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« … – Il est… très sensible.
– À ce point là ?
– Davantage encore.
Léopold n’a nullement l’intention de décrire à ce poivrot à quel point son fils est un trésor de sensibilité, rien de maladif, non, plutôt une réceptivité aiguë au monde, à ses moindres nuances, à ses accords les plus diffus. La beauté, chez Wolfgang, ne relève pas d’une préférence, mais d’une nécessité : tout ce qui l’écorche, particulièrement ce qui malmène son ouïe, peut l’anéantir…
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… Il chantonne le morceau en lisant les portées.
– Comment t’y es-tu pris ?
– J’ai cherché les notes qui s’aiment…
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… – Il a sept ans, de l’esprit, de la flamme, des inventions ravissantes et des doigts aériens. J’ai observé ses mains sur le clavier, si menues qu’elles couvrent à peine l’octave, et pourtant elles dansaient, elles épousaient les harmonies, elles répondaient à l’appel invisible de la musique. Il joue comme s’il était traversé par un courant d’air divin. Au clavecin ou au violon, il cède à l’inspiration avec grâce et sans confusion. Une sorte de miracle…
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… Un chœur s’élève, lointain, presque irréel. Des voix humaines, si désincarnées qu’on les croirait venues d’un autre monde, enlacent les fresques de Michel-Ange. Chaque note se suspend dans la nef comme une goutte d’or. La beauté s’impose, sidérante, prégnante.
– Oh! papa…, souffle Wolfgang. Qu’est-ce que c’est ?
– Le Miserere d’Allegri, répond Léopold en baissant le ton d’instinct. On ne l’entend qu’ici. Une œuvre secrète. Un trésor musical que le Vatican garde jalousement. On n’a pas le droit d’en noter une seule mesure. Toute tentative de copie te rend passible d’excommunication.
Les paupières closes, la tête penchée, Wolfgang est entièrement tourné vers les sons. Il écoute avec une concentration si aiguë qu’il semble happé au cœur même de la musique.
– Il y a neuf voix, s’exclame-t-il.
Léopold sursaute.
– Neuf voix ? Tu en es sûr ?
– Certain. Cinq dans un chœur, quatre dans l’autre. Et des ornementations qui ne se pratiquent point chez nous. (…)
Les phrases du Miserere flottent encore dans leur esprit quand père et fils s’acheminent vers la sortie. Sans échanger une parole, ils arrivent à une trattoria de quartier, simple, accueillante, dont la courette abrite des tables en bois disposées à l’ombre d’un figuier.
Ils s’assoient côte à côte, entourés de cris d’enfants, (…). Ils se régalent de pâtes, puis une fois rassasié, Wolfgang extrait de sa sacoche des papiers et un crayon de plomb. (…)
– Quel enfant sage, votre garçon ! remarque-t-il en s’éloignant. Voilà une heure qu’il dessine sans bouger. Si le mien en faisait autant…
Wolfgang pousse un soupir satisfait et pose son crayon.
– Fini !
– Qu’as-tu donc composé Wolfi ?
L’enfant lui remet la feuille. Léopold s’attelle au déchiffrage, et, soudain, son cœur bat la chamade : il reconnaît les premières mesures du Miserere… »
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Eric-Emmanuel Schmitt adore Wolfgang Amadeus Mozart, on le voit bien et dans ce dernier roman, il nous livre un chant d’amour entre un père et un fils : Léopold Mozart, compositeur, professeur de violon et fin pédagogue, a deux talentueux enfants musiciens. Il sent très vite l’oreille exceptionnelle de Wolfgang et son incroyable génie. « Wolfi » n’a pas une enfance comme les autres petits garçons, la musique court dans ses veines et fait battre son cœur, sa créativité bouillonne. Léopold a compris comment fonctionnait le monde, il dirige et inspire une voie, sait œuvrer en conséquence et désire plus que tout une reconnaissance de la valeur de son fils. Ils voyagent dans toute l’Europe, font de nombreuses rencontres. Wolfgang est un être de liberté, son père est discipliné, leur relation jadis si fusionnelle, s’étiole lorsque « l’élève dépasse le maître » et se libère du rôle de fils. Le père souffre, la blessure est immense, il ne peut que se mettre en retrait, s’éclipser, s’effacer. Vous connaissez la suite…
Ce livre a une valeur historique quant à certains aspects de la vie de Mozart, mais il nous offre surtout une vraie réflexion philosophique sur les liens unissant parents et enfants, des liens à la fois heureux et douloureux. Les enfants ne nous appartiennent pas, il nous faut juste les aimer et leur donner des ailes pour qu’ils accomplissent leur destinée. Le texte est joliment construit avec des allers-retours entre l’enfance et l’age adulte. L’écriture est vivante, merveilleusement musicale, l’émotion est grande ainsi que la joie ; comme toujours cet auteur nous fait un généreux cadeau, merci à lui.
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Extraits de : « Juste après Dieu, il y a papa » 2026 Éric-Emmanuel Schmitt.
Illustrations : 1/ et 3/ « Les cartes musiciennes » – As et dix de cœur – Éditions J.Bermann – Vienne – 1830 2/ « Portrait d’un musicien » – détail – Le Pordenone 1484-1539.
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Prendre son envol, accomplir sa destinée…
BVJ – Plumes d’Anges.



Mozart, modèle universel au même titre que Léonard de Vinci,
ce rapprochement vaut également pour leur enfance accidentée,
leur itinéraire incroyable : le génie peut-il être engendré
par ce que nous appelons le classicisme familial ?
Les réponses aux questions que tu poses, chère Brigitte,
ne cessent de nous interroger, c’est la raison pour laquelle
nous aimons ces rendez-vous du dimanche : merci 🙏
vu Éric Emmanuel Schmit à la Grande librairie, la précocité et la grande capacité des jeunes génies est toujours époustouflante, nous (moi) qui ne sommes que des communs avons du mal à saisir cet aspect des formations et des éducations, É E S avait su nous intriguer en parlant de son livre….et faire découvrir la force de la musique de ce grand compositeur….
J’ai aimé Schmitt et Chopin Schmitt et Beethoven alors je vais me laisser tenter par Schmitt et Mozart
Merci à toi
Une façon délicieuse et originale de raconter la vie de ce génie absolu…
Merci pour ce partage, ma Plume
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Je n’ai jamais rien lu de cet auteur, le hasard ne l’a pas placé sur ma route. Je devrais trouver celui-ci à la bibliothèque, tôt ou tard. On n’en sait jamais assez sur Mozart et on peut le lire en l’accompagnant de sa musique. Merci de ton passage chez moi Brigitte, je pense revenir la semaine prochaine. Bises.
Je retiens de ta page en particulier cette phrase
« J’ai cherché les notes qui s’aiment… »
car cet amour a fait de Mozart un grand musicien…
Une très belle page pour nous présenter ces envolements de notes…
J’aime cet auteur donc il me plairait de lire ce livre…
Mozart était un génie de musicien.
Je t’embrasse Brigitte et je te souhaite une douce semaine
Merci Brigitte pour cette présentation et ces illustrations toujours bien choisies !
Un tel don, si jeune est inexplicable. Le génie de Mozart nous laisse sans voix.
EES écrit, parle, avec une immense sensibilité, ce qui en fait un livre très réussi.
Très belle semaine à toi. A bientôt ! Claudie.
Wolfgang a sûrement l’oreille absolue.
Mais c’est peut-être insuffisant.
Son art, sa passion, élève encore le niveau.
L’entourage s’en étonne, s’en réjouit.
Une carte pour lui, un as de ♥ ….
Sur fond de double ou triple croche.
✅ Yann
D’Éric-Emmanuel Schmitt j’ai adoré la vengeance du pardon. Ton article me donne envie de découvrir la façon dont il a abordé cet immense génie de la musique… je suis pourtant moins sensible à Mozart qu’à Chopin qui pourtant est moins reconnu. Mozart a écrit pour de nombreux instruments, Chopin est davantage piano solo. L’époque aussi est différente : je dois être plus sensible à la période romantique qu’au mouvement classique !
L’éducation, comme la musique, est tout un art !Eduquer c’est d’abord respecter la personnalité de son enfant. C’est être présent sans être trop directif. Enfin c’est aimer avec tendresse ezt surtout ne pas façonner son enfant à sa propre image!
Voilà un livre qu’il me plairait fort de parcourir. J’avais lu l’autre bouquin sur Beethoven que j’avais fort apprécié à l’époque. C’est ma mère qui me l’avait offert quand je suais sur les sonates. 😉 Si tu t’intéresses à Mozart, il y a un livre de Norbert Elias qui pourrait également te titiller: « sociologie d’un génie ». C’est un roman de sociologie dans lequel Elias utilise la figure de Mozart pour montrer comment un génie est aussi le produit d’un contexte social. Bises alpines.
Il a l’air vraiment magnifique ce roman et je vais le noter pour le lire un jour. J’aime beaucoup l’auteur que je lis trop peu actuellement après l’avoir pas mal lu dans le passé. J’aime l’idée de connaître davantage ‘Wolfi’ et les liens qui l’unissaient à son père, mais j’apprécie aussi par avance toutes les réflexions autour de la musique comme par exemple » J’ai cherché les notes qui s’aiment »…et celles autour de la relation père-fils. C’est bien vrai que les enfants ne nous appartiennent pas mais que même si on a tout fait pour qu’ils réalisent leur destin, et soient autonomes, on reste des parents soucieux et aimants toute notre vie…Merci pour cette découverte
Un livre qui donne envie …
Je n’ai pas ce livre de Eric-Emmanuel Schmit . Par contre, j’entame » La Traversée des temps – tome 5 – Les Deux royaumes » . C’est un écrivain que j’aime, romancier lumineux, conteur hors-pair, amoureux de musique. C’est un passeur d’émotions.
Mozart ,dès l’enfance, est un génie hors du commun ! Il deviendra une légende, un mythe et entrera dans l’histoire des grandes figures de la culture.
Merci Brigitte pour ces envolements de notes qui s’aiment …
Bonne fin de semaine,
Véronique
Merci pour ces beaux extraits qui donnent envie de découvrir ce livre.
Merci chère brigitte pour ces idées de lecture.*Tu donnes envie de se plonger dans ces génies qui nous permettent de nous envoler haut et loin. Merci à toi pour ce bonheur !
douce journée à to.
Den
Ah le divin Mozart dont la fin fut tragique à l’image de son chef d’oeuvre Don Juan ! J’ai aimé le film de Milos Forman même si la rivalité avec Salieri est inventée. J’aime bien le style de Schmitt mais je trouve le personnage arrogant et pédant dans ses interviews Belle semaine Brigitte.