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« … – Et comme je vous le miaulais, les vagues étaient si hautes que nous ne pouvions pas voir la côte et, par la graisse du cachalot, pour comble de malheur notre boussole était cassée. Nous avions passé cinq jours et cinq nuits en pleine tempête et nous ne savions plus si nous naviguions vers la côte ou si nous nous enfoncions vers le large. Alors, au moment où nous nous sentions perdus, le timonier vit un vol de mouettes. Quelle joie mes amis ! Nous nous sommes efforcés de suivre le vol des mouettes et nous avons réussi à atteindre la terre ferme. Par les dents du barracuda ! Ces mouettes nous ont sauvé la vie. Et si nous ne les avions pas vues, je ne serais pas là pour vous miauler cette histoire.
Afortunada, qui suivait toujours avec attention les histoires du chat de mer, l’écoutait en ouvrant de grands yeux.
– Les mouettes volent les jours de tempête ? demanda-t-elle.
– Par les tortillements de l’anguille ! Les mouettes sont les oiseaux les plus forts du monde. Aucun oiseau ne vole mieux qu’une mouette, affirma Vent-debout.
Les miaulements du chat pénétraient au plus profond du cœur d’Afortunada. Elle frappait le sol de ses pattes et remuait son bec avec nervosité.
– Tu veux voler, jeune fille ? demanda Zoubas.
Afortunada les regarda un à un avant de répondre.
– Oui, s’il vous plaît, apprenez-moi à voler !…
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… « Miauler la langue des humains est tabou. » C’est ce que disait la loi des chats, et ce n’était pas parce qu’ils n’avaient pas intérêt à communiquer avec les humains. Le grand risque c’était la réponse des humains. Que feraient-ils d’un chat qui parle ? Certainement, ils l’enfermeraient dans une cage pour le soumettre à toutes sortes d’expériences stupides, car les humains sont en général incapables d’accepter qu’un être différent d’eux les comprenne et essaye de se faire comprendre. Par exemple, les chats étaient au courant du triste sort des dauphins, qui s’étaient comportés de façon intelligente avec les humains et que ceux-ci avaient condamnés à faire les clowns dans des spectacles aquatiques. Et ils savaient aussi les humiliations que les humains font subir à tout animal qui se montre intelligent et réceptif avec eux. Par exemple, les lions, les grands félins, ont été obligés de vivre derrière des grilles et d’accepter qu’un crétin mette sa tête dans leur gueule, les perroquets sont en cage et répète des sottises. De sorte que miauler dans le langage des humains était un très grand risque pour les chats…
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… – Le garçon de chez moi me comprendrait. Mais il est en vacances. Et que peut savoir un enfant sur le vol ? miaula Zorbas.
– Porca miseria ! On a fini la liste, se désola Colonello.
– Non. Il y a un humain qui n’est pas sur la liste. Celui qui vit chez Bouboulina, indiqua Zorbas.
Bouboulina était une belle chatte blanche et noire qui passait de longues heures parmi les fleurs d’un balcon. Tous les chats du port se promenaient lentement devant elle, montrant l’élasticité de leur corps, le brillant de leur fourrure bien soignée, la longueur de leurs moustaches, l’élégance de leur queue dressée, ils essayaient de l’impressionner. Mais Bouboulina paraissait indifférente et n’acceptait que les caresses d’un humain qui s’installait sur le balcon avec une machine à écrire.
C’était un humain bizarre qui, parfois, riait en lisant ce qu’il venait d’écrire et d’autres fois froissait sans les lire les pages arrachées à la machine. De son balcon s’échappait toujours une musique douce et mélancolique qui endormait Bouboulina et provoquait de gros soupirs chez les chats qui passaient tout près.
– L’humain de Bouboulina ? Pourquoi lui ? demanda Colonello.
– Je ne sais pas. Il m’inspire confiance. Je l’ai entendu lire ce qu’il écrit. Ce sont de beaux mots qui rendent joyeux ou tristes, mais qui donnent toujours du plaisir et le désir de continuer à écouter, expliqua Zorbas.
– Un poète ! Ce qu’il fait s’appelle poésie. Tome 16, lettre P de l’encyclopédie, précisa Jesaistout.
– Et qu’est-ce qui te fait penser qu’un humain sait voler ? voulut savoir Secrétario.
– Il ne sait peut-être pas voler avec des ailes d’oiseau, mais en l’entendant, j’ai toujours pensé qu’il volait avec ses mots, répondit Zorbas…. »
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Une pauvre mouette épuisée, égarée, mazoutée, tombe sur un balcon
du port de Hambourg devant Zorbas, « le chat grand noir et gros ».
Avant de mourir elle pond un œuf et fait promettre
à Zorbas de couver celui-ci et d’apprendre au petit oiseau à voler.
Ses amis du port vont l’aider à tenir sa promesse,
rien n’est simple mais ils gardent confiance, s’entraident.
Jesaistout habite dans un univers étrange,
une sorte de musée appelé « Harry, Bazar du Port »,
il possède mille trésors dont une encyclopédie
qui devrait avoir réponse à toutes les questions.
Oiseau ou oiselle ?
Comment apprendre à voler : avec la machine de Léonard de Vinci ?…
Ils tentent, expérimentent…
Qui les sauvera, la connaissance, la science ou la poésie ?
Ce court roman pour les enfants de 7 à 77 ans est une petite merveille,
joliment écrite, à partager avec la jeunesse.
Comment prendre son envol dans la vie ?
Les thèmes abordés sont profonds, exprimés de manière tendre et réjouissante,
les héros y sont pittoresques et l’auteur ne manque pas d’humour…
À lire, à partager et si vous croisez des œufs en ce week-end de Pâques,
n’hésitez pas à les croquer poétiquement !
Joyeuse renaissance à toutes et à tous !
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Extraits de : « Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler » Luis Sepulveda 1949-2020.
Illustrations : 1/ « Les chats de Green » John Sloan 1871-1951 2/ « Œuf d’oiseau » Illustration d‘Henry Seebohm 1832-1895.
…..
Prendre soin de la jeunesse…
BVJ – Plumes d’Anges.


Délicieux œuf de Pâques que voilà, chère Brigitte :
ce « fabliau » résume si bien nos pensées contemporaines
et probablement…éternelles !
La poésie, les poètes, la vie poétique,
« tous les livres sont ouverts devant nous » disait Paul Ricœur,
à nous d’en faire notre miel…
Pâques est vraiment l’un des plus beaux jours de l’année 💚
forte question, est ce la poésie ou la science, et si on ne répond pas on lit le livre avec ravissement, les animaux peuvent être des maîtres, les oeufs promettent à nous de faire éclore …. et de nourrir et d’aider… un oeuf c’est une promesse …
Merveilleux récit et découverte de ce chat par John Sloan – merci, Brigitte & bonne fête de Pâques à toi & à ta famille.
J’ai offert ce livre à ma petite fille pour son anniversaire en février dernier. Je l’avais découvert lors d’une séance lecture à la médiathèque de mon village.
Ce conte est une véritable leçon de vie qui donne à réfléchir.Il a été écrit avec une telle tendresse.
Comment prendre son envol dans la vie ? … Il faut chercher ce qui nous donne des ailes …
Je laisse le dernier mot au poète-chat Zorbas :
– L’humain caressa le dos du chat.
– Eh bien, chat, on a réussi, dit-il en soupirant.
– Oui. Au bord du vide, elle a compris le plus important, miaula Zorbas.
– Ah oui ? Et qu’est-ce qu’elle a compris ? demanda l’humain.
– Que seul vole celui qui ose le faire, miaula Zorbas…
Joyeuse renaissance à toi Brigitte.
Merci
Un joli conte que je me ferai un plaisir de lire. Tout ce qui est re-naissance est bon à saisir et c’est le moment idéal. Bon retour Brigitte, bises.
Je le racontais aux enfants lorsque j’étais bibliothécaire et bien entendu mes fils l’avaient à la maison…Je ne sais pas ce qu’ils ont fait de leur album depuis tant d’années. C’est une histoire que j’ai toujours beaucoup aimé et j’ai reconnu immédiatement le titre dès les premiers mots de tes extraits…il faut dire aussi que je l’ai relu récemment 🙂
Ce conte semble très original, et poétique aussi !
Des animaux qui s’entraident, c’est aussi est une belle leçon pour nous, Humains, par les temps qui courent…
Belle semaine Brigitte, bises affectueuses. Claudie.
Sepulveda, contente de savoir qu’il est traduit en français. Imagination et soin des autres.
As-tu lu « Le vieux qui lisait des histoires d’amour »? Magnifique récit, lui aussi.
Merci, il me faut réapprendre à voler après le décès de mon mari il y a peu, alors muchas gracias! Un beso
Chère Colo, je suis sincèrement triste pour toi, le départ d’un être cher est tragique, rien ne nous y prépare… Je t’embrasse et te serre dans mes bras. brigitte
Comme c’est bien dit, et humour des expressions.
Par la graisse de cachalot, est peut-être plus élégant que bachi-bouzouk.
Apprendre à voler par les mots, d’une rare élégance.
Les ailes du désir de s’élever.
Et sur Strasbourg, on voit presque les chats voler et les mouettes aussi.
La mer ne doit pas être loin …. ✅ Yann
Une petite merveille ce court roman
« Miauler dans le langage des humains était un très grand risque pour les chats… »
J’ai l’ai lu il y a longtemps.
Tu me donnes envie de le relire et de l’ajouter dans ma bibliothèque personnelle…
Les illustrations sont magnifiques
Merci pour ton beau partage
Bises Brigitte et belle fin de semaine
un roman splendide et tellement simple et émouvant
je l’ai lu et fait lire à maintes reprises on ne s’en lasse jamais
Les extraits que tu diffuses sont originaux, créatifs et poétiques. Une vision originale du monde et des leçons à tirer. Belle fin de semaine Brigitte.
On a déjà tant à apprendre des animaux alors si en plus ils parlent, ouvrons grand les oreilles ! apprendre à voler sur les ailes de la poésie et quelques touches d’humour, je prends sans hésitation. Nous avons perdu notre capacité à prendre de la hauteur, à oser, à rêver.
Merci pour ce joli conte que tu nous partages. Encore un beau moment de douceur et de tendresse.
Une découverte…
J’ai une petite fille qui je crois adorerait, elle rêve de voler!
Mais
« Comment prendre son envol dans la vie ? »
« Tu n’as eu nul besoin d’avoir la foi pour voler, tout ce qu’il t’a fallu, c’est comprendre le vol, »
Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach
superbe et poétique
merci de ce partage Brigitte,
bises
Oui les mouettes sont impressionnantes je les admire quand elles affrontent quasiment immobiles dans l’air une Tramontane à 100km /h ! Lumineux dimanche Brigitte