Lettre d’amour…

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« Mon cœur, c’est la vie terrestre, tu l’as ; mon âme, c’est la vie céleste, tu l’auras. Ce sont là les deux formes de l’amour ; sur la Terre, pensée, sang, chair ; hors de la Terre, pensée, flamme et lumière ; nos bouches dans la tombe qui est la vraie vie, échangeront des baisers de clarté. Je demande à Dieu, je demande à nos deux anges envolés, je demande à la haute providence éternelle et aux douces providences aimées et vivantes là-haut, de mesurer, minute à minute, ma vie à la tienne. Vivre tant que tu vivras, partir quand tu partiras, voilà mon vœu profond et ma prière ardente…  Je crois à la prière, tu le sais. Une fourmi, au moment où mon pied va l’écraser, ne joindrait pas en vain ses deux petites pattes misérables vers moi. Je serais bon pour elle. Pourquoi Dieu ne serait-il pas bon pour moi ? Je le supplie de me pardonner mes fautes, dont aucune n’a jamais effleuré mon cœur, ma conscience, ni mon âme ; je le supplie de m’accorder ta destinée, ta vie, ta mort, ta transfiguration, ton éternité. Être à jamais, dans cette vie et dans l’autre, utile et aimé ; utile au bien, aimé par toi ; toute mon ambition est là. Aime-moi comme je t’aime, ô mon doux ange adoré. Finissons et commençons ainsi toutes nos années ici-bas, et tous nos siècles là-haut. »

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Lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet – 31 décembre 1867.

Illustrations : 1/« Jeune femme en costume japonais » (étude) William Meritt Chase  1849 – 1916 2/« Fleurs de pommier » Japon – auteur inconnu – avant 1279.

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Écrire les mots de l’âme… Décrire les maux de l’âme…

BVJ – Plumes d’Anges.

5 commentaires sur “Lettre d’amour…”

  1. Allez savoir pourquoi ce texte à pour moi une résonance toute particulière, toute emprunte de mélancolie. « Vivre tant que tu vivras, partir quand tu partiras, voilà mon vœu profond et ma prière ardente… », bien au-delà des pensées valentines, dans de nombreuses et nombreuses années, j’aimerai que cela se passe ainsi…
    Merci infiniment de cette si belle lettre et qui témoigne tant de l’ardente douceur de Victor Hugo.

  2. Anne dit :

    Oui, c’est vraiment une très belle lettre; il n’y avait pas le téléphone, ni la toile, et victor Hugo écrivait chaque jour,voire deux fois par jour à Juliette. On racontait avec humour que le baron Haussman aurait chamboulé Paris pour permettre plus commodément à Victor Hugo d’aller de chez lui à chez elle……….

  3. valdelia dit :

    Des mots qui me donnent des frissons…

    Comme j’aurais aimé cette époque d’échanges épistolaires, tellement plus jolie que la nôtre faite de SMS en un langage difficilement déchiffrable pour moi.

    Victor et Juliette, Juliette et Victor, une belle histoire vraie, aussi passionnante et passionnée que l’est l’oeuvre de Hugo.

    Merci chère Brigitte de nous offrir ces mots qui sont beaux et émouvants.

    Les toiles d’illustration sont magnifiques également !

    Bises du soir !
    V.

  4. karine dit :

    l’amour transcendé par-delà le temps, des mots qui scellent l’immotalité des sentiments, les doux mots de Victor à Juliette…Tellement beaux!

  5. lolo dit :

    En sensible que je suis et en amoureuse ça va de soi, je partage ces positions vis à vis de l’être aimé, le suivre et être ensemble tout simplement et n’envisager de fin dans un futur lointain qu’à condition d’avoir assez vécu et décider d’aller définitivement se reposer.
    Bises tendres

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