À chacun sa voie…

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« … Dans d’autres recoins des Alpes, les montagnes sont désormais habitées, et pas seulement par des animaux. Au moment où la colline des Gures se peuplait de blocs erratiques, des chasseurs magdaléniens s’installaient déjà dans les massifs préalpins du Vercors ou de la Chartreuse. À la faveur d’un climat encore plus clément que celui que nous connaissons aujourd’hui, les cols deviennent accessibles et permettent aux tribus nomades du Néolithique de coloniser les terres d’altitude. Elles y développent de petites cultures, pratiquent la chasse et l’élevage, et cherchent des minerais pour fabriquer leurs outils…

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… Nul ne sait pourquoi les « glacières » se sont mises à descendre aussi bas dans la vallée. Pendant la première moitié du millénaire, elles sont restées tapies en altitude – peut-être encore plus haut qu’aujourd’hui. Mais depuis la fin du XVème siècle, le climat s’est dégradé. L’hiver, les chutes de neige sont devenues considérables, provoquant des avalanches meurtrières : onze victimes au Tour en 1634, cinq autres trente ans plus tard à Vallorcine, où un petit hameau situé près de l’église a dû être abandonné. L’été, des semaines d’averses pourrissent les récoltes. Tout le monde ne mange pas à sa faim… Les habitants se doutent que tout ce froid doit être pour quelque chose dans l’avancée des glaciers. Mais ils l’attribuent aussi à la volonté de génies malfaisants qui règnent sur les montagnes…

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... On leur raconte aussi qu’autrefois, cette vallée n’était pas recouverte de glace, et qu’en la remontant, on pouvait par un sentier rejoindre le Val d’Aoste via le col du Géant. Légende ou réalité, les Chamoniards prouvent en tout cas qu’ils connaissent le caractère fluctuant des glaciers…

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… La déroute de Napoléon permet au royaume de Sardaigne de remettre la main sur la Savoie en 1815, suite au congrès de Vienne. Cette fois, les Chamoniards ne voient aucun avantage à retourner dans le giron sarde. Leur nouveau souverain, Victor-Emmanuel Ier, mène une politique réactionnaire qu’ils n’apprécient guère. Ils vont se sentir délaissés au profit de communes plus importantes de la vallée de l’Arve, Sallanches et Bonneville, que les successeurs du roi, Charles-Félix puis Charles-Albert visitent régulièrement.

Période décidément bien sombre au pied du mont Blanc. En avril 1815, le volcan indonésien Tambora, qui dépasse les 4000 mètres d’altitude, est décapité par une éruption d’une puissance rare. Il perd 1500 mètres de hauteur. Des milliers de personnes sont tuées sur le coup, et d’épais nuages de poussière se répandent sur tout le globe terrestre. Le climat s’en trouve modifié pour plusieurs années. Dès 1816, en Europe comme en Amérique, on observe un sérieux refroidissement, au point de parler d’une année sans été. À Chamonix se succèdent averses de pluie et de neige, les récoltes sont détruites. Pour ne pas mourir de faim, on en vient à consommer des herbes sauvages. Les consorts d’Argentière vendent leurs alpages de Balme aux habitants des Houches contre du grain.

Cet accident climatique ne fait que renforcer l’offensive des glaciers. Le petit âge glaciaire atteint son paroxysme en cette première moitié du XIXème siècle, et les processions n’y peuvent rien. La Mer de Glace recouvre toute une partie du village des Bois. Aux Bossons, le glacier, après avoir détruit forêts et cultures sur son passage, menace le village et la route de Chamonix… »

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Un livre magnifique dont la couverture toilée rouge vif attire d’emblée notre regard.

« Le roman de Chamonix » de Sophie Cuenot est une lecture délicieuse richement illustrée,

une mine d’informations extraites d’archives, sur la période allant de – 16 000 à 2023.

Des centaines de sujets sont abordés , depuis les temps anciens jusqu’à nos jours.

Les Hommes se sont succédé dans cette vallée parfois douce parfois hostile,

courageux et solidaires

ils ont lancé et relevé des défis incroyables

en grimpant vers les cimes inconnues,

en construisant plus tard téléphériques, trains, refuges, tunnels…

Tout ne fut pas simple, crues, inondations, avalanches,

tremblement de terre important en 1905,

éboulements, déraillement du train de Montenvers en 1927,

crash du Malabar Princess en 1950 et du Kangchenjunga en 1966,

terrible incendie dans le tunnel du Mont Blanc en 1999 …

pour ne citer que le 20ème siècle.

Les amoureux de la montagne et de Chamonix vont apprécier

ce livre bien écrit, bien construit qui nous transporte haut et loin,

qui nous montre que la Nature est vivante,

que tout change, évolue, disparait et se recrée à l’infinie.

UN GRAND MOMENT, une lecture passionnante ! 

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« Le vent des montagnes

Dans la clochette

Un puissant désir de vivre »

Taneda Santoka

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Extraits de : « Le roman de Chamonix »  2023  Sophie Cuenot (iconographie de Catherine Cuenot, sa maman)

Illustrations : 1/« Sources de l’Arveyron »  Samuel Birmann 1793-1847

   2/« La Mer de Glace, Montanvers »  Carl Ludwig Hackert  1740-1796.

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Croire en notre force… 

BVJ – Plumes d’Anges.

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