement nombreuses et fugaces. Arrivent en même temps ces somnolences incontrôlables qui ne connaissent plus pourtant
le sommeil à leur terme. Arrive, au cœur de la fatigue, le rêve qui s’interrompt soudain dans l’invisible…
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… Comparé à leur fleur jaune, quelle beauté que le fruit étrange et léger du pissenlit,
Œuf de vent et de transparence qu’une simple brise porte,
qu’une goutte de pluie crève,
ou le doigt d’un enfant.
Globes dentelés, si légers et blanchâtres,
peuplés par le vide,
vous tournoyez soudain au bout du souffle de ses lèvres
Vous vous éparpillez dans les rayons de la lumière.
Les fruits des pissenlits qui volent dans les airs,
c’est ainsi que les fantômes avancent près des visages,
c’est ainsi qu’ils les dédoublent.
Merveilleuses semences sous le regard des aïeux qui de nouveau les pleurent.
Le visage du père de la mère se lit au fond des yeux de la petite fille.
De façon brusque et inoubliable, vous qui êtes presque insaisissables,
minuscules globes aux cheveux blancs
qui survolez les herbes et vous y effondrez… »
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Pascal Quignard nous livre – encore – un livre énigmatique,
il égraine des perles, un fil de soie, souvent invisible, les relie.
Nous sommes là dans un espace « entre deux »,
c’est une musique qui libère des notes cristallines,
le monde des émotions vibre.
Il ne nous raconte pas UNE histoire, il semble méditer,
il esquisse poétiquement les contours d’une mémoire.
Par moments, le présent (de l’indicatif) surgit dans la rêverie des souvenirs,
plus de concordance des temps, un flou artistique,
une écriture silencieuse,
un narrateur tantôt féminin, tantôt masculin,
des images éblouissantes,
des lieux divers peuplés de personnages qui semblent inaccessibles…
On ne peut parler du grand mystère de la mort que par petites touches d’impressions,
nul ne sait vraiment comment répondre à la grande énigme,
alors l’auteur suggère un chemin, des chemins…
Très beau texte !
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Extraits de : « Il n’y a pas de place pour la mort » 2026 Pascal Quignard.
Illustrations : 1/ « Gardienne de la nuit » John Atkinson Grimshaw 1836-1893
2/ « Dent de lion, chenille et papillon » Barbara Regina Dietzsch 1716-1795.
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Penser la vie, penser la mort…
BVJ – Plumes d’Anges.

